‹ Manuel du pharmacienChapitre 54 sur 266 · LO O CH S · texte numérisé non relu

LO O CH S

Les looclis sont des médicamens magistraux formés d’une émulsion épaissie par un mucilage.

L’émulsion peut être fournie par l’amande , ou bien formée par l’huile suspendue , par un mucilage de gomme, ou parle jaune d’œuf. Dans le premier cas , lelooch prend le nom de Loock blanc ; dans le second , à^looch gommeux ; dans le troisième ,®de loock cTœuf,

Loock blanc de Paris. Il se compose d’eau , d’amandes, de Micre,de gpramelàdraganthe et d’huile d’amandes douces. La confection du looch blanc oflVe deux époques ; la première , la préparation de l’émulsion ; la deuxième^ l’addition du mucilage et de l’huile.

A. ^ On prépare l’émulsion en se conformant à ce que nous avons dit plus haut ,* c’e^ît-à-dire après avoir mondé les amandes on les broie avec les trois quarts du sucre ; on délaie la pâte dans la totalité de l’eau prescrite , et l’on passe aiac expression. ^

B. On met Sans- le mortier le reste du sucre , on l’é-

crase; on ajoute la gomme , et l’on triture exactement. On y verse alors un peu d’énsulsion , qu’on incorpore par une ag,itation rapide. Lorsque le mucilage a la consistance d’un*e pâte claire , on le rassemble â l’aide d’une carte dans le fond du mortier pour éviter qu’il ne se dessèche contre ses parois. On l’abandonne à lui -même pendant environ une demi-heure , afin que la gomme puisse se tuméfier librement. Au bout de ce temps on voit que le mucilage a pris de la consistance. On y verse

MANUEL

un peu d’émulsion , on agite , et l’on y incorpore l’huile par gouttes. La blancheur devient plus éclatante. Lorsque l’huile a complètement disparu, on ajoute le reste de l’émulsion , et un peu d’eau de fleurs d’oranger pour aromatiser.

Si l’on voulait y faire entrer du kermès ou toute autre poudre , il faudrait les triturer avec la gomme et le sucre; si c’était du beurre de cacao ou du blanc de baleine , il faudrait les dissoudre dans un peu d’huile à l’aide d’une très-douce chaleur.

Loock de gomme. Lopcli anglais. Le plus souvent employé se compose de :

Gomme arabique 3 iij

Huile d’amandes douces 5 jv

Sirop de sucre 5 j

Eau commune. . . ^iij

Eau de fleurs d’orangér 5 j

On fait un mucil^e avec la gomme et le sirop ; on ajoute l’huile, et l’on triture fort long-temps. On incorpore ensuite les eaux par petites portionsî^On obtient un looch très'blanc , et qui se conserve long-temps sans

se séparer. %

Loock d'œuf. Le jaune d’œuf contient Centre autres principes de l’albumine et de l’huile, qui , lorsqu’on le délaie dans l’eau , s’y divisent^ et forment uneliqueur émulsive, qui sert d’intermède pour suspendre les huiles, le camphre et les résines.

Pour réussir dans la préparation du looch d’œuf du

Codex , îl ne faut pas triturer ensemble l’huile, le jaune et le sirop. On commence par délayer le jaune dans un mortier de marbre avec quelques gouttes des eaux distillées. On ajoute peu à peu l’huile , et 1 on forme une masse bien homogène , dans laquelle on incorpore ensuite le sirop et le reste des eaux.

PO T ION s.

Les potions sont des médicamens magistraux , qui , comme leur nom latin l’indique (potus) , sont toujours liquides et destinés à l’usage interne. On ne les donne jamais aux malades pour boisson habituelle , toujours , au contraire , à des doses et à des heures prescrites par l’ordonnance du médecin.

Parmi ces préparations , les unes ne se prennent que par intervalle et par cuillerées , les autres d’un seul trait et par verrées {haustus) . Dans les premières nous comprendrons les potions proprement dites , les mixtures et les juleps ,* dans les deuxièmes nous rangerons les potions purgatives , vulgairement appelées méde^ clnes.

I. Potions 3 mixtures , juleps. Ces médicamens, que l’on confond généralement sous le nom de potions , n’ont de commun que leur mode d’administration. Ils se distinguent par la nature des substances qui les composent.

Les potions résultent de mélanges de sirops , d’eaux distillées , àHnfusum ou decoctum, dans lesquels on ajoute des teintures , de l’éther ; on délaie des.électuaires ou des poudres ; on dissout des sels ; on tient en sus-

pension à l’aide d’un intermède des huiles , des résines^ des gommes-résines ; en un mot , les potions parlicipent de substances de nature et de consistance trèsvariées.

Les mixtures sont formées de liquides qui n’ont besoin que d’être agités pour être mêlés; elles ne se prennent qu’en fort petite quantité , souvent même par gouttes.

Enfin le nom' de juleps se donne aux mélanges qu'on administre à la dose de 4 ou 6 onces , comme caïmans béchiques , diurétiques , etc.

Puisque les potions sont des médicamens magistraux , les substances qui les composent peuvent varier infiniment. Il en résulte que leurs modes de préparations doivent varier aussi. En général , il est peu de prescriptions qui exigent de la part du pharmacien plus d’habitude, plus de soins et plus de connaissances. Comme grand nombre de maladies exigent l’usage long-temps prolongé de la même potion, il ne suffit pas qu’elle soit toujours faite avec les mêmes substances et les mêmes doses ; il faut encore que chaque fois qu’on en réitère la confection le malade n’y trouve aucune différence dans la couleur, l’odeur et la saveur; et pour cela on besoin de la plus minutieuse exactitude : caria plus lége<« différence dans la manipulation peut quelquefois changer les caractères physiques les plus marqwans des médicamens. Cette vérité, qui s’applique à toutes les préparations pharmaceutiques en général , est surtout sensible dans l’exécution des formules magistrales. Un Jooch blanc avec un 1/2 grain de kermès, suivant que la

trituration aura été plus ou moins prolongée , offrira une couleur rougeâtre très-prononcée ou insensible. Une potion avec la teinture de castoréum sera claire , si la teinture a été mêlée au siropj trouble, si elle a été ajoutée après les eaux. Une potion avec le musc , le sirop , les eaux et Thuile n’aura point Todeur de musc, si i’huilef a été mise en dernier lieu^ etc. , etc. Les règles les plus générales à observer sont les suivantes.

Si dans une potiôn il entre du kermès , on doit le triturer avec un peu de sucre pour le mieux diviser , le délayer dans le sirop , et l’étendre dans les eaux.

2° Le beurre de cacao doit se dissoudre â l’aide de la chaleur du bain-marie dans un peu d’huile d’amandes douces (4 parties d’huile pour 1 de beurre) ; on tient ensuite le méîânge en suspension par un mucilage de gomme arabique.

3* La térébenthine se divise dans un jaune d’œuf.

4° Les teintures se mêlent d’abord au sirop , sur lequel on verse enStiite peu à peu les eaux distillées.

5® Les huiles volatiles se broient avec un peu de sucre.

6° L’éther ne s’ajoute que le dernier , après avoir choisi le liège convenable pour boucher plus promptement la fiole.

7*^ Si r on veut tenir en suspension le baume de copahu ou l’huile d’amandçs douces , on divise la gomme arabique avec une portion du sirop ,* on ajoute un peu d’eau pour faire un mucilage, dans lequel on incorpore

5oo

MANUEL

le corps gras peu à peu et toujours en agitant ; on verse ensuite le reste des eaux et du sirop mélangés. On obtient ainsi une potion blanche comme du lait.

8® Dans les émulsions , on peut tenir le camphre en suspension au moyen de la magnésie (huit parties de camphre sur une de magnésie). On divise , l’on triture , et l’on ajoute l’eau peu à peu. Dans les potions ordinaires , on divise d’abord le camphre par une goutte d’alcool , dont on humect^, la tèté du pilon , puis on le triture avec du sucre.

9° Si dans la même potion il entre du laudanum et de l’huile , on mêle le laudanum au sirop et aux eaux. Ce n’est qu’en dernier lieu qu’on introduit l’huile. Si l’on faisait tomber les gouttes de laudanum sur l’huile, le mélange ne serait point exact. En agUant la potion , on apercevrait des gouttes plus colorées les unes que les autres , et le malade ne prendrait l’opium que trèsirrégulièrement.

Potion de Rivière. Le but qu’on^e propose en administrant cette potion n’est pas .uniquement de faire prendre au malade du citrate ou du tarlrate de potasse , c’est de lui faire prendre l’acide carbonique. Il en résulte que lorsqu’on mélange dans la même bouteille le carbonate et l’acide, on dégage le gaz , et qu’il n’en reste plus dans la potion lorsqu’elle arrive au malade. Aussi doit-on mettre à part l’acide citrique ou l’acide lartrique , et ne les verser dans le reste de la potion , c’est-à-dire au mélange d’eau^ de sirop et de carbonate, qu’au lit du malade.

^Oi

Potion avec le kermès, C huile, le sirop et les eaux*

On triture le kermès avec du sucre , on y mêle la gomme arabique^ et non la gomme adraganthe, qui fait un mucilage trop épais ; on délaie le mélange dans un peu d’eau , on laisse le mucilage se développer, et l’on y incorpore peu à peu l’huile d’abord ^ ensuite le reste des eaux et le sirop.

Si l’on ne veut pas que la potion ait un aspect laiteux, on n’emploie pas de gomme ; on se contente de triturer

le kermès avec l’huile , et d’étendre ensuite le mé-

lange dans le sirop et les eaux.

Page 1