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Qu'entend-on par gréement d'un bâtiment

— On appelle gréement d'un bâtiment, Fen semble des cordages, poulies et autres pièces diverses qui sont destinées à tenir, consolider ou établir les mâts, les vergues et les voiles de ce bâtiment. Le présent chapitre a pour objet de décrire les opérations successives qui constituent la mise en place de ce gréement à bord d'un navire, selon les règles adoptées et en supposant que le navire ait été tout d'abord maté de ses quatre bas mâts.

218. Mettre en place les élongis. — Quand on a procédé à l'opération du mâtage, on a eu soin d'aiguilleter au tenon carré de chaque bas mât deux poulies simples dans lesquelles on a passé deux cartahus, dits cartahus de tête, destinés à hisser successivement les élongis et les barres de travers.

Les élongis ayant été disposés au pied du mât, un de chaque bord et parallèlement à la quille, on fait sur le bout de chaque cartahu un grand nœud de chaise que Ton bride en patte d'oie à chacune des extrémités de Télongis correspondant. On hisse ensuite, en ayant soin de déborder Télongis au moyen d'un petit cartahu de retenue frappé en son milieu. L'élongis étant ainsi élevé un peu au-dessus de la position qu'il doit occuper, on Ta-

mène en douceur, on le fait reposer sur la face supérieure des jottereaux, et là il est chevillé par des charpentiers placés sur des échafauds qu on a préalablement installés.

219. Capeler les barres de travers. — Les barres de travers sont disposées sur le pont parallèlement à la quille, comme les élongis, et élinguées de la même façon que ces derniers. Quand on les a hissées un peu au-dessus des élongis, on les traverse normalement à la quille et on les conduit, Tune sur l'avant, l'autre sur Tarrière, dans les entailles destinées à les recevoir.

SS20. Embarquer les hunes. -- L'embarquement et la mise en place de chaque hune nécessite des cartahus de tête plus forts que ceux dont il vient d'être parlé : on remplace donc ces derniers par des filins de la grosseur d'une guinderesse de perroquet et on a soin d'aiguilleter leurs poulies bien à toucher le tenon, avec le moins de battant possible, pour que l'opération de capeler la hune puisse se faire sans difficulté.

Les hunes étant le long du bord, soit à la mer, soit dans des chalands, nous supposerons qu'il s'agit d'embarquer la grande hune et qu'elle se trouve à tribord. Pour cela on se servira du cartahu de tête de tribord, qu'on frappera dans le trou de suspente de la hune. Puis on hissera en la débordant du bord et tout spécialement des porte-haubans au moyen de petits espars, ou d'une retenue venant du quai ou du chaland.

Quand le rebord inférieur de la hune va parer le bastingage, on y frappe une retenue passée par un sabord : en continuant à hisser et en choquant la retenue, on amène la hune sur l'arrière du mât et on la dispose de façon que sa partie rectiligne reposant sur le pont, son bord arrondi s'appuie contre le mât, son plan supérieur faisant face vers l'arrière.

La hune de misaine se place comme la grande hune; la hune d'artimon est présentée sur l'avant de son mât, son plan supérieur tourné vers l'avant et son bord circulaire reposant sur le pont.

Les trois hunes ainsi disposées avec une petite inclinaison qui assure leur équilibre, on défrappe les cartahus de tête.

ETUDE DU GREEMEMT.

221. Capeler les hunes. — On emploie quatre cartahus pour capeler une hune. S'il s'agit de la grande hune, par exemple, on se servira des deux cartahus de tête du grand mât et des deux cartahus de tête du mât d'artimon.

Le cartahu tribord du grand màt ayant été afifalé sur l'arriére

Fig. 133. — Hisser la hune pour la capeler.

des barres traversières, on le fera passer entre la hune et le mât à toucher la face inférieure de la hune, puis par le trou du chat, de façon à ce qu'il vienne s'appliquer contre la face supérieure, et on lui fera ainsi embrasser le côté tribord au moyen d'un nœud de bois. On en fera de même sur le côté bâbord avec le cartahu bâbord : les nœuds de bois seront souques et bridés avec la hune de telle sorte que la ligne ab qui les joint passe

par le centre de gravité de la hune et la divise ainsi en deux parties de poids à peu près égal.

Les cartahus étant ensuite embraqués, on les bride, soit au trou de suspente, soit aux trous des poulies de drisse de basse vergue.

L'un des cartahus du mât d'artimon est frappé au trou de suspente ; on fait sur l'extrémité de Taulre un grand nœud de chaise, qui, élongé et bridé sur le bord inférieur de la hune, est ainsi destiné à agir en patte d'oie. Enfin un cartahu, venant du ton du mât de misaine, est amarré sur la barre traversière avant du grand mât et on hisse sur les élongis deux hommes qui s'y maintiennent à l'aide de tireveilles fixées au tenon.

On hisse la hune sur les deux cartahus du grand mât, en embraquant les cartahus du mât d'artimon jusqu'à ce qu'elle ait paré les élongis et en les choquant ensuite de façon à permettre aux gabiers placés sur les élongis de larguer les bridures des cartahus du grand mât faites aux trous des poulies de drisse ou au trou de suspente.

Ils frappent ensuite sur ce dernier trou le cartahu venant du mât de misaine et on continue à hisser.

Lorsque l'arête supérieure du trou du chat est au-dessus du tenon, on mollit le cartahu du mât d'artimon frappé au trou de suspente et, en agissant sur le cartahu en patte d'oie ainsi que Fig. 133. — Capeler la hune,

sur celui du mât de misaine, on fait basculer la hune de façon à la présenter horizon-

talement. Il ne reste plus qu'à Tamener et, en la maniant à bras , à la faire reposer sur les barres traversières de façon à faire correspondre les trous de la hune et des barres destinés au passage des clefs.

222. Cas où le bord de la hune ne pare pas le tenon. — Il peut se faire que Tarête supérieure du trou du chat ne pare pas le tenon, soit parce que les nœuds de bois ont couru, soit parce qu'on a aiguilleté les poulies des cartahus de tête avec trop de battant.

Dans ce cas on devra tenter de faire franchir le tenon par le trou du chat, en présentant celui-ci par un de ses angles, manœuvre qui s'exécute en mollissant un des cartahus et en pesant l'autre. Si cette opération est inefficace, on se servira d'un palan dont la poulie supérieure sera frappée au tenon, sa poulie inférieure étant crochée sur le bord inférieur de la hune.

223. Faire la liure du beaupré. — Il est essentiel que le beaupré soit solidement établi et tenu, car c'est lui qui sert de point de fixation aux étais du mât de misaine, lequel mât sert à son tour de point d'application pour les étais de la mâture haute arrière. C'est pour cela

qu'on assujettit le beaupré contre la guibre au moyen de sa liure.

Il y a quelques années encore , on employait deux liures; celle d'en dedans en chaîne et celle d'en dehors en filin ; cette dernière ayant été supprimée, il n'y a plus à s'occuper que de la liure en chaîne. Quand on veut l'effectuer, on suspend préalablement au bout du beaupré un poids, tel qu'une ancre, par exemple, destiné à rapprocher ce mât de la guibre. Cette dernière est percée d'une mortaise et la chaîne employée pour la liure vient faire dormant à

Fig. 13i. —Liure de beaupré.

un piton placé près et sur Tarrière de cette mortaise. La chaîne monte ensuite, passe par-dessus le beaupré, revient de l'autre bord, passe dans la mortaise, remonte par-dessus le beaupré, et ainsi de suite, de façon que les tours soient passés sans s€ croiser, à se toucher et en allant de Tarrière à Tavant.

On les genope entre eux, et quand on en a passé un nombre suffisant, la chaîne vient s'arrêter à un piton placé, comme le premier, près de la mortaise. On a ainsi formé un écheveau de cordons parallèles et tendus seulement à la main. On raidit alors la liure en appliquant sous le beaupré, à tribord et à bâbord de la chaîne, deux bandes de fer d'une largeur de quelques centimètres et d'une longueur égale à la largeur des écheveaux : ces bandes sont percées de trous qui reçoivent trois longs boulons taraudés et munis d'écrous qui servent à effectuer la tension de la liure.

Nota. — Quelques bâtiments d'un nouveau type sont pourvus de beauprés en tôle : la liure est dans ce cas remplacée par des bandes de tôle posées à cheval sur le mât et dont les extrémités sont appliquées et rivées sur les formes de Tavant.

224. Mettre en place le capelage du beaupré. — Le beaupré ainsi tenu, on installe en dessous un échafaudage formé de légers espars et de quelques planches, sur lesquelles les hommes se placent pour mettre en place le capelage du beaupré dont l'ordre est le suivant :

Estrope de la moque de la première sous-bjtrbe, placée au tiers de la saillie du beaupré à partir du chouque. Elle est retenue par une entaille faite dans la jumelle et par des taquets ; .Deux estropes à cosses, pour haubans de beaupré;

Estrope à cosse pour hisser la chaloupe, servant, au besoin, à crocher une caliorne pour remplacer immédiatement une sous-barbe ou un hauban cassé ;

Les deux chaînes des étais de misaine, baguées sur le beaupré et terminées par deux maillons, pour recevoir des ridoirs. On aiguillette sur ces chaînes, de chaque côté du beaupré, les poulies de cargues-fonds et de boulines de misaine;

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Estrope de la moque de la deuxième sous-barbe, en dehors du capelage;

Estrope de la moque de la troisième sous-barbe, ou fausse sous-barbe, en dedans des violons et à les toucher.

Aux pitons du chouque : poulies de boulines du petit hunier.

Le beaupré porte encore un cercle à pitons pour faire le dormant du braguet du bout-dehors d'un bord, et fixer de l'autre la manille à échappement; un cercle à pitons pour arcs-boutants de haubans de beaupré, la velture et le croissant de la caisse du bout-dehors.

225. Sous-barbes de beaupré. — Les sous-barbes sont fixées à un étrier en fer boulonné en travers de la guibre et viennent se raidir sur le beaupré. Elles sont en fil de fer ou en chaîne. Pour confectionner une sous-barbe en fil de fer, on prend un cordage en fer, de la grosseur d'un bas hauban, et on le passe dans rétrier de la guibre. On réunit ensuite les deux extrémités par une épissure carrée, contre laquelle on place une moque que Ton y maintient par un amarrage à plat; deux autres amarrages sont ensuite faits sur la sous-barbe, un au milieu, l'autre à toucher l'étrier.

On prend ensuite la ride, on l'applique par son milieu dans Tengoujure de la moque du beaupré et on passe les deux bouts alternativement dans les deux moques jusqu'à ce qu'elles soient pleines.

Avant l'opération du ridage, on suspend sous le beaupré un poids déterminé, comme lorsqu'on a fait la liure.

On réunit ensuite les deux bouts de la ride et on frappe dessus la poulie simple d'un palan dont la poulie supérieure est frappée sur la sous-barbe. Ce garant va passer dans une poulie crochée à une erse baguée sur le beaupré au-dessus de l'estrope de la sous-barbe et est raidi au moyen d'un palan croche dans un piton sur la joue du bâtiment. Cette disposition permet d'agir directement dans le sens de la sous-barbe et d'utiliser par suite toute la force employée (fîg. 136).

On palanque, après avoir bien suive tous les tours de la ride, que l'on genope entre eux quand on a obtenu la tension suffisante.

Quand la sous-barbe est en chaîne, on la raidit aussi quelquefois au moyen d'un système de rides et de moques pareil au précédent. D'autres fois , notamment sur la plupart des navires dits à phares abaissés, la sous-barbe en chaîne se raidit au moyen d'un ridoir fixé sur le beaupré.

Fig. 136. — RIdage d'une sous-barbe.

Si26. Haubans de beaupré. — Ces haubans sont en chaînes et viennent se fixer sur la joue du bâliment : ils sont généralement raidis au moyen de ridoirs métalliques fixés à des cosses dont les estropes font partie du capelage :

227. Gapelages des bas mâts. — Les capelages des basmâts sont placés dans l'ordre suivant :

Mât de misaine. — Première paire de haubans bâbord. Première paire de haubans tribord.

Estrope avec margoiiill^t , pour l'étai du grand mât de hune.

Deuxième paire de haubans bâbord.

Estrope avec margouillet pour le faux étai du grand mât de hune.

Deuxième paire de haubans tribord.

Estrope à cosse, pour palan de bout de vergue de chaloupe (la cosse à tribord).

Les autres paires de haubans, alternativement bâbord et tribord.

Étais ; celui de bâbord ]e premier.

Estrope ou élingne avec cosse pour palan d'étai.

Estrope pour poulies de drisses de basse vergue, lorsque ces poulies ne sont pas fixées sur la suspente.

Suspente de la vergue de misaine.

Au-dessous du chouque : deux estropes à margouillets, pour étais de grand perroquet et de grand cacatois. Ces étais se rident à deux cosses fixées sur Toeil de la dernière paire de haubans.

En dessous des jottereaux : deux estropes au mât, pour galhaubans étranglés, deux estropes pour palans de roulis.

Grand mât. — Première paire de haubans tribord.

Première paire de haubans bâbord.

Estrope de la moque à rouet de l'étai du mât de perroquet de fougue.

Deuxième paire de haubans tribord.

Deuxième paire de haubans bâbord.

Estrope à cosse pour bout de vergue de chaloupe (la cosse à tribord).

Les autres paires de haubans, alternativement tribord et bâbord.

Étais : celui de tribord le premier. Us portent à la jonction des branches les poulies de conduite des bras du petit hunier.

Estrope ou élingue avec cosse pour palan d'étai.

Estropes pour poulies de drisses de basse vergue, lorsque ces poulies ne sont pas fixées sur la suspente.

un piton placé près et sur Tarrière de cette mortaise. La chaîne monte ensuite, passe par-dessus le beaupré, revient de l'autre bord, passe dans la mortaise, remonte par-dessus le beaupré, et ainsi de suite, de façon que les tours soient passés sans s€ croiser, à se toucher et en allant de Farrière à Tavant.

On les genope entre eux, et quand on en a passé un nombre suffisant, la chaîne vient s'arrêter à un piton placé, comme le premier, près de la mortaise. On a ainsi formé un écheveau de cordons parallèles et tendus seulement à la main. On raidit alors la liure en appliquant sous le beaupré, à tribord et à bâbord de la chaîne, deux bandes de fer d'une largeur de quelques centi-^ mètres et d'une longueur égale à la largeur des écheveaux : ces bandes sont percées de trous qui reçoivent trois longs boulons taraudés et munis d'écrous qui servent à effectuer la tension de la liure.

Nota. — Quelques bâtiments d'un nouveau type sont pourvus de beauprés en tôle : la liure est dans ce cas remplacée par des bandes de tôle posées à cheval sur le mât et dont les extrémités sont appliquées et rivées sur les formes de l'avant.

224. Mettre en place le capelage du beaupré. — Le beaupré ainsi tenu, on installe en dessous un échafaudage formé de légers espars et de quelques planches, sur lesquelles les hommes se placent pour mettre en place le capelage du beaupré dont l'ordre est le suivant :

Estrope de la moque de la première sous-bjtrbe, placée au tiers de la saillie du beaupré à partir du chouque. Elle est retenue par une entaille faite dans la jumelle et par des taquets ; .Deux estropes à cosses, pour haubans de beaupré;

Estrope à cosse pour hisser la chaloupe, servant, au besoin, à crocher une caliorne pour remplacer immédiatement une sous-barbe ou un hauban cassé ;

Les deux chaînes des étais de misaine, baguées sur le beaupré et terminées par deux maillons, pour recevoir des ridoirs. On aiguillette sur ces chaînes, de chaque côté du beaupré, les poulies de cargues-fonds et de boulines de misaine;

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vers le ton du mât; c'est alors qu'on emploie le troisième bout eapelé sur le tenon, en le passant de dedans en dehors dans l'œil et en envoyant son extrémité libre au gabier qui se tient sur le marchepied du tenon. On hisse le cartahu, on coupe la deuxième bridure, et à mesure que le hauban monte, le gabier du tenon embraquant son bout, haie à lui l'œil et finit par pouvoir le capeler sur le mât; se mettant alors à plat- ventre sur la face supérieure du tenon, il permet aux gabiers de la hune de faire glisser l'œil le long du ton et de le faire tomber à son poste.

On envoie alors un gabier s'affaler le long du hauban pour larguer le dormant du cartahu : on peut supprimer cette dernière opération, en faisant le dormant au moyen d'un cabillot frappé sur le cartahu, à une distance du bout plus grande que la hauteur de la hune au-dessus du pont ; ce cabillot constitue un dormant mobile en venant s'engager sous une bridure qui réunit les deux branches de la paire de haubans et qui est faite à une distance de l'œil plus grande que la hauteur du ton. Quand le hauban est eapelé, il suffît de haler du pont sur le bout du cartahu, pour dégager le cabillot et rendre le cartahu libre.

Les haubans sont capelés successivement, en commençant à bâbord pour le mât de misaine, à tribord pour le grand mât et le mât d'artimon.

En plaçant ainsi les haubans à leur posle au capelage, on doit avoir soin que l'amarrage de la première paire soit exactement par le travers du mât; chaque paire doit ensuite recouvrir de moitié l'amarrage de la paire qui précède.

SS30. Capeler les étais de bas mât. — Les poulies des cartahus qui ont servi à capeler les haubans sont frappées sur le ton, au-dessus de la place que doivent occuper les étais. Les cartahus descendent par le trou du chat sur l'avant du mât et sont frappés à la jonction des branches. Chacun d'eux estélongé sur une briinche, avec plusieurs bridures. On pèse également les deux cartahus, on coupe les bridures à mesure qu'elles arrivent à la poulie, et guidant les branches de chaque côté du

ETUDE DU GKEEMENT. lOf

ton, on les réunit, sur l'arrière du mât, par un aiguillelage croisé fait entre les deux œils qui les terminent.

Comme, avant de frapper les cartahus, on avait eu soin de marier les deux étais Tun au-dessus de l'autre au moyen d'amarrages faits tout le long des branches, on voit que les deux étais ont été hissés et capelés en même temps.

231. Remarques relatives à la tenue des bas mâts. — Quand les haubans, les étais et les diverses estropes composant le capelage ont été mis en place , il s'agit de raidir la basse carène, c'est-à-dire de donner aux étais et aux haubans une tension calculée de façon à ce que les mâts soient en définitive solidement établis dans le plan longitudinal du bâtiment et suivant des inclinaisons indiquées avec la verticale. D'où pour chaque mât deux opérations distinctes : Tune, de faire mouvoir la tête du mât vers l'avant ou vers l'arrière pour obtenir cette inclinaison; l'autre, de la porter sur tribord ou sur bâbord pour mettre les mâts dans le plan longitudinal.

Voici comment on procède : on commence par appeler la tète du mât sur l'avant du point qu'elle doit définitivement occuper, avec un système de caliornes venant de l'avant : on agit ensuite sur les haubans, principalement sur les haubans du travers, pour mettre le mât dans le plan longitudinal , et le fait de raidir les haubans de l'arrière vient corriger l'erreur qu'on avait volontairement commise en portant préalablement les mâts un peu trop de l'avant.

232. Appeler les bas mâts de l'avant. — La première opération , celle qui consiste à appeler les bas mâts de l'avant, paraîtrait tout d'abord devoir être effectuée au moyen des étais : mais si on réfléchit que pour pouvoir porter ainsi la tète du mât sur l'avant, on a dû retirer les coins qui tenaient les mâts dans les étambrais, que par suite les mâts n'ont plus d'appui que dans leurs emplantures, on se rendra compte que les étais agissant au bout d'un aussi long bras de levier pourraient fort bien donner de l'arc aux mâts. On ne se sert donc point des étais, mais bien d'un système de deux caliornes dont le point

d'action sur le mât, en raison de ce qui vient d'être dit plus haut est hxé h quelques mètres au-dessous des élongis.

Les caliornes employées sont les caliornes de bas mâts, décrites au §90

Fig. 438. — Appeler les bas mâts de Tavant.

On les envoie en haut au moyen des cartahus dont on s'est $ervi pour capeler les étais.

Ces cartahus sont frappés sur les cosses des pantoires des caliornes de bas mât et genopés en plusieurs points sur ces pantoires. Les cartahus sont pesés, les genopes larguées au fur et à

ETUDE DU GRÉEMENl. 103

mesure, jusqu'à ce qu'avec le mou des panloires les gabiers puissent faire leur dormant : pour cela avec chaque pantoire on fait un tour mort successivement sur chaque élongis et on bride ensuite les deux bouts ensemble entre les élongis.

Les deux pantoires tombant ainsi sur Tarrière du mât et de telle sorte que les deux poulies soient à la même hauteur, sont ensuite bridées Tune à Tautre, derrière le mât, un peu au-dessous des jottereaux, en un point qu'on garnit de fourrure.

On installe des erses sur les bossoirs ou sur des pitons tout à fait à Tavant pour y crocher les poulies inférieures des caliornes du mât de misaine; celles du grand mât se crochent dans des boucles du pont, en abord , sur l'arrière des porte-haubans de misaine.

On fait passer les garants dans des poulies de retour, puis, avant d'agir dessus, on décoince les mâts dans leurs étambrais.

On pèse ensuite sur ces garants et, ainsi que nous l'avons dit plus haut, on appelle les bas mâts un peu sur Favant de la position qu'ils doivent définitivement occuper, parce qu'ils seront rappelés sur l'arrière quand on effectuera le ridage des haubans.

233. Systèmes employés pour raidir la basse carène. — Deux systèmes sont en usage: les ridoirs métalliques et les caps de mouton avec rides.

Les étais de bas mâts sont tous raidis à Taide de ridoirs métalliques ; à bord de quelques navires, on s'en sert également pour les bas haubans. Mais ils ont l'inconvénient de n'apporter aucune élasticité dans le gréement, élasticité dont sont presque totalement dépourvus les cordages en fil de fer, surtout quand ils sont courts comme les bas haubans : on est donc revenu, sur la plupart des navires, à remploi des caps de mouton dont les rides en chanvre compensent un peu le défaut d'élasticité des haubans en fil de fer.

S234. Ridoirs métalliques. — Le ridoir métallique le plus usité aujourd'hui est dit à vis covverle (système de Brest). >

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Il se compose de trois parties principales :

l"" Une vis v, sur laquelle vient se fixer la manœuvre à rider au moyen d'une cosse c et d'une manille m ;

2* Un noyau central n terminé vers le haui par un écrou e destiné à recevoir la vis V, et prolongé vers le bas par une vis v de longueur et de pas identiques à ceux de la vis v;

3" Un tube t ^\^é à la chaîne d'étai ou de hauban par une manille m\ et terminé vers le haut par un écrou c destiné à recevoir la vis v\

On comprend qu'en faisant tourner le noyau n au moyen d'un levier //', on visse à la fois la vis v dans l'écrou e et la vis v dans l'écrou é ; de telle sorte qu'à chaque tour complet effectué par le noyau n , on obtient un ridage correspondant au rapprochement des manilles m et m'y et égal à deux fois la hauteur du pas de chaque vis. Quand on a ainsi donné à la manœuvre le ridage voulu, on rabat le levier //' parallèlement à Taxe du ridbir, et on engage son bout inférieur dans une petite douille placée sur le cylindre Y', qui recouvre la vis inférieure; ce cylindre Y', ainsi que le cylindre Y qui recouvre la vis supérieure, ont pour but de préserver de l'oxydation les divers écrous ou vis de l'appareil.

Voici comment, pour les étais, on installe ce système de ridoirs :

Les chaînes sur lesquelles sont maillés* les ridoirs des étais

Fig. 439. -- Ridoir à vis couverte.

ÉTUDE DU GREEMENT.

de misaine font partie du capelage du beaupré (voir § 227); celles sur lesquelles viennent se fixer les étais du grand mât sont boulonnées à des pitons sur le pont, un peu sur l'avant et de chaque côté du mât de misaine; de même, sur Tavant et de chaque côté du grand mât viennent se fixer à des pitons du pont deux bouts de chaîne dont le point de jonction, sur l'arrière du grand mât reçoit le ridoir de Tétai d*ar timon.

Les ridoirs ainsi fixés, on les dévisse presque complètement de façon à leur donner le plus de longueur possible ; on passe ensuite, de dessus en dessous, les bouts des étais dans les cosses des vis supérieures; sur chacun de ses bouts on frappe la pou- Jie inférieure d'un palan dont la poulie supérieure se frappe sur Tétai lui-même ; le garant sortant de cette poulie descend passer dans une poulie de retoui* crochée au pied de la chaîne et on haie dessus pour obtenir dans Tétai une certaine tension (voir fig. 138) , à la suite de laquelle on fait sur les deux doubles un amarrage à plat et deux ou trois amarrages en portugaise : on achève ensuite de raidir avec les ridoirs.

Quant aux haubans, ils sont fixés d'une manière analogue sur leurs ridoirs , ceux-ci ayant été préalablement boulonnés sur les chaînes des porte-haubans. Les longueurs des ridoirs devront être à l'avance calculées en progression croissante de Tavant à Tarrière pour que les cosses se trouvent sur une ligne parallèle au bastingage.

Le ridage se l'ait ensuite au moyen des leviers des ridoirs.

Fig. 410 — Ri- (loir à une vis.

Fig. 144. — Ridoir à lanterne.

106 MANUEL DU MANŒUVRIEU.

Nota, — On trouve également en usage un ridoir à vis couverte plus simple que le précédent. Il se compose (voir fig. 140) d'une seule vis retenue au pont ou au porle-hauban par un émerillon E. Cette vis s'engage dans un écrou fixé sur Tétai ou le hauban à rider. Le ridage s'effectue au moyen d'un levier //' ; grâce à l'émerillon, la vis tcmrne sans provoquer de torsion dans l'écrou et par suite dans la manœuvre dormante que l'on ride.

Enfin on se sert plus spécialement pour les sous-barbes et les haubans de beaupré d'un ridoir également à émerillon, mais à vis découverte, nommé ridoir à lanterne^ dont la fig. 141 donne suflisamment la description.

235. Caps de mouton. — Ce système se compose pour chaque hauban de deux caps de mouton, l'un inférieur, muni d'une latte qui traverse le porte-hauban et vient se fixer sur la muraille du bâtiment; l'autre supérieur, tenu par le hauban : entre les deux un système de rides permet de donner au hauban la tension suffisante.

De même que nous l'avons dit plus haut au sujet des cosses des ridoirs, il faut, lorsque les haubans sont raidis, que les caps de mouton supérieurs se trouvent sur une même ligne droite parallèle au bastingage. On doit donc à l'avance marquer sur les haubans la place que doivent y occuper lesdits caps de mouton. Pour cela on frappe sur chaque bas hauban, un peu plus bas que le bastingage, un bout de filin que l'on passe de dehors en dedans, dans un des trous du cap de mouton inférieur qui lui correspond sur le porte-hauban : on fait sur l'extrémité de ce filin une gueule de raie et on y croche la poulie inférieure d'un palan dont la poulie supérieure est frappée suffisamment au-dessus, sur le hauban.

Tous les haubans ainsi disposés, on les raidit ensemble de chaque bord de façon à leur donner une tension modérée et autant que possible égale. On marque alors, sur chaque hauban, la place que devra occuper le cap de mouton supérieur, au moyen d'une ligne que l'on tend abonne hauleur, parallèlement au bastingage.

Les palans décrochés, on laisse venir le long du mât les hau-

bans sur chacun desquels on s'occupe de fixer le cap de mouton supérieur à la place marquée; le nœud employé pour cela est un nœud de bouline, tel que le bout du hauban, après avoir entouré le cap de mouton, passe par-dessus le double et, se repliant, s'amarre sur lui-même au moyen d'un amarrage en portugaise et d'un amarrage plat (fîg. 142); les bouts doivent toujours être en dedans et dirigés vers Tarrière.

Avec les caps de mou-

Fig. 142. — Passer une ride dans les caps de mouton.

Fig. 143. — Ridage d'un bas hauban (palans renversés).

ton à quatre trous, seuls en usage aujourd'hui, voici comment on procède ensuite pour passer les rides : on entoure le collet de la latte du cap de mouton inférieur avec le milieu du filin qui doit servir de ride et on assure le dormant par un amarrage

108 MANUEL DU MANŒUVttlER.

plat, fait en dedans. On passe ensuite les deux bouts de la ride dans les deux trous supérieurs du cap de mouton supérieur, de dedans en dehors; on les fait descendre, passer de dehors en dedans dans les trous inférieurs du cap de mouton inférieur et semblablement dans les autres trous (ûg. 142).

Pour rider maintenant les bas haubans on emploie le système dit des palans renversés (fîg. 143), analogue à celui dont nous nous sommes servi pour les sous-barbes.

Les deux bouts de rides sortant du cap de mouton inférieur sont mariés ensemble : on y croche, au moyen de gueules de raie ou de gueules de loup, la poulie double d'un palan dont la poulie simple est frappée sur le hauban : sur le garant de ce palan est à son tour crochée la poulie inférieure d'un deuxième palan ânni la poulie supérieure est fouettée vers le milieu de chaque hauban et dont le garant vient de haut en bas sur le pont; en agissant sur ce garant on obtient pour le hauban la tension convenable.

236. Indications relatives aux opérations du ridage. — Ces divers systèmes destinés au ridage étant préparés, voici quelques indications relatives à la façon dont on achève de raidir la basse carène..

On raidit d'abord les étais et on tient bon avec les leviers des ridoirs quand on s'aperçoit que les caliornes de bas mât commencent à mollir.

On agit ensuite des deux bords à la fois sur les bas haubans, au moyen des rides des caps de mouton ou des ridoirs métalliques. •

On commence par les haubans du travers et on continue en allant vers l'arrière. Il faut donc dès le début s'appliquer à tenir le mât dans le plan longitudinal. Pour s'en assurer, divers procédés sont en usage. Généralement, on mesure de chaque bord, au moyen d'un compas de charpentier, la distance qui existe par le travers entre la surface du mât et l'étambrai. On prend la moyenne de ces deux distances et on ouvre le compas à cette longueur. En portant successivement le compas de chaque côté du mât pendant l'opération du ridage, on reconnaît sur quel bord le mât doit être porté pour être maintenu droit. On peut aussi

ËTUDE DU GRËEMENT. 109

fixer sur le bord inférieur des élongis, de chaque bord et par le travers, une ligne légère dont on conduit l'autre extrémité en abord sur un point symétrique des deuK bords : Télévation ou l'abaissement du bout de l'une ou de l'autre ligne indique sur quel bord il est nécessaire de palanquer davantage.

A mesure qu'on raidit les haubans plus de l'arrière, on reporte dans ce sens la tète du mât : il est donc bon de savoir à quel point il faut s'arrêter pour que le mât ait en définitive l'inclinaison voulue. On se sert pour cela d'un fil à plomb fixé à l'arrière du mât, les mâts devant être en général inclinés sur l'arrière. Ce plomb, doit, pour une inclinaison et une différence de tirant d'eau données,, tomber à une distance de la génératrice arriére du mât facilement indiquée par le calcul. L'accroissement ou la diminution de cette distance indique si le mât doit être porté sur l'avant ou sur Tarrière."

Ces opérations terminées, on pourra coincer le mât dans ses étambrais.

Par ce qui précède on comprendra facilement qu'on ne peut raidir une basse carène qu'en s'y reprenant plusieurs fois, si l'on veut obtenir un mât bien dressé, des manœuvres dormantes travaillant toutes également et l'ensemble satisfaisant à ces conditions que le mât ne fatigue que modérément son emplanture et ne porte nullement sur ses étambrais.

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