‹ Manuel du microscope dans ses applications au diagnostic et à la cliniqueChapitre 51 sur 98 · BILE · texte numérisé non relu

BILE

Cl. Bernard, c'est raclion du chlore qui colore la paacréatine en rouge : la pancréatine est la seule substance organique qui présente cette réaction.

La bile, outre les éléments figurés qu'elle peut renfermer elle-même, jouit de la propriété de colorer vivement tous les éléments anatomiques au contact desquels elle se trouve : les débris de cellules, les fragments d'épithélium concentrent la matière colorante de la bile en s'en imprégnant, de sorte que parfois l'étude microscopique des particules en suspension dans un liquide pourra y fiaiire reconnaître la présence de la bile, ou du moins de sa matière colorante, lorsque l'examen à l'œil nu y faisait à peine soupçonner sa présence. Enfin, on pourra rendre la coloration encore plus évidente par l'action de l'acide azotique, qui exagérera la couleur verte des éléments imprégnés de bile ; on verra, en continuant l'action du réactif, cette couleur verte virer peu à peu au bleu, au violet et finalement au rouge.

La bile, en dehors des éléments du mucus qui s'y mêle dans la vésicule biliaire, ne renferme en suspension que des éléments pour ainsi dire accidentels, et qui n'ont rien de caractéristique, ou bien des corps qui se forment par la précipitation et la décomposition des principes tenus en dissolution dans la bile toute fraîche. Les premiers éléments sont : des granulations moléculaires, tantôt isolées, parfois réunies en plaques verdâtres (de Blainville, Gh. Robin), des gouttelettes d'huile d'un jaune verdâtre, des cellules d^épithèlium prismatique provenant des gros conduits excréteurs du foie et de la vésicule biliaire (mucus.) Parmi les corps qui se forment par la décomposition de la bile avec la précipitation de

ses éléments dissous,, les plus importants sont: la taurine, qui se dépose parfois, spontanément, ou dont on détermine la précipitation par Faction des acides et de la chaleur (qui décompose Tacide taurocholique) ; la taurine se présente alors sous la forme de prismes rhomboïques à six pans, terminés en pointe; parfois ces formes cristallines sont moins nettes, moins volumineuses, et se groupent en petites masses ou gerbes irrégulières.

Vient ensuite la cholestérine, dont nous avons déjà parlé (voy. Peau, p. 137 et 145). Mais dans le cours normal de la bile, c'est-à-dire lorsqu'elle est versée dans l'intestin pour jouer dans la digestion son rôle encore bien mystérieux, ce n'est pas de la cholestérine qui se dépose et que l'on retrouve sous forme de cristgiux lamellaires mêlés aux matières fécales : dans l'intestin,' la cholestérine, soit par déboublement, soit par fixation d'eau, se transforme en séroline (Boude t), qui se présente d'ordinaire sous la forme de débris blancs nacrés, solubles dans l'éther comme la cholestérine. Enfin, quoique la matière colorante de la bile normale reste d'ordinaire dissoute, et se dépose rarement et seulement sous forme de particules amorphes, les nombreux dérivés de cette matière colorante, et particulièrement la bilifulvine ou bilirubine, forment parfois des cristaux à peu près identiques, comme aspect et comme composition, à l'hémaloïdine (voy. p. 79); on ne peut du reste encore dire précisément si ces cristaux de bilirubine proviennent de la matière colorante de la bile ou de celle du sang. Dans le cours .normal de la bile dans l'intestin., et pendant son mélange avec les produits de la digestion stoma-

cale, une partie de la matière colorante de la bile exerce son action tinctoriale sur les débris alimentaires qui vont former les matières fécales; en même temps, une portion de la matière colorante se précipite à Tétat de grains arrondis et ovoïdes jaunes verdâtres, larges de 5 à 30 millièmes de millimètre (Gh. Robin). C'est surtout dans le méconium du fœtus que Ton peut bien étudier ces grains, remarquables par leur couleur d'un beau vert à la lumière transmise empruntée à des nuages blancs; vus à lumière jaune orange de la lampe, ils prennent une teinte violacée ou grise à reflets violets qui est moins caractéristique (Gh. Robin) ; on peut, par Tacide azotique, produire sous le microscope dans ces grains de biliverdine les réactions colorées bien connues et caractéristiques de la matière colorante biliaire (réaction de Gmelin).

Vomls8«ment8

Le vomissement^ évacuation brusque, convulsive, de matières solides ou liquides parvenues naturellement ou accidentellement introduites dans Testomac et rejetées par la bouche, ne fournit en général, lorsqu'il est considéré isolément, que des données séméiologiques assez peu précises. Ni son abondance, ni sa fréquence, ni même la nature des matières qui le composent, ne prouvent son origine. Il importe cependant d'examiner avec soin les matières rejetées par le vomissement. Ajouté à d^autres signes, celui-ci, en eflTet, peut préciser le diagnostic. Il en est des Vomissements comme des crachats, des matières fécales, de l'urine. Alors que, dans une

240 MUQUEUSE GASTRO-ÎNTESTINALE.

maladie où les inductions diagnostiques abondent, rétude des produits excrétés peut paraître inutile, il arrive trop fréquemment que dans des cas plus complexes, plus difficiles, cette étude, toujours délicate, suffirait, si elle était faite consciencieusement, pour éclairer le médecin. Dans les vomissements dus à des intoxications, dans ceux que déterminent le cancer de Testomac, Talcoolisme, etc., Texamen des 'produits rejetés par la bouche met assez fréquemment sur la voie du diagnostic.

Les matières vomies peuvent contenir :

jo) Les produits de sécrétion de la muqueuse stomacale, produits qui se mélangent à de la salive, presque toujours sécrétée en abondance.

2°) Des matières alimentaires ayant subi un commencement de digestion ou à peine modifiées sous rinfluence des sucs nutritifs.

3°) Des produits accidentellement déversés dans le ventricule stomacal et rejetés par le vomissement (bile, calculs biliaires, etc., matières stercorales plus ou moins liquides).

4») Du sang et du pus.

5°) Des lambeaux pseudo-membraneux.

6o) Des animaux ou végétaux parasites, des corps étrangers, des sels métalliques, etc.

L Les vomissements glaireux, pituUeux (gastralgie, cancer de Testomac au début, alcoolisme, hystérie, vomissements du début de la grossesse, etc.), sont presque exclusivement composés de mucus stomacal et de salive. Ce mucus stomacal est filant, alcalin, gris jaunâtre, renfermant quelques flocons pseudo-membraneux ou quelques débris de matières alimentaires. La salive presque pure, sécrétée en

quantité d'autant plus abondante quHl y a en même temps irritation stomacale, est accumulée, dans Testomac, après des mouvements répétés de déglutition, puis rejetée au. dehors (pyrosis). Les vomissements salivaires proprement dits sont trèspauvres en éléments figurés. Le microscope ne peut y reconnaître que quelques rares leucocytes* mélangés à des cellules épithéliales pavimenteuses (provenant de la bouche), et à quelques cellules globuleuses, infiltrées de granulations et présentant un large noyau périphérique. Ces cellules paraissent provenir des canalicules des glandes salivaires. Le mucus, traité par Tacide acétique, présente assez difficilement Taspect strié qui le caractérise : cet aspect se reconnaît aisément toutefois dans les masses glaireuses, parfois assez cohérentes qui nagent au milieu du liquide vomi. Dans les vomissements pituiteux du début de la grossesse, on trouve un assez grand nombre de cellules épithéliales, parfois accolées les unes aux autres, des leucocytes granuleux, un assez grand nombre de gouttelettes de graisse, enfin des débris alimentaires.

Les vomissements cholériques contiennent, au milieu d'un liquide très-séreux, fluide, à réaction alcalitie, très-rarement coagulable par la chaleur ou les acides, des granules riziformes et quelques flocons de mucus. , Les grains riziformes contiennent quelques leucocytes agglutinés par le mucus et un assez petit nombre de cellules épithéliales déformées, granuleuses, infiltrées de graisse. Des cellules analogues, qui paraissent provenir de Tépithélium de la muqueuse stomacale altéré comme dans l'intestin et en voie de dégénération granulo-graisscuse,

242 MUQUEt;SË GASTRO-INTESTINALE.

nagent dans le sérum amMBadt^ où Ton remarque aussi un grand nombre de granuHitioiis^ les unes protéiques, les autres graisseuses, et des parasites que nous signalerons plus loin.

II. Mélangées en proportions assez faibles aux vomissements que nous venons de décrire , les matières alimentaires peuvent constituer, d^autres fois, la presque totalité des matières vomies. Il est souvent difficile de reconnaître, dans ces cas, . les éléments figurés qui entrent dans la composition des matières évacuées. Pour y parvenir, il faudra diluer les produits rejetés par le vomissement, puis laisser la masse ainsi étendue d'eau reposer dans un vase; en enlevant, à Taide d'une pipette, les diverses couclies du liquide, on obtiendra une série de préparations qui pourront être facilement étudiées. Les vomissements alimentaires devront cependant être examinés, surtout au point des vue de l'état des matières alimentaires qu'ils renferment. Parfois, eu effet, les matières vomies sont rejetées presque immédiatement après avoir été introduites dans l'estomac ; elles seront alors à peu près intactes, et l'on s'en assurera aisément par l'examen microscopique. D'autres fois, la masse pulpeuse, rougeâtre, acide, rejetée par le vomissement, ne contiendra que des fibres désagrégées, ayant presque complètement perdu leur aspect strié, des granulations moléculaires en grand nombre, des masses graisseuses plus ou moins divisées, etc. Il sera nécessaire parfois de rechercher quelles sont les substances qui ont été digérées, quelles sont celles qui sont rendues presque immédiatement sans avoir été attaquées par le suc gastrique. Dans les vomisse-

méats qui surviennent dans les premiers temps de la grossesse, dans les vomissements des hystériques, etc., il peut n'exister que de la salivç et du mucus gastrique; d'autres fois, tandis que cer* tains éléments passent sans provoquer aucun malaise, d'autres sont tout à fait ré&actaires à la digestion et peuvent toujours être reconnus dans les vomissements soit à l'œil nu, soit au microscope. Mélangé à ces aliments mal digérés, le mucus stomacal et la salive se reconnaissent moins aisément que dans les vomissements glaireux de la pituite; on peut toutefois retrouver, dans le liquide qui surnage ces déjections, quelques cellules d'épithéliums prismatiques plus ou moins déformées, plus ou moins granuleuses. Enfin, souvent ces vomissements sont mélangés de bile.

III. La bile, dont la coloration et la quantité varient essentiellement dans les vomissements dits hUieuœ, colore en vert, en jaune, quelquefois même en brun plus ou moins foncé les masses glaireuses , muqueuses, évacuées par le vomissement. On reconnaît la bile aux changements de coloration qu'elle présente par l'action de l'acide azotique ; ses réactions microscopiques sont beaucoup plus délicates et moins précises. (Voy. p. 238.) Les vomissements bilieux renferment souvent des cristaux de taurine (p. 237) qu.'il est parfois assez difficile de reconnaître. On les retrouve cependant dans les parties supérieures du liquide qui a servi à diluer les matières vomies. Enfin, un examen à l'œil nu ou à la loupe suffit parfois pour reconnaître des calculs biliaires(p. 233). Les matières biliaires, plus ou moins décomposées ou mélangées de matières sdimentaires.

peuvent répandre une odeur stercorale qui fait supposer Texistence d^un étranglement interne. Les vomissements stercoraux proprement dits ne caractérisent pas cette grave affection. On les observe, en effet, dans certains cas d^hystérie, alors que des matières fécales ont été avalées ; on les constate même dans les cas où un obstacle momentané (compression d^une anse intestinale] s^oppose à Tévacuation par le rectum des matières déjà en partie digérées. Les matières fécales déjà presque solides n^existent que très-rarement dans ces vomissements. Mais la présence des résidus alimentaires très-altérés, leur odeur caractéristique, parfois l'existence de cellules prismatiques agglutinées formant par leur aggloméra* tion une masse qui simule une coiffe de villosités intestinales, suffisent pour tiaire supposer que des matières provenant de Tintestin grêle ont été évacuées par le vomissement.

lY. Le sang, lorsquMl existe dans les matières vomies, peut être absolument pur et présenter les caractères qui le font aisément reconnaître (p. 32 et suiv.) (hémorrhagies abondantes). Il est souvent coagulé et, dans ce cas, Texamen à Tceil nu suffit pour le distinguer. D'autres fois, il est noirâtre, d'une coloration qui rappelle le marc de café, la suie délayée dans Teau, etc. Bien que cette coloration s'observe parfois dans l'hémoptysie, elle est le plus souvent caractéristique de l'hématémèse. L'examen microscopique, en constatant la présence de globules plus ou moins déformés par un contact prolongé avec les liquides de l'estomac {p. 75), en permettant de reconnaître la fibrine dans les lambeaux pseudo- membraneux éliminés en même

temps (p. 43), fera aisément reconnaitre le sang ainsi altéré des divers produits de coloration noirâtre. Ce liquide renferme d'ordinaire un grand nombre de granulations amorphes provenant de débris alimentaires aisés à distinguer des globules sanguins, quelque déformés, quelque dissociés qu'ils puissent être. D'ailleurs, quelque altéré qu'ait été le sang, il présente toujours quelques globules sinon intacts, du moins faciles à reconnaître. Dans le cainr cer de Vestomac, à ces matières hématiques noirâtres s'ajoutent souvent des produits pouvant mettre sur la voie du diagnostic. Pour les reconnaître, il faut Isdsser longtemps séjourner les matières vomies, les délayer dans de l'eau pure, puis décanter et examiner au microscope les flocons qui nagent dans le liquide. Souvent sQors il arrivera, dans les cas de cancer, de retrouver au milieu du muco-pus des cellules très-volumineuses, de formes et de dimensions variables : les unes, sphériques, rondes, polygonales ; les autres à raquettes, à extrémités efQlées ; d'autres fusiformes; toutes renfermant un ou plusieurs noyaux. Ces éléments, déjà signalés (voy. couches profondes de l'épiderme), peuvent faire supposer l'existence d'une ulcération cancéreuse et permettent de distinguer le cancer stomacal de l'ulcère rond ou de la gastrite chronique avec érosions hémorrhagiformes, qui tous deux peuvent donner naissance à des vomissements noirs.

Le pus, mélangé en abondance à un mucus filant, opaque par places, très-visqueux, peut indiquer, l'existence d'un abcès dont le contenu a été avalé. Parfois on rencontre beaucoup de leucocytes (tens les vomissements de la gastrite chronique (pW^eg-

iia MUQUKDSE GASTKO-INTESTINALE.

moseuse) ; d'autres fois, leur présence indique qu'on abcès provenant d'organes voisins [foie, rein, raie, tissu cellulaire de l'abdomen) s'est ouvert dans l'estomac. Les caractères de ces leucocytes sont ceui que nous avons déjà si^alés (p. lOt). Dans les vomissements, ils sont mêlés à des globules de sang, à des fn^ments alimentaires, quelquefois k des débris d'tiydatides.

V. Les lambeaux pseudomembraneux éliminés par lefe vomissements seront distii^ués par les canctères que nous avons signalés en étudiant les dusses membranes que l'on g™iimi'»iiiMon-, c, vihrio- rencontre à la surfoce de \é™'i- f 'muIw' dô 'a'iiiuqueu8ebuccale(p.228). iiniHa.' ' Des plaques de muguet, des

fausses membranes dipbtb^ritiques, des débris d'hydatides seront aisément reconnus.

VI. Parmi les parasites que Ton rencontre dans les vomissements, il en est un dont l'importance avait été dngulièrement exagérée par iesobservateurs La sarcinf (Meritmopedia vmlricùu Ch. Robin), considérée autrefois comme caractéristique des vomissements qui surviennent dans le cancer stomacal, a été rencontrée depuis dans un assez grand nombre de maladies (gastrite chronique, ulcères, cancer de l'estomac, tuberculose, etc.). On la retrouve nonseulement dans les vomissements, mais encore dans

(d'aprti L.

les fèces et même dans certains parenchymes. Cet entophytede la classe des champignons est composé de plaqua quadrangulaires plus ou moins aplaties, sous forme de masses cubiques dont chaque £sice est partagée en 4 saillies par deux lignes transparentes perpendiculaires Tune à l'autre (fig. 66). Ces cellules renferment un noyau jaunâtre. Elles sont accolées les unes aux autres, de manière à constituer des masses compensées de 8, 16 ou un plus grand nombre d'éléments.

Outre la sarcine, d'autres parasites végétaux, déjà décrits, tels que Voïdium du muguet (p. 228), le leptothrix buccalis (p. 224), des sporules de confervoïdes du genre torula, quelques sporules encore mal définies que Ton a signalés dans le choléra (p. 273), se rencontrent dans les vomissements.

On y retrouve aussi quelques entozoaires. Bien que la portion supérieure du tube digestif en soit exempte, ceux-ci peuvent accidentellement parvenir dans Festomac et être évacués par une simple régui^tation (ascarides) ou mélangés aux produits des vomissements (débris d'hydatides, etc.). Nous étudierons les caractères de ces parasites en parlant des matières fécales (p. 275). Disons seulement ici que toutes les matières des vomissements présentent, au bout de peu de temps, un nombre assez considérable de protozoaires, déjà signalés sous le nom de bactéries. Ces protozoaires ne paraissent pas exister dans le suc gastrique, mais se développer dans les matières en voie de décomposition.

Les corps étrangers que Ton trouve dans les vomissements se reconnaissent presque toujours à l'œil nu. Cependant, dans les cas d'empoisonné-

ment, certains métalloïdes ou métaux toxiques peuyent nécessiter un examen microscopique. Nous croyons donc devoir indiquer la méthode à suivre et les recherches à faire dans les cas où Ton soupçonnera un empoisonnement.

Les matières vomies à la suite d^un empoisonnement nécessitent un examen immédiat. Le clinicien, après avoir reconnu, diaprés les symptômes de Tintoxication, quel est le genre de poison auquel il peut avoir affaire, ne devra pas manquer de recueillir les matières évacuées par le vomissement et de les étaler sur une assiette en les délayant sous un léger filet d^eau. On reconnaîtra ainsi, soit à Toeil nu, soit à Taide d^une loupe, des corps étrangers, paN fois des cristaux, qu'il sera nécessaire d'étudier avec soin. Nous allons donc indiquer sommairement de quelle utilité pourra être, dans tous ces cas, Texamen microscopique. Nous nous hâtons cependant de rappeler que les réactifs chimiques et une étude minutieuse, après destruction de la matière organique, sont le plus souvent indispensables pour arriver à la certitude. Toutefois Texamen immédiat, fait à Taide du microscope, pourra donner quelques indications précieuses et engager le médecin à pro-' voquer une expertise chimique approfondie.

Lorsque, dans les matières évacuées par le vomissement, on aura reconnu des grains blanchâtres durs, peu solubles dans Teau froide, solubles dans Peau bouillante, et que Texamen clinique aura feit soupçonner un empoisonnement par Vadde arsénieux^ on pourra immédiatement, même sans avoir besoin d'appareils compliqués, se faire une idée des caractères du poison à examiner. On déposera un ou

deux de ces cristaux dans un yerre de montre que Ton échauffera lentement à Taide d'une lampe à alcool. Dès lors la sublimation pourra donner naissance à des vapeurs dont Todeur alliacée mettra sur la voie du diagnostic. Il sera plus sûr encore de recouvrir la capsule ou le verre de montre d'une plaque porte-objet du microscope. En examinant celle-ci peu d'instants après, on la verra recouverte de beaux cristaux octaédriques ou tétraédiques transparents. Ces cristaux sont peu solubles dans Talcool et tout à fait insolubles dans Téther. On pourra les dissoudre dans Peau bouillante et constater dès lors que cette solution décolore le permanganate de potasse et se colore en vert par l'addition d'une goutte de sulfate de cuivre ammoniacal. Veut-on plus de précision encore, on pourra mélanger ces cristaux à un peu de carbonate de soude et les placer à l'extrémité d'un tube effilé à la lampe et bouché, mettre plus haut quelques morceaux de charbon et chauffer à la lampe; le charbon étant rouge, on chauffe l'extrémité du tube et l'on obtient un peu plus loin un anneau brillant analogue à celui de l'appareil de Marsh. Le tube étant brisé un peu plus loin que l'anneau, on chauffe celui-ci et Ton peut, en le déplaçant, recevoir sur le verre porte-objet un anneau d'arsenic non oxydé. Si l'on brise, au contraire, les deux extrémités du tube, on aura sur la plaque porte-objet, le courant d'air qui se produit ayant oxydé l'arsenic, des cristaux octaédriques d'acide arsénieux. Or, dans les deux cas, l'examen microscopique affirmera le diagnostic. Dans l'anneau déplacé, le centre seul est composé d'une couche épaisse et assez peu nette de corpus-

j50 MUgUtLSi: GASTRO-JNifeSTLNALt:.

cules à reflets métalliques ; à la périphérie, les cristaux octaédriques se retrouvent et suffisent à eux seuls pour distinguer une tache obtenue à Taide de Tacide arsénieux d'une tache antimoniale ^

Dans les cas où, n'ayant pu retrouver dans les matières vomies les cristaux ou les poussières blanchâtres caractérisant Facide ar- ^ sénieux, on soupçonne cependant

^ â«ï J5?/L(^ un empoisonnement par ce toxi- •lî^^t^^ ^^ û»^ m^^9 ^* pourra combiner les f*1^^Aj»j«,i. résultats fournis par la dialyse

^•*^B*«é« *^^ ceux, que donne Texamen

^•<i^ * , microscopique. On introduira les

Fi" 67. — Cristaux . n*atières vomies daus le dialyseur

a'acide arsénioux de Graham (V. Briand et Chaudé,

ûbionuR par diaiy«o p^ 636)% OU plutôt oucore dans

ol évaporalion. — v j -l ^ i • -«

GroM. sood. ^^^ baudruche qu. on laissera

plonger dans, un vene lempli d'eau distillée. En ajoutant à des matièfee provenant de déjections, à des crachats, par exemple, une goutte d'une solution à -^~^ d'acide ar^énieux, nous avons retrouvé dans l'eau du dialyseur les cristaux caractéristiques de l'acide arsénieux. Il est vrai que, dans les matières vomies, les sulfures d'arsenic formés ou bien encore le mélange intime de l'acide arsénieux avec les corps gras pourront empêcher la dialyse. Quoi qu'il en soit, l'eau que l'on veut examiner, après y avoir laissé, séjourner pendant dix à douze heures les matières contenues

1. Voy. Helwig, dos Mikroskop in der Toxicologie. Maias, 1865.

2. Briand oi Chaude, Manuel complet de médecine légale, elc, 8* ddit. J.-B. Bailliôie, 1869.

dans une baudruche, sera évaporée lentement, puis examinée au microscope. Souvent on reconnaîtra les cristaux octaédriques d'acide arsénieux. Helwig affirme que, dans une solution à ^ôô? on peut encore les retrouver. En cas de doute, on fera bien de déposer sur les bords de la préparation une goutte de nitrate d'argent ammoniacal. On obtiendra, an contact de Facide arsénieux et de ce réactif, une coloration jaune citron plus ou moins foncée suivant la eoncentration du liquide. Enfin, lorsque tous ces procédés auront été insuffisants, Texamen direct des matières vomies ou Tétude microscopique des anneaux obtenus à Taide de l'appareil de Marsh pourront encore mettre sur la voie d'un diagnostic que confirmeront les analyses plus rigoureuses de la chimie toxicologique.

Le même procédé peut être appliqué à l'étude de tous les poisons cristallisables. Le tartre stibié, qui est soluble dans l'eau, passe assez facilement par dialyse et pourrait être reconnu dans l'eau évaporée. Toutefois, les cristaux tétraédriques^ octaédriques ou cubiques^ auxquels il donne naissance, sont assez difficiles à reconnaître. Helwig prétend que le procédé par sublimation suffit pour faire distinguer Tautimoine de l'arsenic. Un fragment d'antimoine ne donnerait point, par sublimation, les cristaux octaédriques si aisés à obtenir par la sublimation de l'acide arsénieux. On pourrait même ainsi diagnostiquer,, sur une tache obtenue à l'aide de l'appareil de lyiarsh, si l'on a eu affaire à de l'antimoine ou à de l'arsenic. Nous avons bien constaté que les fragments de tartre stibié ne se volatilisaient point comme ceux de l'acide iirsénieux ; mais, dans le liquide des.

29i MUQUEUSE GASTRO-INTESTINALE.

crachats ou des vomissements, nous avons très-difficilement retrouvé la présence de Tantimoine.

Quant aux métauw, le plus souvent l'analyse chimique sera préférable à Texamen microscopique ; le mercure lui-même, qui passe assez facilement par dialyse et qui, à Tétat de bichlorure, serait aisément reconnu au microscope, peut être plus facilement encore diagnostiqué à Taide des papiers réactifs imaginés par les chimistes*. Cependant on peut obtenir, même par sublimation, des cristaux de bichlorure en chauffant très-lentement et avec beaucoup de précautions la plaque porte-objet. Sur les bords de la préparation, on peut apercevoir des cristaux octaédriques. Ceux-ci, traités par une goutte d'iodure de potassium, se colorent aisément en rouge écarlate. L'emploi d'une petite pile de Smithson pourra cependant être utile et déceler le mercure ou le plomb sous forme de gouttelettes métalliques visibles à la loupe. Au lieu de la pile de Smithson, on peut employer une pile ordinaire ou, mieux encore, l'appareil imaginé par Flandin et Danger. (Voy . Briand et Chaude, p. 682.)

L'application de l'électricité aux recherches microscopiques et la construction d'appareils pratiques analogues à ceux de Plœssl, Chevalier, etc. % pourra permettre de rechercher, au microscope, les divers alcaloïdes, dont l'étude est si difficile dans les cas d'empoisonnement. A l'aide d'une pile faible, agissant sur l'appareil de Chevalier, on pourra déterminer au pôle négatif l'agglomération de cristaux de

i. Voy. Byasson, Journal de physiologie, 1872» ii. Voy, Robin, Du microscope, p. 7%4.

morphine, de strychnine, de digitaline, etc., et reconnaître ceux-ci à l'aide du microscope. Dans un cas d'empoisonnement, on pourra procéder de la manière suivant*. Les matières évacuées (vomissements, fèces, etc.) seront étalées sur une feuille de verre et examinées à la loupe ; on recherchera ainsi les débris de végétaux, les parcelles minérales ou cris- H ^ x ,

tallines, etc., qui pourront

. Cela fait, on traitera do m ^ ah • -^

mil

e sur la voie du diagnos-

lela fait, on traitera do petites portions des matières ^°S^

évacuées par l'eau, par l'aicool, l'éther, la chloroforme, ..hiorhjaT.J^™?" 'Jrl'alcool amjlique, l'éther acé- piiine obt«DU9 p>r énlique. etc. On sait, en effet, por»iion .ur lo ponaque les divers alcaloïdes sont ëroM. soo'd!"""''" solubles dans quelques - uns seulement de ces réactif^. Chacune des portions ainsi traitées sera filtrée, puis concentrée par évaporalion. Une goutte du liquide sera ensuite déposée sur l'objectif du microscope et traitée à l'aide d'un feible courant électrique. Le plus souvent, les alcaloïdes apparaîtront sous forme d'aiguilles ou de cristaux qui pourront, soit par leur forme cristalline, soit par leurs réactions microcliimiques, mettre sur la voie du diagnostic. Rappelons seulement que la morphine, soluble dans l'alcool amylique et l'éther acétique, cristallise on prismes transparents incolores, que l'on peut facilement étudier en laissant évaporer la solution sur le porie-objel du i cope (Voy. fig. 68].

Les sels de morphùie seront décomposés \

■KBOaCWE. 2* ÉDITION. 15

pile, et Ton pourra dès lors obtenir, avec Tempois d'amidon et Tacide iodique, un^ coloration bleue ([ui brunit sous Finfluence de Tammoniaque. La strychnine, qui est soluble dans Talcool étendu, Talcool amylique et le chloroforme, cristallise en octaèdres ou en prismes incolores. Les sels de strychnine sont précipités en blanc par le sulfocyanure de potassium, et donnent naissance à la formation d'aiguilles cristallines. La strychnine isolée se reconnaîtra à Taide d'acide suliurique uni à quelques traces d'oxyde puce de plomb. On obtiendra ainsi une belle coloration bleue, puis violette , rouge ^ et enfin jaune. — Nous ne pouvons insister davantage sur ces recherches ; mais nous renvoyons, pour l'étude des formes cristallines des divers alcaloïdes, à l'ouvrage du docteur Helwig, ouvrage que nous avons déjà signalé, et dont les belles planches photographiques pourront servir de guide dans ces recherches toujours délicates.

Ce que nous avons dit des caractères de la muqueuse intestinale, et ce que nous dirons plus loin en étudiant les résidus alimentaires dans les fèces, nous permettra d'être très-courts en signalant les résultats que donne l'étude du produit des fistules intestinales (anus contre nature), La recherche de la bile et celle du suc pancréatique ne pourront, en effet, être faites qu'au point de vue chimique, et l'on devra se borner, le plus souvent, à examiner les débris alimentaires (v. p. 261). Le chyme, très-fluide dans les premières parties de l'intestin grêle, devient consistant et prend une odeur stercorale dans les dernières parties du jéjunum et surtout dans l'iléon. Le plus souvent il renfermera des cellules végétales

MATIERES FECALES. S^

et des grains d'amidon intacts ou à peine modifiés, des fibres musculaires désagrégées, ayant perdu pour la plupart leur striation transversale, des globules graisseux en grand nombre, quelquefois même des quantités assez cofisidérables de larges gouttes de graisse, des granulations élémentaires animées de mouvement brownien, etc. L^examen des cellules épithéliales nageant dans le liquide ou extraites en raclant la sur£aoe d'une anse intestinale hemiée ne pourra que très-difficilement donner une idée du point où s'est faite l'ulcération intestinale. Mais l'examen des matières contenues dans la partie inférieure de l'intestin et expulsées au moment de la défécation donne souvent des résultats intéressants. Les selles renferment, en effet, des pelotes ou des cylindres durs, grisâtres, parsemés de grains ou de taches brunâtres composés de mucus concret, grenu, mêlé de granulations de graisse, de biliverdine et de cellules épithéliales déformées. D'après Robin, la matière adhésive, muotlagineuse, qui constitue ces cylindres ne serait pas du muctis, mais du suc intestinal coagulé.

Matières lécales

L'examen microscopique des matières fécales peut devenir indispensable, dans un assez grand nombre de cas, pour contrôler, rectifier ou préciser ce que n'a pu apprendre l'examen macroscopique. Il sera nécessaire d'avoir recours à ce moyen d'investigation dans la plupart des maladies de l'appareil digestif» et il est probable que s'il était employé plus fréquemment, si la composition anatomique des

fèces était aussi bien connue que les réactions chimiques de Furine, la pathogénie des différentes formes de la dyspepsie serait mieux élucidée.

Pour examiner au microscope les matières fécales liquides, il importe de les laisser reposer afin de pouvoir porter son attention aussi bien sur le dépôt que sur les matières tenues en suspension dans un liquide.

Quand les matières sont liquides, il faudra donc laisser se' journer les produits évacués dans un vase conique; les parties liquides qui surnageront devront être examinées comme nous Tindiquerons dans un instant ; les résidus accumulés au fond du vase seront Tobjet d*un examen plus approfondi. Lorsque les matières sont de la consistance d*une pâte tenace, peu friable, s^étalant sans couler, il sera nécessaire non-seulement d'examiner des parcelles de cette matière solide, nuds encore de les délayer dans de l'eau pure et de procéder ensuite comme si l'on avait affaire à des matières liquides. Enfin dans les cas oîi l'on aura soupçonné l'existence de corps étrangers d'un volume assez considérable (calculs, etc.), il pourra devenir indispensable de tamiser les matières en les délayant sur un tamis à mailles assez étroites. On recueillera dès lors les particules solides assez volumineuses pour être examinées isolément.

Dans tous ces cas, il est utile, sinon nécessaire, de désinecter les matières à examiner à l'aide d'un réactif qui, sans altérer la texture des éléments figurés, puisse faire disparaître en partie l'odeur repoussante que présentent les déjections pathologiques. Cette odeur, qui varie avec la nature de l'alimentation, sera surtout combattue en ajoutant aux matières à examiner une solution d'acide phénique dinn»)* ^^ songeant toutefois à l'action exercée par une semblable préparation sur les protozoaires (vibrions, bactéries, etc.) dont l'acide phénique, la créosote, etc., arrêtent les mouvements. L'odeur des ma^ tières fécales est d'ailleurs presque nulle dans le choléra, la glycosurie, etc.

L'examen microscopique des matières fécales peut donnez quelques renseignements au médecin. Le plus souvent, asser

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