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QUININE

La quinine est une substance alcaline qui fut découveiie par MM. Pelletier et Caventou dans le quinquina jaune {cinchona cordifolia) , où elle est accompagnée d’une petite quantité de cinchonine.

On extrait la quinine du sulfate de cette base , et on prépare ce sel par divers procédés ; celui de M. Henry fils mérite la préférence sous le rapport de l’économie. Aussi est-il adopté généralement ; il a été modifié sans avantage par quelques praticiens étrangers, qui le connaissaient sans doute , puisqu’il était publié depuis quelque temps lorsque les modifications qu’ils annoncèrent parurent dans les journaux scientifiques.

PROCÉDÉ DE M. Henry.

On prend 4 livres de quinquina jaune réduit en poudre, on les met dans une bassine de cuivre avec 5o livres d’eau J à laquelle on a ajouté quatre onces d’acide sulfurique à 66®. On mêle la poudre de quinquina au liquide, on fait bouillir pendant une heure. Au bout de ce temps, on passe la décoction acidulée à travers une toile. On traite le résidu par une nouvelle quantité d’eau acidulée et bouillante. On répète ces traitemens jusqu’à ce que le quinquina soit épuisé , c6 dont on s’aperçoit lorsque la décoction acide n’est plus amère. Les décoctions étant terminées, on les réunit^ et on ajoute du lait de chaux dans les proportions voulues pour saturer l’excès fi’acide contenu dans la liqueur. La quinine et la cin-

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chonine, mises à nu parla chaux, se précipitent avec le sulfate de chaux et l’excès d’alcali ajouté. On recueille les précipités sur une toile tendue , qu’on a mouillée d’abord. Les eaux de lavage , qui contiennent encore de l’alcali, du quinquina, doivent être légèrement acidulées pour éviter l’action de la chaux sur l’alcali végétal. On les fait évaporer aux deux tiers de leur volume , et on les décompose par un excès de chaux. On réunit le précipité à celui qu’on a déjà obtenu. On lave ces précipités jusqu’à ce que l’eau en sorte incolore et insipide : 011 met ensuite à égoutter , et lorsqu’il est égoutté, on le porte à sécher à l’étuve. Le précipité étant sec , on le réduit en poudre , qu’on met en digestion avec de l’alcool à 36°. On épuise par ce véhicule à plusieurs reprises, en facilitant la solution delà quinine et de la cinchonine dans l’alcool par la chaleur, en prenant des précautions pour que l’élévation de température ne cause pas la volatilisation d’une grande quantité de ce liquide. Lorsque l’alcool n’enlève plus rien au précipité , on réunit les liqueurs alcooliques , on les laisse déposer , on les décante , on filtre les dernières portions , puis on introduit ces liqueurs dans le bain-marie d’un alambic. On soumet à la distillation pour retirer les trois quarts de l’alcool qui a été employé, on démonte ensuite l’appareil, et on trouve dans le bain-marie la quinine mêlée de cinchonine. Ces substances ont l’apparence d’une matière résineuse , et sont baignées par une petite quantité d’un liquide louche alcalin , ayant une saveur amère. On décante le liquide , on ajoute de l’eau aiguisée d’acide sulfurique, en ayant soin de ne mettre de cet acide que dans les proportions convenables pour qu’il ne soit pas en excès. (On se .sert

MANUEL

d’un papier de tournesol , pour reconnaître si k liqueur est neutre). On traite ensuite le sulfate liquide par une petite quantité de charbon animal lavé h l’acide hydrochlorique. Après quelques minutes d’ébullition , on filtre le liquide étant bouillant; cette solution laisse déposer le sel de quinine par refroidissement. On laisse égoutter les cristaux, qui retiennent une grande qua'iitîté d’eau; on les met ensuite à sécher dans une étuve chauffée de 26 à 5o°, et entre des feuilles de papier blanc à fdtrer.

On relire une nouvelle quantité de cristaux des eauxmères , que l’on décolore par le charbon.

On obtient du liquide qui reste dans le bain-marie avec la matière visqueuse une petite quantité de sulfate de quinine. Pour cela on le sature par l’acide sulfurique ; on fait évaporer à moitié de son volume , et on ajoute ensuite du charbon animal ; on fait bouillir quelques instans ; on fdlre le liquide bouillant ; par refroidissement on obtient des cristaux, que l’on traite comme nous venons de le dire plus haut.

Les eaux-mères contiennent en outre du sulfate de cinchonine. On en retire cette substance (voyez pa- 795)-

Les précautions suivantes doivent être prises dans la préparation du sulfate de quinine (1) : 1® il faut avoir soin de tenir les liqueurs parfaitement neutres pendant tout le cours de l’opération , afin que la cristallisation puisse s’opérer avec facilité ; 2® on doit décolorer les liqueurs avec le charbon animal ; 5® on doit conser-

( 1 ) J ournal de fharmacie , juiUct , 1821.

ver les filtres et les papiers qui sont imprégnés de sulfate de quinine ; on en relire cette substance en les mettant tremper dans de 'l’eau acidulée et en précipitant ensuite par la chaux (i).

On oblient la quinine du sulfate pur en précipitant la solution de ce sel par un alcali , recueillant ensuite le précipité qui s’est formé, le lavant jusqu’à ce que l’eau qui en sort soit insipide , faisant sécher, et dissolvant dans l’alcool à 36°, faisant évaporer , et recueillant le produit de l’évaporation.

La quinine est blanche, iacristallisable ; elle est plus amère que la cinchonine ; elle diffère de celle-ci en ce qu’elle ne cristallise pas ; elle est peu soluble dans l’eau , soluble dans l’alcool , soluble dans l’éther.

La quinine est employée à l’état de sel par les praticiens , de préférence à la cinchonine dans le traitement des fièvres.

Le sulfato de quinine est quelquefois falsifié par du sulfate de chaux en petits crislaux , et par d’autres substances de peu de valeur. Pour reconnaître cette fraude , il suffit de le traiter par l’alcool bouillant; ce sel se dissout en entier dans ce véhicule ^ tandis que les substances qu’on y a mêlées restent insolubles, et peuvent être reconnues par l’examen qu’on en fait (2).

(1) On peut se servir de l’acide hydrochlorique au lieu d’acide sulî'irique pour obtenir le sulfate de quinine et sa base.

^2) Lorsqu’on prépare des teintures , des extraits, des vins, des infusitns et décoctions de quinquina, on doit conserver les résidus pour es traiter par le procédé de M. Henry , et en obtenir de la qui-

nine.

MANUEL

Les quinquinas que Ton trouve dans le commerce sont aussi quelquefois altérés et dépouillés en partie de leur matière active par l’acide sulfurique faible ; le quinquina jaune qui a subi cette altération a une couleur brune fon'cée; sa poudre ressemble à celle du tabac ; on aperçoh dans les fissures des petits rudimens de cristaux salins qui proviennent du traitement du quinquina par les acides (i).

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