CHAPITRE IX LES PÉLERINAGES
Grâce aux efforts faits depuis une dizaine d’années principalement, pour propager le culte de sainte Anne, grâce aussi à la plus grande facilité des communications, les pèlerinages ont pris un développement très-considérable. On ne voit plus seulement, comme autrefois, des pèlerinages individue!:, ou de quelque paroisse environnente, mais des légions de voyageurs venant de toutes les parties de la province. Québec, Montréal, Trois -Rivières, Saint-Hyacinthe, Lévis, Sorel, et un grand nombre de paroisses de ces différents districts, envoient de nombreuses députations invoquer et remercier la patronne du Bas-Canada. On accourt au plus renommé de ses sanctuaires, non-seulement de toutes les parties de la province, mais même de la république voisine.
Chaque année, au retour de la belle saison, le petit village de Sainte-Anne de Beaupré subit une métamorphose complète, et devient presquebruyantet animé commeune cité populeuse.
Il y règne un va-et-vient perpétuel, car tous les jours arrivent dans ce lieu de bénédictions Ges essaims d'hommes et de femmes qui viennent remplacer ceux qui partent. Ils font le voyage à pied, en voiture, ou en bateau à vapeur,
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Si c'est un pèlerinage organisé et par bateau à vapeur, on est alors témoin d’un spectacle qui peut difficilement toucher et élever l’âme davantage. Pendant qu’un certain nombre de pèlerins sont occupés durant le trajet à lire et à prier, d’autres sont agenouillés aux pieds de celui qui va leur rendre la vie de la gràce. De temps en temps, des chants en l'honneur de Marie et de sainte Anne éclatent sur toutes les lèvres et s'élèvent dans les airs. Arrrivés au débarcadère, ils se forment en procession et se mettent en marche, les bannières déployées au vent. Rendus dans le sanctuaire, ils entendent la sainte messe, s’'agenouillent à la table sainte, vénèrent la relique et vont boire à la scurce. Ces pratiques de piété accomplies, ils se dispersent par groupes pour dîner et se reposer un peu. Puis, après s'être agenouillés une dernière fois aux pieds de la Bonne Sainte Anne, et avoir reçu une nouvelle benédiction, ils reprennent joyeux le chemin du retour. Ces concours, qui excitent l'admiration de ceux qui en sont témoins, ne sont cependant qu'une faible image de celui du 26 juillet. On ne compte pas seulement les pèlerins par centaines, ce jour-là, mais par milliers. (C’est tout un peuple de huit à dix mille àmes qui vout rendre des hommages publics à la grande sainte et l’invoquer.
Nous aimons à insérer ici les impressions d'un pèlerin (1) dans une de ces circonstances :
(1) M. J.-C. Taché.
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«Je voyais se dérouler devant moi tout ce qui s’est passé en cet endroit depuis le temps de nos ancêtres.
«Comme c’est touchant de voir, dans cette église, placée si paisiblement à l'ombre de cette belle côte de Beaupré, ces tableaux, ces bâtons, ces béquilles et ces autres objets, laissés là par les pèlerins de toutes les parties du pays, et suspendus aux murs, aux colonnes, aux corniches de cette maison de prière !
« Que de douleurs du corps, que de peines de l'esprit, que de déchirements du cœur, sont venus dans cet endroit trouver nn remède ou des consolations ! Quels souvenirs des maux de la terre, et quelles suaves pensées du ciel n’évoque pas l'aspect de ce modeste sanctuaire !
«Ne vous semble-t-il pas voir défiler devant vous la longue procession de ceux qui ont franchi, depuis deux siècles, le seuil de cette demeure de la Bonne Sainte Anne? Ils sont venus à pied, en voiture, en canot, par terre et par eau, à travers la neige, de dix, de vingt, de cent, de deux cents lieues !
« Voyez cette pauvre mère qui presse sur son sein son enfant malade! Voyez cette fille qui conduit ‘par la main sa mère aveugle! ce père qui soutient son enfant infirme! ce fils qui porte dans ses bras son père paralytique !
« Voyez cette femme qui vient demander le retour d’un père absent! ce mari qui vient supplier la guérison d’une épouse depuis longtemps malade !
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« Voyez ce pénitent qui s’avance pieds nus !
Voyez cet autre qui vient, de même, remercier Dieu d’une favenr signalée, obtenue par l’intercession de la patronne des affligés ; cette personne qui demande la paix pour sa maison ; cette autre, la fin des égarements d’un être, malgré tout, tendrement aimé !
« Voyez ce voyageur échappé d’un péril imminent, ce matelot sauvé du naufrage, ce milicien qui revient des combats: ne vous semble-t-il pas remarquer, sur leurs figures hâlées et leurs habits en désordre, la trace des orages, de l’eau de la mer et de la poudre ?
«Ils viennent de tous les points ; les uns soutenus ou portés sur des mains aimées, les autres seuls s’aidant de leurs jambes, courbés sous Île poids des douleurs qu’ils portent.
« Les uns demandent, supplient ; les autres remercient ; les uns sont tristes, mais d’une tristesse résignée ; d'autres sont joyeux, mais d'une joie calme et recueillie.
«Ils passent sans cesse ; leur nombre est immense ; mais cette réunion de tant de douleurs n’a point de clammeuses lamentations, et ce concours de tant de joies n’a pas de bruyants éclats! Ils sont par milliers ; mais ils seraient par millions, que la paix de cet asile ne serait point troublée ; car les seuls bruits qu’on entende dans le silence de ces lieux, sont le chant de pieux cantiques et le doux murmure de la prière. »
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