HUILES .MÉDICINALES
On nomme huile médicinale Thuile qui lient en solution les principes actifs d’une ou de plusieurs substances. Les huiles fixes ont la propriété de dissoudre l’arôme des plantes, leurs matières colorantes, leur chlorophylle, le principe épispastique des cantharides, etc. Quoique ces propriétés appartiennent à toutes les huiles en général , néanmoins pour la préparation des huiles médicinales toutes ne sont pas employées, La
DU PHARMACIEN. 2l\T}
facilité avec laquelle les huiles siccatives se solidifient et rancissent les rend impropres à entrer dans la composition de produits pharmaceutiques , presque tous destinés à être appliqués sur une partie souffrante. L’huile d’olives est celle qu’on préfère ; aussi tout ce que nous allons dire ne se rapporte qu’à elle.
L’huile, pour donner toujours avec les mêmes substances un médicament qui offre les mêmes caractères physiques, et qui jouisse des mêmes propriétés, doit être non-seulement soumise au môme mode de manipulation , mais encore a besoin d’une pureté parfaite. Il arrive fréquemment de rencontrer dans le commerce de l’huile d’olives alongée d’huile étrangère. On reconnaît la fraude en agitant pendant 2 heures 12 parties d’huile suspecte avec 1 partie de nitrate acide de mercure en liqueur (1). Sil’huiîeestpure, au bout de 24 heures elle est solidifiée; 1/10 d’huile d’œillet lui donne une consistance onguentacée : au-delà de cette proportion, le mélange ne se fige qu’en partie, et la couche d’huile liquide qui surnage indique approxiniativement la quantité d’huile d’œillet J car c’est elle qu’on lui ajoute le plus souvent. Si l’on n’agit que sur de petites quantités , on peut se contenter de l’épreuve du chapelet. Si l’on veut apprécier au juste le degré d’impureté , on a recours au diagomètre électrique de M . Rousseau ,ïonà& sur la propriété , qui n’appartient qu’à l’huile d’olives
(1) Le nitrate acide de mercure se fait en dissolvant 6 parties de mercure dans 7 parties 1/2 d’acide nitrique à 38°. Cette dissolution parait être un mélange de proto et de deuto-nitrates de mercure avec un excès dfacide nitrique.
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pure, de ne conduire que très -faiblement l’électricité, et d’acquérir une faculté conductrice d’autant plus grande qu’elle contient plus d’huile étrangère.
On facilite l’action dissolvante de l’iiuüe sur la substance avec laquelle on la met en contact à l’aide de quatre opérations ; la macévation , la di^esùon , la décoction , enfin la décoction et Cinfasion réunies. La macération ne s’emploie que lorsque la substance renferme un arôme trop fugace pour supporter la plus légère élévation de température : exemple, U huile de lis; la décoction, lorsque les principes fixes ne sont solubles dans l’huilé qu’autantt qu’ils sont privés de toute leur humidité : exemple., V huile de jusquiame ; la digestion, lorsqu’il faut épuiser un corps d’un principe^ qui , peu soluble dans l’eau froide , se dissoudrait dans l’eau qu’on serait obligé d’employer pour la porter à l’ébullition, telle est V huile de cantharides ; enfin , l’infusion - décoction , lorsqu’on vent réunir les principes fixes et les principes volatils , comme dans le baume tranquille.
Les huiles médicinales sont plus susceptibles d’altération que les autres médicamens. Cependant si le feu a été bien ménagé , leur humidité entièrement dissipée, et si on les place en lieux frais , elles se conserveront assez long-temps en bon état. Mais , en général , on n’en doit préparer que pour l’année , à cause de la prompte rancidiié qu’elles acquièrent. La lumière est l’agent le plus puissant de leur destruction. Si l’on met de l’huile de jusquiame ou du baume tranquille en même quantité dans deux flacons de même grandeur , et que l’un soit abrité de la lumière , l’autre exposé à ses rayons ,
au bout de i8 mois le premier offrira une belle couleur verte , tandis que le second aura échangé la sienne contre une teinte jaunâtre.
Les huiles médicinales sont simples ou composées. Les régies à observer pour leur préparation sont les suivantes.
L’huile doit être toujours parfaitement pure.
2® Si ce sont des substances fraîches inodores , il faut les monder , les broyer avec le pilon , et les faire bouillir dans l’huile jusqu’à ce que toute l’eau de végétation soit évaporée , ce qu’on reconnaît à la couleur verte que l’huile acquiert^ à la friabilité que les plantes présentent , enfin à ce qu’il ne se dégage plus de vapeurs. On ne craint pas en conduisant bien le feu que l’huile brûle , car la température n’est qu’à loo" centig. , c’està-dire au point nécessaire pour faire bouillir l’eau de végétation qui sert de bain-marie à l’huile. Il est trèsimportant de faire évaporer toute l’humidité , parce que si l’huile en retenait un peu , elle ne tarderait pas à s’altérer , ensuite parce que ce n’est que lorsque toute l’eau est dissipée que l’huile peut dissoudre la matière colorante verte , aussi voit -on qu’elle ne se colore qu’à la fin de l’opération. A cette époque on doit ménager le feu , pour éviter la rancidité de l’huile et la carbonisation des plantes.
5° Si les substances sont odorantes , se contenter de la macération.
4® Lorsque l’huile médicinale est achevée , la passer avec expression, si elle a été faite par décoction; si elle
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provient d’une macéralion ou d’une infusion, n’exprimer que très-légèrement, de crainte que la substance qui a gardé sa mollesse ne fournisse du mucilage. Dans le premier cas , cet inconvénient n’est pas à redouter , car le degré de température auquel on a porté l’huile a suffi pour frire le mucilage.
5° Laisser les huiles médic ma les dans un repos parfait, qui facilite leur dépuration.
6® Les décanter lorsque le depot s’est formé.
7® Les conserver dans des caves en vases bien clos et à l’abri de la lumière.
Huiles médicinales simples.
Huile Tosat. On prend les roses pâles séparées de leurs calices , on les écrase dans un mortier de marbre , on les exprime légèrement pour en séparer une partie de l’humidité , on les fait macérer avec l’huile pendant 8 à 10 jours. Au bout de ce temps, on passe avec expression , et l’on remet dans la même huile de nouvelles roses ; ce que l’on répète encore une troisième fois , en prolongeant la macération pendant un mois. Alors on passe avec expression ; on laisse quelques jours l’huile se dépurer par le repos ; on la décante , et on la conserve pour l’usage.
Cette huile a une odeur de roses très- prononcée ,* sa couleur est celle de Thuile ordinaire. Celle qui est rose le doit à un peu d’orcanette.
Huile de sain- bois, ou garou {dapkne mezereum.L.) . On prend l’écorce sèche de garou (b tb) , on la concasse
par petites portions dans un mortier de marbre avec un peu d’eau pour n’être pas incommodé par la poudre qui s’élève. On met l’écorce ainsi divisée dans une bassine avec de l’eau (5 ou4tfe)* On place la bassine sur un feu très-doux pendant une heure , on pile de nouveau l’écorce , et on la remet dans la bassine avec de l’huile d’olives pure (10 ife). On chauffe jusqu’à faire bouillonner le liquide aqueux , on agite souvent et pendant fort long-temps. -Lorsque la plus grande partie de i’eau s’est évaporée , on passe avec forte expression. Après quelques heures de repos on sépare les fèces. On a une huile verte , d’une odeur vireuse semblable à celle qui se dégage de l’écorce de sain -bois traité par l’eau chaude.
Ce procédé est du à M. Lartigue de Bordeaux , qui a découvert dans le garou une matière verte particulière , à laquelle cette écorce doit sa propriété irritante.
Huile médicinale composée.
Baume tranquille. Cette huile se prépare avec deux sortes de plantes, les inodores et les aromatiques. Si l’on soumettait les unes et les autres au même mode d’opération, l’huile n’en réunirait pas tous les principes médicamenteux , car les plantes inodores , ne devant fournir que leurs principes extractifs , exigent un degré de température qui ferait dissiper l’arôme des substances aromatiques. Pour obvier à cet inconvénient , on opère de la manière suivante.
On monde les plantes narcotiques de leurs liges et de
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leurs feuilles mortes , on les broie et on les met avec l’huile dans une bassine , que l’on porte sur le feu. On fait cuire à petits bouillons jusqu’à ce que toute l’humidité soit dissipée. Lorsqu’il ne se dégage plus dé vapeurs , que l’huile est bien colorée et que les plantes gagnent le fond de la bassine , alors on passe avec forte expression l’huile bouillante sur les substances aromatiques sèches et divisées. On couvre le vase , et on l’expose au soleil pendant un mois ou deux. Au bout de ce temps on repasse le baume avec une légère expression; lorsqu’il est dépuré , on le décante.
On tient à ce que ce baume ait une belle couleur verte ; il l’a toujours si on le prépare d’après le procédé que nous venons d’indiquer. Celui du commerce n’est autre chose que de l’huile colorée par un mélange d’indigo et de cuFcuma , quelquefois encore par le vert de gris. Cette dernière falsification est très-dangereuse ; on la reconnaît en imbibant un papier gris de cette huile colorée, et le brûlant ensuite ; il donne une flamme bleue.
Si Y on était forcé de préparer ce baume avec des plantes sèches , il faudrait , avant de les mettre dans l’huile , leur rendre un peu d’humidité pour remplacer l’eau de végétation , que la dessiccation a enlevée,^
Huile cTanis sulfurée.
Cette huile, qui entre dans la composition des pilules balsamiques de Morton, diffère de celles que nous venons d’examiner en ce que le dissolvant est une huile vo-
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ktile. Le nom de baume est toiit-à-fait impropre , puisque les baumes sont des produits immédiats végétaux , dont le caractère essentiel est de contenir de l’acide benzoïque. M. Cherau , qui a proposé de donner aux solutions par les huiles fixes le nom êL^otéots , se sert du mot oléats pour désigner les solutions opérées par les huiles volatiles.
Pour préparer cette huile sulfurée , oo lave la fleur de soufre pour la priver d’un peu d’acide , qui, à l’aide de la chaleur, réagirait sur l’huile , et la décomposerait en partie. On introduit dans un petit matras de verre mince le soufre, sur lequel on verse l’huile d’anis retirée par distillation , et non celle par expression, qui est un mélange de la première et d’huile grasse. Oo chauffe le matras au bain de sable jusqu’à ce que la solution du soufre soit complète. L’huile acquiert une couleur rouge, en meme temps il se dégage une odeur très-vive d’hydrogène sulfuré. Ce phénomène est facile à concevoir, si l’on se rappelle la grande affinité du soufre pour l’hydrogène , et la quantité considérable d’hydrogène qui entre dans la composition des huiles volatiles. Lorsque l’huile est entièrement refroidie , on la filtre , et on la conserve dans des flacons bien bouchés , à l’abri de la lumière et de la chaleur.
On prépare de même le baume de soufre térébeu" thiné , en remplaçant l’huile d’anis par celle de téré-r henthine.
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