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Méthode pour démontrer le mode de pénétration des

LIQUIDES COLORÉS DANS LES VAISSEAUX LYMPHATIQUES — Le tisSU le

plus favorable pour cette étude est la membrane muqueuse du larynx et de la trachée d’un bœuf ou d’un ponton. On remplit d'une solution d’orcanette dans l’essence de térébenthine une seringue hypodermique, dont la pointe est aussi fine que possible. On enfonce horizontalement l’extrémité de la seringue dans la membrane muqueuse, dans un point où elle repose sur le cartilage, et on injecte dans le tissu, aussi lentement que possible, une goutte du liquide. Si l’opération réussit, on remplit le réseau lymphatique; du reste, le résultat varie suivant que l’extrémité de la seringue a pénétré au-dessous de la muqueuse, ou ne l’a pas dépassée. L’observation montre que le liquide progresse dans les vaisseaux par capillarité, car l’injection continue à s’étendre longtemps après que la pression exercée parla seringue a cessé. On emploie dans cette expérience et dans d’autres expériences semblables la solution d’orcanette, parce qu’elle ne peut pas traverser les membranes organiques, qu’elle n’est pas miscible dans l’eau et qu’elle pénètre dans les canaux capillaires avec une facilité extraordinaire.

La progression des liquides dans les lymphatiques vers le système veineux est dû, en partie au fait que les lymphatiques traversent des espaces, dans lesquels la pression est moindre que dans ceux où leurs capillaires prennent naissance, et en partie aux variations de pression causées par la contraction des muscles avec lesquels ils sont en rapport. Que dans certaines parties du corps les troncs lymphatiques soient soumis à une pression bien moindre que leurs orifices absorbants, c’est ce qu’il n’est pas besoin de démontrer expérimentalement. Ainsi, par exemple, il est certain que les lymphatiques du péritoine pénètrent dans le thorax, c est-à-dire passent d une cavité, où la pression est ordinairement supérieure à celle de l’atmosphère, dans une cavité où elle est bien inférieure. L influence des mouvements musculaires est démontrée par l’expérience suivante, qui, en môme

CIRCULATION DU SANG

temps, fournil la confirmation éclatante de la nature mécanique de l’absorption lymphatique.

Sur un chien de grande taille, qu’on vient de tuer en lui ouvrant la carotide, on divise la peau, les cartilages costaux et les muscles des flancs par une incision transverse qui s’étend de chaque côté, à partir du cartilage xiphoïde. La paroi de l’abdomen est ensuite fendue sur la ligne blanche et le diaphragme séparé des côtes. Après avoir pressé la vessie pour la vider, on noue deux ligatures autour du rectum et on le divise entre ces ligatures. On place ensuite d’autres ligatures sur le cardia, les vaisseaux et les conduits hépatiques, et le mésentère, de façon à pouvoir enlever l'estomac et les intestins en masse sans hémorrhagie. Gela fait, on enlève le foie, après avoir lié la veine cave au-dessous et audessus de cet organe, après quoi on divise le corps en deux en sciant la colonne vertébrale au niveau de la huitième vertèbre, et en achevant la division des parties molles. Finalement on insère dans le canal thoracique et on fixe, au moyen d’une ligature, une canule de verre, munie cl’un tube flexible fermé par une pince à pression continue.

Si maintenant on fixe la colonne vertébrale au bord d’une table et si un aide fait exécuter aux membres inférieurs des mouvements alternatifs de flexion et d’extension, la lymphe s’écoule librement et peut être recueillie dans un tube à essai. Si l’on discontinue ces mouvements passifs pour les reprendre de temps en temps, la quantité de lymphe recueillie peut-être très considérable, de sorte qu’il est facile de remplir plusieurs tubes; mais on remarque que la lymphe 11e coule pas pendant les intervalles de repos. La lymphe recueillie au début ressemble à la lymphe ordinaire par ses caractères microscopiques et par sa composition. Il est évident que c’est le liquide qui, au moment de la mort, remplissait les canalicules des tissus. On peut démontrer, en outre, sur la même préparation le trajet suivi par le courant lymphatique, en introduisant par piqûre une solution d’orcanette dans les fentes intertendineuses de la partie inférieure du fascia lata. Si l’on emploie une seringue à canule suffisamment fine, il est facile d’obtenir par cette voie une injection satisfaisante, d’abord dans les capillaires lymphatiques contenus dans

ABSORPTION INTERNE

les fentes elles-mêmes, et secondement (si l’on continue les mouvements passifs) dans le riche réseau lymphatique existant dans la membrane cellulaire, qui recouvre l’aponévrose, sur la face cutanée *. Bientôt le liquide, qui s’écoule par le canal thoracique est rougi par l’orcanette. Ludwig a fait voir que, dans les membres, les réseaux de capillaires, origines des lymphatiques, sont surtout situés dans les tendons et les aponévroses, et qu ils présentent une disposition semblable à celle que l’on observe dans le centre tendineux du diaphragme. L’expérience démontre que même les mouvements passifs des membres déterminent la progression de la lymphe. L’influence des mouvements actifs doit être bien plus considérable.

90. Absorption interne par les veines. — La proposition, que nous avons émise au début, que les substances dissoutes passent des tissus dans les capillaires par un mode d’absorption, qui est soumis à l’action immédiate du système nerveux central, peut être démontrée d’une manière frappante par l’expérience suivante :

Sur deux grenouilles légèrement curarisées, on met à nu le cœur et on pratique une petite ouverture dans la peau de la région occipitale. Le cerveau et la moelle épinière sont complètement détruits dans l’une des grenouilles, au moyen d’une aiguille introduite dans la région occipitale, puis on les suspend toutes les deux côte à côte à une planche. Par la même ouverture occipitale, on fait i lisser, sous la peau, jusque dans le sac lymphatique dorsal un entonnoir, dont l’extrémité est étirée en pointe très fine. Cela fait, on fend le bulbe de l’aorte dans les deux animaux et on observe les résultats de l’opération. Dans la grenouille privée du système nerveux central, il ne s’écoule que quelques gouttes de sang, c’est-à-dire la quantité contenue dans le cœur et dans le commencement du système artériel. Dans l’autre animal, non seulement l’hémorrhagie est plus abondante, mais elle se continue pendant plusieurs

' On trouvera des dessins coloriés d’injections obtenues par cette méthode dans la belle monographie de Ludwig et de Schweigger-Seidel sur les lymphatiques des tendons et des aponévroses.

CIRCULATION DU SANii

minutes après la section du bulbe. Dès que l'hémorrhagie a cessé, on injecte une solution saline (5 à 10 cent, cubes) dans le sac lymphatique de chaque grenouille jusqu’à ce qu’il soit distendu, et on note soigneusement la quantité employée. Dans la grenouille dont le système nerveux est intact, le sang recommence à couler par l’ouverture du bulbe, et la quantité qui s’échappe va en augmentant ; mais le liquide qui, au début, était du sang presque pur, est de plus en plus mélangé avec du sérum L’écoulement continue pendant une ou deux heures, et si, pendant l'expérience, on agit par action réflexe sur le centre vaso-moteur, en excitant un nerf sensitif ou la surface de la peau, on voit que la rapidité de l’écoulement augmente subitement, mais qu’après la cessation de l’excitation elle est moins grande qu’elle n’était auparavant. Ce fait, suivant Goltz, qui, le premier, a fait l’expérience, indique que l’absorption veineuse s’accroît quand on excite un nerf sensitif. On peut peut-être l’attribuer plus justement à la contraction des vaisseaux, déterminée par l’excitation. Pour rendre l'observation du résultat aussi exacte que possible, il faut mesurer la quantité de liquide écoulé. La quantité trouvée dans l’éprouvette, dans laquelle le mélange de sang et de sérum est recueilli, ajoutée à ce qui reste dans le sac lymphatique, doit être égale à la quantité de liquide injectée. ' — Dans l’autre grenouille, il n’y a pas d’écoulement ; le cœur reste flasque, bien que se contractant régulièrement et la peau se dessèche par suite de l’arrêt de la sécrétion des glandes cutanées. Dans cette expérience on doit supposer que le liquide contenu dans le sac lymphatique passe directement dans la circulation, ou qu'il diffuse d'abord dans les tissus environnants et est ensuite absorbé par les veines. La première supposition est évidemment fausse, puisque les contractions des cœurs lymphatiques ont cessé dans les deux grenouilles, et que, par conséquent, le mécanisme qui, seul, peut pousser directement le liquide dans le système veineux, ne fonctionne plus. On est donc forcé d’admettre que le liquide pénètre dans le torrent circulatoire par la seule voie qui lui soit ouverte, et les conditions de l’expérience prouvent que c’est sous 1 influence directe du système nerveux.

On n’a pu encore déterminer par quel mécanisme les éléments

ABSORPTION INTERNE

vivants, qui entourent les vaisseaux sanguins, y font pénétrer des liquides, malgré la pression du sang. Dans le cas actuel, on peut distinguer deux sortes d’effets imputables à une seule cause, c’est-à-dire à la destruction du système nerveux central, premièrement les effets déterminés par la paralysie de ce dernier, et par conséquent le relâchement des vaisseaux sanguins, et secondement les effets que l’on peut attribuer à l’absence de l’absorption. Ces derniers sont-ils le résultat immédiat des autres ? c’est peut-être douteux. Dans tous les cas ils ne les expliquent point, car on ne voit pas pourquoi un vaisseau distendu n’absorberait pas aussi bien qu’un vaisseau contracté. Tous les deux sont des manifestations des propriétés dont jouissent les éléments vivants, tant qu’ils sont en communication avec les centres nerveux cérébro-spinaux.

RESPIRATION

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