VI.— MUQUEUSE URINAIRE
Des voies urinaires et de l'urine
Votes uniNAinES. — Vurine es dont le mode de formation n'e détermmé. Il est à peu près certain toutefois que le principal acte de la sécrétion urinaire consiste en une fîltration qui se fait au niveau du glomérule de Malpighi. Le liquide ainsi produit, parcourt successivement les canaux désignés sous le nom de tubes de Ferrein, de canaux en anse de Henle, de tubes de Bellini, pour tomber dans le bassinet, et de là suivre l'uretère et arriver dans la vessie. Toutes ces voies sont tapissées par des épithéliums, qui, à l'état normal, ne paraissent ajouter à l'urine aucun principe essentiel à sa constitution ; mais l'étude rapide de ces épithéliums n'en est pas moins importante, car on en rencontre souvent des débris encore normaux ou plus ou m pathologiques.
;t un liquide excrémentitiel st pas encore parfaitement
Fig. 82. — Canalicule urinifére de la partie corticale du rein.
lins altérés dans les urines
308 muqukush: urinaire.
Tubes rénaux. — Duns Ids luljos rénaux, l'épilhélium n'est pas partout do niéniu nature : dans les tubos Cûntourm'-s de l'écorcc {tube de Ferrein), et dans la partie la plus large (partie ascendante) des anses de Henle., on trouve un épi-
■ig. 83. -
Épitliélium du bassinet el de la vessie de l'homme. A, cellules isolées ; B, épilliolium eu place.
tliélium délicat formé de cellules granulées, qui, pour peu que la pièce soit altérée, perdent leurs limites distinctes et se présentent comme une masse foncée et granulée, dans laquelle on ne distingue plus que des noyaux régulièrement espacés (fig. 8:2) ; dans les autres tubes au contraire, l'épithélium est clair, formé de cellules à limites bien distinctes, petites, pavimenteuscs et aplaties dans la partie étroite (descendante) des anses de Henle, volumineuses, sphériques et finalement cylindriques dans les tubes de Bcllini.
URINE NORMALE
Voies ui'inaires et vessie. — Les calices, le bassinel, l'uretère et la vessie présentent un épithélium remarquable, et avec l'aspect duquel il faut être familiarisé si l'on ne veut commettre de graves erreurs de diagnostic. Ces cellules sont petites et presque cyliudric|ues dans les couches profondes, puis elles deviennent globuleuses et s'étalent en éléments pavnnenteux très-volumineux dans la couche superficielle ; de plus, ces cellules sont très-irrégulières et présentent des prolongements et des dépressions qui s'engrènent avec les irrégularités semblables des éléments voisins, de sorte que la dissociation seule montre leur aspect caractéristique ; aussi, quand ces cellules sont libres et isolées, on se trouve en présence des formes les plus bizarres, ([ui, par leurs variétés et leurs combinaisons, rappellent tout à fait ce qu'on avait voulu donner autrefois comme caractéristique des éléments cancéreux ; la fig. 83 montre les principales variétés de ces cellules, dont les unes sont énormes (de 2:2 [j. jusqu'à 43 [a), avec des contours arrondis, les autres de grandeur moyenne et à limites anguleuses, les autres enfin petites (10 et munies de prolongements irréguliers, bifurques, et môme onduleux.
La nature des épithéliums de la prostate et des autres parties du canal de l'urèthre sera indiquée en étudiant les produits génitaux de l'homme.
Urine normale
L'urine normale, au moment même où elle vient d'être émise, renferme quelques rares cellules épithéliales, quelques leucocytes, quelques flocons de mucus provenant des voies urinaires. Mais, au bout de peu de temps, on voit s'y former un nuage, une pellicule, diverses espèces de dépôts ou sédiments : dès lors, on peut y constater des éléments figurés et surtout des cristaux de sels qui se sont précipités
MUQUEUSli URINAIKE.
sous rinfliience du refroidissement (oxalates), ou d'une légère perte d'eau par l'évaporation (acide urique et uraLes). Abandonnée au contact de Tair, l'urine subit bientôt des décompositions qui, spontanées ou produites par l'action de divers ferments, viennent augmenter les dépôts précédents et en amener de nouveaux (surtout de phosphate ammoniaco-magnésien). D'autre part, l'alimentation peut introduire dans l'organisme des principes qui en sortent plus ou moins modifiés, et se retrouvent sous fonne de cristaux dans l'urine d'individus parfaitement sains ; enfin, sous l'influence de conditions particulières d'exercice ou de régime, les principes contenus dans l'urine peuvent devenir plus nombreux et plus abondants. En les précipitant par divers réactifs, on peut donc constater par le microscope les cristaux et les précipités plus ou moins irréguliers auxquels ils donnent lieu: la réaction chimique peut même être faite sous le microscope.
L'urine qui doit être l'objet d'un examen microscopique sera placée dans un vase de foi me conique, par exemple dans un verre à Champagne ; de cette manière, les dépôts urinaires se réunissent dans la partie la plus étroite du vase, et y sont facilement recueillis à l'aide d'une pipette. Si l'urine devait être conservée plusieurs jours, on en préviendrait la putréfaction en la couvrant d'une couche de térébenthine, d'huile de naphte ou d'une solution phéniquée. Pour la plupart des examens microscopiques de l'urine, il suffira, pour obtenir un grossissement suffisant, de combiner l'objectif 3 à l'oculaire 1 (Nachet) : pour rechercher les cristaux d'oxalatc de chaux ou pour étudier les spermatozoïdes ou les iiifusoires de l'urine, des grossissements plus considérables seront nécessaires. Nous n'avons pas besoin d'insister ici sur les précautions à
URINE NORMALE. '.31i
prendre pour so mettre à l'abri des fraudes de certains malades ; il suffit d'être prévenu de ces faits pour ne plus se laisser tromper par les simulateurs qui mêlent à leur, urine' des poussières de charbon, de sable, ou qui s'introduisent dans l'urèthre de la laine, des poils, des cheveux que l'urine entraine ensuite à son passage dans le canal. (Voy. Ch. Robin, du Microscope, 1871, p. 586.)
a. L'urine normale ne présente que quelques rares cellules épithéliales provenant de la desquamation de la vessie et du canal de l'urèthre, quelques leucocytes, remarquables par leurs dimensions exiguës relativement aux globules blancs que l'on trouve dans les autres liquides', et des traces de mucus. A l'état normal, ce mucus est tellement mêlé à l'urine, qu'il ne la trouble nullement ; cependant, comme il n'est pas dissous dans ce liquide, il ne tarde pas à se déposer ; mais, même alors, il est tellement ténu et gonflé par l'eau qu'il ne montre que difficilement, avec l'acide acétique, les stries caractéristiques de la mucosine. Donc, toutes les fois que le mucus sera abondant, très-visible et très-facile à caractériser, on devra penser à un état pathologique des voies urinaires.
D'ordinaire, les éléments que nous venons d'indiquer se trouvent déjà tout déposés et réunis en une petite masse filamenteuse dans l'urine au moment de l'émission; il résulte, en effet, des recherches de Donné et de Robin, que, dans l'intervalle des mictions, un peu de mucus s'arrête dans les plis
1. Mais lorsque l'iifinc est devenue aminoniacalo, par dédoublement de l'urée, les leucocytes sont plus volumineux, turgescents et gonflés, romme les leucocytes du mucus buccal.
JSIÎ URINAIHK
(lu canal de l'urèLlire, parliculièrcmenl au niveau de la portion membraneuse, se moule sur ces plis
en englobant des leucocytes et des débris épitliéliaux, puis se trouve entraîné par Turine sous forme de filaments plus ou moins flexueux,dont l'origine a longtemps intrigué les cliniciens, mais dont le microscope fait facilement reconnaître la nature. Il est fréquent de rencontrer quelques spermatozoïdes englobés dans ces filaments, surtout après une longue abstinence de coït. (p. 333.)
h. Le simple refroidissement et une légère perte d'eau par évaporation peuvent donner lieu à la formation de dépôts d'acide urique et d'urates, non. il est vrai, dans les conditions normales, mais toutes lesfois qu'il y a eu excès d'alimentation. Vacide urique. en se déposant tantôt en longues aiguilles diversement groupées, tantôt sous forme de prismes et de
Fig. 84. — Diverses formes de cristaux d'acide urique. — A el B, déposés spontanément; C, précipités par l'acide chlorhydriquo.
URINE NORMALL'.
plaques (fig. 84), sous forme de grains très-petits, amorphes, épars ou réunis en amas (fîg-. 85), ou bien en cristaux, entraîne toujours avec lui les matières colorantes de Turine, de telle sorte que ces cristaux, malgré les variétés de leurs formes (paillettes, lames,
Fi^'. 83. — Dépôts granuleux d'urato do soude avec quelques cristaux d'acide urique. — Los cellules réunies en séries linéaires sont des champignons do la fermentation acide, lesquels n'existent pas dans les urines normales, mais apparaissent plus tard dans les urines abandonnées à elles-mC'inos. {A. RalnUeau (1).)
OU prismes diversement groupés, souvent en fragments, parce que ces cristaux sont très-fragiles), sont toujours reconnaissables à l'examen microscopique par leur coloration jaune orangé ou rougeâtre. Si ce caractère ne suffisait point, on pourrait faire sur la plaque porte-objet la belle réaction colorée qui caractérise Tacide urique : chauffées avec Tacide