‹ Manuel du pharmacienChapitre 46 sur 266 · SIROPS · texte numérisé non relu

SIROPS

Les sirops sont des préparations officinales , de consistance visqueuse , formées en général d’une partie de liquide sur deux de matière sucrée.

Les liquides sont l’eau, rarement pure, le plus souvent chargée par infusion , par décoction ou par distillation des principes actifs d’une ou de plusieurs substances; les sucs exprimés des plantes, les sucs fermentés des fruits , le vin , le vinaigre , les sucs émulsifs , etc.

La matière sucrée peut être le miel ou le sucre , quelquefois l’un et l’autre réunis. Le sirop par le miel se nomme mellite; il prend le nom à^oximellite si le miel est dissout dans le vinaigre.

Si l’on considère que dans les sirops le miel et le sucre ne servent que de condiment, que c’est dans le liquide seul que résident toutes les propriétés de ces médicamens , on verra que dans leur préparation il y a deux indications à remplir : la première , d’employer un liquide chargé le plus possible des principes des corps dont on le retire; la deuxième , d’éviter que le liquide ne soit altéré par son mélange avec le sucre. On remplit la première indication en employant pour l’extraction du li quide un mode de manipulation proportionné à la nature du corps sur lequel on agit et à la nature des

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principes qu’on veut. en retirer; c’est-à-dire en se servant de l’inlusion , si l’on veut obtenir les principes volatils et les principes fixes les plus facilement solubles ; de la distilation , si l’on ne veut que les principes volatils ; de la décoction , si l’on veut épuiser le corps des principes qui offrent le plus de résistance à l’action dis-* solvante des liquides ; enfin , si ce sont des sucs végétaux , de l’expression , souvent même de la fermentation, si elle peut ajouter quelque chose à leurs propriétés médicinales. Pour remplir la deuxième indication , il faut : 1® si le liquide est volatil ou s’il contient des principes que l’action de la chaleur est capable de dissiper , y fondre la quantité convenable de sucre très-pur à froid , ou seulement à l’aide d’une légère chaleur ; 2° si la chaleur n’est pas dans le cas d’altérer le liquide , y fondre le sucre, le clarifier par ébullition, et ramener par évaporation le sirop à sa consistance requise ; 5° enfin , si dans le même sirop on veut conserver les principes fixes et les principes volatils du liquide , employer pour y dissoudre le sucre les deux manipulations précédentes.

C’est d’après le procédé employé pour dissoudre le sucre , qu’est fondée la classification actuelle des sirops en sirops par solution , sirops par ébullition et sirops par solution et ébullition réunies. Cette classification est bien préférable à celle de sirops par infusion , par distillation, par expression, par fermentation , par percussion , qui ne portait que sur des opérations préliminaires employées pour l’extraction du liquide , et nullement sur la confection elle-même du médicament.

MANUEE

11 ne suffit pas de savoir qu’on peut obtenir un sirop en faisant fondre ou bouillir deux parties de sucre dans une de liquide, il faut encore i** apprécier les qualités du sucre ; 2® varier la proportion du sucre selon la nature du liquide ; 3° connaître les soins qu’exige la clarification ; 4” conduire le feu d’une manière convenable ; 5'’ connaître les signes qui indiquent la cuite du sirop ; 6® prévoir les causes qui tendent à la détérioration de ces médicamens et expliquer les phénomènes qui en résultent; ^“n’ignorer aucune des précautions à prendre pour leur conservation.

Choix du sucre.

Toutes les qualités de sucre que nous offre le commerce ne sont pas également convenables. La cassonade de Y Inde se clarifie très-mal , donne un sirop qui , à la vérité , ne cristallise que difficilement , mais qui conserve une petite saveur désagréable.' On peut l’employer pour les sirops des électuaires et pour tous les autres très-chargés de principes extractifs. La cassonade Martinique ou Saint-Domingue ^ qu’on désigne sous le nom de cassonade des îles , est préférable en ce qu’elle donhe par la clarification un sirop d’une transparence parfaite , et exempt de toute saveur étrangère. On peut encore se servir avec avantage des quatre cassons , espèce de sucre en pain , qui présente à sa surface différentes plaques impures , qu’une clarification secondaire fait disparaître.

Pour tous les sirops par solution , le sucre en pain parfaitement raffiné est le seul dont on puisse se servir. Les sucres du commerce ne sont pas toujours purs :

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quelquefois ils contiennent de la chaux , qui verdit l’mfusum de violettes. Pour en déterminer la quantité , on brûle un peu de sucre dans un creuset de platine ; on broie le charbon , et l’on y verse de l’acide nitrique affaibli. On filtre , et Pon essaie par l’oxalate d’ammoniaque. L’abondance du précipité indique approximativement la quantité de chaux que le sucre contient. Si J’on veut en fixer le poids, il suffit de calciner l’oxalate pour décomposer l’acide, et mettre à nu la base. Il y a quelques années que la plupart des cassonades étaient un mélange de sucre ^ de lait et de sucre de canne. Voici le moyen qu’a donné M. Planche pour en déterminer les proportions. On pèse un gros de la cassonade qu’on soupçonne être sophistiquée , on la réduit en poudre et on l’introduit dans une petite fiole ; on verse par-dessus une cuillerée d’eau-de-vie à 20°, et l’on agite. Si le sucre est pur, la solution est complète, et le solutum est limpide. Dans le/ cas contraire, la liqueur devient louche, et dépose t^ut à coup le sel de lait. On voit que ce procédé très-simple est fondé sur la propriété qu’a l’alcool aqueux de dissoudre le sucre et de laisser le se! de lait soluble dans l’eau. Si l’on soupçonnait Vamidon dans une cassonade , il faudrait la dissoudre dans un peu d’eau froide, laisser reposer, décanter avec soin, et verser sur le résidu quelques gouttes de teinture d’iode , qui lui donneraient une teinte bleuâtre. En 1822, M.Bougueret , pharmacien à Langres , a fait connaître par la voie des journaux un moyen, dont fort heureusement peu de raffineurs se servent: c’est l’introduction àiibleu d'azur dans le sucre en pain pour lui donner une

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nuance d’un bleu plus éclatant. Si l’on se rappelle que le bleu d’azur provient de la vitrification de l’oxide de cobalt arsenifère , et que le cobalt retient toujours un peu d’arsenic , on sentira les dangers que présente Vusage d’un sucre semblable. On reconnaîtra la présence de ce bleu en dissolvant le sucre dans une grande quantité d’eau. Il formera un dépôt qui , examiné à la loupe, présentera des molécules vitreuses et anguleuses. On pourrait, pour plus de sûreté, traiter ce dépôt par l’acide hydrochloro -nitrique ; il en résulterait une encre de sympathie qui verdirait par la chaleur.

Proportions de sucre nécessaires à la confection des

sirops.

Tous les liquides pour être convertis en sirops n’exigent pas la même quantité de sucre : elle varie selon leur nature. Les liquides employés pour les sirops peuvent se diviser en trois classes : les aqueux, les acides , les spiritueux. La première classe comprend les produits des décoctions , des infusions , des distillations , les sucs exprimés des plantes , les sucs émulsifs ; la deuxième , les sucs acides de fruits et le vinaigre ; la troisième, les vins médicinaux. Les liquides aqueux, que le sirop se fasse à froid par simple solution ou à l’aide de l’ébullition , exigent toujours 2 livres de sucre sur 1 7 onces de liquide : plus de sucre donnerait un sirop trop cuit : moins de sucre , un sirop qui n’aurait pas assez de condiment pour être à l’abri de la fermentation. Pour une livre de suc acide, il suffit d’une livre douze onces de

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sucre. Enfin pour les liquides spiritueux ^ une livre dix onces de sucre et une de liquide donnent un sirop d’une consistance convenable. Ces sirops, qui se fonten général avec les vins liquoreux , veulent moins de sucre que les autres pour deux raisons; la première, c’est qu’ils contiens nentde l’alcool, qui prévient la fermentation ; la seconde, c’est qu’ils renferment déjà du sucre , et que pour en dissoudre une quantité plus grande que celle que nous avons prescrite , il faudrait employer une température qui ferait dissiper l’alcool.

C tarification des sirops,

.Toutes les fols qu’un liquide peut supporter l’action du feu sans être altéré , après y avoir ajouté le sucre , on le clarifie non - seulement pour lui donner de la transparence, mais encore pour le priver des impuretés qui accéléreraient sa fermentation.

Au fond de la bassine où doit se cuire le sirop, on divise avec un peu d’eau une quantité de blancs d’œufs, qui varie selon l’impureté de la cassonade , celle du liquide, et les masses sur lesquelles on agit. Lorsque l’albumine est réduite en une écume bien homogène , on l’empâte dans la cassonade , qu’on délaie ensuite avec le liquide, en agitant toujours. On place la bassine sur le feu, et l’on porte le mélange à l’ébullition : le sirop se tuméfie, on l’abat avec un filet d’eau albumineuse froide. Lorsque le bouillonnement interrompu s’est reformé , condition indispensable pour que toute l’albumine se coagule , on enlève les écumes que l’ébullition rejette sur les bords de la bassine, et qui finiraient par se divî-

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ser. On examine si la limpidité est parfaite ; si elle né l’est pas , on divise , comme la première fois , une nouvelle quantité d’albumine qu’on verse dans le sirop bouillant. Lorsque l’écume se colore à peine, et qu’on aperçoit facilement le fond de la bassine à travers la couche »

épaisse de sirop qu’elle contient, on peut regarder la clarification comme parfaite. On jette le sirop dans la chausse de laine , en ayant soin de filtrer à plusieurs reprises les premières portions jusqu’à ce qu’elles s’écoulent parfaitement limpides. On est assuré que le sirop est bien dépouitlé , lorsque étant cuit à point il passe promptement et sans résidu à travers la chausse. Le sirop filtré, on le reporte sur le feu, et par une ébullition rapide on l’amène au degré de cuite convenable. Pour éviter qu’il ne reste trop long-temps sur le feu , on doit avoir soin de ne pas employer des decoctwm trop étendus , car l’eau nécessaire à la division de l’albumine , et

celle qu’exige la clarification secondaire , donneraient une trop grande masse de liquide à évaporer.

Conduite du feu dans la préparation des siropsi

C’est une vérité bien reconnue en chimie , que le^ucre par l’action prolongée du calorique se colore , et perd la propriété de cristalliser. Peur obvier à ces deux graves inconvéniens , il faut cuire les sirops h gros bouillons, toutfois en évitant que le calorique ne soulève la masse au point de la faire passer pai*-dessus les bords de la bassine , ce qui forcerait d’ajouter de l’eau , et de la faire évaporer ensuite. Cependant l’élévation de

température est moins à craindre que la lenteur de l’évaporation ; c’est ce que prouvent les avantages qu on relire de l’autoclave dans la préparation de ces médicamens.

Signes qui indiquent la cuite des sirops»

Pour reconnaître sûrement la cuite des sirops , on a proposé V aréomètre y le thermomètre y la différence de pesanteur entre le sirop cuit et un volume égal d’eau pure. L’emploi de l’aréomètre est fondé sur ce que la densité du sirop est d’autant plus considérable que la quantité d’eau soustraite par l’évaporation est plus grande. Le sirop cuit doit marquer à l’aréomètre de Baumé 3o" bouillant, 55 lorsqu’il est refroidi. L’emploi du thermoraèlre est établi sur ce principe de phyi^ue , que le degré de température qu’un liquide exige pour entrer en ébullition est en raison directe de sa den^ sité. Le sirop cuit et bouillant doit élever le mercure à io5° centigrades. Enfin un flacon qui contient 02 grammes d’eau doit en contenir 4‘^ de sirop. Pour que ces signes fussent certains^ il faudrait que la densité des liquides fût toujours la meme; ce qui ne peut pas être , car leur densité varie nécessairement selon la quantité de principes qui s’y trouvent en solution. Dans quel- *ques laboratoires, on se sert d’un procédé bien plus défectueux que ceux que nous venons d’indiquer : on pèse la bassine pleine de sirop , on soustrait le poids qu’elle avait étant vide , et l’on arrête l’évaporation lorsque le poids total est d’un tiers plus fort que celui du sucre employé , c’est ainsi que 20 de sucre

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doivent donner 5o tb de sirop cuit. 11 est évident que le sucre a éprouvé par la clarification une perte qu’on compense dans ce cas par une quantité d’eau nuisible à la conservation du médicament. Dans les pharmacies , où l’on prépare un très-grand nombre de sirops avec des liquides et des sucres toujours difFérens , l’on ne peut avoir recours ni à l’aréomètre , ni au thermomètre, ni à la pesanteur spécifique. Ges moyené^ outre qu’ils sont peu sûrs, exigent beaucoup de temps et des essais souvent répétés.

Il est des signes qui ne trompent pas le manipulateur exercé. Ils se tirent de la lenteur avec laquelle, après qu’on a étendu du sirop sur un assiette et qu’on l’a divisé avec le dos d’une cuillère, les bords écartés reviennent sur cHX-mêmes ; de la viscosité avec laquelle l'^écoule de la cuillère , du retrait que présente la dernière goutte qui se détache de l’écumoire. La cuite est trop forte lorsque le sirop en refroidissant offre à sa surface une petite pellicule : elle est due à la réunion de petits cristaux, dont le repos favorise l’accroissement, et qui au bout de peu de jours , si le liquide est aqueux, se déposent au fond des vases dans lesquels le sirop est enfermé. Si le sirop est acide , et qu’il soit trop cuit, il ne cristallise pas^, mais il prend la viscosité de la mélasse. ■ /

Nous ne chercherons pas à mieux préciser ces caractères, on ne peut les apprendre que dans un laboratoire; et pour s’en servir sûrement, il faut une longjuo habitude de munipulalion ; c’est ainsi que dans l’épreuve de la perle, si l’on lient un peu, trop long-temps le sirop

i)U PHARMACIEN.

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dans ia cuillère avant de le verser, la petite queue qu’offre

la dernière goutte provient de ce qu’une petite quaiiCité

de sirop très-chaud , offrant une grande surface h l’air,

éprouve une évaporation très-prompte , et que la chute de la dernière goutte est empêchée , non par sa viscosité, mais par une pellicule ridée et presque cristalline qui l’enveloppe. Il en est de même en divisant le sirop sur une surface plane.

AltératioJis des sirops.

Les altérations que les sirops *éprouvent présentent des différences remarquables suivant que le liquide est acide ou aqueux.

Les sirops acides , s’ils sont trop cuits , peu de temps après qu’ils sont préparés laissent précipiter au fond des bouteilles un dépôt considérable , quelquefois même se prennent en une. æul^ .masse concrète. Par une chaleur modérée*; on leur rend leur liquidité et leur transparence premières , qu’ils reperdent bientôt. Ce dépôt est formé par une combinaison de l’acide avec le sucre. I! n’offre jamais de cristaux ; il a l’aspect grenu du chou-fleur; on le regarde comme analogue au sucre de raisin. MM. Bouillon-Lagrange et Vogel ont reconnu les premiers que les acides enlèvent au sucre la propriété de cristalliser.

Les sirops aqueux laissent quelquefois précipiter des cristaux très-volumineux et très-réguliers , qui ne conservent ni la saveur ni la couleur du liquide, car les matières muqueuses, extractives et colorantes n’empêchent point la cristaliîsallon. Ils se couvrent souvent

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de moisissure à leur surface; enfin ils fermentent, La fermentation peut tenir 1® à ce qu’ils ont été ma! clarifiés ; 2® ii ce qu’ils ont été fermés chauds ou dans des vases humides ; 3“ au degré de cuite mal saisi ; 4^* ^ ce qu’ils ont été exposés en vidange dans des lieux où régnait une température un peu élevée. Une clarification imparfaite laisse dans le sirop une certaine quantité de matières mucilagineuses fournies parle sucre ou îe liquide, et qui , se décomposant avec facilité , déterminent la fermentation. Si le degré de cuite est trop faible, la fermenlation a lieu, parce que le sucre n’est point en proportion convenable relativement au liquide. Le sirop fermente encore par la meme raison si le degré de cuite est trop fort; car les cristaux formés par l’excédant du sucre sollicitent pour leur accroissement, une certaine quantité du sucre nécessaire à la conservation du médicament, eC^équilibre se trouve rompu. Ce qui se passe ici est semldable è. ce qu’on observe dans les solutions salines saturées h chaud ; les cristaux

qui occupent le fond des vases crislalîisoires\ont tou-

. jours en augmentant de volume , tandis que ceux qui s’étaient primitivement formés contre les parois finissent par se dissoudre; de sorte que dans les solutions salines , comme dans les sirops, la densité des couches inférieures est plus grande que celle des couches supérieures. Si l’on ferme îe sirop avant qu’il soit refroidi , la vapeur d’eau qui s’en dégage, se trouvant comprimée , se liquéfie , décuii la^^couchc supérieure , celle-ci la seconde , enfin l’équilibre est détruit. Le même phénomène a lieu si le vase est humide ; l’eau , plus légère

que le sirop , vient nager à sa surface. Enfin , si on laisse les sirops dans des lieux légèrement échauffés , et dans des vases qui ^ ne soient pas pleins , la fermentation a lieu plus promptement encore que dans les cas précédens ; car on sait que l’air et la chaleur sont les agens principaux de toute fermentation.

Si l’on considère que les matières extractives fournies par les substances organiques qui entrent dans la composition des sirops sont susceptibles de jouer le rôle de ferment, que dans nos pharmacies ces médicamens sont toujours exposés à un certain degré de température , qu’il est impossible de les abriter entièrement du contact de l’air, enfin qu’ils contiennent du sucreet de l’eau, on verra qu’ils présentent réunies toutes les conditions nécessaires à la fermentation spiritueuse : aussi donnent- ils les mêmes phénomènes qu’elle dans leur décomposition. Il se forme de l’acide carbonique qui traverse le sirop , le soulève en écume , fait souvent partir le bouchon avec explosion , jette le liquide hors du vase. Le sirop devient acide , sa couleur s’altère si elle est délicate ; si elle est rouge , elle devient plus claire ; peu à peu le tumulte s’apaise par la présence de l’alcool qui s’est formé , mais le sirop offre une saveur et une odeur vineuses ; sa consistance est moins grande que celle qu’il avait d’abord. S’il contenait des principes aromatiques , i! est entièrement perdu ;

s’il renferme des principes fixes , il est possible de fui

restituer ses qualités premières en le chauffant pour dégager Tacide carbonique et l’alcool ; mais il est préférable de le clarifier de nouvea^ et de l’évaporer en consistance requise. Les sirops qui ont été ainsi retra-

MANUEL

vaillés deviennent susceptibles d’une très-longue conservation; car la fermentation a détruit tout le principe fermentescible. Nous avons souvent observé que des sirops très-extractifs , auxquels il avait été impossible de donner de suite une limpidité parfaite^ l’acquéraient par une nouvelle clarification au bout de quelques mois de repos.

Conservation des sirops.

. Les sirops qui proviennent de decoctum de substances animales s’altèrent plus facilement que les autres. Les sirops chargés de mucilage sont d’une conservation difficile , iis se liquéfient, et dégagent une assez grande quantité d.’acide carbonique. On a conseillé de leur donner une forte consistance à l’aide d’une ébullition rapide , afin que leur grande densité empêche l’air de les pénétrer. Mais le meilleur moyen de conserveries sirops est de les enfermer dans des bouteilles bouchées avec soin J et placées à la cave. On doit en préparer peu à la fois , afin de les renouveler plus souvent.

Règles générales pour la préparation des sirops.

Des généralités que nous venons d’exposer sur ces médicamens , nous tirerons les conclusions suivantes , qui serviront de règles à leur préparation.

1° Le sucre'doit être très-pur.

2° On doit varier quantité de sucre selon la nature du liquide.

3® La clarification doit être parfaite.

4® L’évaporation du sirop doit se faire rapidement et à gros bouillons.

5® Les sirops doivent être cuits toujours au même degré ; cependant on peut leur donner l’hiver un degré de moina que l’été.

6® Ne fermer les sirops que lorsqu’ils sont complètement froids, et dans des vases bien secs.

7® Les conserver dans des endroits £’ais , et dans des vaisseaux toujours pleins et bien bouchés.

Sirops par ébullition

Sirop simple. Nous supposons , pour plus de clarté , qu’on opère sur 5o livres de cassonade. On divise l’albumine de 4 OLi 5 œufs avec 20 livres d’eau. On met à part 5 livres environ de cette eau albumineuse pour s’en servir dans le cours delà clarification. On fait, avec l’écumoire, un mélange exact de la cassonade et de l’eau albumineuse. On place la bassine sur le feu, on agile quelque temps pour faciliter la solution du sucre. Lorsqu’elle est opérée , on porte le liquide à l’ébullition ; on l’interrompt avec la moitié de l’eau mise en réserve , on y délaie 1 livre de charbon animal traité par l’acide hydrochlorique , ou bien 5 livres de braise de boulanger récemment éteinte , non lavée , et grossièrement pulvérisée. On fait chaufîer 7 ou 8 minutes. Lorsque le boursoufflement se manifeste, on l’apaise avec le reste de l’eau albumineuse. On attend qu’un nouveau soulèvement s’annonce ; alors on retire la bassine du feu, et l’on jette le sirop sur la chausse. Il passe d’abord coloré par

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un peu de charbon , qu’il entraîne ; mais en le reversant de nouveau sur la chausse, il fdtre clair. Il ne s’agit plus que de lui donner un degré de cuite convenable. A cel effet on le remet dans la mênie bassine , nettoyée avec soin, et l’on chauffe fortement jusqu’à ce que bouillant il marque 5o" à l’aréomètre de Baumé. Si la’cas- ».

sonade qu’on emploie est assez belle pour n’avoir pas

besoin de décoloration , le charbon est inutile.

Procédé de M. Duroziez.

M. Duroziez a bien voulu nous communiquer le procédé qu’il emploie dans son laboratoire pour la préparation du sirop simple. 1! prend 40* tb de sucre ordinaire [le- 7 des 4 casso'tts) ; il place les pains entiers dans un cylindre étroit (ait en cuivre élamé , il y verse 22 tb d’eau froide. Il laisse le tout dans cet état jusqu’au lendemain. Lorsque le sucre est tombé, il agite de temps en temps jusqu’à ce qu’il soit tout fondu. Alors il, agile au solutum du charbon animal traité par l’acide hydrochlorique (une once par livre de charbon ) ; il brasse le mélange pendant un jour , et par intervalle ; alors il verse le tout sur 4 filtres de papier. Lorsque le sirop est passé , il lave à l’eau froide le cylindre et les filtres , pour en séparer les dernières portions de sucre. Cette eau lui sert pour une nouvelle solution. Ce sirop est sans couleur , d’une limpidité parfaite , et marque , lorsqu’il est porté à l’ébullition , So*" à l’aréomètre de Baumé.

Les avantages du procédé de M. Duroziez sont de donner juste une partie et demie de sirop pour une de

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sucre employé , d’oflrîr un produit constamment beau , et d’affranchir de l’emploi du feu et de l’albumine.

Procédé DE M. Grammaire, par l’autoclave.

On prend 20 ib de sucre , 10 ib d’eau, dans laquelle on fouette 5 blancs d’œufs , on enferme le tout dans l’autoclave, qu’on laisse sur le feu i5 minutes. Au bout de ce temps on retire le sirop clarifié et d’une consistance convenable.

On peut se servir du sirop simple pour la préparation d’un grand nombre de sirops composés ; nous citerons pour exemple celui de gomme.

Sirop de gomme arabique. M. Vaudin de Laon a observé que lorsqu’on se servait de la gomme arabique passée à l’étuve et dissoute à chaud , le sirop , loin de produire dans son emploi médical un effet adoucissant, causait un surcroi d’irritation. MM. les commissaires de la société de pharmacie de Paris , chargés de répéter les expériences de M. Vaudin , ont reconnu que le sirop fait avec la gomme séchée à l’étuve et dissoute à chaud avait une saveur très-âcre , et rougissait fortement le tournesol ; tandis que sa saveur était fort agréable et son action sur le tournesol peu marquée , lorsque la gomme n’avait pas été exposée à l’action du feu. Il en résulte que le sirop fait à froid avec la gomme non séchée est préférable à tous les autres.

Pour préparer ce sirop , on monde la gomme , on la lave , on la concasse , ' ensuite on la dissout à froid avec un poids d’eau égal au sien. On passe le solutum

à travers un linge à mailles serrées, et on l’ajoute au sirop de sucre bouillant. On continue l’ébullition 5 ou 6 minutes , et Ton passe ensuite le sirop très-chaud à travers un bîanchet. La dose de gomme la plus généralement employée est de deux onces par livre de sirop.

Sirop de baume de Tolu. A. Procédé de M. Fremy {Bulletin i8io). On lait dissoudre 6 gros de baume de Tolu dan.^ la plus petite quantité possible d’alcool à 5o”,* on triture ce solutum avec une livre de sucre de la plus grande pureté. D’autre part , on divise un blanc d’œuf dans 8 onces d’eau. On réunit le tout dans un vase d’argent, et l’on chauffe jusqu’à ébullition^ ce qui suffit pour volatiliser l’alcool employé pour dissoudre le baume ; on passe à travers la chausse. Ce procédé donne un sirop limpide comme de l’eau , d’une saveur et d’une odeur très-agréables.

B. Autre procédé. On triture le baume de Tolu avec une portion du sucre , on met cette poudre dans un bain-marie avec toute la quantité d’eau prescrite , on chauffe pendant 1 2 heures. Lorsque la liqueur balsamique est refroidie, on la fdtre, on y fait dissoudre le reste du sucre:, et l’on fdtre de nouveau le sirop au papier. Ce procédé, qui se rapproche de celui du Codex, nous semble préférable au premier , en ce que le sirop ne renferme que la partie du baume soluble dans l’eau.

Sirop de capillaire. Pour réunir dans ce sirop la partie extractive et le principe aromatique du capillaire du Canada, on emploie la manipulation. suivante. On fait d’abord un infusum de capillaire , dans lequel on dis-

sout le sucre , qu’ou clarifie au blanc d’œuf. Pendant que le sirop cuit , on lave sur un tamis une nouvelle quan~

^ tité de capillaire avec de d’eau froide, qui entraîne la poussière qui le recouvre. On le sèche en le comprimant entre deux linges , on le met au fond d’un bainmarie^ et l’on verse dessus le sirop cuit en consistance convenable. On couvre , et l’on prolonge l’infusion jusqu’au lendemain. Alors on place quelque temps le bain-

marie dans sa cucurbite avec de l’eau bouillante ; le

sirop devient plus fluide , et passe facilement à travers la chausse. Pour rendre ce sirop plus odorant, les confiseurs font infuser une pincée de thé avec le capillaire. Les pharmaciens se contentent de l’aromatiser avec un peu d’eau de fleurs d’oranger , comme le prescrit le Codex.

Sirops par solution.

Sirop de violettes. Ce sirop ne se prépare qu’une fois l’an. Au commencement du mois de mars, si la saison a été chaude ; à la fin^ si elle a été froide. A Paris on se sert des violettes simples ; dans plusieurs départemens ce sont les fleurs doubles qu’on préfère. Les premières ont plus d’odeur , les secondes plus de couleur. On monde les violettes de leurs calices , on les met dans un bain-marie d’étain , et sur une livre de^fleurs on verse deux livres d’eau bouillante. On couvre le bain-marie , ^ et l’on prolonge l’infusion 12 heures. Au bout de ce temps, on passe Vinfusum à travers un linge qu’on a fait tremper dans l’eau pure , afin de dissoudre un peu d’alcali qu’il pourrait retenir , et qui serait suflisant pour verdir la liqueur. On n’emploie qu’une très-légère exprès-

MANUEL

sion , de crainîÊ d’ex|raire îe mucilage , qui déterminerait la ferment lion du sirop. On laisse déposer l’mfusum , on le sépare par déçantalion d’un petit dépôt verdâtre qui s’est précipité. On le pèse , et sur i 7 onces de liquide on ajoute 2 livres de sucre, dont on a Lien constaté la pureté. On met les pains entiers dans le bain-marie , on les arrose de Vinfui;um , qui, pénétrant lentement les pores du sucre , en chasse l’air, et facilite la solution. On agile avec une spatule d’argent, et au bout de 2 heures environ on place le bain-marie dans sa cucurbite , on porte l’eau à l’ébuilitlon , et on l’y maintient jusqu’à ce que la solution soit complète. Si l’on employait une température inférieure à celle de l’ebullition , une partie dn sucre ne fondrait pas, mais resterail en suspension dans le sirop , s’en précipiterait au bout de quelque temps , et en changerait la cuite. Lorsque le sirop est refroidi , on enlève une petite écume qui se trouve à sa surface^ et on renferme dans des bouteilles , dont on achève de remplir le goulot avec dusucre en poudre. On les bouche avec soin , et on les porte àlacave.

En opérant dans un vase d’étain, le sirop offre toujours une belle couleur bleue , qu’il n’a pas lorsqu’on se sert d’un vase de faïence. On a cherché à expliquer l’action que l’étain pouvait avoir sur la couleur de la violette, et l’on pense, sans pourtant l’affirnier , que * la couleur violacée de cette fleur est duc à une petite quantité diacide dont le métal empare. Ce qu’il y a de positif, c’est qu’on peut obtenir dans un vase de porcelaine un infusum très-bleu si l’on y met quelques morceaux d’étain.

DU rilARMACTEN.

On voit donc que J pour réussir dans la préparation de ce sirop , il y a trois conditions h remplir : la première , de choisir un sucre très-pur; la deuxième, de n’employer que des vaisseaux d’étain ; la troisième , d’élever assez la température pour obtenir une solution parfaite. Si par accident le sirop venait A rougir, il faudrait le cliauiTer légèrement au bain-marie avec un peu de magnésie décarbonatée , et non avec de la potasse ou de la chaux, qui auraient une énergie trop considérable. S’il verdissait, il faudrait également le chauffer avec quelques gouttes de vinaigre. Si on le destinait à servir do réactif, il faudrait avant d’infuser les fleurs les arroser avec de l’eau bouillante; la couleur verte ^ plus soluble que la bleue , se dissoudrait avant elle.

Sirop d'écorces d'oranges. On choisit les oranges parfaitement mûres. On les râpe de manière à n’enlever que leur épiderme vésiculeux et coloré. A mesure qu’on le déchire , on le fait tomber sur une demi-livre de sucre pulvérisé, qui l’enveloppe et en absorbe l’huile. Lorsqu’on a obtenu une livre de râpure mêlée au sucre , on met le tout dans un petit bain-marie d’étain , et l’on y verse tb ij ^ ij d’eau bouillante. On couvre le vase , et au bout de 12 heures d’infusion on passe Vènfusum à travers un linge serré, avec une légère expression. On le filtre, on le pèse , et sur tb ij ^ ij de liquide , déduction faite de la demi-livre de sucre employée pour l’oléo-saccharum , on ajoute tb üj 1 /2 de sucre. On en facilite la solution par une douce chaleur au bain-marie, et pendant que le sirop est encore chaud on le passe à travers un blanche t. \

Ce procédé est bien supérieur à tous ceux qui ont été indiqués jusqu’à présent; il donne un sirop trèsliftipide et fort aromatique (1).

Sirop cT amandes. Forjiule du M. Cruel [Journal

de pharmacie 1825).

^ Amandes douces. ... ^ xij

amères. ... § iv

Eau îb ij § X

Sucre royal tbiv ^ viij

Eau de fleurs d’oranger. ^ j

On monde les amandes de leurs enveloppes, on les dessèche dans une serviette ; et après les avoir laissées plusieurs heures à l’air pour enlever la plus grande partie de leur humidité , ou les pile sans eau dans un mortier de marbre avec 2 livres de sucre. On peut , pour abréger l’opération , diviser la totalité des amandes et du sucre en masses de quatre onces, qui par là deviennent plus faciles à broyer (2). Lorsque la pâte est très-homogène , on la délaie peu à peu dans les 2/5 de l’eau prescrite , et on passe avec expression à travers une toile bien serrée et bien lavée : il ne reste aucune portion de parenchyÆe. Le reste de l’eau sert à laver la toile de ce qui pourrait y adhérer. Lorsque l’émulsion est préparée , on concasse les 2 livres 8 onces de sucre restant , on le mêle au lait d’amandes , et on en facilite

(1) Nous le devons à la complaisance de M. Mé.vîssier de Lyon, dont je me félicite d’avoir été l’élève et d’être resté l’ami. ( Idï.)

(2) Il est plus commode de broyer la pâte sur une pierre à chocolat que dans un mortier.

la solution au bain-marie à l’aide d’un feu très-doux. Lorsqu’elle est achevée , on laisse refroidir le sirop, on enlève la pellicule cristalline, on la délaie dans un mortier avec l’eau de fleurs d’oranger , et on la mêle au sirop.

Le point essentiel dans la préparation de ce sirop est de priver les amandes de leur humidité , qui , se communiquant au sucre, empêcherait l’huile qu’elles contiennent de s’y unir, ll faut que l’huile exprimée de l’amande soit aussitôt absorbée par le sucre , la division du parenchyme devient alors plus prompte.

Sirop par solution et ébullition.

Sirop de fleurs de pêcher. On prend lo tb de fleurs dépêcher récentes et une suffisante quantité d’eau bouil* îante. On met la fleur dans beau lorsque celle-ci est en ébullition , et l’on distille rapidement poiîr obtenir 5 tb de liqueur. On passe le decoctwm de la cucurbile, on y^fond 5otfe de cassonade , qu’on cîarifle,et qu’on cuit en consistance requise. D’autre part , on dissout lofb de sucre en pain dans la liqueur distillée , et l’on réunit les deux sirops un peu avant leur refroidissement , afin que leur mélange soit plus homogène. Ce sirop est trèsodorant, doué de toute l’énergie dont il est susceptible, et capable d’une longue conservation.

Ce procédé est dû à M. Boullay , qui l’emploie également pour la préparation du sirop des cinq racines ^ et de celui ài absinthe.

Sirop antiscorbutique. On commence par disposer convenablement toutes les substances qui entrent dans

la composition du sirop, c’est-à-dire on concasse la cannelle , on divise en rouelles minces le raifort sauvage , on découpe le cresson , le cochléaria , le trèfle d’eau et les écorces d’oranges amères. On met le tout dans un bain-marie d’étain avec la quantité de vin blanc prescrite ; on adapte le chapiteau , et l’on prolonge la macéralion pendant deux jours. Au bout de ce temps on distille pour retirer le quart du vin employé. Le produit de la distillation est laiteux, couleur due à ce que le vin ne renferme pas assez d’alcool pour dissoudre toute l’huile essentielle, dont une partie reste en suspension ; on le filtre, et on y dissout le sucre (i5 onces par livre). D’autre part, on passe ce qui reste dans la cucurbite , on y ajoute la cassonade , on clarifie au blanc d’œuf, et l’on cuit en consistance un peu, moins grande qu’à l’ordinaire. Lorsque ce sirop par ébullition est preir[ue froid, on y mêle le sirop par solution.

Il est indispensable de filtrer le produit de la distillation avant d’v fondre le sucre , car ou observe à sa sur-

face quelques gouttes d’une huile volatile noirâtre , qui, mêlées au sirop , lui communiqueraient une âcreté insupportable. La couleur noire que ces gouttelettes présentent est due à un peu de sulfure de plomb formé par le soufre des plantes crucifères , et qui a été entraîné par îa distillation. On ne doit pas fondre dans le sirop par solution une quantité de sucre aussi grande que celle qu’on emploie ordinairement , et cela pour deux raisons. La première , c’est que le sirop contenant de l’alcool est moins sujet qu’un autre à la fermentation ; la r deuxième , c’est que le degré de température nécessaire

pour dissoudre plus de sucre suffirait pour dissiper l’arôme des plantes antiscorhutiques , dans lequel réside la vertu de ce médicament.

2® M E L L I T E So

Les mellites sont des sirops dont le condiment est le miel. Le liquide peut être l’eau pure, un infasam ^ un decoctum , le suc exprimé d’une plante. Lorsque c’est le vinaigre, le médicament prend le nom à^vxlmeiUte , qui indique sa composition.

Dans la préparation des mellites , les premiers soins doivent se porter sur le choix du miel, il faut le prendre inodore, et le moins coloré possible. On donne générale ment la préférence à celui du Gatinois ; il l’emporte sur celui de Narbonne, qui a toujours une odeur fort agréable , à la vérité , mais que le mellite ne doit point offrir. On rejette celui de Bretagne , dont l’odeur est forte et la couleur jaune, qualités qu’il doit au sarrasin , sur lequel les abeilles vont le récolter. 11 faut encore s’assurer si le miel qu’on a choisi n’est point altéré , car il arrive de rencontrer dans le commerce des miels fermentés , auxquels on a donné de la consistance I et de la blancheur en y incorporant de l’amidon, il est 1 deux moyens de reconnaître celte fraude. Le premier ; consiste à délayer un peu de miel dans Peau froide ; s’il : est puT;, il doit s’y dissoudre entièrement, car il y est 1 très-soluble ; s’il laisse un dépôt , on peut l’attribuer è \ l’amidon ou à la farine, qui, étant insolubles , se préii cipitent. Le deuxième moyen est de verser sur le miel i suspect quelques gouttes de teinture d’iode , qui se co-

îS

lorent aussitôt en bleu^ s’il est impur. Les miels ainsi mélangés sont d’une clarification très- difficile , car l’eau chaude fait avec la fécale une colle qui donne aux sotu-^ tum une viscosité considérable.

Les règles h suivre pour la préparation des mellîtes sont les mêmes que pour la préparation des sirops. Il faut :

1® Cuire promptement, car par l’action prolongée de la chaleur le miel se caramélise , se colore , et acquiert , malgré sa pureté, une odeur et une saveur désagréables.

2® Pour que la clarification soit moins difficile , avoir soin que les infusiun ou les deeoctum soient toujours parfaitement limpides.

5° Cuire les mellites au même point que les sirops , en ayant soin de leur donner l’été , où la chaleur sollicite sans cesse leur fermentation , un degré de plus que pendant l’hiver.

4® Ne les écumer que lorsqu’ils sont h moitié refroidis, car par la chaleur le miel se tuméfie constam-

ment.

5® Ne les passer à la chausse que lorsqu’ils sont froids , car les plus beaux miels contiennent une petite portion de cire, qui se divise dans lemeliite et lui ote sa transparence.

6® Dans la préparation des oximellites, ne fondre le miel que dans une petite portion' du vinaigre; car si l’on chauffait le miel avec toute la quantité de vinaigre près-

crite , on dissoudrait une matière musuco-sucrée , qui rendrait la clarification impossible.

Leur conservation exige les mêmes précautions que

celle des sirops ; mais comme le miel est plus fermentescible que le sucre , on n’en doit préparer que de fort petites quantités à la fois.

D’après la nature du liquide qui entre dans leur cornposition^ nous les diviserons en deux ordres : meUites aqueux, ou mellites proprement dits , ç^imeiiites acides, ou oximellites.

ï. Mellites aqueux,

Mellite simple. — Sirop de miel. Les miels sont formés de deux sucres , l’un cristallisable , l’autre incrisîallisable ; d’une matière odorante variable pour chacun d’eux. Plusieurs contiennent encore des matières étrangères qui les colorent, de l’acide acétique, qui leur donne une saveur piquante , et, d’après M. Guilbert , une matière concrète , blanche et granuleuse , qui leur communique une propriété laxative. On se sert du charbon animal pour enlever la couleur , et de la craie pour saturer l’acide libre.

On met dans une bassine de capacité convenable le miel avec un tiers environ de son poids d’eau , et la craie lavée et pulvérisée. On en fait un mélange exact. Au bout de 2 minutes d’ébullition , on ajoute le charbon animal pulvérisé , on laisse bouillir encore 2 minutes , au bout desquelles on verse des blancs d’œufs délayés dans l’eau ; on chauffe , et au premier bouillon on relire la bassine du feu. On laisse le sirop refroidp' pendant

MANUEL

un quart d’heure, après lequel on le jette sur la chausse^, en ayant soin de refiltrer les premières portions , qui sont légèrement colorées. Si le sirop n’a pas sa densité convenable , 5o, 5i® Baumé, on l’y amène par une trèsrapide ébullition. (Voir le Codex pour les proportions de chaque substance. )

M. Borde a proposé {Bulletin, 1812) pour la clarifia cation et la décoloration du miel de Bretagne le procédé suivant , dont la société de pharmacie de Paris â reconnu l’avantage.

If, Miel commun de Bretagne. . . X Charbon végétal en poudre. . . ^ x animal en poudre. . . g v Acide nitrique à 5o ou 52”. . . 5 x Eau commune g x

On triture dans un mortier de porcelaine les deux charbons avec Peau et l’acide , on ajoute le miel. On met le tout dans une bassine étamée. On laisse ce mélange sur le feu pendant 8 à 10 minutes sans le faire bouillir, après quoi on ajoute 5o onces de lait dans lequel on a délayé un blanc d’œuf. On fait bouillir pendant 4^5 minutes, on retire du feu , on passe au travers d’une étamine placée dans un endroit chaud ; on repasse s’il est besoin le premier produit jusqu’à ce que le sirop arrive absolument clair. Dans cet état , il est en consistance convenable d’un sirop cuit à 02”. La présence de l’acide ne doit point inquiéter ceux qui feraient usage de cette méthode; une partie reste unie au charbon, l’autre se combine avec la matière caséeuse du lait.

Mellite rosat» Lorsqu’on fait infuser les pétales de roses rouges dans le decoctum de leurs calices , il est presque impossible de clarifier le rnellite. Le procédé le plus généralement adopté est le suivant. On fait un hi~ fusum avec les pétales de roses desséchés , on le passe sans expression , on le laisse déposer , et on y dissout , le miel ^ qu’on clarifié ensuite au blanc d’œuf. Par ce moyen l’on n’obtient jamais un mellite parfaitement clair; pour l’avoir tel, il faut filtrer Vinfasum, y dissoudre au bain-marie le miel despumé , en quantité suffisante pour donner au mellite la consistance convenable, et le filtrer dans l’entonnoir de Josse ou à la vapeur; p*ar ce moyen on obtient un mellite toujours de densité égale , parfaitement limpide , et qui , n’ayant éprouvé aucune altération de la part de la chaleur, ne donne ' point avec le temps un dépôt au€si considérable que celui qu’on observe habituellement.

1 1. Mellites acides , ou oximellites.

Le procédé indiqué dans le Codex pour la préparation des oximellites simples et composés consiste à faire cuire à petit feu le miel dans le vinaigre jusqu’à ce que le solutum ait acquis la consistance d’un sirop. Ce moyen nous semble doublement défectueux. Si , par l’évaporation d’une partie de son eau , le vinaigre se ; concentre , il perd aussi son alcool. 2® Quelque mé- 1 nagé que soit le feu , le plus beau miel se colore , dei vient amer, perd une portion de son sucre ; l’oximellite ^ n’est jamais limpide, et dépose au bout de quelque

MANUEL

temps. Il serait préférable , comme M. Boullay l’a conseillé dans le Journal de pharmacie de 181 5, d’employer pour l’oximellite simple, comme pour l’oximellite scillitique, un vinaigre concentré par la gelée à un degré connu , et de faire ensuite la solution du miel à froid , comme l’a indiqué M. Etoc-Demazy, ou seulement à l’aide d’une douce ciSaleur. On aurait ainsi un moyen de donner de la densité à l’oximel, et à l’acide acétique une concentration équivalente à cellp qui a réellement lieu quand on opère par l’évaporation.

Oximellite simple. On prend 4 livres de miel blanc très-pur et 1 livre 1 once de vinaigre blanc à 10®. OU opère la solution au bain-marie à l’aide d’une douce chaleur. On verse alors le mellite sur un filtre placé dans un entonnoir à double fond rempli d’eau chauffée à 5o®, qu’on renouvelle de temps en temps. On obtient par ce procédé un oximellite simple incolore et un oximellite scillitique très-limpide , susceptibles l’im et l’autre de^ se conserver long -temps sans altération.

Mellite d* acétate de cuivre. - — Onguent égyptiac. Cette préparation est. improprement nommée onguent, puisqu'il n’entre aucun corps gras dans sa composition i il est probable qu’elle doit ce nom ^ ses usages, analogues à ceux des onguens.

On pulvérise le vert de gris ( mélange d’acétate , d’hydrate de deutoxide de cuivre et de cuivré ) , on le met dans une bassine de cuivre avec le miel et le vinaigre , et l’on fait évaporer le mélange jusqu’à ce qu’il ait la consistance d’un sirop très-épais , époque à la-

DU rHARMAClEN.

quelle sa couleur , de verte qu’elle était , devient rouge.

Il est nécessaire de bien cuire ce mellite , car il attire

facilement l’humidité de l’air. On reconnaît qu’il est

assez cuit lorsqu’on en mettant une petite quantité sur une carte il prend de la consistance par le refroidissement. Quelque consistant qu’il soit , au bout d’un certain temps de conservation il se partage en deux parties : l’une:, plus épaisse et plus pesante, qui gagne le fond du vase; l’autre^ plus liquide et plus légère, qui surnage. Aussi lorsqu’on veut employer ce médicament est-il nécessaire de l’agiter avec la spatule pour le rendre homogène.

Les phénomènes qui se passent dans cette préparation

sont tout-à-fait chimiques. Pour les comprendre , il faut se rappeler i°que le vert de gris est un mélange d’acétate et d’oxide de cuivre ; 2® que le miel , par l’action prolongée du feu, se carbonise ; 5® que les acides ne peuvent rester combinés aux métaux qu’autant que ceux-ci sont à l’état d’oxides. Le vinaigre dissout l’acétate , et rencontrant un oxide tout formé, il s’y combine, et le transforme en acétate, qui se dissout comme le premier. Par l’action prolongée du feu , une partie du miel est réduite en charbon , et l’acide acétique de l’acétate se partage en deux parties. L’une , par son hydrogène et son carbone , s’empare de l’oxigène de l’oxide pour former de l’acide carbonique , de Peau et un peu d’esprit pyro-acétique ; l’autre se réduit en vapeurs. Le cuivre reste à l’état métallique , mêlé d’un peu de protoxide et de carbone. Le boursoufflement qu’offre le mélange tient aux efforts de l’acide carbonique pour

MANUEL

se répandre dans l’atmosphère , et l’odeur vive provient des acides acétique et pyro-acétique , qui se dégagent. La couleur rouge est due au cuivre. Il en résulte que ce mellite n’est autre chose qu’un mélange de cuivre d’eau^ d’extrait de vinaigre, de carbone, et de miel altéré.

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