PI PERIN
Le piperin est une substance particulière, de nature végétale, qui a été découverte par M. Oarslaedt dansîe piper nigram. Ce chimiste le considéra comme un alcali végétal ; cependant cette opinion n’est pas celle de tous les chimistes. M. Pelletier regarde cette substance comme une résine, et la compare h la matière résineuse des cubèbes , piper cubeba (i). Le piperin se présente sous la forme d’un prisme à quatre pans, dont deux, parallèles, sont sensiblement plus larges. Le prisme est terminé par une face inclinée. Ces cristaux sont incolores et transparens.
Le piperin estinsoluble dans l’eau froide , peu soluble dans l’eau bouillante. Le peu qui s’en dissout dans ce ^ véhicule à 100° se précipite par refroidissement. Il est soluble dans l’alcool, plus soluble dans l’éther, et plus à chaud qu’à froid.
Le procédé employé pour obtenir le piperin consiste
à traiter le poivre noir de la manière suivante. On prend
(i) MM. Pelletier, Pontet et Meii se sont aussi occupés de travaux sur le piperin. Les travaux des deux premiers, qui s’exécutaient , l’un à Paris, l’autre à Marseille, ont offert, à peu de chose près, les mêmes l'ésultats, quoique par des modes différens.
DU tharmacien.
du poivre noirconcassédeux livres; on le traite avec trois livres d’alcool h 36°. On porte à l’ébullilion , on laisse reposer, puis refroidir; on décante , et on réitèrel’opérationavec de nouvel alcool. On réunil les deux liqueurs, etoo verse dans cette teinture deux livres d’eau distillée et trois onces d’acide hydrochlorique. La liqueur se trouble, et il se dépose une masse de couleur grise foncée. Ce dépôt est dû en partie à delà matière grasse. Lorsque cette matière grasse est séparée, et sur les parois du vase , on recueille sur leOllre de beaux cristaux, qui ne sont autre chose que le piperin. En ajoutant de l’eau jusqu’à ce que le liquide ne se trouble plus , on en obtient une nouvelle quantité.
PROCÉDÉ DE M. Pelletier.
On épuise le poivre noir par de l’alcool , on fait évaporer les teintures alcooliques. Elles laissent pour résidu une matière d’apparence grasse. On soumet ce résidu à l’action de l’eau bouillante , et on renouvelle les lotions jusqu’à ce que l’eau en sorte incolore. Arrivé à ce point, on fait dissoudre la matière grasse quia été purifiée par le lavage dans de l’alcool, et on abandonne la solution à elle-même. Au bout de quelques jours elle laisse déposer une grande quantité de cristaux, qu’on purifie par des solutions dans l’alcool et l’éther et par des cristallisations répétées.
On retire des eaux-mères alcooliques une nouvelle quantité de cristaux, que l’on purifie de la même manière.
M. Dominique Meli a donné des détails sur l’action aniifébrile du piperin ; il dit que l’efficacité de ce médicament surpasse celle du sulfate de quinine. Ces expériences demandent à être constatées; elles seraient utiles en ce qu’en substituant le piperin à la quinine, il y aurait une très-grande économie le prix du quinquina étant très-élevé.
SCILLITINÉ.
On a nommé sclllltlne une substance découverte dans l’oignon de scille par M. Vogel de Munich. Cetle substance , qu’on a peu examinée , s^oblient en traitant par l’alcool le suc épaissi de l’oignon de scille , évaporant à siccité la liqueur alcoolique filtrée, reprenant l’extrait qui en provient par l’eau , précipitant ensuite la solution aqueuse par l’acétate de plomb , en filtrant pour séparer le précipité qui s’est formé dans la liqueur , et lavant le filtre ; puis en faisant passer dans la liqueur et dans les eaux de lavage de l’acide hydrosulfurique; en filtrant encore , puis en faisant évaporer la liqueur. On obtient ainsi une substance friable , incolore , ayant une cassure résineuse, une saveur amère, désagréable. Celte substance est peu connue; on sait seulement qu’elle provoque le vomissement.
CROTON TIGLIUM.
Depuis quelque temps , les journaux de médecine se sont occupés de donner des détails sur l’huile obtenue
du croton tiglium. Tous ces journaux ont présenté cette huile comme un purgatif très-actif à de très-petites doses. Des praticiens étrangers , MM. Beneventi , Yinglake, ont consigné leurs recherches dans les ouvrages scientifiques. Le premier de ces savans a remarqué que l’huile de croton tiglium agit plus fortement h proportion lorsqu'elle est donnée à des doses minimes ( 1/2 goutte) que lorsqu’on la donne à des doses plus fortes. Le second La donnée à la dose d’une goutte amenée par des intermèdes à l’état de pilules; il en a obtenu le succès le plus complet.
Celte huile se retire des graines du croton tiglium [graine de TiUy ou des Moluques) , graine que nous appelons ici pignon d'Inde (i). Cette huile avait été employée en Europe en i65o; mais ce moyen thérapeutique fut abandonné. M. Gonwell , médecin au service de la compagnie anglaise des Indes Orientales à Madras 5 a de nouveau fixé l’attention des médecins sur cette huile , qui maintenant est, le sujet d’un grand nombre d’expériences.
On ne sait pas encore exactement quel est le procédé suivi pour obtenir cette huile, que l’on peut obtenir par expression , par ébullition, ou bien encore par l’intermède de l’alcool ou de l’éther.
Cette huile s’emploie à la dose d’une, deux ou trois gouttes, toutau plus, dans du bouillon, du sirop de gom-
(i) C’est à M. Gaventou que l’on a dû les premières notious sm i’identité des grains de croton et de pignon à' Inde.
nie , elc. On ne doit la donner que sur l’ordonnance d’un médecin bien connu , à cause des accidens qu’elle pourrait déterminer.
Nous avons borné là le chapitre qui traite des substances végétales nouvellement découvertes. Si nous en avons omis quelques-unes dans ce chapitre, c’est que leur existence n’est pas bien démontrée , ou qu’elles ne sont pas encore employées en médecine.