‹ Manuel du microsope dans ses applications au diagnostic et à la clinique [electronic resource]Chapitre 117 sur 133 · KTliDl- MICHOSCOPIQUE DU LAIT · texte numérisé non relu

KTliDl- MICHOSCOPIQUE DU LAIT

moindre de la crème. Examiné au microscope, le coloslriun montre des globules de lait, des leucocytes, des flocons de mucosine et des corpuscules particuliers nommés globules de colostrimi. Les globules de lait sont irréguliers, les uns très-volumineux, analogues à de larges gouttes de graisse, d'autres petits sous forme de corpuscules granuleux, quelques-uns {corfs granuleux de Donné] arrondis, muriformes, remplis de granulations graisseuses. On conçoit aisément que telle doit être la composition du colostrum, si Ton a égard à la genèse du produit que sécrètent les glandes mammaires. La graisse, en effet, d'après la première théorie que nous avons citée, naît à l'intérieur des cellules épithéliales qui tapissent les parois des acinis glandulaires, et celles-ci étant constituées par des amas de protoplasma sans enveloppe, peuvent se rencontrer dans le produit de sécrétion. Elles constituent alors les globules de colostmm ; les cellules qui se desquament plus tardivement sont infiltrées de trèspetits granules graisseux pressés les uns contre les autres ; elles sont brunâtres (corps granuleux) : enfin un grand nombre se sont réduites en fragments plus ou moins petits : granulations mêlées à des gouttelettes graisseuses et globules analogues à ceux du

lait. , .

Ch. Robin, au contraire, se rend compte de l'origine des globules du colostrum, en les considérant comme des globules blancs, des leucocytes dégénérés et transformés. Toutes les fois que les leucocytes ont séjourné longtemps immobiles, ils passent à l'état granuleux en devenant jusqu'à trois à quatre fois plus gros qu'à l'état normal de plus, ils englo

LAIT NOIUIAL.

bent des globules bui vreux plus ou moins volumineux, absolument comme les leucocytes du larynx et de la trachée se remplissent, par simple pénétration, de granules de noir de fumée ou autres poussières. Telle est la manière de concevoir la formalion des globules de colostrum, qui correspond à la seconde théorie que nous avons indiquée sur la sécrétion du lait.

Donné avait pensé que l'abondance des globules graisseux et des corpuscules granuleux dans le colostrum présageait un lait riche en éléments nutritifs. Cette hypothèse a été démentie par de nouvelles recherches : il reste démontré, par contre, que l'apparition anormale du colostrum, dans le cas d'engorgement ou d'inflammation de la mamelle (Donné), rend le lait tout à fait impropre à la nutrition.

Examiné au microscope, Ue lait proprement dit présente une multitude de corpuscules brillants,

108. — Lait. — a, Globules graisseux du lail; b, c. tl, globules dp roloslrum vus à un fort Krossissemenl.

sphériques, à bords très-nets, réfractant fortement la lumière et variant depuis 1/500 de millimètre jusqu'à 1/140 environ.

D'après Donné, le lait est une émulsion composée : \° d'une matière grasse trè.s-divisée et suspen-

;(9i KTi;i)K MICHOSr.OI'lUlîK 1)1' LAIT.

due à rélat de globules ; ces globules donnent naissance à la crème en se réunissant à la surlace du lait, et par suite au beurre.

2" D'un sérum tenant en dissolution une matière animale spéciale, azotée, coagulable (caséum), du sucre de lait, des sels et un peu de matière grasse ; une petite portion de caséum est à l'état de giobulins d'une extrême finesse. La richesse du lait se mesure au nombre de ces globules gras. Robin a fait remarquer que le lait ne renfermait en suspension qu'un très-petit nombre d'éléments analomiques. On n'y rencontre, en effet, ni les cellules épilhéliales glandulaires, ni celles des canaux galactophores. A peine trouve-t-on un ou deux leucocytes sur trois ou quatre gouttes de lait. Les globules de lait varient depuis 1 [j. jusqu'à 20 Les plus gros sont moins nombreux dans le lait bien constitué que dans le colostrum ; on en trouve toujours des groupes formés par des globules adhérents les uns aux autres (surtout dans le colostrum) ; les plus petits de ces globules sont animés d'un mouvement brownien. Ils n'ont pas d'enveloppe propre. « Ce qu'on a pris pour une enveloppe qu'on séparerait du contenu en pressant sur les plaques de verre de la préparation, n'est autre chose que la tache d'apparence plissée laissée par tout corps gras que l'on presse sur une plaque de verre. » (Ch. Robin.) Mais, s'il n'y a pas d'enveloppe organisée proprement dite, la plupart des auteurs admettent que ces globules de graisse sont entourés d'une mince couche de caséine [memhrane haptogèné), qui tient ces globules isolés et les empêche de se fusionner les uns avec les autres. Celle manière de voir serait confirmée par ce fait

ALri:;iiAT10iNS UU LAIT.

que le laiL agité avec de l'éLhcr reste opaque (rélher ue dissout pas le globule graisseux protégé par sa couche de substance albuminoide périphérique), tandis qu'il devient clair) (la graisse est dissoute par réthei') dans les mêmes circonstances, si Ton a préalablement ajouté quelques gouttes de solution de potasse (la potasse ayant dissous l'enveloppe albuminoide). A cette manière de voir, Ch. Robin répond qu'il est facile, en comprimant une goutte de lait entre deux plaques, de déterminer la formation de cylindres constitués par l'agglomération des globules butyreux, et d'autre part que la caséine contenue à l'état liquide et diffus dans le lait a la propriété de maintenir à l'état d'émulsion aussi bien le beurre dissous dans l'éther que le beurre à son état naturel; la solution de potasse agirait simplement en détruisant ce pouvoir émulsif. Ajoutons, avec de Sinéty (Recherches sur les globules du lait, archiv. de physiologie, 1874), que si, sur un échantillon de lait bien frais, on fait agir une solution aqueuse de rouge d'aniline, on voit se colorer quelques l'ares corpuscules de colostrum et quelques globules blancs, pareils à ceux du sang ; mais les globules du lait restent tout à Mt incolores, ce qui ne serait pas s'il y avait une membrane albuminoide.

Le lait peut être altéré par la présence du colostrum, par l'addition de globules de pus, reconnaissablés à l'examen microscopique (la potasse les dissout et laisse intacts les globules de lait), par son mélange avec des globules sanguins, etc. Le lait des nourrices réglées paraît renfermer un assez grand nombre de rorpuscules granuleux; enfin, le lait des

ÉTUDE MICROSCOI'IUI'K DU LAIT.

syphilitiques ne préscnlc aucune altération caractéristique '.

Diverses colorations anormales ont été observées dans le lait. Le plus souvent, la couleur est hleue. sous forme de taches d'un bleu foncé ou violacé, à contours diffus, se réunissant bientôt les unes aux autres. Cette coloration bleue serait due (Fuchs) à un vibrion particulier (OTÔno cy«îî0^e?2MS), tandis que Robin croit, au contraire, qu'elle .se produit sous rinfluence du développement d'algues du genre Leptomitus. Le lait est parfois noir ; d'après Fuchs, cette teinte serait due à la présence du vihrio xantogenus. Ce que l'on peut affirmer, c'est que le lait qui a .séjourné quelque temps au contact de l'air, le lait altéré dans diverses maladies, les masses de caséum rendues par les enfants nouveau-nés, renferment des myriades d'infusoires vibrions ou des spores d'algues difficiles à déterminer. Disons enfin que certains médicaments ou poisons, tels que l'antimoine, l'arsenic, le bismuth, le fer, le mercure, le plomb, l'iode passent assez rapidement dans le lait et peuvent être reconnus à l'aide de l'analyse chimique.

1. Voy. art. Lait, par Coulier (Diclionnaire encycInpàUque), cl Clianlreuil. Tliûse d'agrégation, Paris, 1872, p. SI et siiiv.

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