VITRIOL
Cet acide, bien plus important que tous ceux dont nous venons d’examiner la nature , est , comme son nom Findique, une combinaison de soufre etd’oxigène, dans la proportion de loo de soufre et de i49>ib d’oxigène. On le trouve abondamment dans la nature combiné aux bases : on Fa rencontré depuis peu à l’état libre dans Feau du Rio vinagro s dont l’acidité avait déjà été remarquée par de célèbres voyageurs.
On se procurait autrefois cet acide en distillant du sulfate de fer. On le fabriqua ensuite en brûlant du soufre dans de grands ballons. Enfin on vint à opérer cette combustion dans des chambrer de plomb de 5 à 20,000 pieds cubes. C’est par ce moyen, perfectionné depuis une douzaine d’années, qu’on prépare l’acide sulfurique qu’on trouve dans le commerce, et qui est employé pour la préparation des produits chimiques et pour le besoin des arts. ^
MANUEL
Le pharmacien ne préparant pas l’acide sulfuricpie , nous rendrons compte en deux mots de sa fabrication en grand , nous réservant de nous éteiidre sur les moyens à employer pour purifier cet acide , et le rendre propre à l’usage médical.
La préparation de cet acide consiste à faire brûler le soufre soit seul (i) , soit avec 7 à (S parties de nitre p. 0/0 dans une chambre doublée de lames de plomb; à condenser les vapeurs acides par de l’eau à l’état gazeux , qu’on fait jaillir avec force ; enfin à introduire de l’air au besoin. On recueille le produit de la condensation , marquant 5o à 4o®; on le fait concentrer dans des chaudières de plomb jusqu’à ce qu’il soit arrivé à 5o®. Alors ou l’introduit dans des chaudières de platine ou dans des cornues de verre placées sur un bain de sable , où l’on en réunît une vingtaine, et l’on procède à la distillation pour l’amener à 66® , degré auquel doit être porté cet acide pour le mettre dans le commerce.
Ainsi concentré, il peut être employé pour la plupart des opérations des arts. H contient encore des substances étrangères (sulfates de chaux, de fer, de plomb, quelquefois des traces de sel de platine provenant du vase évaporatoire) . 11 a donc besoin d’être purifié. On emploie pour cela le moyen suivant.
(1) On remplace dans cette fabrication le nitre par du gaz, nitreux provenant de la décomposition de Pacide nitrique au moyen de quelques corps combustibles. On a profité de Pemploi du gaz nitreux pour préparer avec plus d’économie certains sels ou oxides métalliques ; enfin Pacide oxalique, qui est employé dans les arts , et qui nous est encore fourni en partie par les Anglais.
DU PHARMACIEN. 5o3
On introduit dans une cornue de verre îutée , et non tubulée , au moyen d’un enionnoir à longue tige, fie l’acide sulfurique concentré , ayant soin de n’en mettre qu’aux deux tiers de ce vase. On fait entrer dans îa cornue quelques grains de verre on de petits fils de platine ; on adapte à son coJ un grand récipient , dont le coî doit être assez large pour que le bec de la cornue puisse arriver jusque dans le milieu du ballon. On met dans ce ballon une petite quantité d’acide sulfurique pur, et on joint la cornue et le ballon. La cornue doit être placée sur une grille de fil de fer mise dans un fourneau muni de son laboratoire , sur lequel la grille pose. On recouvre la cornue du dôme , on place le ballon sur un bain de' sable susceptible d’être échauffé par un fourneau. On met du feu dans le fourneau où est placée la cornue, et dans celui qui supporte le bain de sable. On continue le feu d’une manière progressive , afin de porter l’acide sulfurique à l’état de vapeurs. On entretient le feu convenablement. Quand la distillation a été opérée aux trois quarts , on laisse refroidir l’appareil, on le démonte , on retire du ballon l’acide sulfurique pur, qui doit être blanc, ne donner aucun précipité par les alcalis en excès , ni laisser de résidu par l’évaporation.
Le but qu’on se propose en recommandant de placer un peu d’acide au fond du ballon , est d’empêcher l’acide sulfurique distillé de faire casser le vase en Lé-chaulïant trop rapidement.
C’est aussi pour éviter des soubresauts, qui pourraient causer la rupture de la cornue, et pour déterminer la vaporisation d’une manière plus rapide, qu’on recom-
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mande de placer au fond de la cornue des lils de platine tournés en spirale (i).
L’acide sulfurique pur doit être conservé dans uij flacon i bouché h l’émeri. Dans un flacon non fermé, il s’aflaiblirait en absorbant une portion de l’eau répandue dans l’atmosphèrei; placé dans un flacon bouché en liège , H fi détruit le bouchon , prend une couleur noire , et passe i à l’état d’acide sulfurique impur. Si , pour la purifica- • tion de l’acide sulfurique , on employait , ce qui n’est l pas impossible , une cornue et un ballon de platine , , ropération serait simplifiée. On n’aurait qu’à introdoire ! l’acide dans la cornue , y ajuster le ballon , et le placer ' sur une grille , pousser à la distillation , et refroidir le ballon métallique , en faisant tomber sur ses parois une masse d’eau assez considérable pour le refroidir.
La combinaison du soufre avec l’oxigène , dans les proportions nécessaires pour produire de l’acide sulfureux, s’opère avec la plus grande facilité, il n’en est pas de même pour l’acide sulfurique. Si l’on brûle du soufre à l’air libre , on obtient de l’acide sulfureux mélangé d’une petite quantité d’acide sulfurique. Cette manière de se conduire du soufre pendant sa combustion a dû demander des recherches , afin de pouvoir en brûlant le soufre , le convertir en acide sulfurique.
C’est à Lemery et à Lefèvre qu’on doit les premières idées qui , perfectionnées , ont donné naissance à de
(i) Nbus avons prescrit l’emploi de cornues non tabulées à cause de la dilï'érence d’épaisseur des parois de la cornue et de ceux de la tubulure. Souvent cette différence d’épaisseur détermine la rupture des vases employés aux opérations pharmaceutiques qui deman^m^^ le concours de la chaleur.
nouveaux produits et à de nombreuses manufactures, La théorie de la formation de l’acide sulfurique dans les chambres de plomb est due à MM. Clément et Desormes. Ces chimistes ont démontré que les gâz acide sulfureux et nitreux , mêlés ensemble , réagissaient run sur l’autre à l’aide d’une petite quantité d’eau; que de cette réaction résultait une combinaison nouvelle d’acide sulfurique, de deutoxide, d’azote et d’eau ; que , lorsque la dissolution de cette combinaison avait lieu , le deutoxide d’azote se séparait, reprenait dans l’air une nouvelle quantité d’oxigène pour repasser à l’état de gaz acide nitreux , qui , de nouveau en contact avec l’acide sulfureux , déterminait la formation du même combiné, qui se conduisait de la même manière. Ces réactions se continuent dans les chambres où se prépare l’acide sulfurique iusqu’à ce qu’il y ait épuisement total de gaz sulfureux ou de l’oxigène de l’air contenu dans les chambres , ou qu’on y fait passer par des ouvertures pratiquées exprès.
L’acide sulfurique pur est blanc , liquide , d’une consistance ofoagineusô , rougit fortement la teinture de tournesol. Sa pesanteur spécifique est de 1,842. A cet état , il relient encore une quantité d’eau assez considérable qu’on n’a pu lui enlever; caustique très-violent, il désorganise sur-le-champ les matières végétales et 1 animales. A 10 et à 12® sous zéro, il se congèle; à une 5 température élevée , il bout , et passe à la distiliatiou.
J A un degré de chaleur plus élevé , dans un tube de por~ 1 celaine d’un petit diamètre, il se décompose, et se trans» ( forme en acide sulfureux et en gaz oxîgène.
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L’acide sulfurique est employé dans un grand nombre de préparations médicales. Mêlé à l’alcool , il formo l’eau de Piabel ; il détermine la formation de l’éther. Il fait partie coaslituanle des sulfates employés en médecine. Il sert h préparer les acides hydrochlorique , ni trique , tartarique , le phosphore, etc.
Les secours à donner contre les accidens causés par l’introduction de l’acide sulfurique dans l’économie animale , ce sont les solutions alcalines légères. La magnésie peut être employée avec succès. Pour éviter les dégagemens de chaleur qui se manifestent lorsque l’acide concentré se mêle à l’eau , quelques praticiens conseillent de l’administrer en suspension dans l’huile. ( Ga- ' briel Pelletan. ) ^
Les réactifs qui servent à faire reconnaître l’acide sulfurique doivent être connus du pharmacien , cet acide servant à falsifier le vinaigre , dont il augmente l’acidité (i). Ces réactifs sont, l’eau , l’acétate , l’hydrochlorate et le nitrate de baryte. Ces solutions , versées dans un vinaigre ou dans un liquide quelconque contenant de l’acide sulfurique ou môme un sulfate , déterminent i un précipité blanc , insoluble dans l’eau et dans l’acide ï nitrique concentré. Ce précipité , recueilli sur un filtre, { lavé, séché, et chauffé ensuite dans un creuset avec une î petite quantité de charbon , donne un sulfure qui , traité i par l’eau et Pacide nitrique ou hydrochlorique , donne i naissance h un sel nitrate ou hydrochlorate de baryte î facile à reconnaître. ( ^ oyez te chapitre des sels. )
(i) Cette falsification a été prévue par les lois, et des instructions i sur les moyens de la reconnaître ont été publiées.
DU PIIAKMACIEN.
Le charbon , à l’aide de la chaleur, peut aussi faire reconnaître cet acide , qu’il décompose en lui enlevant de r ’oxigène formant de l’acide carbonique , et mettant à nu de l’acide sulfureux, qui se dégage , et qu’on reconnaît à son odeur particulière.
11 est souvent utile pour le pharmacien de connaître les quantités réelles d’acide sulfurique à 66° contenues dans ses dilférens mélanges avec l’eau. La table suivante, dont les divisions sont dues à M. Vauquelin, et les subdivisions à M. Darcet , indique quelles sont les quantités
I d’eau à ajouter à l’acide sulfurique à 66° pour le faire passer aux différens degrés marqués par l’aréomètre , et la pesanteur spécifique que possèdent ces mélanges.