‹ Manuel du pèlerin de Notre-Dame de Bon-Secours, à Montréal [microforme]Chapitre 18 sur 50 · SEPTIÈME JOUR · texte numérisé non relu

SEPTIÈME JOUR

La Compassion de la très-Sainte Vierge.

CONSIDÉRATION

Tout la vie éu Sauveur, dit l’auteur de l’Imttation, ne fut qu'une croix et qu'un martyre continuel. On pourrait dire aussi que celle dé Marie ne fut qu’une vie de doüleurs et de sacrifices. Que n'eut-elle pas à souffrir dans. Fl

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l’étable de Bethléem, dans sa fuite en Egypte, dans son long exil chez un peuple infidèle, dans la maison de Nazareth, et depuis l’Ascension du Sauveur pendant les vingt années qu’elle passa sur la terre loin de l’objet unique de ses pensées et de son amour !

Mais ce fut au pied de la croix que les douleurs les plus vives, les afilictions les plus profondes, le spectacle le plus déchirant, attendaient cette Vierge innocente. Jésus expirant voulut avoir sa Mère pour témoin de ses opprobres, de ses souffrances et de ses angoisses. Quel spectacle pour les yeux d’une Mère! Qu’éprouviez-vous alors, ô Mère désolée! lorsque vous aperceviez votre divin Fils, la tête couronnée d’épines, le visage meurtri et abattu par la douleur, le corps tout couvert de plaies et inondé de son sang! Quel déchirement pour votre cœur, lorsque vous voyiez ces bourreaux inhumains enfoncer à grands coups les cloux meurtiers dans ses pieds et dans ses mains adorables; lorsque vous entendiez les outrages, les dérisions, les blasphèmes qu’on vomissait contre lui;: lorsque vous assistiez à sa longue et cruelle agonie sur la croix, et que vous le viîtes expirer victime de la fureur de ses ennemis, et comme abandonné de son Père! Qui peut exprimer quel fut alors l'excès de vos douleurs? L’Esprit-

Saint, par l'organe de l'Eglise, les compare à l'étendue des mers et à la profondeur des abimes.

Mais pourquoi donc fallait-il que cette Mère si tendre assistât au cruel trépas du plus tendre des fils? Pourquoi le Ciel exige-t-il que la plus innocente des créatures soit condamnée à répandre tant de larmes et à passer par des épreuves si rigoureuses? Ah! c’est un mystère que je pénètre enfin aujourd’hui : en associant par la maternité divine, cette Vierge sans tache à la gloire de la rédemption, le Seigneur voulait par là même l’associer plus qu'aucune autre créature aux souffrances du Rédempteur et aux grands avantages dont elles sont la source. Car depuis que Jésus-Christ a consacré dans sa personne et par son libre choix, les souffrances et les duuleurs, elles ne sont plus des maux véritables pour le chrétien; elles sont pour lui le principe du seul vrai bonheur. Souffrir en effet, et souffrir dans les sentimens de la foi, c’est ressembler à Jésus- Christ, et à celle qu’il a le plus aimée sur la terre, Marie, son incomparable Mère; souffrir c’est marcher dans la voie des prédestinés, c’est recevoir le sceau des élus; souffrir, c’est semer une abondante moisson de mérites, et se préparer une couronne éclatante dans les cieux. Souffrons donc dans cette vallée de larmes, mais souffrons

comme Marie; son âme sur le Calvaire fut éprouvée, mais ne fut pas abattue; elle se tenait debout au pied de la croix, dit l'Evangile, acceptant avec courage le calice amer que le Ciel lui présentait, adorant la main du Ciel qui s’étendait sur elle, et immolant dans son cœur ce Fils bien-aimé, dont on lui demandait le sacrifice.

Résolution. J'otfrirai à Dieu quelque privation.

Bouquet spirituel. O Marie, imprimez fortement dans mon cœur les plaies de Jésus crucifié.

PRIÈRE

Que je vous ressemble peu, ô ma Mère! Si les souffrances sont un bienfait de Dieu, avec quelle ingratitude je les ai reçues jusqu’à ce jour! Que de plaintes, que de murmures, que d’impatiences, que de révoltes peut-être contre Dieu, qui ne m’éprouvait que pour me sauver! Que j'ai peu compris mes vrais intérêts! C’est peutêtre à ces chagrins, à ces maladies, à ces afflictions dont je me plaignais, que je suis redevable d’avoir échappé à des occasions qui eussent causé ma perte, et d’être rentré dans les voies du devoir, dont je m'étais écarté. Je veux donc m’abandonner désormais à la conduite de cette Providence divine qui dispose de tout pour mon salut, et entrer avec courage dans ses vues de miséri-

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corde sur moi. Votre exemple, Ô Marie, me soutiendra, m'encouragera dans mes peines; et vos prières m'obtiendront de Jésus-Christ la patience et la résignation nécessaires pour les supporter avec mérite et avec fruit. Ainsi soit-il.

HISTOIRE

Secours contre l'enfer.—En 1714, il y avait en Flandres deux jeunes gens doués de talens, mais livrés aux vices les plus honteux. Après avoir passé toute une journée dans les excès du jeu et de l’intempérance, ils allèrent le soir dans des lieux de débauche. Cependant l’un d’eux voyant la nuit déjà assez avancée, voulut se retirer. L'autre resta pour satisfaire ses passions effrénées, et pour boire jusqu’à la lie le calice de Babylone. Le premier, étant rentré chez lui, se souvint qu’il n'avait pas récité, selon sa coutume, quelques Ave Maria. Il sentit une grande répugnance à les dire, mais cependant il resta fidèle à sa résolution, et fit cette prière, quoiqu’à moitié endormi. Cette prière, toute imparfaite qu’elle était, ne resta pas sans récompense, et lui mérita la protection de la Ste. Vierge. À peine fut-il couché qu’il s’endormit de lassitude; mais bientôt éveillé par des coups redoublés qu’on frappait à la porte, il aperçut au même instant devant

lui, son compagnon dans l’état le plus hor rible. Effrayé à cette vue, il lui demanda ce qu’il avait. Celui-ci répondit: “ Par un juste châtiment de Dieu, nous devions tous les deux tomber cette nuit en enfer. Mais Marie, à cause de ta prière, t’a empêché d’être puni. Pour moi, je suis damné! mon corps est resté dans telle rue (il la nomma)” Alors découvrant sa poitrine, il lui montra le feu et les serpents qui le tourmentaient, et il disparut. L’autre se leva aussitôt, et, se jetant à genoux, versa des torrens de larmes. Il se rendit ensuite chez les Franciscains, et raconta son histoire. Ces bons religieux ne voulaient pas le croire, jusqu’à ce que, s'étant trans-

portés au lieu indiqué, ils trouvèrent le hideux cadavre de son malheureux compagnon. Ils reçurent le pénitent qui changea de vie par l’intercession de Marie, et qui répétait souvent avec vérité: “ C’est grâce à Marie, si je ne brûle pas.”

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