ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE
La muqueuse de toute la partie sous-diaphragmatique du tube digestif est tapissée par un épithélium cylindrique^ depuis le cardia jusqu*à Torifîce anal. Ces cellules ne forment qu'une seule et simple couche qui repose immédiatement sur
1. Mémoire» de la Soc. de biologie et Journal de physiologie, 1866.
le chorion de la muqueuse ; cependant on peut apercevoir, au point d'implantation des cellules cylindriques, des éléments plus petits, de forme plus ou moins polyédrique, destinés sans
doute à reproduire les cellules cylindriques lorsque celles-ci sont détachées de la muqueuse. Cette chute des cellules prismatiques est très-fréquente : d*après certaine théorie de l'absorption (Kiiss), elle constituerait môme un phénomène physiologique auquel est soumise à chaque digestion toute la muqueuse de Tintestin grêle :
il est done très-important d'étudier l'aspect de ces cellules détachées, leur forme normale, et les modiGcations qu'elles subissent par suite de l'imbibition, de la macération et sous rinfluencé de certains réactifs.
Les cellules oylindriques sont des éléments de 33 à 36 [i de
«. — ^ .. . , ..... long sur 6 à 9 fA cle large : elles Fig. 63. - Cellules épithé- ^ à ^ ou 6 nans de aorte oue liales dee villositôs, gross. ^°"^ * ? . ^ .' . î: ^ ' 350. (Kœlliker.) - a. dont ^^^s d en haut, c est-a-dire par la membrane est gonflée ; lou*" extrémité libre, elles repïéb, dont la membrane gon- sentent, par leur juxtaposition,
une élégante mosaïque (fig. 63, c)\ l'extrémité, par laquelle elles adhèrent au tissu sous-jacent est plus ou moins effilée. Ces cellules adhèrent très-fortement entre elles, de sorte qu'elles se détachent d*ordinQire par petits lambeaux, plus rarement en éléments isolés. Elles sont formées d'un protoplasma granuleux, contenant beaucoup de mucine, comme le montre l'action de l'acide acetique, et un noyau clair, vésiculaire^ ovalaire. Le tout est renfermé dans une enveloppe qui, au niveau de la partie libre de la cellule, s'épaissit en un bourrelet, dit bourrelet de la base; par la juxtaposition des cellules, les bourrelets voisins forment
fiée est tombée; c, quelques cellules vues d'en haut.
comme une couche particulière, une cuticule au-dessus de répithéiium cylindrique (fîg. 64). Ce bourrelet de la base parait
Fig. 64. — Cellules épithéliales de l'intestin grôle, encore adhérentes les unes avec les autres (gross. 300 d.). — a, membrane gonflée par l'eau. (Kœlliker.)
finement strié, et en effet les recherches sur les animaux inférieurs (insectes] permettent facilement de constater qu'il est
Fig. 65. — A, Cellules épithéliales de l'intestin, traitées par l'eau (a, plateau épais et strié ; b, goutte transparente du contenu, sortie sous l'influence de l'eau) ; B, cellules isolées; C, cellules semblables, à paroi supérieure soulevée par l'action de l'eau; D, les mômes après l'action prolongée de l'eau.
percé de fins canaliculcs. L'eau imbibe rapidement ces cellules et produit d'abord une sorte de hernie de la matière muqueuse
(fig. 05, A) ; si Faction de Teau continue, le plateau peut être soulevé, le contenu de la cellule refoulé vers la pointe, de sorte que la cellule cylindrique se présente fortement renflée (fig. 65, C) ; cet aspect peut encore s*exagérer (comme en D). Le plateau lui-même, sous Faction de Teau et de la macération, se gonfle : si Ton ajoute de Tacide acétique, il parait se dédoubler en une multitude de bâtonnets juxtaposés (comme en B, fig. 65), de sorte que l'on croit avoir sous les yeux une cellule à cils vibratiles : enfin le plateau peut se détacher en restant soudé aux plateaux de cellules voisines, de façon à représenter un lambeau de cuticule libre. Malgré la chute du plateau, la cellule prismatique ne reste pas ouverte au niveau de la base, ce qui prouve qu'en ce point la membrane d'enveloppe est double, ou mieux, que le plateau est une couche suragoutée à la membrane générale en un point particulier; mais la cellule prend alors des formes particulières sous l'influence de l'imbibition : la figure 65, D, donne une idée de ces cellules renflées et hydropiques à une extrémité, avec noyaux et protoplasma refoulés. Ces cellules ainsi modifiées ont été prises souvent pour des éléments normaux particuliers ; contentons-nous d'indiquer que c'est là probablement ce que Gruby et Delafond ont décrit sous le nom d'épithélium capitatum, ce que plusieurs auteurs appellent cellules de Letzerich, du nom d'un histologiste qui a insisté sur leur description. Nous devons cependant ajouter que cette question est encore réservée jusqu'à un certain point, et que quelques micrographes admettent, en eflet, au milieu des cellules cylindriques, des cellules particulières, à formes renflées, qu'ils regarderaient volontiers comme des glandes, unicèllulaires (Kœlliker, Ranvier)'.
1. Ces cellules (dites cupuUfûrmei) seraient «lors des organes normaux, des glandes unicèllulaires chaînées de produire le mucus. On en a décrit de semblables sur un grand nombre de membranes muqueuses et récemment encore sur la conjonctive elle-même. Ajoutons cependant que, d'après des travaux plus récents, les cellules cupuliformes de la conjonctive ne seraient, elles aussi, que des cellules épithélialos ordinaires qui, sous Tinfluence d'une inflammation catarrbale, ont subi la dégénérescence muqueuse. (Voy. Rich. Centraiblatt, i874, no 47, p. 737.)
L'épithélium cylindrique tapisse tion-seulement toutes les parties unies de la muqueuse digestive, mais encore ses saillies et ses dépressions ou glandes : ses saillies sont les villosités. sortes de prolongements digitiformes, très-riches en vaisseaux sanguins et lymphatiques, vu leur rôle essentiellement absorbant, et coiffées d'un capuchon complet de cellules prismatiques: parfois le capuchon épithélial d'une villosité peut se détacher en entier et être retrouvé ainsi dans les selles. Les villosités n'existent que dans l'intestin grêle, depuis le pylore jusqu'à la face supérieure de la valvule iléo-cœcale.
Dans la plupart des glandes, l'épithélium de la muqueuse reste cylindrique. Telles sont les glandes de LieberkUhn, les glandes dites muco-gastriques de l'estomac, les glandes en tube du gros intestin et la glande biliaire elle-même : en etfet, ce n'est que vers les extrémités terminales, encore mal connues, des canaux biliaires, que l'épithélium change de nature ; partout ailleurs, dans la vésicule, dans le canal cholédoque, dans lés canaux hépatiques, l'épithélium des voies biliaires est cylindrique comme celui de l'intestin. Dans les autres glandes, l'épithélium, cylindrique dans les canaux excréteurs, se modifie au niveau des culs-de-sac sécréteurs ; ainsi au niveau des glandes pepsiques il se compose de grandes cellules polygonales pâles, finement granulées, à noyau très-distinct, mais sans membrane d'enveloppe bien visible (cellules à pepsine); au niveau des glandes de Brunner et des culs-de-sac du pancréas, l'épithélium devient semblable à celui des glandes en grappe de la bouche et de l'œsophage. Nous ne parlerons pas des follicules clos isolés ou agminés (plaques de Peyer) de l'intestin ; leur partie fondamentale, les follicules lymphatiques, présentent des éléments analogues à ceux que nous avons étudiés dans les cavités buccales et pharyngiennes (p. 219 et 220).
La muqueuse gastro-intestinale donne naissance à des produits spéciaux et à des mucus qui diffèrent peu du mucus que nous avons étudié d'une manière générale.
Dans Testomac, le mucus est sécrété, comme nous
rayons vu, par des glandes distinctes de celles qui donnent naissance au suc gastrique. Ces glandes fonctionnent isolément, c'est-à-dire que la muqueuse gastrique produit, à certains moments, du mucus, et ne produit pas de suc gastrique, ou bien donne naissance à du suc gastrique et ne produit alors que très-peu de mucus.
Dans rintestin grêle, le mucus proprement dit se mélange continuellement au produit des glandes de Brunner et de Lieberkiilin, de sorte que le suc en^ tériçue représente, au point de vue microscopique, un mucus plus ou moins dilué.
Dans le gros intestin, la sécrétion muqueuse est très-prononcée et forme à la surface de la muqueuse une couche visqueuse douée d'une certaine ténacité; ce mucus est souvent excrété sous la forme de flocons distincts, plus ou moins volumineux. (Yoy. Mucus en général.)
Les liquides de sécrétion spéciale versés normalement dans le tube intestinal sont : le suc gastrique, le suc pancréatique et la bile.
Le suc gastrique, s'il n'est pas mêlé à du mucus, est un liquide parfaitement limpide dans lequel on ne trouve aucun élément figuré ; il contient seulement quelques granulations libres et, tout à fait accidentellement, des cellules épithéliales prismatiques de l'estomac.
Le suc pancréatique normal ne contient non plus en suspension aucun élément anatomique ; sa matière albuminoïde, la pancréatine, n'est pas comparable à la mucosine ; du reste, on n'a pas besoin de microscope pour la caractériser, et l'on a une réaction chimique bien plus nette, découverte par