CONSERVATION DES SUBSTANCES VÉGÉTALES SÈCHES
Puisque le pharmacien ne dessèche les plantes que
pour les mettre en réserve et fournir aux besoins de son officine , il faut qu’il connaisse les vases dans lesquels il doit les renfermer , les lieux où il doit les déposer , le temps pendant lequel elles peuvent conservé’ leurs propriétés médicinales. C’est ce que quelques^ auteurs appellent i^eposltlon et durée.
En générai , plus une substance est compacte et d’un tissu serré , plus sa conservation est facile. Aussi les racines de petit houx , de bistorte , de tormentille , de fraisier , de salsepareille , de squine , de polygala , se conservent long-temps sans altération ; tandis que celles de chicorée , d’ache , d’angélique , sont très-sujettes à devenir vermoulues et moisies. Les substances résineuses se conservent fort long-temps , tels sont le klna , l’ipécacuanha , le gayac , le sassafras. Les feuilles et herbes aromatiques, comme celles des labiées, se gardent assez long temps; il en est de même des lichens. Les feuilles de pariétaire , de morelle , de mercuriale , de jusquiame ont , au contraire , besoin d’être renouvelées souvent. Les fleurs veulent être fermées très-sèches et dans des vases hermétiquement bouchés ; il est indispensable de les cribler quelquefois. Celles des composées, telles que la camomille , le pied de chat , le tussilage, sont d’une garde assez facile ; il en est de même du sureau , des roses de Provins ; tandis que celles de bouillon-blanc, et surtoutde chèvre-feuilles, peuvent à peine durer quelques mois : on retarde leur altération en ne les fermant que lorsqu’elles sont assez sèches pour se briser entre les doigts : c’est le vrai moyen de conserver la violette , la mauve , etc. Les semences se gardent mieux dans
leur péricarpe que lorsqu’elles en sont sorties. La coH" servalion des fruits est fort difficile , parce que le sucre qu’ils contiennent attire d’une part les insectes, de l’autre l’humidité qui détermine la fermentation. On voit donc que :
1® Toute substance doit être abritée de la lumière , de l’air et de Thumidité. La trop vive lumière altère la couleur , l’air dissipe l’odeur , et l’humidité ramollit le corps et le dispose à fermenter ou à moisir.
2® Les vaisseaux dans lesquels on doit enfermer les substances desséchées sont , pour les racines , les écorces etles tiges, des caisses de bois biencloses; pour les fleurs, des bocaux de verre recouverts de papier; pour les semences aromatiques , des bouteilles parfaitement sèches et bien bouchées. Quant aux semences qu’on emploie en grande quantité, comme les amandes, le ricin, on peut les enfermer dans des sacs qu’on place dans des greniers à l’abri d’une trop vive chaleur et des attaques des souris.
5° On ne peut pas garder les végétaux indigènes plus d’un an : aussi doit-on en dessécher peu à la fois.
4® Toute substance qui a perdu sa couleur, son odeur, ou qui a été attaquée des insectes , doit être rejetée. M. Lemercier, médecin à Rochefort, a publié que î’âcreté des fleurs d’arnica , les nausées etles vomissemens qu’elles procurent quelquefois aux malades , sont dus aux œufs et aux larves d’insectes qui Ses rongent. MM. Chevallier et Lassaigne attribuent ces effets à la cytisine, principe âcre et vomitif de cette fleur.
MANUEL
Le jaîap vermoulu contient , à poids égal , plus de résine que le jalap sain ; car la résine par son âcreté repousse Finsecte qui détruit la fibre ligneuse. Le jalap ainsi altéré n’est propre qu’à l’extraction de la résine; on ne doit l’employer ni en décoctum , ni en poudre : car la résine étant le principe actif de cette racine , on serait incertain de la quantité qu’on en donnerait au malade.
11 en est de même des cantharides, qui sont plus épispasliques lorsqu’elles ont été rongées par les insectes que lorsqu’elles sont intactes.