LE COMMERCE
Il est rare que la plupart des substances que nous lirons du commerce ne se trouvent altérées , soit par la cupidité des marchands qui les livrent , soit par la négligence apportée dans leur préparation si ce sont des substances composées , soit enfin par les trajets de long cours que quelques-unes sont obligées de parcourir avant d’arriver jusqu’à nous. Le pharmacien exact ne se permet de les employer qu’autant qu’il les a privées des corps étrangers qui affaiblissent leurs propriétés, et , dans quelques circonstances même , les changent entièrement.^
Nous allons examiner la purification de quelques-unes des plus employées.
Graisse. Telle que nous la retirons du porc , la graisse contient toujours une certaine quantité de sang , qu’il est Indispensable de lui enlever. Pour cela , après l’avoir séparée de la membrane qui la recouvre, on la coupe en morceaux que l’on malaxe dans l’eau froide jusqu’à ce que celle- ci n’en soit plus troublée. On peut encore, pour faire sortir tout le sang contenu dans les petites artères^ la battre dans un mortier de marbre avec un pilon de bois. Lorsque l’eau reste limpide , on en retire la graisse , on la met dans une bassine de cuivre , que l’on porte sur un feu très-doux. Lorsqu’elle est fondue , on la passe à travers un linge. Quand elle est figée ^ on la ratisse par couches, afin d’en séparer les impuretés qui occupent le fond de la bassine ; on la porte de nouveau sur le feu pour vaporiser le peu d’humidité qu’elle pourrait retenir. Lorsqu’on voit le fond de la bassine , et qu’un peu de graisse jetée sur les charbons ardens ne fait point entendre de pétillement, on en
conclut que l’eau est entièrement dissipée. On enlève la graisse de dessus le feu , et on ne la coule dans le pot où l’on doit la conserver que lorsqu’elle est à demlrefroidie. Si on la coulait trop chaude , elle se figerait brusquement, n’adhérerait pas aux parois du vase, et permettrait ainsi l’introduction de l’air, qui la disposerait à une prompte rancidité. Pour que le pétillement soit un caractère certain, il faut agiter la graisse : car ce îi’est que dans le fond de la bassine que l’eau peut se
MANUEL
trouver. Par ce procédé , et en ménageant bien le feu , on obtient une graisse très -blanche. Si le feu a été trop fort, elle jaunit de suite et acquiert une saveur rance. Pour obvier à cet inconvénient , on peut, comme le Codex le recommande, la fondre au bain-marie, après Pavoir rali^^sée. On la conserve dans des vases bien couverts qu’on place dans un endroit frais.
On purifie de la même manière :
Le suif,
La moelle de bœuf, en général toutes les graisses.
Cire jaune. Lorsque la cire entre dans un mélange, les peîiles impuretés qu’elle contient restent sur le linge à travers lequel on la passe. Si l’on craint qu’elle ne soit altérée par de la fécule de pomme de terre, pour s’en assurer on suit le procédé indiqué par M. Delpech , qui le premiei a signalé cette falsification. On traltela cire par l’huile de térébenthine , qui doit , à l’aide de la chaleur , la dissoudre entièrement. Si l’on a un résidu blanc et pulvérulent, il est dû à la fécule. M. Bouliay a conseillé deux moyens de purifier la cire mêlée d’amidon. Le premier est de la fondre, d’y ajouter sur loo une partie d’acide sulfurique concentré , de brasser et de laver avec soin. L’acide sulfurique agit dans cette circonstance comme dans la purification des huiles de colza : il charbonne la fécule sans altérer la cire. Le deuxième moyen est plus simple , mais il n’est praticable que sur de petites quantités : il consiste dans la simple filtration dans une étuve entretenue à la température de 45 à 5o® centigrades.
DU P H ARMACIEN. î 1
Résines, Lorsque les résines doivent entrer dans un mélange consacré à Tusage externe , on les prive de leurs impuretés en les dissolvant dans les autres substances qui composent le médicament et en les passant ensuite à travers un tissu serré. Quand on les destine à l’usage intérieur, pour les avoir pures il faut les dissoudre dans l’alcool concentré , et faire évaporer le solutum à siccité.
Baumes. Les baumes ne se purifient pas différemment que les résines lorsqu’ils font partie d’un composé. C’est ainsi que le styrax se dissout dans l’huile de noix, et se passe ensuite à travers un linge dans la préparation de l’onguent auquel il donne son nom. Si l’on voulait l’obtenir pur et isolé , il faudrait le liquéfier au bain-
marie , et le passer ensuite à travers un tamis de crin.
Gommes résines. On les chauffe au bain-marie avec de l’alcool à 22“ ; on passe , et l’on traite le résidu par de l’alcool nouveau. On réunit les colatures , et on les évapore en consistance de miel épais, toujours au bainmarie , condition indispensable pour ne les pas brider, il serait peut-être avantageux d’employer d’abord de l’alcool à 52®, ensuite à 20. Jadis on se servait du vinaigre pour cette purification ; mais l’alcool aqueux est bien préférable : l’eau et l’alcool dont il se compose dissolvent fun la gomme, l’autre la résine. Si l’on purifiait une grande quantité de gomme résine, il y aurait de l’économie à opérer dans un alambic dont le chapiteau serait percé d’un trou pour l’introduction d’un agitateur en bois. On retirerait ainsi une partie de l’alcool ,
MANUEL
qu’on pourrait employer à une nouvelle purification.
Gommes. On purifie les gommes en séparant, à l’ai le du couteau ou d’une petite hache, les petits corps étrangers qu’offre leur surface; le plus souvent en les dissolvant dans l’eau au moment même de les enriployer. Si l’on veut conserver à la gomme arahiqoe ses propriétés médicinales , et avoir un solutiim incolore , on doit employer l’eau froide. M. Vaudin de Laon , et après lui MM. Baget et Blondeau, qui ont répété ses expériences , ont vu que lorsqu’on faisait subir à la gomme arabique une forte chaleur à l’étuve, on y développait un acide qui communiquait h son sirop et à ses solutum une saveur désagréable et une propriété irritante. On voit par là combien est blâmable le procédé de quelques pharmaciens qui , après avoir lavé la gomme arabique , la font sécher fortement à l’étuve pour lui donner un aspect plus brillant,
Opium. Il n’est aucune substance qui renferme plus d’impuretés que l’opium. On y trouve des débris de feuilles , des graviers , quelquefois des morceaux de fer et de plomb , et toujours de l’eau en quantité différente. Comme ces impuretés varient suivant les diverses masses d’opium , et que dans chaque masse elles sont inégalement réparties , il en résulte qu’en employant l’extrait du commerce on est toujours incertain de la quantité réelle d’opium qu’on fait prendre au malade : il est donc nécessaire de le purifier. Pour cela on le coupe , s’il est humide ; s’il est sec , on le râpe ; on le met dans un bain-marie d’étain avec environ le double de son poids
DU pharmacien.
lÙ
d’eau froide ; on le malaxe. Lorsqu’on ne sent plus dans les doigts qu’une masse poisseuse et sans consistance , on passe avec expression à travers un linge , l’on évapore à une douce chaleur en consistance pilulaire , et l’on a l’opium purifié.
Cachou et aloès. On les concasse , on les dissout dans une suffisante quantité d’eau chaude ; on passe le solutum , et on l’évapore au bain-marie. Si l’on veut avoir ces extraits solides , on les dessèche à l’étuve. On ne doit jamais employer le cachou en pains carrés, car c’est un mélange de cachou et de fécule.
Suc de réglisse. Cet extrait , tel qu’on le vend dans le commerce , peut être altéré, i° par de la fécule, qu’on y incorpore souvent ; 2® par du sable ; 5® par une grande quantité du principe âcre et résineux provenant de la forte décoction qu’on fait subir à la racine; il contient presque toujours des parcelles de cuivre détachées de la bassine par le frottement de la spatule de fer avec laquelle on agite l’extrait pour qu’il ne brûle pas à la fin de l’évaporation. Pour le purifier, on prend ce suc en cylindres ou bâtons ; on le coupe en morceaux , que l’on fait dissoudre à froid dans une grande quantité d’eau , en agitant avec une spatule de bois pour accélérer la solutjion. Lorsqu’elle est achevée , on passe à travers un linge à mailles très-serrées, et l’on évapore au bainmarie. Si l’on employait la chaleur pour opérer la solution du suc impur, la fécule donnerait au solutum une viscosité qui rendrait fort difficile son passage à travers le linge; d’ailleurs on dissoudrait un peu du principe pésineux , qui lui donnerait une saveur âcre.
MANUEL
Pulpe de tamarins. Celte pnlpe contient souvent du cuivre^ ce dont on s’assure en y plongeant une lame de fer , qui ne tarde pas h devenir toute rouge. Lorsqu’elle est dans cet état, qjielques auteurs conseillent de la délayer dans l’eau et de laisser déposer le cuivre. Il est certain que ee moyen est insuffisant, car le cuivre n’y est point à l’état métallique^ mais à l’état de sel, c’està-dire combiné avec les acides citrique, tartrique et malique du tamarin. Lorsqu’on rencontre une pulpe ainsi altérée , comme elle est dangereuse , il faut la rejeter.
Camphre, C’est à M. Clemandot que nous sommes redevables du procédéà l’aide duquel on obtient du camphre raffiné dans les laboratoires de pharnîacie. Nous allons extraire du mémoire qu’il a lu à la société de pharmacie de Paris tout ce qui a rapport au mode d’opération.
« On prend un vase à sublimer , semblable , quant à la forme , à une fiole à médecine , mais beaucoup plus évasé. On y introduit environ deux livres et demie de camphre brut grossièrement pulvérisé, et que l’on. a mêlées à 6 gros de chaux vive en poudre. On place le vase dans un bain de sable garni d’un cercle de tôle de trois pouces de hauteur, que l’on peut ôter à volonté. On enfonce la bouteille dans le sable jusqu’à la naissance du goulot.
« Alors on pose le bain sur un fourneau ordinaire , dont le feu doit être très-ménagé pour que la bouteille s’échauffe peu à peu. On l’augmente graduellement jusqu’au point nécessaire pour taire entrer le camphre en fusion ; ce que l’on accélère encore en mettant quelques charbons allumés sur le sable qui recouvre le matras.
Pendant cette première parCie de l’ opération , le feu assez fort que l’on est obligé de faire réduit en vapeur une assez grande quantité de camphre, qui "se répandrait en pure perte dans l’air si l’on n’obviait à cet inconvénient en adaptant vers le milieu du col dumatras , au moyen d’un liège , un plateau de fer-blanc troué dans son milieu , et destiné à soute/iir un cône creux , aussi en fer-blanc ^ oii le camphre , qui s’échappe de l’appareil , vient se condenser. »
« Lorsque le camphre est bien fondu , ce que l’on reconnaît en ôtant le cône de fer blanc qui recouvre la bouteille, et en examinant ce qui se passe dans l’intérieur de celle-ci , on cesse d’augmenter le feu , et on l’entretient au meme degré pendant un quart-d’heure ou une demi-heure , afin de dissiper l’immidité que renferme toujours le camphre brut; alors on diminue le feu, et on n’en laisse que la quantité nécessaire pour que le' camphre ne cesse pas de bouillonner , de manière a ce qu’en approchant l’oreille on entende distinctement de légers soubresauts.
« C’est à ce point que s’opère la dernière partie du procédé, c’est-à-dire la sublimation. Pour la faciliter^ on dégage le goulot du malras du sable qui l’entoure ; l’air frappe cette portion de l’appareil, la refroidit, et détermine ainsi la condensation du camphre.^
« Pendant toute la durée de l’opération , il faut retirer du sable successivement et par intervalles , en sorte qu’il n’en reste plus au fond dumatras vers la fin de l’opération.
il faut même à ce moment soulever la bouteille pour la dégager lout-à-fait. Mais la soustraction du sable doit se
î6 MANUEL
faire lentement , et même îl serait nécessaire , si Fair était plus froid , de garantir les parties de l’appareil d’où on a retiré le sable en les couvrant d’un morceau de drap ou de toute autre chose analogue. Cette précaution est tellement importante que si on la néglige on voit bientôt le camphre qui occupe la portion de la bouteille soumise au contact de l’air froid prendre un aspect blanchâtre et opaque , tout différent de celui qu’il doit avoir pour être livré au commerce. »
« En employant les quantités indiquées plus haut , le raffinage dure 7 à 8 heures, au moins. Il demande , pour réussir , des précautions très-minutieuses ; on les trouvera dans le Journal de pharmacie de 1817.
(Voir à la fin de l’ouvrage l’appareil et sa description.)
Sucre, Son raffinage et ses degrés de cuite. Le suci ^ que le commerce nous fournit n’est pas toujours assez pur pour les besoins de la pharmacie ; il faut le raffiner , c’est-à-dire séparer le sucre cristallisable de celui qui ne l’est pas , et d’une matière empyreumatique provenant d’une portion de^ucre décomposée par le feu dans les premiers travaux sur \e vesou. Pour y parvenir^ on emploie le procédé suivant.
' Sucre \en j)Uin. On choisit de préférence la cassonade martinique , qui cristallise facilement; celle des IndeSj, reconnaissable à sa couleur d’un gris blanchâtre,
et à son toucher gras et visqueux, ne donne jamais un sucre bien cristallisé. Pour 100 parties de cassonade on fait une eau albumineuse avec 58 parties d’eau et
5 OU 6 blancs d’œufs. On mêle le tout bien exactement , et l’on cbaulfe en agitant toujours avec une écumoire pour faciliter lar solution des grumeaux ou grugeo7is. Lorsqu’elle est achevée , on examine si la liqueur a bien 28®; si elle a plus, on l’y ramène par l’addition d’une petite qj^ntité d’eau ; si elle a moins , on l’y porte en augmentant le feu. Alors on ajoute un mélange de charbon animal, Stbj charbon végétai , 2 fb ; on ne remue plus, et lorsque le liquide est sur le point de monter, on y verse un peu d’eau. On continue de chauffer, et lorsque le sirop va çntrer en ébullition , on le jette , sans l’écumer , sur une étoffe de laine. Lorsqu’il y est tout entier , on le recouvre pour qu’il ne se refroidisse pas trop promptement. On refiltre les premières portions qui passent colorées en noir par un peu de charbon en suspension. Lorsque tout le sirop est filtré et parfaitement clair , on le cuit h grand feu , en consistance de petit cassé , c’est-à-dire jusqu’à ce qu’en y plongeant le doigt prouillé , lorsqu’il est en ébullition, et le reploçgeapt au*^td^ après dans l’eau froide , le sucre qui yf^^li^r'B se solidifie a^ez pour s’aplatir sous la dent san^ ^ bfiser.
Alors on le coule dans une bassine légèrement chauffée pour que le refroidissement ne soit pas trop brusque, et l’on agite avec une spatule d’un bord à l’autre jusqu’à ce que le liquide change d’aspect , et qu’on sente de petits grains au fond de la bassine. On dispose une rangée de moules ou formes. Ces formes sont des C(H es de terre cuite, qu’on a la précaution de laisser tremper quelque temps dansl’eau avant de les employer,
ib MANUEL
afin que l’humidité qui les pénètre empêche le sucre d’y adhérer. Chacun d’eux est percé à son sommet d’un trou bouché avec une cheville de bois> ei renversé sur vin pot destiné à recevoir la mélasse oü partie non cristalli*sable qui doit s’en écouler. Les moules étant disposés, on y verse le sirop d’abord jusqu’à moitié seulement de leur capacité ; un instant après on achève de les remplir jusqu’à deux doigts de leur bord. Au bout de quelques heures on agite le sucre avec un mouveron , spatule de bois mince , qu’on fait glisser le long de la face interne des parois du cône. (Jette agitation a pour but de faciliter la cristallisation déjà commencée , et qui par là ne tarde pas à s’achever. Le lendemain on débouche les trous , et on laisse le sirop s’égoutter pendant huit jours.
A cette époque, on remarque à la surface du pain une excavation ou fontaine. Il est nécessaire de l’enlever et de niveler le sucre , sans quoi le terrage ne pourrait pas se faire : car l’eau se tracerait *une Toute par cette fontaine, et ne se distribuerai^^ pas 'égàtemenl.^ L’opération du terrage s’exécute en metf^t^ur la surface bieif(unle du j)ain une couche de sucre pulvérisé , dè'Lép'âfîsseur de celle qu’on a été obligé d’enlever pour faire disparaître la fontaine. A l’aide d’un disque de bois, ôn tasse bien cette poudre , et on la recouvre d’argile blanche délayée dans l’eau. Il ne faut pas que l’argile soit en pâte trop liquide. On lui reconnaît une bonne consistance lorsqu’on y traçant un sillon avec le doigt , les bords séparés sont lens à se réunir. L’eau qu’elle contient filtre à travers le sucre , comme à travers un tamis , rend la partie
incrislalîisable plus liquide, etTenlraîne. Une seule couche d’argile ne suffit pas ; au bout de quelques jours elle
est entièrement sèche ; il faut la renouveler quatre ou cinq fois, à huit jours d’intervalle, ce qui fait dans le terrage trente-deux jours , et même plus. On peut , au lieu d’argile, se servir de rondelles de drap humides et les changer deux ou trois fois. Lorsque le liquide qui s’écoule du pain est incolore , on sépare celui-ci du cône , et on le laisse à l’étuve jusqu’à ce qu’il ait acquis de la sonoréité.
Sucre sablé. Lorsqu’on veut purifier de la cassonade ^ et qu’il est inutile d’avoir le sucre en pain, on se contente de le sabler , c’est-à-dire de le réduire en une poudre blanche cristallisée et d’un aspect comme sablonneux.
Pour cela on cuit le sirop au grand cassé , c’est-à-dire jusqu’à ce que le sucre, solidifié par l’eau froide, se brise sous la dent ; alors on enlève la bassine du feu^ on agite le sirop avec un bistortier jusqu’à ce qu’il soit froid, en ayant soin de détacher avec une spatule les portions qui sont sur les bords , et qui se solidifient les premières. On place ce sucre sur des tamis , on le porte à l’étuve, où il achève de se dessécher.
Sucre candi. Pour faire cristalliser le sucre, on fait évaporer le sirop jusqu’à ce qu’en en prenant un peu entre le pouce et l’index qu’on écarte ensuite brusquement , il se forme un filet qui se rompt près du pouce, et remonte vers l’index en forme de crochet ; ou bien jusqu’à ce qu’en en versant un peu dans l’eau froide il se
MANUEL
divise sans se fondre, et forme une masse encore molle ; alors on le verse dans une bassine dans laquelle on a collé des fils de distance en distance. Lorsqu’on opère en grand, on a des terrines vernissées et percées de petits trous par lesquels on fait passer les fds. Pour que le sirop ne sorte pas par ces trous , on colle sur chacun d’eux un petit morceau de papier , on porte les terrines pleines à l’étuve, qu’on maintient pendant dix à douze jours à une température constante de 4o“ centig. Cette condition est indispensable pour avoir des cristaux bien isolés , car si on laisse un seul jour baisser la température , alors une cristallisation subite a lieu , et l’on n’obtient que des cristaux confus. Lorsque les cristaux sont bien formés , on décante le sirop , on laisse la terrine égoutter sur un tamis , on lave la masse cristallisée avec de l’eau légèrement tiède afm d’en séparer tout le sirop qui pourrait y adhérer encore ; on reporte la terrine à l’étuve pendant deux jours,* on en sépare le pain candi , qu’on fait sécher encore pour l’usage.
Le sucre candi rouge doit éette couleur à la cochenîl!e. Baumé dit qu’on peut retirer du sucre cristallisé des écumes de sirop et des sirops fermentés; mais on en obtient fort peu. Le point essentiel pour bien réussir dans la cristallisation du sucre est de n’opérer que sur de petites quantités, de cuire à très-grand feu, et de maintenir la température toujours la même.
Sucre d’orge. On colore le sirop avec une infusion de safran, on le cuit au petit cassée on le coule sur un marbre légèrement huilé , on détache de la masse de petits morceaux, qu’on roule avec les mains hui-
lées , en baguettes plus ou moins grosses et de longueur variable.
Sucre tors ou pénide. On le prépare comme le sucre d’orge ; mais au lieu de safran, on y ajoute , lorsqu’il est assez cuit , une petite quantité de vinaigre blanc ; alors on l’étire avec le^s mains jusqu’à ce qu’il ait acquis un éclat argentin , on le roule en longues baguettes , qu’on tord plusieurs fois , et qu’on découpe ensuite» Sans l’addition d’une petite quantité d’acide acétique , ce sucre ne prend pas une belle couleur blanche.
On désigne les différens degrés de cuite du sucre par les termes suivans : i® la nappe , c’est le sirop cuit jusqu’à pellicule; 2® le petit lissé , lorsque entre le pouce et l’index il forme un filet qui ne se casse pas ; le ^rand lissé , s’il se casse ; 3® la plume , lorsijue , projeté avec l’écumoire, il se divise en l’air en filets déliés semblables à des barbes de plume ; 4° Ifi soufflé , lorsqu’on soufflant fortement au travers des trous de l’écumoire il se forme des bulles'; 5® le grand et le petit cassé , îorsqu’en plongeant le doigt mouillé dans le sirop bouillant et le reportant aussitôt dans l’eau froide, le sucre se solidifie ; il est au grand cassé, s’il se brise sous la dent , au petit J cassé , s’il ne fait que s’aplatir.
Pour la purification du vinaigre , voir l’article distillation et acide acétique. Pour V alcool, voir les alcoolats.
La purification du charbon , du soufre , des métaux, des oxydes, des acides et des sels fait suite à l’histoire de leurs propriétés chimiques. ( Voir la table. )
MANUEL