TARTRATE DE POTASSE ET DE SOUDE
SeipoLjckrestô soluble , sel de Seignette , deutotartrate de potassium et de sodium.
Ce sel , découvert par un pharmacien de La Rochelle , nommé Seignelte , fut recommandé par ce praticien dans un écrit qu’il publia en 1672. Lémery l’ayant mis en usage et lui ayant donné de la vogue , Seignette en relira de très - grands profits , en tenant la formule secrète. En ipSi , Boulduc et Geoffroy en reconnurent la composition : ils la publièrent.
On prépcTre/ce sel en dissolvant dans de l’eau distillée (ou dans de l’eau de pluie, quand on peut s’en procurer ) une quantité voulue de sous -carbonate de soude
cristallisé. Lorsque la solution est faite , on porte h l’ébullition , et on ajoute peu à peu dans le liquide du sur- tarira te de potasse jusqu’à ce que la saturation de la solution alcaline soit complète, ce qu’on reconnaît lorsque cette solution ne rougit plus le papier de tournesol ni ne ramène pas au bleu le papier de tournesol qui a été rougi par un acide. On ajoute alors une petite quantité d’alcali. Cet excès d’alcali est nécessaire; il favorise la cristallisa lion du sel. Oii filtre la liqueur. Lorsqu’elle est filtrée , on la remet sur le feu , et on fait évaporer jusqu’à ce qu’elle marque 56® à l’aréomètre. On laisse déposer, on tire à clair dans des terrines , et on laisse en repos. Le sel de Seignette se dépose sur les parois des terrines. Lorsque la cristallisation est terminée , ce qui a lieu au bout de quelques jours , on décante les eaux - mères , on met à égoutter la terrine qui contient les cristaux. Lorsqu’ils sont égouttés , on les détache de la terrine , on les lave avec un peu d’eau , on les laisse égoutter de nouveau , et , lorsqu’ils sont secs , on les enferme dans des boîtes de bois garnies de papier à l’intérieur. On réunit les eaux-mères , en ayant soin , si elles sont colorées , d’ajouter un peu de charbon animal , et de faire jeter quelques bouillons. On filtre, et on faitévaporer jusqu’à ce qu’on soit arrivé au degré nécessaire. On porte de nouveau la liqueur à cristalliser, et on répète cette opération jusqu’à ce que les eaux-mères soient épuisées. Dans cette opération, l’excès d’acide du sur-tartrate de potasse s’unit à l’oxide de sodium du sous-carbonate de soude , en dégageant l’acide carbonique, et en formant un tartrate de soude qui
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s^iioit au tartrate de potasse pour former un sel triple^ Macquer, MM. Henry, Vauquelin , Figuier, se sont occupés de ce sel. Le premier de ces chimistes obtint des eaux- mères du sel de Seignette un sel en aiguilles fines , qui était un combiné de soude , de potasse et d’acide tartrique , dont la cristallisation avait été modifiée par des substances étrangères à ce sel. M. Vau^ quelin a déterminé les proportions dans lesquelles les tartrates de potasse et de soude sont unis ensemble. Ces proportions sont les suivantes :
Tartrate de potasse 54*
Tartrate de soude 4b.
Ce sel cristallise en prismes à 8 ou lo pans inégaux dont les extrémités sont tronquées à angles droits. Les pans sont divisés en deux dans la direction de leur axe , et la base sur laquelle ils reposent est marquée de deux lignes diagonales qui se croisent de manière à la diviser en quatre triangles. Il est susceptible de prendre des formes bien régulières lorsqu’il cristallise au milieu d’un liquide , et suspendu sur des fds qu’on a placés dans la liqueur, et qui ont reçu les premiers rudimens des cristaux. Sa saveur est légèrement amère ,* il est soluble dans l’eau froide , et plus soluble dans l’eau chaude. Exposé è l’état solide à l’action de l’air, il n’éprouve pas d’altération. Soumis à l’action du feu , il est décomposé , comme tous les sels végétaux , et il laisse pour résidu un mélange de” sous - carbonate de potasse ef^de sous-carbonate de soude.
Ce sel est usité en médecine comme purgatif. Sa saveur, moins désagréable que celle des sulfates de soude
et de magnésie , le fait employer de préférence à ces sels.
TARTRATE DE POTASSE ET d’aNTIMOINE.
Tartrate de potasse antimonié , émétique, tartre
stibié , tartre émétique, deutotartrate de potasse
et d’antimoine.
Ce sel est le résultat de la combinaison de l’acide tarlrique avec la potasse et l’oxide d’antimoine.
Sa découverte date du seizième siècle , et c’est à Adrien Mynsicht qu’on en est redevable ; il le fit connaître en i63i, dans le traité qu’il publia sous le nom de Thésaurus chimico medicus (1).
La plupart des chimistes ^ et particulièrement , Bergman , s’occupèrent de sa préparation. Ce savant décrivit ses propriétés de telle manière , que la description qu’ib en a donnée est encore celle qu’on pourrait en faire aujourd’hui.
Un grand nombre de procédés ont été mis en usage pour la préparation de l’émétiquce Tous ces procédés, qui ont aussi été rapportés par Bergman , étaient basés sur la saturation de l’excès d’acide du tartrate acidulé de potasse par l’oxide d’antimoine provenant des oxides blancs ou des préparations d’antimoine connues sous
(i) Quelques auteurs ont écrit que Mynsicht avait tiré ce procédé du traité de Cornachinüs, ayant pour titre Mettiodus in 'puiverem , 16,20. On peut cependant regarder cette assertion comme hasardée, puisqu’elle ne porte que sur des probabilités.
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les noms de crocus, d’oxide sulfureux vitreux, etc. Les divers modes de préparation , suivant Geoffroy , donnaient lieu à des combinés différens. Ce chimiste publia (|ue l’émétique que l’on obtenait par ces procédés divers n’était pas identique, et c[u’il contenait depuis un dix- huitième jusqu’à un vingt- cinquième d’oxide d’anlimoine.
Plîisieurs procédés sont encore mis en usage ]30ur obtenir ce tartraîe. Les deux que nous allons décrire sont ceux qui sont suivis actuellement.
PROCÉDÉ DU Codex.
Pour obtenir l’émétique par le procédé décrit dans le nouveau Codex, on prend i6 parties d’oxide d’antimoine sulfuré vitreux porphyrisé (verre d’antimoine) , 24 parties de crème de tartre réduite en poudre , et 240 parties d’eau de pluie, ou mieux de l’eau distillée. On met d’abord les deux poudres dans une bassine de terre ou d’argent (i) , et on y ajoute une petite quantité d’eau. On mêle avec une spatule de bois, et quand le mélange est à l’état de pâte bien homogène , on ajoute" peu à peu , en remuant , le reste de l’eau. On place ensuite la bassine contenant le tout sur un fourneau, on fait bouillir pendant tr *is quarts d’heure environ, en remuant et en ajoutant de temps en temps de l’eau bouillante pour remplacer celle qui s’évapore.
(1) Si l’on emploie une bassine d’arg'ent, le métal de ce vase est en partie noirci. Ce changement de couleur est dû à ce qu’il y a forîuation d’une couche de sulfure d’argent.
Lorsque rébulülîon est terminée, on laisse refroidir la liqueur , et lorsqu’elle est encore à une température de 00® à 55°, on filtre. On lave le filtre à l’eau tiède, on réunit toutes les liqueurs^ et on les fait évaporer jusqu’à ce qu’elles marquent 20®; alors on les laisse refroidir. Ces liqueurs , par refroidissement , laissent déposer des cristaux d’émétique, qui sont souvent recouverts d’autres petits cristaux formés d’aiguilles partant d’un centre. Ces cristaux (aiguilles) , qui sont du tartrate de chaux , peuvent être séparés de l’émétique ci istallisé en octaèdres, au moyen d’une brosse, qui, passée sur les cristaux d’émétique, détache les aiguilles sans altérer les cristaux octaédriques.
Ce sel, privé de tartrate de chaux, doit être redissous dans de l’eau distillée , et amené par l’évaporation à l’état de cristaux. Si ceux-ci n’étaient pas entièrement blancs et purs , on devrait les dissoudre de nouveau , et faire évaporer une troisième fois.
On relire des eaux-mères une nouvelle quantité d’émétique, qu’on purifie par le même moyen (1).
Pendant la formation de i’émétique, on remarque plusieurs phénomènes : 1° un dégagement d’acide bydrosulfurique en petite quantité; 2® la formation de quelques flocons bruns - marrons ( kermès ) , qui restent en suspension dans la liqueur ; 5® la liqueur est colorée en jaune verdâtre. Évaporée , elle
(1) Il faut avoir soin de n’employer l’émétique obtenu des eauxmères que lorsqu’il est parfaitement cristallisé. A cet état, îl est privé de l’arsenic qui existe dans ces eaux , provenant des préparations anti^ moniales qui servent à l’obtenir.
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prend souvent un aspect gélatineux. Ces phénomènes ont été expliqués de la manière suivante. Le verre d’antimoine , qui est un mélange de sulfure et de protoxi le d’antimoine , etc. [voyez page 444)^ se trouvant en contact avec de l’eau et de la crème de tartre, une partie de l’eau est décomposée. Son oxigène se porte sur le métal du sulfure , le fait passer à l’état de protoxide ; tandis que l’hydrogène réagit sur le soufre, et donne lieu à de l’acide hydrosulfurique. Cet acide se divise en deux parties : l’une s’unit à un peu d oxide d’antimoine pour former du kermès ; l’autre se dégage. Le protoxide d’antimoine qui était contenu dans le verre, et une partie de l’oxide qui s’est formé s’unissent à l’excès de la crème de tartre, et donnent naissance à de l’émé^ tique, qui reste en dissolution. Ce sel est mêlé à un peu de tartrate de fer, qui colore la liqueur en jaune; à de la silice, qui^ dissoute d’abord, redevient libre par l’évaporation d’une partie du liquide , et qui prend l’aspect gélatineux; à du tartrate de chaux, qui a été séparé de la crème de tartre (qui en contient toujours) par le protoxide d’antimoine. Ce dernier sel étant soluble dans l’eau chaude et insoluble dans l’eau froide, se précipite en cristaux aiguillés , qui s’implantent sur les cristaux d’émétique. Les eaux -mères contiennent, en outre , un peu d’arsenic. ( Serullas. )
Ce procédé est aussi employé, avec quelques modilications , dans les quantités de substances. Ainsi on prend parties égales de crème de tartre et de verre d’antimoine, au lieu d’employer i6 parties de verre
DU PHARMACIEN. y/fS
d^antimoine sur 24 de crème de tartre ; on agit ensuite comme nous l’avons dit précédemment (1).
PROCÉDÉ RAPPORTÉ DANS LA PHARMACOPEE d’ÉdIMBOURG.
Ce procédé J qui est celui de M. Philips, et que M. Henry a d’abord fait connaître , a été répété sous ses yeux par un des élèves de la Pharmacie centrale (M. Pitay), qui l’a consigné dans \q Journal de pharmacie. Il consiste à traiter le sous-sulfate d’antimoine (2) par le sur-tartrate de potasse de la manière suivante. On prend une partie de sous-sulfate d’antimoine et une partie de crème de tartre réduite en poudre, on projette par portions ces deux substances dans 10 parlies d’eau distillée bouillante. On entretient le liquide à l’état d’ébullition jusqu’à ce qu^il ne soit plus que légèrement
(1) La théorie que nous venons de rapporter a été regardée jusqu’à présent comme positive, mais elle vient d’être combattue par M. Soiïbeiran, dans des observations sur la préparation de l’émétique {Jour" nai de fharmacîe^ octoére, 1824.) Il résulte des expériences de ce chimiste que toute ,1a théorie de l’opération se réduit à la saturation de l’excès d’acide tartrique , du sur-tartrate de potasse par l’oxide contenu dans le verre d’antimoine , etque la formation de l’hydrogène sulfuré et celle du kermès ne sont que le résultat de la décomposition d’unie petite quantité de sulfure d’antimoine.
(2) Le sous-sulfate d’antimoine se prépare en faisant réagir sur 5 parties d’antimoine métal y parties 1/2 d’acide sulfurique à 66°. On mêle ces deux substances, on les met sur le feu dans une terrine, et on chauffe, en agitant avec une spatule de bois jusqu’à ce que le mélange, ait pris une couleur blanche-grisâtre. On lave alors le produit avec de l’eau, pour lui enlever l’excès d’acide. On fait sécher le produit lavé, que l’on conserve pour l’usage.
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troublé par un dépôt grisâtre insoluble (i) , on filtre , et on fait rapprocher la liqueur jusqu’à ce qu’elle porte 2 2®. Arrivée à ce point , on retire du feu , et on porte à cristalliser. On laisse former les cristaux , ce qui demande au moins douze heures; lorsqu’ils sont formés, on décante Feau-raère, et on sépare les cristaux, qui sont ordinairement blancs.
On fait évaporer l’eau-mère^ et on la porte au même degré de 22. On remarque que pendant , et surtout vers la fin de l’opération , la liqueur devient trouble. Ce phénomène résulte de la précipitation d’une certaine quantité de sulfate de chaux. On filtre la liqueur encore chaude, et on l’abandonne ensuite , pour en obtenir de nouveau des cristaux.
On reprend l’eau-mère , qui est acide , et on la sature en partie par de la chaux, en ayant soin de laisser cependant dans la liqueur un excès d’acide (2). On décante le précipité qui se forme , on fait évaporer, on filtre , et on met à cristalliser de nouveau. On recueille les cristaux , on les lave à l’eau froide , et on les fait sécher.
Si les cristaux obtenus par cette opération n’étaient pas blancs , il faudrait les dissoudre dans l’eau pure, filtrer, et concentrer la solution , pour obtenir une nouvelle cristallisation.
(1) Ce dépôt est formé d’antimoine métallique et d’un excès dè sous-sulfate.
(2) Sans la précaution de laisser un excès d’acide dans la liqueur, on obtiendrait des cristaux impurs et recouverts de chaux.
M. Pitay a expliqué ainsi qu’ü suit la théorie de celte opération. « L’acide sulfurique ayant peu d’affinité pour le sous-sulfate d’antimoine, ce sel, en contact avec la crème de tartre , est entièrement décomposé. Son oxide s’unit avec l’excès d’acide du sur-tartrate de potasse, tandis que l’acide sulfurique reste en solution dans la liqueur. »
M. Soubeiran , qui a depuis examiné ce qui se passe dans l’opération dont nous venons de parler, a prouvé que cette théorie n’est pas exacte , et il s’appuie sur ce qu’il a reconnu que la liqueur qui résulte de l’ébullition de l’eau dans laquelle on a mis de la crème de tartre et du sous-sulfate d’antimoine contient non-seulement de l’émétique et de l’acide sulfurique , comme l’avait dit M. Pitay , mais encore de l’acide tarlrique et du sulfate ' de potasse (i). Il établît alors la théorie suivante.
« En raison de la masse , l’acide sulfurique enlève une « partie de potasse à la crème de tartre ; mais l’acidité a de l’acide tartrique éliminé n’est pas détruite ,* il s’op- « pose par sa présence à l’action de l’acide sulfurique, « et l’équilibre s’établit quand la tendance de l’acide « sulfurique à s’emparer de la potasse est contre-balancée « par celle de l’acide tartarique à la retenir. Dans cette « manière de voir, qui me paraît être l’expression de la « vérité, la liqueur cbntiendrait de l’émétique, du sul- « fa te de potasse, de l’acide sulfurique et de l’acide
(i) M. Serullas ayant démontré que presque tous les antimoines du commerce contiennent de l’arsenic , ce métal , modifié , doit exister dans les eaux-mères ou dans le résidu qui est resté sur le filtre.
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<( tartrique libres. » Les observations de M. Soubeiran étant d’une étendue qui ne nous permet pas^de les consigner ici, nous renvoyons nos lecteurs au n° du J ourfial ' de pharmacie où elles ont été insérées (octobre 1824).
L’émélique est un solide incolore , plus soluble dans l’eau chaude que dans l’eau froide (1) , cristallisant en octaèdres transparens , et quelquefois en tétraèdres. Il est acide , rougit la teinture de tournesol , a une saveur nauséabonde particulière.
Exposé au contact de l’air , ce sel s’effleurit ; exposé à l’action de la chaleur, il se décompose : l’acide tartrique est entièrement détruit. On a pour résidu de la potasse et de l’oxide d’antimoine.
Donné à l’intérieur , il détermine des vomissemens ; à haute dose , il cause l’empoisonnement. Les secours à donner consistent à favoriser le vomissement que ce sel excite , puis à administrer des solutions artrîngentes faites avec l’écorce de chêne, avec la noix de galle, le quinquina , le thé, l’écorce de saule , etc. , etc.
Les réactifs qui font connaître ce sel sont :
1“ L’hydrogène sulfuré, qui, dans les dissolutions d’émétique, détermine un précipité brun rougeâtre, et qui est un sulfure divisé (kermès). •
2® Les hydrosulfates, qui produisent un précipité de même nature.
3® L’infusion de noix de galle , qui donne un précipité floconneux grisâtre. Ce précipité , séché et traité
(1) L’eau bouillante en dissout la moitié de son poids, l’eau froide environ un quinzième.
au chalumeau , est ramené à l’état de métal , en donnant premîèremcînt les produits qui résultent de la décomposition des matières végétales.
4° L’émétique , en dissolution dans l’eau , est précipité en blanc par î’hydrocyanate ferrure de potasse.
D’après Thompson, ce sel est un combiné de 4h,55 d’acide tarîrîque ,
56,8 1 d’oxide d’antimoine i6,66 de potasse.