‹ Manuel du microsope dans ses applications au diagnostic et à la clinique [electronic resource]Chapitre 32 sur 133 · KTUDE MICROSCOPIQUE DU PUS · texte numérisé non relu

KTUDE MICROSCOPIQUE DU PUS

demmenl dissimulée par sa combinaison intime avec les éléments albuminoïdes, devient libre et visible sous forme de granulations graisseuses. Cette dégénérescence se produit très-vite lorsque les globules du pus sont nombreux, pressés et tassés dans l'épaisseur d'un tissu: elle se produit également, mais plus lentement, dans le pus réuni sous forme de collection liquide, et on peut ainsi l'observer dans le pus des phlegmons, dans la sérosité purulente de la plèvre, etc. Dans l'un comme dans l'autre cas, on a sous les yeux ces globules granuleux, dont les premiers anatomo-patbologistes avaient cru devoir faire un élément particulier en les désignant sous le nom de globules granuleux de l' inflammation [corps granuleux de Glûge); par imbibition, ces globules de pus, devenus graisseux, présentent en même temps une sorte d'hypertrophie. — Ces nouvelles conditions de dimension et d'aspect font comprendre qu'on n'ait pu tout d'abord reconnaître des liens de parenté entre les globules de pus et les globules granuleux; mais aujourd'hui tout le monde reconnaît que ces derniers représentent un mode particulier et fréquent de dégénérescence des globules du pus. Ranvier a précisé toutes les phases de ce processus : « De la moelle de sureau est placée dans le tissu cellulaire ou dans le péritoine d'un animal ; elle y détermine une suppuration, et des globules de pus pénètrent dans les cellules de la moelle à travers leurs canaux poreux. Au bout de quatre jours, on trouve les globules de pus dans quatre ou cinq rangées de cellules : les uns présentent des mouvements amiboïdes et n'ont pas de granulations graisseuses dans leur intérieur: d'au-

MÛIJIFICATIONS DU PUS.

très conservent leur forme sphérique et montrent des e^ranulations graisseuses. Enfin, à côté d'eux, on trouve des amas de granulations graisseuses noyées dans une masse proléique. On voit par là que des globules de pus souslrails aux conditions de leur nutrition subissent très-rapidement la destruction graisseuse. »

Robin a décrit, sous le nom de Concrétions cristalloïdes du ims, de petites masses qui semblent formées de leucocytes et de débris de leucocytes curieusement agglutinés : « J'ai trouvé deux ou trois fois, dans le pus d'abcès profonds et anciens, des grains mous jaunâtres, atteignant un diamètre de ~ de millimètre, entourés d'une sorte d'atmosphère ou couche mince, visqueuse, finement grenue, retenant des leucocytes du pus. Ces grains étaient formés par des corpuscules longs de 2 à 6 centièmes de millimètre, renflés d'un côté, amincis du côté opposé, placés en série à la suite les uns des autres, de manières diverses, et ces séries étaient groupées les unes contre les autres sous forme de rayons autour d'un centre. Bien que réfractant fortement la lumière, ayant un centre brillant, un contour net et foncé, les corpuscules étaient dissous ou, du moins, fort pâlis par l'acide acétique et insoluble.s dans l'ammoniaque et l'élher. » (Ch. Robin, Leçons sur les humeurs, 2^ édit., 1,873, p. 390.)

Enfin, quand le pus a séjourné très-longtemps dans ime cavité sans trouver d'issue, la partie li- <(uide se résorbe et les leucocytes, pressés les uns contre les autres, se ratatinent de manière à devenir irréguliers et polyédriques : ils sont alors semblaliles aux éléments dégénérés que Lebert appelait

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corpuscules tuberculeux. Quelques-uns de ces corpuscules, traités par l'eau et l'acide acétique, reprennent leur forme spliérique primitive, et l'on voit apparaître deux ou trois noyaux dans leur mtérieur; mais d'autres, plus anciens, ne font que se gonfler légèrement par l'acide acétique, sans perdre ieur forme polyédrique : ils présentent alors quelques granules graisseux, mais pas de noyaux, dans leur intérieur. — Dans une période encore plus avancée de décomposition, les globules de pus ne peuvent plus être démontrés : ils se convertissent en un détritus qui peut subir la transformation calcaire, c'est-à-dire que la graisse se décompose en acides gras, souvent cristallisés, et en cholestérme, sous forme de plaques rhomboïdales, tandis que des granulations calcaires se déposent et se réunissent en petites concrétions très-dures. Les acides dissolvent ces concrétions calcaires en donnant lieu a un dégagement d'acide carbonique: l'acide sulfurique, en même temps qu'il donne lieu au dégagement de ces bulles de gaz, produit des cristaux en aiguille de sulfate de chaux.

Les globules rouges, dont nous avons signalé la présence dans le pus en certains cas, peuvent subir dans ce liquide toutes les transformations que nous avons étudiées à propos du sang. Lorsque ces glo- Dules sont très-abondants, leurs produits de décomposition donnent au pus une couleur hrv.n dwcolai caractéristique : il est facile d'y retrouver, a 1 aide du microscope, soit des granulations d'hématosme, soit des cristaux d'iiématoïdine. (Voy. p. 79.]

Différentes espèces db pus. — Nous avons étudié jusqu'ici le pus ci'émeux ou louable qui

niFFI-RENTES ESPKCES DE PUS.

' s'écoule d'une plaie ou qui s'est formé dans les , abcès chauds; dans les aulres circonstances oh se I forme le pus, il peut présenter certaines variations I dans la proportion de la partie liquide et des élé- I ments figurés, ou dans la présence de quelques débris caractéristiques des tissus enflammés. Ces différences ne donnent pas lieu à des examens microscopiques très-importants, aussi ne ferons-nous que citer rapidement les résultats fournis par l'examen des différentes espèces de pus admises . par les chirurgiens.

A . Pus épais ou concret. — Outre le pus concret I que nous avons décrit comme résultant de la résorption de la partie liquide du pus, lorsque ce produit séjourne longtemps dans le lieu de sa formation, il est un pus qui, dès son apparition, se présente comme très-épais et à peine liquide, c'est celui de la cornée, de l'iris, de la choroïde et de

j l'œil en général. Cet aspect est dû moins à l'abondance des leucocytes, qui sont en général très-volumineux et remplis de granulations graisseuses, qu'à l'état demi-solide du sérum du pus, sérum qui renl'orme une énorme quantité de granulations grisâtres et jaunâtres attaquées par l'acide acétique ; ce sérum i st même parfois demi-solide, facile à réduire en pulpe, facile même à dissocier dans l'eau de façon à former une sorte d'émulsion. (Ch. Robin.)

B. Le Pus séreux se distingue par la rareté des leucocytes; c'est ce qu'on nomme encore un pus sanieux ou mal lié; la sérosité prédomine, et c'est une sérosité peu albumineuse : tel est le pus des ulcères [ichor, sanie), qui renferme plus souvent que les autres des vibrions et se putréfie en elfet

Ili KTIIDE MICROSr.OPIQUF, UU PUS.

bien plus vile que les autres variétés de pus; tel est le pus qui provient du pourtour des o.s cariés et enflammés, pus dans lequel il est fréquent de rencontrer des grains calcaires et même des détritus osseux pulvérulents, ainsi que des gouttes de graisse et d'huile très-abondantes provenant de la moelle des os. Le pus des abcès froids est aussi peu riche en globules purulents, mais il est surtout caractérisé par ses leucocytes plus, pâles, déformés, soit gonflés par imbibition, soit inflltrés de granulations graisseuses, en un mot, ayant subi les altérations que nous avons étudiées dans les globules de pus qui séjournent longtemps dans une cavité. Parfois aussi il est visqueux ou glutineux, ressemblant assez bien à du pus phlegmoneux traité par Tammoniaque. Ce pus est particulièrement riche en cristaux irréguliers de phosphate de chaux et en lamelles de cholestérine.

C. Sérosités purulentes. — V¥esq\ie tous les liquides des cavités closes (péritoine, péricarde, plèvre, etc.) peuvent devenir purulents, c'est-à-dire contenir une plus ou moins grande quantité de leucocytes. Ces liquides n'ont pas besoin ici d'une description spéciale; signalons cependant, pour les distinguer du pus proprement dit, la présence dans leur sérum d'une albumine spontanément coagulable et jouissant des mêmes propriétés que la fibrine. Il en est de même du liquide de l'œdème; ce liquide contient toujours quelques globules blancs, tant ces éléments sont répandus dans l'économie et tant leur production est facile; mais que ces globules blancs deviennent très-abondants sous l'influence d'une véritable inflammation, et aussitôt on voit

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