MUQUEUSE INTESTINALE
Outre ces éléments, qui proviennent des parois intestinales, les fèces contiennent, même à l'état normal, des résidus alimentaires, absolument réfrac- , taires a la digestion ou n'ayant pu être complètement liquéfiés sous l'influence des sucs digestifs.
Parmi les produits végétaux réiractaires k la digestion, nous citerons (fig. 70) : la cellulose, que l'on peut reconnaître à la coloration bleue qu'elle prend sous l'influence du réactif iodo-sulfurique : les cellules végétales renfermant encore de la chlorophylle soit k l'état amorphe, soit en granules disposés en amas plus ou moins symétriques : ces cellules sont souvent opaques, presque noirâtres ; d'autres cellules végétales de formes et de dimensions variables, les unes sphériques, d'autres cylindriques; des vaisseaux et des trachées reconnaissables aux stries que détermine le filament spiral, etc.
11 est impossible de décrire tous les aspects que présentent ces matières végétales. Pour les examiner avec quelque fruit il est indispensable d'acquérir une expérience que donne l'examen microscopique des excréments d'herbivores. On évitera ainsi de nombreuses erreurs et une perte de temps considérable. .
Ces excréments ne présentent presque pas cette odeur fétide qui rend insupportable l'étude des matières fécales de l'homme- en outre, ils montrent une préparation toute faite des éléments végétaux réfractaires à la digestion L étude des excréments d'une chenille, d'un insecte, d'un têtard de grenouille suffira môme le plus souvent à mettre le medecm au courant de l'aspect que présentent les trachées spirales, les épidermes végétaux, etc., etc. C'est à ce procède d isolement que les phytologistes ont souvent recours pour étudier certaines parties des végétaux.
Parmi les produits animaux, on rencontre des
FRCES PATHOLOGIQUES.
débris de tendons, de tissu élastique (qui parfois ont été confondus avec des vers intestinaux), de poils, de fragments osseux, de débris calcaires (enveloppes des crustacés, etc.).
Presque toujours à ces débris s'ajoutent, même dans les conditions normales, des matières alimen-., taires plus ou moins modifiées. Ainsi, les selles des enfants renferment des masses de caséimi plus ou moins transformées ; les selles des adultes, des fibres musculaires, encore aisées à reconnaître à leur slriation qui persiste assez longtemps, bien qu'elles soient, le plus souvent, teintées en jaune brunâtre par la bile; enfin, et surtout, des accumulations assez considérables de matières grasses non émulsionnées. C'est la présence de ces éléments qui suffit parfois à elle seule pour caractériser, à l'examen microscopique, certaines évacuations pathologiques dont nous avons maintenant à nous occuper.
ni. — Fèces pathologiques
Les évacuations alvines peuvent devenir pathologiques : 1° par augmentation ou diminution des éléments qu'elles renferment normalement; 2° par leur mélange à certains liquides, accidentellement déversés à l'intérieur du tube digestif (sang, pus, etc.): 3° par la présence de corps étrangers ou de parasites.
Nous avons vu que les fèces normales renferment : des débris épithéliaux, du mucus et des aliments plus ou moins réfractaires à la digestion. L'augmentation des débris épithéliaux s'observe dans toutes
.2(ji MUQUEUSK INIKSTiNALE.
los maladies accompagnées de diarrhée. Tantôt les cellules cpiUiéliales, peu modillées, nagent au milieu d'un liquide séreux; tantôt elles sont encore adhcrenles les unes aux autres, formant des amas ([ui reproduisent en partie les coiffes des villosités (dysenterie) et qui peuvent apparaître sous forme de lambeaux blanchâtres ; d'autres ibis, elles sont granuleuses ou même presque totalement dcHruiles, n'apparaissant plus que sous forme de noyaux libres mélangés à des cellules plus volumineuses, spliériques, à protoplasma granuleux (choléra) ; quelquefois les lamelles épithéliales, retenues par du mucus plus ou moins concret, forment de larges membranes gélaliniformes, que souvent on a confondues avec des débris de la muqueuse intestinale mortifiée dans toute son étendue. Ces pseudo-membranes ne présentent pas l'aspect fîbrillaire qui caractérise les fausses membranes diphthéritiques; leur forme ne rappelle en rien celle des membranes hydatiques; enfin, on les distingue des fausses membranes du muguet par l'absence d'algues. Le microscope y fait reconnaître le mucus et les cellules épithéliales : jamais on n'y voit de vaisseaux. On les observe dans les cas de constipation opiniâtre, dans la dyspepsie des hypocondriaques, etc. Dans tous ces cas le mucus concret contient un très-grand nombre de cellules épithéliales gonflées, volumineuses, physaliformes, des leucocytes ou des globules de sang, enfin quelques débris alimentaires '.
Les débris gangréneux grisâtres de muqueuse
I. Voy. sur ce sujcl U tlièso inaugurale do l'un de nos t'iùvos, lo Dr Poignard. Paris, ISTo;
FÈCES PATHOLOGIQUES. '^b5
intestinale mortifiée s'observent dans les cas d'invagination intestinale : leur structure microscopique ne° pourra être reconnue qu'à la suite de coupes pratiquées sur ces membranes préalablement durcies.
Dans certaines formes de diarrhée, et surtout dans , le choléra, les évacuations alvines renferment des o-rains riziformes composés de cellules épithéliales, réunies sous forme de petits lambeaux mélangés à des leucocytes, du mucus, des cristaux d'acides gras, etc. Dans les inflammations du gros intestin, dans la dysenterie, les corpuscules grisâtres, transparents (rappelant l'aspect de grains de sagou), que l'on observe dans les fèces sont, au contraire, presque exclusivement composés de leucocytes renfermant deux à trois noyaux.
Le mucus intestinal peut être assez liquide, glaireux, conservant son aspect strié sous l'influence de de l'acide acétique (selles séreuses et muqueuses), d'autres fois il constitue des flocons blanchâtres englobant des leucocytes, des cellules épithéliales desquamées ou agglutinées sous forme de cylindres. Dans les cas de diète prolongée, ou après une constipation opiniâtre, ce mucus devient concret et s'élimine sous forme de cylindres grisâtres ou blanchâtres, quelquefois creux, d'autres fois plus tenaces encore et pleins. Ces amas de mucus grenu, trèsdifficiles à gonfler sous l'influence de l'eau, englobent des gouttes de graisse, des cellules épithéliales plus ou moins granuleuses, quelquefois des cristaux d'acides gras ou de phosphate ammoniaco-magnésien. Quand ces cylindres de macus sont blancs et très-aplatis, on peut les confondre avec des débris
MUQUEUSI' INTESTINALE.
de vers intestinaux ; d'autres ibis, leur forme cylindrique les a lail prendre pour des lambeaux dt^ muqueuse intestinale.
Plus ou moins modifiés par les sucs digestifs, les débris de matières alimentaires peuvent se reconnaître dans les selles pathologiques : (juelquelbis, les aliments passent sans grande modification (.selles lientériques), et se reconnaissent alors mélangés à du mucus, de la bile et des lamelles d'épithélium cylindrique; d'autres fois, quelques substances sont seules réfractaires à la digestion. Ainsi la présence de la graisse sous forme de couche huileuse ou blanche, ou bien encore présentant l'aspect de lobules adipeux jaunes blanchâtres, appendus aux fibres musculaires à peine modifiées, peut faire penser à une maladie du pancréas, bien qu'elle se rencontre souvent aussi peu modifiée dans certaines formes de dyspepsie. Dans le choléra, on reconnaît aussi, au milieu des débris alimentaires, de nombreuses gouttelettes huileuses, sphériques. Dans les selles diarrhéiques des cancéreux, des phthisiques, des individus épuisés à la suite de suppurations abondantes, etc., on trouve parfois des amas de mucus, d'aiguilles cristallines et de graisse qui se présentent sous forme de corpuscules ovoïdes assez volumineux, ayant la consistance du suif ou même des bougies stéariques (Ch. Robin). Enfin, certains débris de végétaux toxiques, introduits par la voie de l'alimentation, pourront être retrouvés à peu près intacts dans les selles. Bornons-nous à mentionner les spores des champignons, qui se retrouvent toujours dans les selles et qui, par leur agencement avec les basidies et le tissu cellulaire, pourraient
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servir à diagnostiquer à quelle espèce, comestible ou toxique, on a eu affaire '.
D'autres fois, le microscope pourra faire reconnaître certains médicaments qui, introduits sous forme pulvérulente ou pilulaire, n'auront pas été modifiés. Enfin, le tamisage des matières fécales fera trouver les calculs et les concrétions stercorales.
La bile se reconnaît, le plus souvent, non au microscope, mais par les réactions obtenues à l'aide de l'acide nitrique. Elle ne contient quelques éléments anatomiques que lorsqu'elle a séjourné quelque temps dans la vésicule biliaire. Dans les matières diarrhéiques on trouve cependant des amas de bile à l'état granuleux, retenus par du mucus semifluide, et reconnaissables à leur coloration ou quand on vient à les traiter par l'acide nitrique. Mais c'est surtout l'existence de calculs biliaires ou de calculs stercoraux qui peut nécessiter un examen plus approfondi. Disons immédiatement que les calculs mélangés aux matières fécales pourront renfermer des cristaux caractéristiques. Les uns existeront sous forme d'amas brillants semblables à de la leucine (glycocholate de chaux); d'autres aciculaires, minces, jaunâtres, formeront des faisceaux en forme de rosace, de feuille, d'étoile, etc. (acide margarique) ; quelques-uns aplatis, prismatiques en forme de feuilles de fougère, finement dentelés, ou bien prenant la forme de prismes droits à base rectangulaire (phosphate ammoniaco-magnésien), pourront
1. Boiidier, Des champignons au point de vue île leurs caractères usuels chimiques et toxicoloijiques. Paris, 1 R66.