‹ Manuel du pharmacienChapitre 74 sur 266 · CHLORE · texte numérisé non relu

CHLORE

Le chlore est un corps combustible simple qui fut découvert par Schéele en 1771 , et nommé acide muriatique dép h logistique. En 1 y85 , Berthollet , croyant ce corps composé d’oXigène et d’acide muriatique , l’appela acide muriatique oxigéné. Rirwan , pour abréger cette dénomination, le nomma acide oximuriatiq ue. En iSog,^ MM. Gay-Lussac et Thénard démontrèrent par leurs exp 'riences que ce corps , qu’on croyait composé d’acide muriatique et d’oxigène , pourrait être , d’après certaines considérations , regardé comme ne contenant pas de ce dernier. La publicité de ces travaux conduisit M. H. Davi à faire des recherches sur la nature de cette substance , et à reconnaître que l’acide muriatique oxigéné de Schéele était un corps simple , indécomposable , auquel il donna le nom de chlore à cause de sa couleur jaune. Ce corps s'emploie en médecine et dans quelques arts. Pour en faire usage* on le prépare de la manière suivante.

On mêle et introduit dans un malras 5oo parties de sel marin décrépité, réduit en poudre fine, et i25 parties d oxide noir de manganèse d’Allemagne (1) parfaitement

(1) L’oxide de manganèse de Bourgogne peut être employé; mais

MANUEL

pulvérisé. On ajoute ensuite au mélange 2 5o grammes d’eau ; on remue le matras en tout sens , afin que l’eau se répande également dans toute la masse. On met ce viase (qui doit être quatre fois plus grand que ne l’exige le volume du mélange) dans un bain de sable placé sur un fourneau ,* on adapte , au moyen d’un bouchon percé de deux trous, deux tubes, dont l’un, courbé en S, est destiné à verser l’acide sulfurique ; l’autre est un tube de sûreté , courbé en angle droit , qui va communiquer à un premier flacon où l’on a placé une petite quantité d’eau destinée au lavage du chlore. De ce flacon part un autre tube de sûreté , également courbé , qui va plonger dans un flacon destiné à conduire le gaz qui a été lavé dans le premier flacon. Enfin un troisième et un quatrième flacons peuvent être joints à l’appareil par des tubes et servir à condenser les vapeurs qui ne se seraient pas dissoutes dans l’eau du deuxième flacon. Le quatrième contient ordinairement de la chaux et de la potasse , pour éviter que le gaz non condensé ne se dégage dans l’atmosphère et ne puisse nuire au préparateur. L’appareil ainsi disposé, on lute exactement toutes les jointures avec un lut composé d’un mélange de colle de pâte et de farine de graine de lin , et l’on a soin de l’étendre peu à peu de manière à ce que toutes les parties se touchent immédiatement et ne laissent point de fissure entre elles. On recouvre le lut de bandes de toile enduites de blancs d’œufs et saupoudrées de chaux. On laisse sécher les luts , et on introduit,

on doit augmenter la proportion selon son degré de pureté , qui varie dans la plupart des manganèses du commerce qui viennent de ce pays.

.t)U TH ARM A CIE N.

par le tube en S , 5oo parties d’acide sulfurique h 66®; on laisse réagir d’abord , ^nîs on chauffe peu à peu , et on continue l’opération jusqu’à ce que le dégagement de gaz soit terminé. Les proportions que nous avons indiquées peuvent saturer plus de i8 litres (Teau; c’est à l’opérateur à les régler d’après la quantité de chlore qu’il doit préparer. On laisse refroidir l’appareil , on le démonte , et on conserve le chlore obtenu dans des flacons bouchés à i’émeri , et abrités du contact de la lurrffère^, soit en les entourant de papier noirci , soit en les plaçant dans des endroits obscurs.

On peut obtenir le chlore au moyen d’un autre acide. L’a^ppl«:eil peut être le même , et demande les mêmes préca^itions. Au lieu d’acide sulfurique on emploie l’acide muriatique du commerce et l’oxide de manganèse dans les proportions de 220 parties d’acide sur 100 d’oxide de manganèse.

100 parties d’eau dissolvent 200 parties de chlore: cette solution porte 24®*

Ce corps , soit seul , soit uni aux alcalis , peut servir au blanchiment des matières végétales. Fabroni, ensuite M. Baget , ont donné des procédés pour l’employer au blanchiment des estampes. {Journal de pharmacie.)

Le chlore sert à conserver les matières animales qui y sont plongées et à désinfecter les lieux rendus malsains psfr des miasmes putrides. C’est à M. Guyton de ^ Morveau qu’est due cette belle application de la chimie à la désinfection de l’air. Cette découverte est devenue plus intéressante par l’heureuse idée qu’eut M. Laba-^ raque , pharmacien de Paris , d’unir ce corps à l’oxide

de sodium, et de l’employer pourla désinfection des matières en putréfaction. Cette combinaison n’ayant pas les inconvéuiens , comme le^^lore , de déterminer l’irritation des membranes muqueuses, d’asphyxier les animaux, de rouiller les métaux, tout en produisant des effets aussi grands, lui est de beaucoup préférable (i).

Le chlore est employé pour reconnaître la valeur de l’indigo du commerce et apprécier ses propriétés colorantes. Le moyen le plus simple est d’examiner comparativement combien il faut de dissolution de chlorées a uît'ée pour décolorer 1 gramme d’indigo pur, d’en faire le point de départ, puis d’examiner comparativement les divers indigos du commerce, et d’établir par le calcul torévaleur réelle. Ainsi l’indigo qui dans les mêmesicirç^^K stances exigera loo parties de chlore pourla décoloration de sasolulion faite à i gramme dans 4 d’acide sulfurique, aura une valeur double de celui qui n’exigerait que 5o parties de celte substance. On peuKde même par l’indigo pur en solution connaître la concentration do chlore.

Le chlore a été employé intérieurement dans des cas de dysenterie chronique ; mais on a peu tiré de conclusions de ses effets. On le donne extérieurement en lotions pour la guérison de la gale. Son administration dans l’inlérieur demande quelques précautions de la part du médecin. Le chlore est employé comme secours (îàns les cas d’asphyxie par l’hydrogène sulfuré ; mais il faut le faire respirer avec beaucoup de ménagement.

(i) Le sous-chlorure de chaux est maintenant employé de la même Koamere, et avec succès.

Théorie de la formation du chlore^

€ette théorie 5 quia élé le sujet de plusieurs discussionsj, peut s’eutenJre de la manière suivante ( si Ton emploie la première formule que nous avons indiquée , c’e.‘^l-à"dire l’oxide ^e manganèse , le sel marin et l’acide sulfurique]. Une partie de l’eau est décomposée, son oxigène se porte sur le sodium , amène ce métal à l’état de protoxide, qui s’unit à l’acide sulfurique. L’acide hydrochlorique libre réagit sur le peroxide de manganèse, perd son hydrogène, qui, en s’unissant à l’oxîgène, forme de l’eau ; le peroxide de manganèse , devenu protoxide , s’unit à l’acide sulfurique ; le chlore mis à nu se dégage. 11 résulte de celte opération deux protosulfates , de l’eau et du chlore.

Si l’on emploie la seconde formule , la théorie devient plus simple. L’acide hydrochlorique se divise en deux parties , l’une , en ramenant l’oxide de manganèse à l’état de protoxide , forme de l’eau , et passe à l’état de chlore , qui se dégage ; l’autre s’unit au manganèse desoxidé et forme un hydrochlorate. Il y a donc formation d’eau , d’un hydrochlorate de protoxide , et dégagement de chlore.

Page 1