‹ Manuel du pèlerin de Notre-Dame de Bon-Secours, à Montréal [microforme]Chapitre 12 sur 50 · PREMIER JOUR · texte numérisé non relu

PREMIER JOUR

L'immaculée Conception de la très-Sainte Vierge.

CONSIDÉRATION

Marie dans sa conception fut exeinpte de la tache du péché originel. C’est la croyance commune des fidèles ; c’est le sentiment de l'Eglise. Marie venait écraser la tête du serpent infernal;

Dieu ne voulut pas que cet ennemi du salut régnât un seul instant sur elle. Marie devait être la Mère du Verbe incarné: Dieu ne voulut pas que celle qui devait donner au monde Je Dieu trois fois saint, contractât un seul instant la moindre souillure; et comment eût-il permis que le sang de Jésus, ce sang adorable qui devait régénérer et purifier le monde, fût vicié dans sa source; et que le démon, dans son orgueil, pût lui dire un jour: “Marie n’a été votre sanctuaire, qu'après avoir été ma demeure?” Il fallut, il est vrai, détourner d'elle l’anathème lancé contre tous les enfans d’un père coupable; il fallut pour elle une exerption sans exemple; mais Dieu pouvait laccorder cette exemption; et pour qui l’eût-il réservée, s’il n’en eût favorisé celle qui devait être la Mère de son Fils.

Que faut-il conclure de ces vérités? Elles nous portent à faire deux réflexions bien importantes: une, qu'il n’y a qu’un seul hien vraiment désirable, la grâce; l’autre, qu’il n’y a qu’un seul mal véritablement à craïndre, le péché. Dieu voulant favoriser Marie plus que toutes les autres créa- (res, ne lui donne pas des biens temporels, il ne élève pas aux dignités du siècle, parce que ce ne sont là que des biens apparens, des biens trompeurs, et trop souvent funestes à ceux qui

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Jes possèdent; mais il l’enrichit de ses grâces au moment même de sa conception, et il l’enflamme de son amour: voilà les biens qui la rendent estimable à ses yeux, et digne de ses complaisances. La grâce, l'amour de Dieu sont donc les seuls biens réels, les seuls dignes de notre estime et de nos recherches. |

Dieu met en œuvre sa sagesse, sa bonté, sa puissance en faveur de Marie; il crée pour elle une providence toute spéciale: pourquoi? Pour éloigner d’elle jusqu’à l'ombre du péché. C’est qu’au jugement de ce Dieu infiniment saint, il n’y a d’estimable que la sainteté, et que le péché qui s'oppose essentiellement à la sainteté, est le seul mal véritable, le seul par conséquent qui soit à craindre. L’ai-je jamais bien compris? Le Fils de Dieu n’eût jamais pu se résoudre à se renfermer dans le sein de Marie, s’il eût aperçu dans son âme les traces d’une seule faute. Hélas! quand ce divin Sauveur daigne entrer dans mon âme, qu'y voit-il? Quelles traces y ont laissées lorgueïl, la vanité, la médisance, l’aigreur, les inimitiés, la mollesse, et peut-être des vices qui me font rougir de moi-même? Et que serait-ce, si duns ce moment même j'étais l’esclave du péché mortel? Ah! de quel œil me regarderiez-vous, à mon Dieu! Je serais l’objet de votre haine, et

digne de vos éternelles vengeances, Peut-il y avoir un plus épouvantable malheur?

Résolution. Je veïllerai avec soin sur mon cœur pour éviter la plus petite faute.

Bouquet spirituel qu’on peut offrir plusieurs Joïs dans le courant de la journée : O Marie conçue sans péché! priez pour nous qui avons recours à VOUS.

PRIÈRE

O Marie! daignez m’obtenir de J. C. mon Sauveur, ces lumières vives et pénétrantes qui portent jusqu’au fond de l’âme le sentiment et la conviction de ces grandes vérités; faites. moi bien ‘comprendre que ce ne sont pas les souffrances, la pauvreté, les calomnies, les humiliations qui sont à craindre, puisque par ma patience et ma résignation, je puis les faire servir à mon salut; mais que le seul mal réel, c’est le péché, puisque le péché seul est opposé à Dieu et à ma sanctification. Hélas! quand je n’aurais eu le malheur de de commettre qu’une seule fois, faites-moi comprendre que je n’aurais pas assez de larmes pour le pleurer et Pexpier, et que si j'étais assez téméraire pour le commettre encore, la mort, dans ce moment même, pourrait me surprendre, et me

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Que ces mêmes lumières que vous m'obtiendrez, Ô ma puissante Protectrice! me découvrent aussi le prix de la grâce, et me la fassent connaître comme le seul bien digne de mon estime et de mon amour. Ainsi soit-il.

précipiter dans l’abime éternel.

HISTOIRE

Secours dans les combats.—Bataille de Lépante. Le Sultan Soliman II, enhardi par les conquêtes de Selina IL son père, qui s'était avancé dans la Hongrie et jusqu'aux portes de l'Italie, résolut d'envahir ce centre de la catholicité. Une flotte des plus formidables, qu’on eût vues, était prête à mettre à la voile. La plupart des princes chrétiens, par insouciance ou làcheté, s'excusèrent, sous divers prétextes, de se réunir contre l’ennemi commun. Îl n’y eut que le Souverain Pontife (St. Pie V), le roi d'Espagne et la République de Venise qui résolurent ensemble de réprimer l’audace des infidèles; mais l’incertitude du succès était telle, qu’ils ne virent de salut que dans le secours du ciel. De toutes parts on implora l’assistance de la Sainte Vierge, comme le Secours des chrétiens. Le Pape ordonna des jeûnes et des prières publiques, et plein d’une

sainte confiance, il envoya un chapelet à Don Juan d'Autriche, général en chef de l’armée chrétienne, en lui disant : ‘ Ne craignez point ce ‘““ grand nombre d’infidèles, attaquez-les hardi- ‘“ ment; revêtu de cette arme, vous remporterez ‘“ la victoire. Cette couronne de Marie en est le ‘ gage.”

Les deux armées 8e rencontrent dans le golfe de Lépante, près d’Actium. Quand elles furent en présence, Don Juan fait arborer l’étendard sur lequel brillait l’image du Christ et du Rosaire. A la vue de l’étendard sacré, soldats et généraux tous se prosternent et jurent de combattre: jusqu’à la mort, et de verser leur sang pour la cause de la religion. Ils s'étaient voués en victimes, ils se relevèrent comme des lions intrépides.; Le choc fut terrible: après 5 heures d’un combat acharné, les Turcs furent complètement défaits avec une perte de 30,000 hommes et de presque tout leur matériel. (Cet événenent mémorable arrivait le 7 Octobre 1571,le premier Dimanche du mois, pendant que les Confrères du Rosaire faisaient les prières et les exercices accoutumés pour le succès de la bataille. St. Pie V n’hésita pas à attribuer cette victoire à l’intercession de la Mère de Dieu. Il paraît qu'il en eut une révélation spéciale. Le jour de la bataille

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et la nuit précédente, il avait redoublé la ferveur de ses prières. Au moment du combat, il était au milieu des Cardinaux, tout-à-coup il les quitte brusquement, ouvre une fenêtre, et, ayant élevé pendant quelque temps, les yeux au ciel, il revient à eux, et leur dit d’un ton inspiré: ‘“ Suspendons maintenant toute affaire; nous ne “ devons plus penser qu’à rendre grâces à Dieu “ pour la victoire qu'il vient d'accorder à son “ peuple.” La nouvelle de l'événement vint peu après justifier ses prévisions. Elle fut accueillie avec trunsport. Partout on publiait les louanges de Marie, et pour en perpétuer la mémoire, le Souverain Pontife institua la fête annuelle de Notre-Dame de la Victoire, qu’on a nommée depuis, Votre-Dame du Rosaire; et il ajouta aux litanies de la Sainte Vierge, cette dénomination glorieuse : auxilium christianorum, secours des chrétiens, priez pour nous.

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