‹ Manuel du laboratoire de physiologieChapitre 8 sur 120 · SECTION II. — CIRCONSTANCES QUI INFLUENT SUR LA COAGULATION DU SANG · texte numérisé non relu

SECTION II. — CIRCONSTANCES QUI INFLUENT SUR LA COAGULATION DU SANG

Bien que le sang, quand il circule clans les vaisseaux, contienne, soit clans les globules colorés, soit clans le plasma, les deux facteurs de la fibrine, c’est-à-clire les principes immédiats indispensables pour que la coagulation se produise, cependant il ne se coagule pas. En d’autres termes, aussi longtemps qu’il fait partie cle l’organisme vivant, le sang ne renferme pas de fibrine. Ce fait remarquable dépend des phénomènes chimiques qui se passent clans les globules et qui constituent leur vitalité. Et comme ces phénomènes ne peuvent point s’accomplir en dehors des conditions physico-chimiques auxquelles le sang est soumis tant qu’il est contenu clans les vaisseaux à l’état normal, tout dérangement clans ces conditions amène la formation d’un caillot. On peut prouver expérimentalement : 1° que le sang ne se coagule pas dans le cœur vivant ou dans un vaisseau vivant, même lorsque la circulation est arrêtée; 2° que, bien que le sang normal se coagule ordinairement aussitôt qu’il est sorti cle l’appareil circulatoire, dans certaines circonstances le phéno-

à ce sujet : (a) Lorsque du sang de cheval est recueilli, comme il a été dit ci-dessus, dans une solution de sel commun maintenue à 0°, et qu’on laisse pendant quelques heures le mélange à la température de la glace, le plasma se divise en deux couches : l’une, inférieure, renferme de nombreux leucocytes, tandis quel’autre supérieure, en contient à peine quelques-uns. Si l’on sépare les liquides des deux couches, l’on observe que, bien que, la couche supérieure se coagule faiblement, comme nous l'avons montré plus haut, il se torme cependant bientôt un caillot ferme dans la couche des globules. — (6) Du plasma étendu de douze fois son volume d’eau à 0° ne se coagule pas tant que la température reste aux environs de 0°. Ce même plasma, débarrassé des globules par filtration, n’est plus susceptible de se coaguler. Si on traite par l’eau les globules ainsi séparées, la liqueur filtrée détermine la coagulation dans le liquide du péricarde, ou dans du plasma dilué dans Na*So*, tout comme le ferment de Schmidt. — (c) Si dans la préparation de la solution de Schmidt, on substitue au sérum ou au sang coagulé, du sang directement pris sur l’animal vivant, le produit obtenu est sans action. D’où il résulte que le sang n’acquiert ses pouvoirs fibrinoplastiques qu’après avoir été coagulé.— (d) Dans la grenouille on peut montrer qu’une quantité considérable de substance productrice delà fibrine est contenue dans les globules rouges- Les globules, séparés aussi complètement que possible du sang par décantation, et traités par l’eau, donnent un liquide qui se coagule spontanément.

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mène de la coagulation n’a pas lieu, ou s’accomplit d’une manière si imparfaite que c’est, à peine si l’on peut reconnaître l’existence du caillot.

6. — L’expérience suivante, imaginée par le Dr Durante, est une modification d’une expérience de Brücke. Sur un lapin on pratique deux petites incisions transversales sur le trajet de la jugulaire externe, l’une près de la clavicule, l’autre près de l’origine de la veine, en prenant grand soin de ne pas aller plus profondément qu’il n’est nécessaire pour apercevoir le vaisseau à travers l’aponévrose. Dans l’incision la plus rapprochée du cœur on place transversalement deux petites aiguilles, l’une audessous de la veine, l’autre au-dessus, et on les attache solidement l’une à l’autre par des ligatures posées à leurs extrémités; de la sorte la circulation du sang est interrompue, sans que les tuniques de la veine soient altérées en quoique ce soit. On enferme et on assujettit de la même façon une deuxième paire d’aiguilles dans la seconde incision; et on isole ainsi du torrent circulatoire le sang qui est venu distendre la veine après que la première ligature a été posée. Au bout de deux jours, on met à nu un point quelconque de la portion de la veine comprise entre les deux ligatures, on le ponctionne avec une pipette de verre et on en retire par aspiration le sang, qui est resté parfaitement liquide. Si l’on vient à enlever les aiguilles, la circulation se rétablit à l’instant. Ce résultat ne peut être obtenu que si l’on a opéré avec grand soin, de manière à éviter de blesser les tuniques de la veine. C’est ce que l’on peut prouver en répétant d’une autre façon cette expérience, qui, au point de vue pratique, est très importante. Si, au lieu de se servir d’aiguilles, on pose des ligatures aux points indiqués, il se forme un coagulum. Le sang ne coule pas lorsque on ouvre la veine et on voit que celle-ci est occupée par deux caillots (thrombus); chacun d’eux est plus épais, plus ferme près de la ligature, plus mince et plus mou vers le milieu de la portion du vaisseau liée. Le docteur Durante a montré, dans ces expériences, que l’absence de coagulation provient de ce que l’endothélium est resté intact. Partout où l’endothélium d’une veine est irrité au point de proliférer, apparaît

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un caillot, qui s’agrandit à mesure que s'étend l’altération delà surface endothéliale.

7. — Les gros troncs artériels, qui partent du cœur d'une grenouille ou d'une tortue sont liés, puis, aussitôt que le cœur est distendu par le liquide sanguin, on en fait autant au cœur veineux. Le cœur rempli de sang est séparé de l’organisme et suspendu dans un vase par une des ligatures. On laisse le tout au repos, tant que les pulsations continuent; si, avant qu’elles n’aient entièrement cessé, on enlève les ligatures des artères, le sang reste liquide, s’écoule au dehors, et se coagule dès qu’il n’est plus en contact avec les parois du cœur. Cette expérience est également due à Brücke.

8. Expériences de IIecklinghausen. — On fait chauffer un petit creuset de porcelaine au rouge, puis on le laisse refroidir sans enlever le couvercle. On met ensuite à nu le péricarde d’une grenouille, on le divise, et à l’aide de ciseaux parfaitement propres on fait une incision à la base du ventricule, en tenant la grenouille dans une position telle, que le sang, qui coule de la blessure, tombe directement dans le creuset sans avoir aucun contact avec la surface extérieure du corps. La quantité de sang ne doit pas excéder dix gouttes. Le creuset (sans sou couvercle) est posé sur un plateau de verre rodé, et recouvert par une grande cloche en verre, dont les bords sont également rodés de façon à s’appliquer exactement sur le plateau. Le sang se coagule immédiatement, mais au bout de vingt-quatre heures il semble redevenir liquide. Si l’expérience a été faite avec soin, le sang se conserve sans altération pendant plusieurs jours (ses globules blancs gardent toute leur vitalité) ; il est cependant nécessaire de renouveler l’air contenu dans la cloche, en la soulevant avec précaution de temps à autre. Celle expérience peut être aussi faite avec du sang de mammifère, pourvu que l’on opère à une température égale a celle du corps ; Recklinghauseï: se sert dans-ce but d’uue étuve munie d’un régulateur de Bunsen. La capsule est chauffée au rouge, parce que, sans cela, la matière organique adhérente à la surface de la porcelaine détermine-

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rail clans le sang des changements qui seraient fatals à la vitalité de ses éléments ; pour la même raison, il faut prendre toutes les précautions possibles pour éviter les altérations qui pourraient être produites par le contact avec l’air, les instruments, etc. La liquéfaction du coagulum dans l’expérience précédente n’est qu’apparente. Pour le prouver, il faut observer lephénomène au microscope dans des conditions semblables. La

Fig. 5. — Coagulation du sang de grenouille dans un tube capillaire (Obj, 9,

Ocul. 3. Hartnack).

méthode suivante a été suggérée au professeur Schufer par certaines expériences de Schlarewski, dont ce dernier ne semble pas, du reste, avoir compris la signification. Plusieurs tubes capillaires, à parois très minces, n’ayant pas plus de un quart de millimètre de diamètre, sont remplis de sang pris directement sur une artère de grenouille et examinés de suite avec l’ob-

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jectif à immersion n° 9 de Hartnack. Le contenu des tubes se voit très distinctement. Au début les globules rouges remplissent tout le tube. Au bout de quelques minutes, on voit que la coagulation s’est effectuée et que la masse cylindrique, dans laquelle sont emprisonnés les globules, est séparée du verre par un bord transparent, qui ne renferment aucun globule. Puis les globules blancs commencent à sortir du coagulum et nagent dans le sérum (fîg. 5). En voyant l’activité des mouvements amiboïdes de ces globules, on serait tenté de leur attribuer la sortie de ces éléments anatomiques hors du caillot; mais ce n’est là qu’une fausse apparence; comme le démontre ce qui suit. Peu de temps après (d’ordinaire environ quarante-cinq minutes après le début de l’observation), les globules rouges commencent à présenter le même phénomène, ils s’échappent des bords toujours très nets du caillot en si grand nombre, que le liquide en est bientôt rempli et que l’examen microscopique n’est plus possible. Si l’on enlève maintenant le tube de dessus la platine du microscope et qu’on la place verticalement, on voit au bout de quelque temps les globules se déposer au fond, en laissant au-dessus d’eux un espace clair rempli de sérum. Voici donc un phénomène que nous serions disposés, à première vue, à considérer comme une dissolution du coagulum ; mais l’apparence est trompeuse, car, si 1 on verse le contenu du tube dans un verre de montre, et qu on 1 observe à un faible grossissement, on aperçoit facilement le caillot sous la forme d’un mince cordon de fibrine flottant dans le liquide. En résumé, la migration des globules et la liquéfaction du caillot sont le résultat de la contraction d’un réticulum de fibrine dont les mailles sont tellement lâches qu’elles ne peuvent pas retenir les globules.

9. — Les deux expériences que nous venons de décrire, montrent que, dans certaines conditions, le sang de grenouille ne se coagule que très imparfaitement, même en dehors de l’organisme, et par conséquent l’opinion de Brücke, que le sang qui circule dans le corps est préservé de la coagulation par Tinfluence de la paroi des vaisseaux vivants, n’est plus admissible. L est ce que prouve encore plus complètement l’expérience suibukdon SANDEnsoN, lab. de physiologie. a

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vante, imaginée par le professeur Schàfer, et qui a été répétée un grand nombre de fois dans le laboratoire de University College. Un tube de verre long de 8 à 10 centimètres, est enfoncé par une de ses extrémités dans une canule artérielle de la forme ordinaire et d’une grandeur convenable. Une grenouille est disposée de la manière habituelle sur le dos (voy. § 48); le cœur est mis à nu et l’aorte droite liée; en même temps on place une pince sur

l’aorte gauche à son origine dans le bulbe. On fixe alors la canule (fig. 6) dans l’aorte gauche et l’on maintient le tube verticalement au moyen d’un support. Cela fait, et après avoir retiré la pince, on laisse couler le sang dans le tube. La colonne sanguine s’élève à une hauteur variable suivant la vigueur de l’animal, et elle oscille à chaque battement du cœur. Si maintenant on abandonne le tube à lui-même, on n’observe aucune trace de coagulation. Au bout de quelques minutes les globules commencent à se déposer, laissant au-dessus d’eux une couche d’un liquide clair, dont l’épaisseur augmente graduellement. Si on enlève une portion de ce liquide avec une pipette et qu’on le soumette à l’examen, on trouve qu’il possède toutes les propriétés caractéristiques du plasma. Il contient à peine quelques globules rouges, mais en revanche un nombre considérable de globules blancs.

Fig. 6. — Canule pour l’expérience de Schafer.

SECTION III. — MATIÈRE COLORANTE DU SANG

10. Méthodes pour rendre le sang transparent. — On sait depuis longtemps que, lorsque de l’eau est ajoutée en grande quantité au sang, les globules paraissent être dissous dans le plasma dilué. Cette dissolution n’est cependant que partielle; car, si l’on examine le liquide au microscope, on voit que chaque globule est représenté par un résidu sphérique incolore. Aujourd’hui on ne considère plus ce résidu comme la membrane du

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globule, mais pour ainsi dire comme son squelette, comme un stroma, qui, bien que privé des neuf-dixièmes de la substance solide qu’il contenait à l'origine, n’en conserve pas moins sa forme discoïde primitive.

Il existe plusieurs autres méthodes pour séparer la matière

colorante du stroma sans changer la densité du sérum. En 1851, le professeur de Chaumont découvrit que la vapeur de chloroforme possède cette propriété. La vapeur d’éther a une action semblable, mais moins rapide. Plus récemment Rollelt a montré que la congélation, les décharges électriques et les courants induits ont les mêmes effets. Dans tous ces cas, le sang subit un changement remarquable dans son aspect. A l’état naturel, le sang, même en couche très mince, est opaque. C’est ce dont on peut s’assurer en le regardant par transparence, par exemple, dans un tube capillaire très mince, ou à la lumière réfléchie, étendu en couche peu épaisse dans une capsule de porcelaine. Dans le premier cas, le sang semble former une bande solide, occupant l’axe d’une baguette de verre ; dans le second cas, il constitue une large tache écarlate, cachant complètement la surface blanche de la porcelaine et absorbant les rayons lumineux, qui auraient été réfléchis par celle-ci. Si le sang a été soumis à l’un des traitements énumérés plus haut, l’apparence qu’il présente dans les deux cas n’est plus la même. Le sang du tube est brillant, parce qu’il est transparent; celui de la capsule de porcelaine est aussi foncé qne s il était veineux, parce que les globules sont maintenant à peine plus réfringents que le liquide dans lequel ils sont en suspension. En d autres termes, le sang, à son état naturel, a le caractère d’un pigment opaque, tel que le vermillon, tandis que lorsqu’il est altéré, il a l’aspect de la laque, fait que Rollett, auquel on doit une étude très exacte de ces phénomènes, exprime par les mots de deckfarbig, dans le premier cas et de lackfarbuj dans le second. Le sang peut être rendu transparent ou semblable à la laque, quand on l’expose à un froid extrême ou a une température un peu supérieure à 60°, quand on le soumet à l’action des courants induits ou à des décharges électriques. Un effet semblable se produit, comme il a déjà été dit, lorsqu’on ajoute de l’eau ou d’autres réactifs liquides, tels que l’éther, le chlo-

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roforme et les solutions des acides de la hile combinés avec des hases alcalines1.

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