CHOIX DES DROGUES
Pour bien choisir les drogues simples, il faut en connaître les caractères. On les lire de la forme , de la couleur, de l’odeur , de la saveur , de la pesanteur, etc. On ne doit pas se borner à examiner un corps à sa surface. S’il est solide, on le casse , on le goûte, on observe sa texture , la couleur de sa masse , celle de sa poudre. C’est ainsi que la rhubarbe de France, par sa cassure rayonnante , se distingue des rhubarbes étrangères dont la cassure offre une marbrure irrégulière. Si on les goûte, on trouve que la rhubarbe indigène a une saveur mucilagineuse , et ne craque pas sous la dent, comme les deux autres. Enfin ce craquement, plus fort dans la rhubarbe de Chine, joint à la différence de sa forme, la fait disîinguer de celle de Moscovie.
De ce qu’un lakm gris n’offrira pas à sa surface le petit lichen blanchâtre qui ordinairement est un assez boa caractère , le pharmacien ne le rejettera pas , si sa cassure est facile et pulvérulente , sa saveur franchement amère; mais il se gardera d’employer celui dont
ia cassure sera fibreuse , la saveur miicilagineuse , l’épaisseur trop grande; il verra de suite que le premier, mince, roulé sur lui- même, de la grosseur du petit doigt, a été produit par de jeunes branches , tandis que l’autre, ligneux et épais, provient de grosses branches épuisées par la vieillesse.
La casse non-seulement ne doit pas faire la sonnette , mais encore elle doit avoir une saveur sucrée. Si elle sonne, c’est qu’elle a été trop desséchée. Si sa saveur est acide, c’est que le principe sucré a été détruit par la fermentation provenant d’un trop long séjour dans des caves humides.
Si l’on pense qu’un safra7i est mêlé de fleurs de cartliame , on le délaiera dans un peu d’eau. Le safran conservera sa forme filamenteuse , et les fleurs de carihame se dérouleVbnt en reprenant l’humidité qu’elles avaient perdue.
La différence de pesanteur et de solubilité aide à séparer la gomine du Sénégal du bdeUlam , avec lequel on la mélange quelquefois.
Le pharmacien tiendra à ce que les amandes aient une cassure nette, luisante; une saveur sans âcreté. Celles dont la couleur serait jaunâtre ne lui donneraient qu’une huile rance. ^
La différence de couletff et de saveur lui fera distinguer la pulpe de tamarins de la pulpe de pruneaux , qu’on y incorpore souvent.
Il reconnaîtra Valoès succotrinh. sa poudre, d’un beau jaune doré , bien différente de celle que donne Valoès de seconde qualité.
MANUEL
Parmi les substances animales , il n’achètera le musc que bien sec , et renfermé dans une poche à poils roux. Le castoreum devra lui offrir une cassure résineuse entremêlée de membranes blanchâtres. Les bourses bien pleines et bien ridées lui feront voir que la dessiccation du liquide qu’elles contenaient s’est opérée sans qu’elles aient été ouvertes.
Quant aux substances minérales ^ il les soumettra à quelques essais chimiques propres à constater leur nature et pureté.
Nous ne nous étendrons pas davantage sur le choix des substances médicinales : leur connaissance ne peut bien s’acquérir que par l’habitude de les voir et de les manipuler souvent.