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CHAPITRE QUATRIÈME

DESSKïtlATlON DES PLANTES.

La dessicc^oii iest iifie opération qui a pour but de priver les corps ’4’une humidité nuisible à leur conservation.

Elle s’exerce ordinairement sur les végétaux , rare-

Sîient sur les substances animales , plus rarement encore sur les minéraux , qui , pour se conserver intacts^ n’ont besoin que d’êlre garantis des agens extérieurs qui tendent h leur détérioration , l’air , l’humidité et la lumière.

La dessiccation s’opère soit à l’air libre , soit dans des , étuves. Il est quelques plantes qu’on dessèche sur des plaques métalliques chauffées i^iels sont les sedum. On consulte, pour le choix des moyens à employer, la couleur, l’odeur et la texture du corps sur lequel ou agit. La dessiccation a été bien conduite lorsque le végétal n’a perdu ni son odeur , ni sa couleur.

Il est un vieil axiome de pharmacie , c’est que la dessiccation est d’autant meilleure qu’elle est plus prompte : ed melms quanto citiiis. Cependant , comme les diverses parties des végétaux varient dans leur nature et leurs propriétés , que l’eau de végétation s’y trouve inégalement distribuée , il s’ensuit qu’il faut plus de temps pour dessécher tel organe que tel autre. De là la raison pour /laquelle on dessèche séparément les racines , les écorces , les tiges , les feuilles , les sommités fleuries , les fruits et les semences.

1“ Racines. Considérées quant à leur structure seulement, les racines se divisent en trois classes : les fibreuses, les charnues J, les bulbeuses.

Les fibreuses sont celles qui , comme la patience , la chicorée, etc., ont une texture formée de fibres serrées. Il faut d’abord les laver pour séparer la terre qui pourrait y adhérer encore. On retranche ensuite le collet ^ qui est dur, ligneux et dépourvu de sucs propres. On ratisse pour enlever les radicules. On coupe le corps de

la racine en tronçons de la longueur d^un pouce , qu’on fend ensuite, selon leur grosseur, en deux ou quatre parties, il en est dont on rejette le tneditallium pour conserver l’écorce ; teiles sont la bardane et la cynoglosse ; d’autres , comme la guimauve , dont on rejette l’écorce pour conserver seulement l’intérieur. Les racines ainsi divisées , on les expose sur des claies d’osier dans un grenier bien aéré , au soleil , ou dans une étuve à 1 5 ou 20° : on remue souvent pour renouveler les surfaces et accélérer la dessiccation.

En lavant les racines lorsqu’elles sont fraîches , l’eau ne peut pas les pénétrer , ni entraîner les principes extractifs. On les prive par là d’un peu de mucilage qui moisirait à leur surface , et on le& obtient plus blanches. Telle est surtout la racine d’aunée , qui brunit trèsfacilement , et qui prend de la blancheur si on la laisse tomber dans l’eau froide à mesure qu’on la coupe. On ne doit pas ratisser les racines aromatiques; car c’est dans leur épiderme que réside le plus souvent le principe odorant volatil , qui , par la rupture des cellules qui le contiennent, aurait trop de lacilité à se dissiper.

Les chaîmucs sont celles qui ont un tissu succulent facile à entamer , comme le njmphœa, la bryone, etc.

Lorsqu’elles sont lavées, ra tissées, on les coupe en rouelles minces , qu’on traverse d’une ficelle en torme de chapelet , ou plus simplement on les expose en couches minces sur des claies qu’on porte d’abord au grenier; car si on les portait de suite à l’étuve, l’eau de végétation que contient la racine pourrait la cuire. 11

La dessiccation de ces racines, comme celle de toutes les autres , est parfaite lorsqu’elles sont sonores et cassantés.

La racine bulbeuse se compose d’un tubercule mince qu’on appelle plateau, dont la face inférieure porte la racine , et la supérieure l’ognon. Celle que le pharmacien dessèche le plus souvent est la scille.

On retranche la partie inférieure du plateau , c’està-dire le paquet de fibrilles dont la réunion constitue la vraie racine ; on rejette les écailles extérieures , qui sont minces , rouges et sèches ; on met à part les squames couleur de chair qui leur succèdent, et l’on rejette encore comme inutile la partie centrale blanche et étiolée qui correspond à la hampe. Les squames mises à part sont les seules qu’on doive dessécher. Pour cela on peut suivre deux procédés. Celui de Demachy consiste à scarifier de chaque côté les écailles, à les traverser -d’un fil dans l’onglet , et à les exposer en chapelet dans une étuve ou autour d’un cornet de poêle. Le- procédé suivant paraît plus simple. On divise les squames en petites lanières dans le sens de leur longueur ; on les expose ensuite sur des tamis à l’air libre pendant quelques heures , au bout desquelles on les porte dans une étuve dont on augmente graduellement la température jusqu’à ce qu’elles soient cassantes.

Le but qu’on se propose en scarifiant la scille ou en la divisant en lanières est de déchirer une pellicule mince et fort dense qui recouvre chaque squame , et qui s’opposerait à l’évaporation de l’humidité intérieure. On doit se servir d’un couteau d’ivoire ou d’argent ; car le tannin

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qu’elle renferme la colorerait en noir si Ton employait un couteau de fer. ■

‘i® Tiges J, bols, écorces. Comme ces organes ne contiennent , en général , que peu d’eau de végétation , leur dessiccation est très - facile. 11 suffit de les diviser le plus possible pour multiplier leurs surfaces , et de les exposer ensuite au soleil , à l’air sec, ou dans une étuve , dont il n’est même pas besoin d’élever beaucoup la température : 1 5 ou 2 0® cent, suffisent.

5® Femiles, Le degré de température à employer dépend de leur épaisseur et de rhumidité qu’elles renferment. Celles qui sont peu épaisses , telles que la mélisse , la menthe , l’oranger , se dessèchent au soleil ou dans une étuve à i5 ou 20®; celles qui sont succulentes et épaisses, comme la bourrache, exigent une chaleur plus forte. Après les avoir étendues en couches minces , on les expose d’abord à l’air , puis on les porte à l’étuve, dont on élève graduellement la température jusqu’à 4o®

cent. On a soin pendant ce temps de les retourner sou-

vent.

Il est très-important de n’augmenter qu’insensible» ment la chaleur. Si elle était trop brusque, les deux surfaces se dessécheraient, et serviraient de couvercle à riiumidité intérieure, qui, ne pouvant plus sortir, pourrirait la feuille en peu de temps.

4® Sommités fleuries. Celles dont la couleur est délicate doivent être divisées en petites bottes , et enveloppées dans des cornets de papier. On les porte ensuite à î’éliive , ou bien on les suspend en guirlandes dans des

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greïliefs bien aérés ; telles sont les sommités d’îiyssope, de muguet , de peiite centaurée. Ces dernières séchées sans enveloppes deviennent jaunâtres.

5“ Fleurs. La dessiccation des fleurs est la plus difficile , car il s’agit de conserver leur couleur et leur odeur.

Celles dont l’arôme est très-fugace et le tissu gonflé de beaucoup d’eau de végétation^ ne peuvent point se dessécher,, tels sont le lys, le jasmin , la tubéreuse et toutes les crucifères; mais les autres, pourvu que la dessiccation en ait été bien conduite, conservent pendant quelque temps au moins tous les^caracières physiques et toutes les propriétés médicinales dont elles jouissaient dans leur état de fraîcheur.

Celles dont le tissu est serré , tels que le tilleul „ le bouillon-blanc , le sureau , le genêt , le tussilage , la camomille , etc. , se dessèchent facilement au soleil ou à Tétuve. Au sujet des corynjbifères , M. Virey fait une observation très-juste, c’est qu’il faut les sécher avant leur entier épanouissement, parce qu’un peu d’humidité restante suffirait pour développer leurs aigrettes , lesquelles laisseraient suspendues dans les hifusum de petites paillettes qui irriteraient la gorge des malades.

Les fleurs de roses rouges , celles d’œiüets doivent être mondées de leurs onglets, étendues sur des tamis recouverts de papier , et séchées rapidement à l’ombre de l’étuve. Il en est de même pour les fleurs de mauve , auxquelles cependant il n’y a rien à retrancher. On observe que, par la dessiccation, les fleurs de mauve perdent leur teinte violacée pour en acquérir une d’un beau bleu,

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et qoe la rose de Provins acquiert une couleur plus foncée et une odeur plus vive. La rose pâle conserve bien son odeur , mais perd entièrement sa couleur.

Les pétales de pivoine, et surtout ceux de coquelicots, dont le tissu est fort délicat et la couleur facilement altérable , doivent être étendus en couches fort minces , et exposés sur un drap à l’ardeur d’un beau soleil ou sur des tamis à une brusque chaleur d’étuve. Parce moyen on a du coquelicot bien rouge et en feuilles distinctes ; tandis que , si la dessiccatlon«^a langui , il est pelotonné en petites masses noirâtres.

On a conseillé pour les fleurs de violettes un procédé qu’on ne doit employer qu’autant qu’on les destinerait à servir de réactif pour constater la nature alcaline ou . acide des liquides ; c’est de les monder de leurs onglets, de les étaler sur une toile fixée à un carrelet , et de les asperger avec un arrosoir d’eau bouillante. Par ce moyen , la couleur bleue est séparée de la matière colorante verte qui lui était unie, et que l’eau entraîne. Mais pour l’usage médical il est préférable de les monder de leurs calicesetde leurs pédoncules, de les étendre en couches minces , de les sécher promptement à l’étuve à une chaleur de 55® centig. environ , et de les fermer encore chaudes. Avec ces précautions elles conservent au moins un an leur couleur.

Lorsque les Heurs sont desséchées , on les crible légèrement pour en séparer les débris, la poussière qui les couvre et les anthères détachées des étamines.

M. Hauy a conseillé, pour fixer dans les herbiers la couleur des fleurs , de les plonger un instant dans l’ai-

cooi , de les retirer^ de les étendre sur un papier non

collé et de les faire sécher rapidement

(i) Il est impossible d^apprendre la botanique sans faire un herbiei\

Mais les élèves sont, en général, découragés par le temps considérable que la dessiccation des plantes exige, et plus encore par le chagrin de voir les fleurs dont la découverte les avait enchantés perdre en séchant leurs couleurs, leurs formes, souvent encore leurs caractères botaniques. La coquette leur évitera désormais tous ces désagrémens. Le nom de ce joli petit appareil fait allusion à l’élégance des herbiers qu’il promet aux botanistes et au nom de son inventeur, M. Lecoq , mon collègue dans les hôpitaux , jeune homme aussi instruit que modeste. Nous croyons faire plaisir aux lecteurs , en leur donnant un abrégé de ce que M. Bory de Saint-Vincent a lu à l’académie des sciences sur la construction de la coquette et les avantages qu’il en a retirés. « On doit choisir une planchette de la même grandeur que le format de l’herbier qu’on veut faire ou qu’on veut compléter. Le hêtre me paraît être le meilleur des bois pour base de la machine. L’épaisseur de cette planchette doit être assez considérable pour qu’on n’ait point à craindre de la voir plier ou se rompre. Elle doit être légèrement bombée en dedans , afin de présenter une résistance suffisante à l’effort qui doit s’exercer sur ses deux grands cotés. On fixe solidement le long de ceux-ci, et par le moyen de petits clous, un morceau de toile d’emballage forte et grossière, plus grand de quelques travers de doigts en largeur que la planchette. On fait coudre solidement sur le côté libre du morceau de toile une tringle en fer de la grosseur d’une forte plume de cygne environ , vers les extrémités de laquelle sont fixées deux courroies , soit en cuir , soit en ruban de fil, qui puissent serrer, e#ivti’e la toile et la planchette, les plantes qu’on y étend les unes sur îesjautres, chacune entre lo à i2 feuilles de papier non collé, et au nü^yi^n de deux bonnes boucles clouées à la partie inférieure, sur le côté opposé à celui sur lequel la toile est fixée. L’appareil ainsi disposé , et lorsqu’on y a placé de dix à vingt échantillons , doit avoir, en outre, aux deux extrémités encore libres de la toile, des oeillets formés par de petits anneaux en fer, pour éviter tout déchirement. Ces anneaux répondentà des crochets, au nombre de cinq ou six , fichés sur les bords de la planchette en haut et en l>as.

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6® Fruits. 11 est rare qu’on dessèche complètement les fruits , le plus ordinairement on se contente de concentrer le sucre qu’ils contiennent en faisant vaporiser la majeure partie de l’humidité qui le tient en soin lion. Pour cela on se sert de la chaleur du soleil ou de celle de l’éluve , ou d’un four médiocrement chauffé.; mais de crainte de cuire le sarcocarpe , on int . rompt la dessiccation à plusieurs reprises , pour la cont'nuer ensuite jusqu’à ce que le fruit ait acquis la consistance molle propre à sa conservation. C’est ainsi qu’on dessèche à 56® centig. les prunes de damas noires pour avoir les pruneaux^

Les uns et ies auti’es sont destinés, au moyen de deux bouts de ficelle qu’on passe alternativement des anneaux aux crochets et des crochets aux anneaux, à tendre de nouveau la toile dans le sens où Teffet de la tringle ne se ferait que faiblement ressentir. On sent que si l’on a la précaution de cribler la planchette d’une multitude de petit trous à l’aide d’un villebrequin , l’évaporation aura lieu en tout sens, quelle que soit la pression; et si l’on expose le tout ainsi disposé aux mêmes influences dessiccatives qu’on emploie avec les appareils ordinaires, on obtiendra un résultat d’une étonnante rapidité. A l’aide de cette machine , on conserve aux borraginées leur verdure. Les liliacées ne noircissent pas, jaunissent seulement un peu. Les orchis se dessèchent très-bien, surtout si l’on place la machine au soleil, soutenue parles deux extrémités, de manière à ce que l’air puisse circuler librement en dessus>et en dessous. Il suffît de déposer dans cet appareil les écbantillV)n«' qu’on prétend conserver, après les avoir mortifiés, en quelque sorte, et convenablement disposés par une preinière et assez forte pression de peu d’heurts, 24 au plus, lo ou 1 2 au moins. L’on n’aura plus après cette opération préalable à se mêler des écliantillons récoltés que pour les retirer de la machine après quelques jours, et pour les répartir, parfaitement secs et bien conservés, à la place définitive qu’on leur destine. »

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Semences. Les farineuses peuvent se dessécher indifl’éremment àTéluve, au soleil ou à l’air libre. Cependant on a remarqué que le blé séché au four se conservait bien mieux que par tout autre moyen , et pouvait même garder durant trente ans la faculté reproductrice.

Les huileuses ne doivent pas se dessécher à l’étuve , mais aux rayons du soleil. Lorsqu’on les garde dans leurs coques ligneuses, elles se conservent plus long- temps sans rancir, ^

Les aromatiques se dessèchent par une simple exposition à l’air, et à l’abri du soleil qui dissiperait une partie de leur arôme.

Les cornées n’exigent aucune précaution. Les semences de coings veulent rester à l’étuve jusqu’à ce que le mucilage qui les recouvre se soit racorni par la dessiccation.

On dessèche quelques substances animales pour les conserver. Les cloportes et le castoreum se dessèchent au bain-marie, la inpèreh l’étuve. Pour les cantharides, on les étale sur un tamis de crin qu’on expose dans un grenier où l’air circule facilement. Lorsqu’elles sont attaquées par des insectes , on les place seules dan^ une étuve , qu’on chauffe à 4o® centig. afin que cette température fasse périr les larves et les œufs,

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