GRAISSES MÉDICAMENTEUSES, OU POMMADES
On donne le nom Aq pommade à la graisse rendue médicamenteuse par la solution ou le mélange de quelques substances actives. On y dissout les principes colorans aromatiques , résineux ou épfepastiques de certaines substances végétales ou animales , quelquefois aussi du phosphore; on y mêle des sels , des métaux , des oxides métalliques , du soufre ou de l’iode , etc. On peut donc les diviser en deux ordres ; celles qui résultent d’une solution , celles qui résultent d’un simple mélange.
Règles à observer pour ta préparation des pom-
j mades,
1° N’employer que des graisses très^récentes.
*2“ Lorsque les pommades se font avec des végétaux frais, les chauffer jusqu’à ce que toute l’humidité soit dissipée, les passer avec expression lorsqu’elles sont
MANUEL
froides^ les ratisser pour en séparer les fèces; les fondre de nouveau , et les couler ensuite.
, S'’ Les substances minérales doivent être dans un état de division extrême.
4'' Les dissolutions métalliques doivent être com-
5® Comme les pommades sont très-sujettes à rancir , il faut les renouveler souvent, et les conserver à l’abri do l’air dans des endroits frais.
‘ Pommades par solution.
Pommade rosat , vulgairement onguent rosat. On contuse les pétales frais de roses pâles , on les met dans un pot de grès vernissé; on y verse la graisse fondue. Au bout de 1 2 à i5 jours on fait liquéfier le mélange à très -doux feu , on le passe , et dans la même graisse on fait macérer de nouvelles roses pendant i5 jours encore. Alors on place le tout dans une bassine ; et l’on fait bouillir â petit feu jusqu’à ce que toute l’humidité soit dissipée. (Voyez graisse, page 9.) En retirant la bassine , on y jette un peu d’orcanelte pour colorer la pommade. Après 5 ou 6 minutes d’infusion , on la passe avec une légère expression. Lorsqu’elle s’est figée , on la ratisse pour séparer les fèces qui se sont déposées au fond du vase ; on la fond au bain-marie , et on la verse par décantation dans le pot destiné à la recevoir.
• Lorsqu’on chauftb trop la graisse , la cire ou les huiles avec la racine d’orcanette , la couleur est d’un rouge brun , au lieu d’être d’un rose léger.
Graisse préparée avec tes substances narcotiques ^ vulgairement onguent poputeum. Cette pommade, qu’on désigne sous le nom impropre onguent ^ se compose de graisse , de bourgeons de peuplier , de feuilles fraîches de morelle , de jusquiame , de belladone, de pavot noir. On a proposé düFérens procédés pour sa préparation.
Procédé du Codex. A la fin de mars ou au commencement d’avril on récolte les bourgeons de peuplier; on lei^met dans un pot avec la graisse fondue.
Dans le courant de juillet , on récolte les plantes vireuses ; on les monde , on les contuse ; et pour dissiper leur humidité on les fait bouillir avec la gra sse et les bourgeons. ^Lorsque la graisse est colorée , ^on la passe avec expression , on la laisse refroidir , on la ratisse pour en séparer les fèces ; on la fond de nouveau, et on l’enferme.
Ce procédé est très-défectueux. Le temps qui s’écoule depuis l’époque où les bourgeons sont mis en macération jusqu’à celle où l’on finit la pommade est suffisant pour faire rancir la graisse. Aussi M, Henry, dans son cours à la Pharrbacie centrale , apporte-t-il quelques modifications au procédé du Çodex. Il fait chauffer les bourgeons dans la graisse pour dissiper leur humidité ; verse le mélange dans un pot, et le recouvre d’une couche de graisse : plus tard il finit la pommade à la manière ordinaire. L’évaporation de l’eau de végétation des bourgeons et la graisse, qui les garantit du contact de l’air, empêchent la rancidité.
Procédé de M. Dumesnil. On prépare cette pom-
MANUEL
' inade en une seule fois , à l’époque où les piaules sont en pleine végétation, en substituant aux bourgeons frais les bourgeons secs , qui , par la dessiccation , ne perdent rien de leur principe odorant balsamique.
Ce procédé , bien préférable au premier , est le plus généralement suivi. Cependant il offre l’inconvénient de donner à la pommade un aspect grumelé , dû à ce que la gomme des bourgeons est dissoute par l’eau de végétation des plantes.
Procédé de M. Boullay, M. Boullay cbauiTe sur un feu très-doux un mélange à parties égales de bourgeons frais et de graisse jusqu’à parfaite évaporation de l’humidité. 11 passe ensuite à d^'^vers un linge cet onguent de peuplief* simple , qui est d’un beau jaune verdâtre , très-odorant , et très-conservable à cause de la dissipation de l’eau de végétation des bourgeons. Plus tard il • préparé avec le reste de la graisse la partie de l’onguent dans laquelle il fait entrer les plantes narcotiques. II unit par liquéfaction l’onguent de peuplier simple avec celui qui doit le rendre composé, et il obtient ainsi un populeum doué de toutes ses propriétés.
Nous regardons ce procédé comme le meilleur i“ parce qu’en séparant les bourgeons de la graisse on est plus certain de ne pas exposer celle-ci à rancir; 2® parce qu’en évitant de laisser les bourgeons en contact avec l’eau de végétation des plantes , on n’a pas une pommade grumelée (1) .
(i) Procédé de M. Briand. On réduit les plantes vireuses en pulpe ; on les met dans une bassine pour faire évaporer la majeure partie de
Pommades par înélange.
Pommade mercurielle , onguent iiapolitain double^ €ctte pommade , désignée quelquefois sons les noms
leur humidité ; on ajoute la graisse, et lorsqu’elle est bien colorée on y mêle les bourgeons desséchés. On maintient le mélange liquide pendant environ une demi-heure, on le passe ayec expression, et, pour donner au dépôt le temps de se former, on tient la pommade en fusion pendant 5 ou 6 heures. On la laisse refroidir , on la ratisse , el on la liquéfie de nouveau pour la couler dans un vase.
tle procédé a l’avantage, il est vrai, de donner une pommade privée de toutes matières étrangères; mais il offre l’inconvénient d’exposer la partie verte des plantes à se décomposer par l’action du feu qu’on emploie pour évaporer la majeure partie de leur humidité,
Proaédédc M. Germain. Prenez, fécules parfaitement égouttées de jusquiame, de pavot noir, de morelle, de belladone, de chaque,
1 2 livres ; graisse , 100 livres.
On mæt toutes ces substances sur le feu dans une bassine d’une capacité convenable pour qu’elle ne soit qu’aux deux tiers pleine. On agite continuellement jusqu’à ce que toute l’humidité soit évaporée. On ajoute alors les bourgeons de peuplier ( 17 livres environ ); on chauffe encore pendant une denli - heure sur un feu très-doux, et toujours en agitant. Alors on passe l’onguent à travers une toile dont on a coiffé un baril. Comme les matières insolubles de la fécule , ainsi que les bourgeons , sont bien sèches , tout passe rapidement sans qu’on ait besoin d’exprimer. On sépare ensuite le dépôt par le moyen ordinaire.
Ce procédé, qu’avait déjà indiqué M. Demachy , donne Une pom-
made d’une odeur très-suave , et dont la couleur est toujours la môme , quelle que soit la saison. Son exécution est en outre très-facile. Cependant il ne peut pas être admis, car, comme l’observe très-judicieusement M. Boullay, d’après l’analyse connue des plantes qui Composent le 'fjojmleum , il n’est pas constant que leui^ propriétés résident entièrement dans leur l'éciile , formée presque enlièrernent de chlorophylle et d’albumine.
^ onguent napolitain, à'onguent mercuriel double, est un sîmj)le mélange de mercure mélallique très-divisé et retenu en cet état par la graisse.
Pour la préparer, on triture la totalité du mercure avec une portion delà graisse jusqu’à ce que le mercure soit éteint : ce qu’on reconnaît lorsqu’on frottant un peu du mélange sur du papier gris on ne distingue plus à la loupe aucun globule métallique; alors on 'ajoute le reste de la graisse , et on opère un mélange parfait.
Pour abréger l’extinction du mercure , on a proposé dilférens moyens ; il n’en est que deux qu’on puisse employer avec avantage : le premier est dû à M. Dufiiho , le second à M. Dumesniî.
Procédé de M. Bufilho. On met le mercure dans une fiole à médecine à fond convexe et pointu, on la remplit à moitié d’eau pure , et on agite en tenant l’ouverture bouchée avec le pouce. Au bout de 4 minutes , deux onces de mercure se trouvent réduites en globules trèspetits par la seule interposition de l’eau ; on laisse quelque temps les globules se déposer au fond de la fiole , on décante l’eau , et on verse le mercure sur la graisse , à laquelle on a donné quelques coups de pilon pour la rendre plus apte au mélange. Au bout de 20 minutes de trituration, le mercure est éteint.
Procédé de M. Dumesniî. Ce procédé est préférable ' au premier en ce qu’il est un peu plus expéditif et qu’il permet d^opérer sur de plus grandes masses ; il donne , en effet, deux livres de pommade en i5 minutes.
On met dans un mortier 4 onces de graisse , 1 livre
de mercure et 1 once d’huile d’amandes douces. En agitant légèrement pendant un quart d’heure , tout le mercure disparaît; on mélange alors le reste delà graisse.
Il est impossible de se rendre compte de la manière dont agit l’huile d’amandes douces ; ce qu’il y a de certain , c’est que l’huile d’olives^n’olFre pas le même résultat. Si l’on craignait que l’addition de l’huile ne rendît la pommade trop molle , on pourrait remplacer une portion de la graisse par un poids égal de suif.
Dans la plupart des laboratoires , on se sert pour triturer le mercure et la graisse d’une bassine de fonte à large surface. L’extinction est plus prompte que lorsqu’on opère dans un mortier; où les molécules métalliques retombent au fond , et se réunissent en une masse, qu’il faut rediviser de nouveau. Cet inconvénient est surtout sensible lorsque le mortier est très-concave.
On a cru pendant long-temps que le mercure dans cette pommade était à l’état d’oxide; ce qui prouve qu’il n’y est que très-divisé , c’est que, si l’on fait fondre un peu de celte pommade dans l’eau chaude , le mercure , comme plus pesant, se précipite en globules , et la graisse se fige à la surface de l’eau. En frottant les globules ils se réunissent'en une seule masse. On peut encore , comme l’a fait M. Boullay , agiter à froid et à plusieurs reprises 10 grammes de pommade dans 60 grammes d’éther sulfurique : la graisse se dissout, et le mercure se précipite.
Pommade mercurielle au beurre de cacao. M. Planche a mis à profit la .propriété qu’a l’huile d’œufs d’é-
MANUEL
teindre tiè«-proinpiemenl le mercnre. Voici le procédé qu’il a pui)iié dans le Journal de pharmacie de i8i5-
mercure , beurre de cacao, aà 5 j ; huile d’œufs trèsrécente , gouttes XX. On met le mercure et l’huile d’œufs dans un petit mortier de marbre très-éva«éj on les triture pendant un quart d’heure. D’autre part on échauife un mortier de porcelaine et son pilon , on y met le beurre de cacao. Aussitôt qu’il est liquéfié , on ajoute le mercure divisé par l’huile d’œufs , et l’on triture pendant une demi-heure sans interruption , en entretenant le mortier assez chaud pour que le beurre conserve une certaine liquidité. Alors on laisse refroidir graduellement le mortier en continuant la trituration encore pendant un quart d’heure. S’il arrivait que quelques globules de mercure reparussent par suite du refroidissement de la masse, on nettoierait le pilon , on le chaufferait de nouveau, mais seulement de manière à ramollir le beurre sans le liquéfier. Après quelques minutes d’agitation le mercure disparaîtrait tout-à-fait.
Cette pommade ainsi préparée a une odeur trèsagréable; elle a plus de oonsistance que l’onguenl mercuriel, cependant elle s’étend sur la peau avec la plus grande facilité.
Pommade cltrine. Ce n’est qu’au moment de sa préparation que cette pommade justifie le nom qu’elle porte , car avec le temps sa couleur , de citrine qu’elle était d’abord , finit par devenir blanche.
La préparation de celte pommade offre deux époques; la première est la dissolution du mercure dans
DU PHARMACIÉN. 34 I
racide nitrique ; la seconde est le mélange de la dissolu lion à la graisse.
A. On introduit le mercure dans un matras , on y verse Tacide nitrique à 52“, et l’on facilite la réaction des deux corps par une douca’ chaleur. L’acide se partage en deux parties ; la première se décompose en oxi'gèneetendeutoxide d’azote. L’oxigènesecombine avec le métal pour le transformer en oxide, et le deutoxide d’azote , qui est un gaz naturellement incolore , en se répandant dans l’air en absorbe l’oxigène , et passe à l’état de gaz nitreux, reconnaissable à d’épaisses vapeurs rutilantes. La seconde partie de l’acide se combine avec l’oxide mercuriel, et forme un nitrate , qui reste en dissolution. La couleur verte que la liqueur acquiert est due à l’absorption d’une partie du deutoxide d’azote qui la traverse. Aussi , lorsque ce gaz s’est dissipé , elle redevient incolore.
B. La dissolution achevée , on la laisse refroidir. Pendant ce temps, on liquéfie la graisse dans une terrine de grès. Lorsqu’elle est liquide , on la retire du feu , on l’agite avec un pilon de bois. Lorsqu’elle commence à se troubler , on y verse lentement la dissolution en agitant toujours. Il est important de ne pas verser la dissolution dans la graisse trop chaude , car une partie du nitrate mercuriel se décomposerait , et la pommade offrirait une couleur jaune rougeâtre , qu’elle ne doit point avoir. Lorsqu’elle commence h prendre de la consistance , on la coule dans des capsules de papier , et on la divise ensuite en tablettes h l’aide d’une règle et d’un
342 MANUEL
couteau de bois , car un couteau de fer noircirait les surfaces contre lesquelles il frotterait.
Au moment où l’on mêle la dissolution mercurielle à la graisse , celle-ci est oxlgénée par une portion de l’acide nitrique ? il y a dégagement d’azote et d’acide carbonique. Le mot oxigé?iée ne veut pas dire quel’oxigène de l’acide s’est combiné avec la graisse; il signifie qu@ ja ^ graisse contient plus d’oxigène qu’aiiparavant , parces^ qu’une partie de son hydrogène et de son carbone sont convertis par l’oxigène de l’acide nitrique en eau et en acide carbonique. On a cherché à connaître la constitution chimique de cette pommade. Il est difficile de la déterminer d’une manière bien rigoureuse. Il est certain que la graisse et le sel mercuriel y sont en partie décomposés ; mais leur altération varie selon la quantité d’acide employée, son degré déconcentration, et plus encore selon le degré d’ancienneté de la pommade qu’on examine. La pommade récente est un composé de graisse oxigénée , de sous-nitrate et de mercure trèsdivisé. A mesure qu’elle vieillit, il paraît que le nitrate se détruit entièrement, et qu’il est remplacé par l’acétate. C’est h ce nouveau sel qu’on attribue la blancheur que cette pommade acquiert , surtout dans les surfaces exposées au contact de l’air.
La pommade oxigénée peut, par ses caractères physiques, se confondre avec la pommade de citrine. On les distingue en les frottant sur une plaque de cuivre , qui blanchit avec la dernière.
O LÉO-RÉSINEUX, Vulgairement onguens,