B RIT CINE
La brucine est un alcali végétal qui a été découvert par MM. Pelletier et Caventou dans l’écorce du brucœa dysenterica (fausse angusture) , dans la fève de Saint- Ignace, Dans la noix vomique ^ elle est accompagnée d’un autre alcali vf gétal , la strychnine.
La brucine s’obtient de la manière suivante. On réduit en poudre l’écorce de fausse angusture; lorsqu’elle est à cet état , on l’introduit dans un flacon à l’émeri , on verse dessus de l’éther sulfurique. On agite , et on laisse ces substances en contact, ayant soin d’agiter de temps en temps le flacon pour que l’éther puisse agir
sur toute la poudre. Au bout de vingt-quatre heures,
on décante l’éther, qui s’est coloré et chargé d’une matière grasse particulière; on remet de nouvel éther, et on recommence l’opération jusqu’à ce que ce véhicule n’agisse plus sur la poudre. On traite cette poudre ainsi épuisée par de l’alcool bouillant y à plusieurs reprises, et jusqu’à ce que ce liquide ne lui enlève plus rien.
On réunit les liquides alcooliques qui ont été fdtrés , on les place dans le bain-marie d’un alambic, puis on soumet à la dislibatîon. De cette manière, on retire une quantité d’alcool qui peut servir à traiter de nouveau de la poudre d’an gu store.
Lorsque la di.-iillalion est terminée, on traite le résidu [extrait alcoolique de fausse angusture) par de
Feau distillée à plusieurs reprises , ayant soin de bien laver les parties insolubles. On filtre la solution aqueuse et on la traite par un excès de sous-acétate de plomb : ce traitement a pour but de séparer la plus grande partie de la matière colorante , qui se précipite. On recueille le précipité sur un filtre , et on le lave avec de l’eau. La liqueur, séparée du précipité, est soumise à un courant d’hydrogène sulfuré , qui réduit à l’état de sulfure le plomb qui était en excès. On filtre de nouveau pour séparer ce sulfure , et l’on concentre la liqueur. On la traite par l’acide oxalique , qui s’unit à la brucine pour former un oxalate ; on évapore ensuite jusqu’à consistance d^extrait. Arrivé à cet état, on lave cet extrait avec de l’alcool à la température de zéro ; l’alcool enlève toutes les parties étrangères à l’oxalate de brucine. On fait ensuite dissoudre ce sel dans l’eau distillée , et on ajoute de la magnésie ; on fait bouillir; la magnésie s’unit à l’acide oxalique, et la brucine est mise à nu. On reprend cette base par l’alcool bouillant, on filtre, et en laissant évaporer lentement l’alcool , on obtient la brucine à l’état cristallin.
Si la brucine obtenue de cette manière est colorée , on la redissout dans l’alcool ^ on ajoute à ce liquide une petite quantité de charbon animal lavé à l’acide bydrochlorique , on fait bouillir et on filtre.
La brucine , par une évaporation lente , cristallise en prismes réguliers de plusieurs lignes de longueur. Si l’on hâte l’évaporation , on l’obtient , au contraire, sous foi me de feuillets nacrés. Sa saveur est amère , acerbe, persistante. Elle est soluble dans 800 parties d’eau froide
^gO MANUEL
et dans 5oo parties d’eau bouillante; elle est inaltérable à l’air. Exposée à l’action de ta chaleur à une température un peu plus élevée que celle de l’eau bouiilante , elle se fond , se prend , par refroidissement , en une masse qui a beaucoup de ressemblance avec la cire. Exposée à une température plus élevée , elle se décompose, fournit de l’eau, de l’acide acétique , de l’hydrogène carboné , très-peu d’acide carbonique , enfin de l’hoile empyreumatique en assez grande quantité.
Celle substance a été employée en médecine par MM. Andral fils et Magendie dans les mêmes cas que la strychnine. Le premier de ces deux praticiens a reconnu que six grains de brucine produisent les mêmes effets que ceux qui résultent de l’emploi d’un grain de strychnine impure ou d’un demi-grain de strychnine à l’état de pureté. Le même médecin a aussi employé cette substance depuis im grain jusqu’à cinq dans des cas de paralysie. M. Magendie a administré ce médicament et avec succès dans des cas d’atrophie; il faisait prendre à ses malades des pilules d’un huitième de grain , à la dose de six par jour.
Ce médicament, lorsqu’il fait partie d’une préparation pharmaceutique , doit être divisé exactement dans celte préparation, qui d’ailleurs ne doit être délivrée que sur l’ordonnance d’un médecin bien connu.
La cinchonine fut découverte par M. Duncan d’Édimbourg , puis examinée successivement par MM. Go-
mès et Laubert. Le premier de ces savans la décrivit sous le nom de cinchonine.
Aucun de ces chimistes n’avait considéré cette substance comme un alcali. C’est MM. Labillardière , Pelletier et Caventou qui nous firent connaître sa nature et la propriété qu’elle a de saturer les acides et de former des sels.
La cinchoiiine existe dans les diverses espèces de quinquina , ainsi que Pont constaté MM. Pelletier et Caventou, mais particulièrement dans le quinquina gris , clnchona condaminea.
Pour obtenir ce produit le procédé suivant a été in» diqué.
On traite le quinquina gris réduit en poudre par de l’alcool bouillant. On continue ce traitement jusqu’à ce que ce véhicule l’ait épuisé entièrement, ce que l’on reconnaît lorsque l’alcool qui a bouilli sur cette poudre n’a pas d’amertume. On réunit l’alcool qui a sei'vi au lavage , et on l’introduit ( après l’avoir filtré ) dans un bain-marie , en y ajoutant une petite quantité d’eau pour . garantir les produits dissous de l’action de la chaleur. On opère la distillation (i) , et on la cesse lorsque l’aî- I cool est distillé. On démonte l’appareil dislillatoire; on : traite par l’eau aiguisée d’acide hydrochlorique le résidu delà distillation. Cet acide étendu dissout lacinchoi nine , forme avec elle un bydrocblorate , et laisse on résidu de nature résineuse. On filtre le liquide acide , on i lave de nouveau le résidu avec dePeau aiguisée d’acide.
(i) Cette opération a pour objet de recueillir une grande partie de i l’alcool employé pour le faire servir à de nouvelles opérations.
79^ MANUEL
On répète cette opération jusqu’è ce que Feau acidulée sorte de dessus le résidu sans avoir d’amertume. On réunit les eaux acidulés , on les met en contact avec de la magnésie calcinée, en assez grande quantité pour saturer l’excès d’acide hydrochlorique ,et pour décomposer i’hydrochlprate de cinchonine : la base végétale séparée de son acide se précipite avec l’excès de magnésie. On la recueille sur un filtre , on lave , et lorsque le précipité est lavé , on le fait sécher. On le traite alors par l’alcool bouillant , qui dissout la cinchonine. On retire cette substance de sa solution alcoolique prir cristallisation et par évaporation. Si les cristaux obtenus étaient colorés , on les redissout dans un acide, et on traite ensuite le sel formé (un sulfate , parexemple) par l’eau et le charbon animal. On fdtre la liqueur, on précipite de nouveau le sel par la magnésie , et on traite de nouveau par l’alcool , etc.
On peut aussi obtenir cette substance en traitant la poudre de quinquina gris par l’acide hydrochlorique ou sulfurique affaibli, en précipitant ensuite la solution sulfurique par la chaux en excès , réunissant le précipité sur un filtre , le lavant , et le traitant , lorsqu’il a été desséché , par l’alcool à l’aide de la chaleur , et en agissant comme nous i’àvons dit plus haut^ si la cinchonine est
colorée.
La cinchonine se trouvant avec la quinine dans divers quinquinas, ces deux substances ayant la plus grande analogie entre elles , et s’obtenant de la même manière , on cherche à les séparer l’une de l’autre.
Le procédé que nous allons rapporter a été décrit par
DU PIIAKMACIEN. 793
M. Callaud , pharmacien. Il est basé sur la différence de solubilité des deux sulfates.
Ce procédé était déjà connu de M. Robiquet^ qui le pratiquait avec quelques modifications : ce savant praticien le tenait de MM. Pelletier et Gavenlou. Oncombine avec l’acide sulfurique de la quinine obtenue ainsi que nous le dirons plus bas. Mais comme cette quinine contient une certaine quantité de cinchonine , on obtient à la fois et du sulfate de quinine et du sulfate de cinchonine. Ce dernier, qui est plus soluble que le premier, ne cristallise paset reste dans les eaux-mères. Pour le séparer , on ajoute aux eaux-mères du sulfate de quinine une solution de potasse caustique jusqu’à ce qiPil yen aiten excès. Cette solution détermine une décomposition des sels, et donne lieu à un sulfate de potasse, lequel reste en dissolution , tandis que la cinchonine encore mêlée de quinine se précipite. On recueille le précipité sur un fdtre , on le lave à grande eau , et on le traite , lorsqu’il est sec, par l’alcool bouillant. On filtre l’alcool, et lorsque le précipité est épuisé, on réunit les liqueurs alcooliques, eton les soumet à la distillation pour en retirer une partie de l’alcool. On prend le résidu de la distillation encore chaud , on le met dans une capsule. Ce résidu donne une cristallisation qui est de la cinchonine. On sépare les cristaux des eaux-mères , on évapore cellesci , et on continue cette opération jusqu’à ce que la liqueur ne fournisse plus de cristaux.
Si la cinchonine obtenue de cette manière n’est pas encore pure , il faut , pour l’amener à cet état , la convertir de nouveau en sulfate, précipiter ce sel par lapotasse.
MANUEL
traiter le précipité par l’alcool , faire cristalliser , comme nous l’avons déjà dit. Si la cinchonine obtenue par ce moyen n’était pas blanche, il faudrait la réduire en sulfate , décolorer celui-ci par le charbon animal privé de phosphate et de carbonate de chaux, décomposer ensuite ce sulfate par la chaux, et traiter de nouveau ie précipité par l’alcool , comme nous l’avons déjà dit.
La cinchonine est blanche , transparente , soluble dans 2,5oo fois son poids d’eau bouillante, presque insoluble dans l’eau froide, soluble dans l’alcool, plus soluble dans l’alcool chaud , peu soluble dans l’éther, dans les huiles fixes et volatiles. La saveur de cette substance est amère , mais elle ne se développe que longuement à cause de son peu de solubilité. Exposée à l’air , elfe ne s’altère pas , mais à la longue elle absorbe de l’acide carbonique. La cinchonine est alcaline , bleuit le papier de tournesol rougi, s’unit aux acides , les sature, et forme des sels avec eux. Exposée à l’action du feu, elle fournit les mêmes produits que ceux qu’on obtient des matières végétales azotées.
L’analyse que MM. Pelletier et Dumas ont faite de cette substance leur a donné les résultats suivans.
Carbone. . 7^,97
Azote. . . . 9,02
Hydrogène 6,22
Oxigène . . 7,79
Les combinaisons de la cinchonine avec les acides qui sont employés en médecine senties suivantes :
SULFATE DE CINCHONINE.
Le sulfate de cinchonme est une comhioaison de cînchonine et d’acide sulfurique. Pour le préparer, on prend la cinchonine ; on la place dans une bassine d’ar- ' gent, avec une petite quantité d’eau; on fait chauffer, puis on ajoute peu à peu à la liqueur de l’acide sulfurique étendu jusqu’à ce qu’il y en ait en assez grande quantité pour saturer la cinchonine. Lorsque la saturation est achevée , on ajoute au liquide du charbon lavé à l’acide hydrochlorique ; on fait bouillir promptement, puis on filtre le liquide bouillant ; par refroidissement , on obtient un sel qui cristallise en prismes à quatre pans, dont deux, plus larges, sont terminés par une face inclinée. On isole ce sel, et on rapproche les eauxmères pour obtenir des cristaux; on répète cette opération jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de sel dans la liqueur. La saveur du sulfate de cinchonine est amère ; il est soluble dans l’eau plus à chaud qu’à froid. Ce sel est composé, d’après MM. Pelletier et Caventou,
de 100 cinchonine,
et de 1 3,02 10 d’acide sulfurique.
ACÉTATE DE CINCHONINE.
L’acétate de cinchonine s’obtient en saturant la cinchonine par l’acide acétique , en filtrant la liqueur qui contient l’acétate en dissolution , et en la taisant évaporer pour obtenir des cristaux. Ce sel cristallise en petits grains ou sous forme de paillettes translucide^.
^9^ MANUEL
Les sels de cinchonine sont peu employés en médecine en comparaison des sels de quinine. Cette défaveur jetée sur celte substance n’est pas fondée sur un grand nombre d’observations ; il est à désirer que les médecins suivent l’exemple donné par M. Chôme!, et qu’ils étudient avec soin les propriétés d’une substance qui a la plus grande analogie avec la quinine , et qui peut faire diminuer l’emploi de celle-ci , emploi tellement considérable , qu’elle cause une hausse considérable dans le prix des quinquinas.
préparations de cinchonine.
SIROP DE CINCHONINE
f OU sirop de sulfate de cinchonine ).
On prépare le sirop de cinchonine en dissolvant dans une once d’eau quarante-huit grains de sulfate de cinchonîne. Lorsque la dissolution est faite, on prend une livre de sirop de sucre marquant froid 55®, dont on a fait la tare ; on le met dans une bassine d’argent , et on le fait cuire jusqu’à ce qu’il ait perdu par évaporation une once d’eau ; lorsque le sirop est cuit à ce point , on ajoute la solution de sulfate de cinchonine , qui doit être claire; on agite le tout avec une spatule d’argent; on laisse refroidir , on introduit dans un flacon , et on conserve pour l’usage.
VIN DE CINCHONINE ( ou vin de sulfate de cinchonine) .
On prépare ce vin en dissolvant dans un litre de vin
de Madère dix-huit grains de sulfate de cincbonine ; on filtre le vin lorsque la solution est entièrement faite. On peut préparer ce vin avec^du vin de Bordeaux , avec du vin de Bourgogne , etc.,, selon la formiue du médecin.
ALCOOL DE CINCHONINfi
[ou alcool tenant du sulfate de clnchonlne en
dissolution) .
On dissout dans une once d’alcool neuf grains de sulfate de cinchonine. Diaprés M. Magendie , cette teinture peut servir à préparer instantanément du vin de cinchonine. Ce praticien recommande d’ajouter à une pinte de vin deux onces de teinture alcoolique ; mais on ne doit pas perdre de vue que ce vin contient deux I onces d’alcool par pinte.
Le sulfate de cinchonine est soluble dans l’alcool : on i se sert de ce moyen pour reconnaître si ce sel a été falsifié ; s’il n’est pas soluble en entier, on examine quelle est la nature du résidu.