‹ Manuel du pharmacienChapitre 231 sur 266 · N MANN! TE · texte numérisé non relu

N MANN! TE

On a don*né le nom de mannite à une substance sucrée, crislallisable, qu’on peut extraire de la manne, et plus parlii'ulièrement de la manne en larmes. Cette substance est blanche, inodore, crislallis ible sous forme d’aiguiiles , d’une saveur deucc'âtre. Clle est soluble dans Feim , peu soluble dans l’:,lcool froid , plus soluble dans l’alrooî bouillant, se précipitant de ce liquide par refroidissement sous forme de peliîsgrains blancs, ayant une apparence cristalline; mise dans les circonstances convenables avec du ferment , elle n’éprouve pas d’altération, et ne donne pas naissance à de l’alcool , comme le font les matières sucrées. La mannite, exposée à Faction du feu, se ramollit d’abord , puis se décompose ensuite en donnant tous les produits des matières végétales azotées. Traitée par l’acide nitrique, la mannite se convertit en acide oxalique.

On obtient la mannite en traitant la manne en larmes par l’alcool bouillant. Ce véhicule la dissout, mais il la laisse ensuite déposer. On recueille Je précipité cristallisé, on le soumet à la presse entre des feuilles de papier Joseph ; on le redissout dans Falcool à l’état d’ébullition. On obtient par celte seconde solution la mannite à l’état de pureté.

La mannite est rarement employée en médecine ; ■

cependant elle est très- efficace. Elle fait la base d’un remède secret connu sous le nom àe pastilles de Calabre.

NARCOTINE.

La narcotine est un principe parliculier qu’on trouve dans l’opium, et qui fut découvert parM. Derosne. Cette substance a porté les noms de sel de Derosne, sei d*opium , principe cristallisable de Derosne ; elle est solide , blanche, inodore, insipide. Sa forme cristalline est le prisme droit à base rhomboïdale. Elle est insoluble dans l’eau froide , soluble dans l’alcool bouillant , trèssoluble dans l’éther.

On prépare la narcotine de la manière suivante. On prend de l’opium du commerce , on le réduit en petits morceaux, puis on le met en contact avec de l’éther sulfurique. On laisse a^ir ce véhicule, et, quand il est coloré, on décante^ on remplace l’éther par d’autre. Lorsque l’opium est épuisé , ce qui arrive au bout de 5 à 6 lavages , on introduit les solutions éthérées dans le bain-marie d’un alambic , on soumet le tout à la distillation pour retirer l’éther et le faire servir de nouveau à l’extraction de la narcotine. On traite le résidu de l’évaporation par l’eau légèrement aiguisée d’acide hydrochlorique, et on agite avec un tube de verre. On filtre le liquide , qu’on précipite par l’alcali volatil,* on recueille le précipité sur un filtre , on le lave à l’eau froide. Lorsque l’eau ne lui enlève plus rien , on détache le précipité de dessus le filtre , et on le fait dissoudre de nouveau dans l’acide hydrochlorique , puis on décompose l’hy-

drochlorate par raîiîiûoniaque. On recueille le précipité, lorsqu’il est sec , on le traite par l’alcool ou l’éther, qui dissolvent la narcotine , qu’on obtient ensuite par évaporation.

Les physiologistes ont été long-temps indécis sur l’action de la narcotine. M. Orfda vient de publier à cet égard des recherches sur cette substance. Il résulte des faits qui sont consignés dans le Journal de chimie médicale y tome pa^e i65 et suivantes , que la narcotine, soit cristallisée, soit dissoute dans l’acide hydrochlorique , peut être prise par l’homme à des doses très-fortes; ‘2® que 5o grains dissous dans l’acide acétique n’ont produit aucun effet sur plusieurs malades; 5® que cette substance est sans action sur les chiens , lorsqu’elle est introduite dans l’estomac à la dose de 4^ ou 6o grains , après avoir été dissoute dans les acides hydrochlorique ou nitrique ; 4® qu’elle détermine , au contraire, la plus vive exaltation et la mort de ces animaux lorsqu’on leur fait avaler 5o ou i\0 grains en solution dans les acides acétique ou sulfurique ; 5® qu’elle occasionne également la mort des clüens lorsqu’on la fait prendre en solution dans l’huile d’olive et à la dose de 5o grains , mais qu’alors , au Heu d’être excités, les animaux paraissent dans un état contraire ; 6® qu’elle n’agit pas lorsqu’on l’applique sur le tissu cellulaire à la dose de 12 grains dissous dans l’acide acétique; 7® qu’elle tuî promptement les chiens lorsqu’on l’injecte dans la veine jugulaire à la dose de 5 grains dissous dans riiuüe ; 8® qu’il est impossible de décider actuellement

elle exerce sur l’homme la même action que sur les chiens , car, d’une part , les elFets sont semblables lorsqu’elle est administrée en poudre ou dans l’acide hydrochlorique , tandis qu’ils semblent différer quand on la donne dans l’acide acétique : mais le défaut d’action de la dissolution acétique chez l’homme ne tiendrait-il pas ^ ce qu’il a été administré à trop petite dose , surtout eu égard à la stature et à la force de l’homme comparées à celle des chiens ? 9® que , dans tous les cas , ce principe n’agit pas , ou il produit sur les animaux l’excitation ou la stupeur, suivant qu’il a été dissous dans les acides hydrochlorique , acétique ou dans l’huile , et qu’il importe par conséquent, avant d’assigner le rôle qu’il joue dans l’extrait aqueux d’opium , de déterminer s’il y est tenu en dissolution par un acide ou par une matière huileuse, comme cela paraît plus probable.

PARIGLINE.

La parigline est une substance particulière qui a été découverte dans la salsepareille par M. Galileo Palotta. Cette substance est blanche , pulvérulente , légère, inaltérable à l’air atmosphérique. Sa saveur est amère , très-austère, légèrement astringente , nauséeuse; elle a une odeur particulière. La parigline pure est insoluble dans l’eau froide, peu soluble dans l’eau chaude, peu soluble dans l’alcool , déflegmé , soluble dans î’alcooî bouillant. Lorsque cette substance est impure, elle est insoluble dans l’eau froide , mais soluble dans l’alcool

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concentré , soit à la température ordinaire , soit à une température plus élevée.

La parîgline rougit faiblement le papier de curcuma. Traitée par les acides , elle présente les phénomènes suivans : l’acide sulfurique concentré la décompose, l’a» eide sulfurique étendu s’unit à cette base et donne naissance à un sulfate ; tous les autres acides s’unissent à la parigline et forment des sels.

La parigline, à une température n’excédant pas loo® de Réaumur, se fond, devient noire, se décompose en partie ; cependant elle conserve son amertume. Exposée à l’action de la chaleur , à une température plus élevée, cette substance se décompose de la même manière que le font les substances non azotées.

On obtient la parîgline par le procédé suivant, rapporté dans \e, Journal de pharmacie , décembre 1824* On coupe la salsepareille , on l’écrase à l’aide du pilon, on verse sur une quantité donnée de cette racine six fois son poids d’eau commune , que l’on a portée à 100° cent. On couvre le vase , pour empêcher que les vapeurs aqueuses n’entraînen| avec elles quelques portions de parigline. On prolonge Vinfasum pendant environ huit heures, on passe ensuite la liqueur à travers une toile. On verse sur le marc une quantité d’eau bouillante égale à la première, en suivant le même mode d’opérer.

On réunit les deux infusions. Elles ont une couleur ambrée foncée; elles sont légèrement amères et nauséabondes. On y verse, en même temps qu’on remue avec une spatule de bois, du lait de chaux,' en assez grande

quantité pour que la liqueur soit légèrement alcaline, ce dont on s’assure par le papier de curcuma. On observe que les eaux changent de couleur et deviennent brunâtres ; il s’en précipite ensuite une substance pulvérulente de couleur grise. On recueille ce sédiment sur une toile très-serrée , on le mêle , encore humide , avec de l’eau saturée d’acide carbonique , puis on le fait sécher au soleil, et on réduit la substance en poudre fine. On l’introduit dans un matras avec de l’alcool 040® Baumé, et Ton soutient l’ébullition pendant deux heures ; on fdtre la liqueur alcoolique. Le résidu est traité par une nouvelle quantité d’alcool , en observant les mêmes précautions.

Les solutions alcooliques étant réunies, on introduit le tout dans une cornue de verre ; on recueille l’alcool par une distillation au bain-marie et jusqu’à ce qu’on observe que le liquide de la cornue se trouble sensiblement. On verse celui-ci dans une capsule , et on l’abandonne au repos. Peu de temps après on voit une substance blanche, pulvérulente, se précipiter, et s’attacher aux parois du vaisseau. On sépare le liquide surnageant ; on place le vase dans une étuve chauffée à 2 5^Réaumur. Lorsque le tout est suffisamment desséché , on recueille la substance, et on la conserve dans un vase convenable. Cette substance, solide, compacte, légèrement déliquescente, d’une couleur obscure, est la pariglioe impure. Elle est combinée avec une matière colorante particulière. On peutla purifier parles moyens connus de tous les cbiniistes ( le charbon ) . Les essais que M. Palotia a tentés sur lui pour

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reconnaître l’action delà parigline lui firent reconnaître que celte substance est un débilitant, qui agit en affaiblissant l’activité vitale en raison de là dose qu’on en a prise. Les mômes expériences lui ont démontré que cette substance possédait tout à la fois la propriété irritante et débilitante.

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