TAHTRATE DE POTASSE ET DE SOUDE
Selpolychresle soluble. Sel de Seignette, Deulo-tartrate de polassiiim et de sodium.
Ce sel, découvert par uu, pharmacien de la Rochelle, nommé Seijjûette, fut recommandé par ce praticien dans un écrit qu'il publia en i6'y2. Lémery l'ayant mis en usage et lui ayant donné de la vogue, Seignetle en relira de très grands profits, en tenant la formule secrète. En lySi, Boulduc et Geoffroy en reconnurent la composition : ils la publièrent.
On prépare ce sel en faisant dissoudre dans de l'eau distillée (ou dans de l'eau de pluie, quand on peut s'en procurer), une ciuantité voulue de sous-carbonate de soude cristallisé. Lorsque la solution est faite, ou porte à l'ébullition, et l'on ajoute peu à peu dans le liquide du sur-tartrate de potasse jusqu'à ce que la saturation de la solution alcaline soit complète, ce qu'oti reconnaît à ce que cette solution ne rougit plus le papier de tournesol , ni ne rara.ène au bleu le papier de tournesol rougi par un acide. On ajoute alors une petite quantité d'alcali ; cet excès d'alcali est nécessaire, il favorise la cristallisation du sel. On filtre la liqueur; lorsqu'elle est filtrée, on la remet sur le feu et l'on fait évaporer jusqu'à ce qu'elle marque 36° à l'aréomètre. On laisse déposer, on tire à clair dans des terrines et on laisse en repos ; le sel de Seignette se dépose sur les parois des terrines. Lorsque la cristallisation est terminée, ce qui a lieu au bout de quelques jours , on décante les eauxmères , on met à égoutter le sel cristallisé. Lorsque les cristaux sont égouttés, on les détache de la terrine, on les lave avec un peu d'eau, on les laisse égoutter de nouveau, et lorsqu'ils sont bien secs , on les enferme dans des boîtes de bois garnies de papier à l'intérieur. On réunit ensuite les eaux-mères, en ayant soin , si elles sont colotées, d'ajouter un peu de charbon animal el de faire jeter quelques houillojis. Ou filtre et
UU PHARMACIEN. jâÇy
l'on fait évaporer jusqu'à ce qu'on soit arrivé au degré nécessaire. On porte de nouveau la liqueur à cristalliser et Ton répète cette opération jusqu'à ce que les eaux -mères soient épuisées. Dans cette opération, l'excès d'acide du sur-tartrate de potasse s'unit à l'oxide de sodium du sous-carbonate de SQudç, en en dégageant l'acide carbonique et en donnant naissauce à un tartrate de soude qui s'unit au tartrate de potasse pour former un sel triple. M^icquer, MM. Vauquelin, Figuier, Henry , se sont occupés de ce sel. Le premier de ces cbjmi^tes obtint des eaux-mères du sel de Seigpette un sel en aiguilles fines, qui était un combiné de soude, de potasse et d'acide tartrique, dont la cristallisation avait ^té .modifiée par des substances étrangères à ce sel. Vauquelin détermina les proportions dans lesquelles les tai'trates de potasse et 4e. .soudc sont unis ensemble; ,ces pvoportioas .sopt : tartr^ate de pgtasse, 54; tartrate de soude, 4^. Ce tartrate cristallise en prismes .à 8 ou lo pans inégaux , dont les extrémités sont tronquées à angles droits. Les pans sont divisés en deux dans la direction de leur axe, et la base sur laquelle ils reposent est marquée de deux lignes diagonales qui se croisent de manière à la di- .viser en quatre triangles. Ce sel est susceptible de prendre clés formes bien régulières lorsqu'il cristallise au milieu d'un liquide et suspendu sur des fils qu'on a, placés dans la liquçiir, et qui ont reçu les premiers rudimens des cristaupc. Sa saveur €st légèrement amère ; il est soluble dans l'eau, froide, plus soluble dans l'eau chaude. Exposé à l'état solide à l'action de l'air , il n'éprouve pas d'altération ; soumis à l'action du feu , il se décompose comme tous les sels végétaux , et il laisse pour résidu un mélange de sous-carbonate de potasse et 4e souscarbonate de soude.
Le sel de Seignette est usité en Médecine comme purgatif. Sa saveur , moins désagréable que celle des sulfates de soude et de magnésie , le fait employer de préférence à ces derniers.
86S MANITEL
TAKTHATE DE POTASSE E/T .1>'aNTIMOINE.
Tarirate de potasse anlimonié, Émétiquey Tartre stibié. Tartre émé tique, Deulo-lartraie de potasse et d'antimoine.
Ce seV est le résultat de la combinaison de l'acide tartrique avec la potasse et l'oxide d'antimoine.
Sa découverte date du seizième siècle , et c'est à Adrien Mynsicbt qu'on en est redevable ; il le fit connaître en i63i , dans le traite' qu*il publia sous le nom de Thésaurus chimicomedicus (i).
La plupart des chimistes , et particulièrement Bergman, s'occupèrent de sa pre'paration. Ce savant de'crivit ses propriéte'S de telle manière , que la description qu'il en a donnée est encore celle qu'on pounait en faire aujourd'hui.
Un grand nombre de procédés ont été mis en usage pour la préparation de l'éniétique. Tous ces procédés, qui ont été rapportés par Bergman , étaient 'basés sur la saturation de l'excès d'acide du tartrate acidulé de potasse par l'oxide d'antimoine, provenant des oxides, ou des préparations d'antimoine connues sous les noms de crocus, d'oxide sulfureux vitreux, etc. Les divers modes de préparation , suivant Geoffroy, donnaient lieu à des combinés dift'érens. Ce chimiste publia que l'émétique que l'on: obtenait par ces procédés diveis n'était pas identique , et qu'il contenait depuis un dix-huitième jusqu'à un vingt-cinquième d'oxide d'antimoine.
Plusieurs procédés sont encore mis en usag^pour obtenir ce tartrate ; ceux que nous allons décrire sont ceux qui sont suivis actuellement.
Procédé du Codex. Pour obtenir i'émétique par le procédé décrit dans le nouveau Codex, on prend 16 parties d'oxide
fi) Quelques. ;.uicuii ont écrit tjue Mynsicl)l uvail liiece proccdé du Traiie du ConnACUiniis, ayant pour litie Methodus in pult^erem , 1620. On pcuc tepertdaul regarder cette iisserliou connue bnsaidie. puisqu'elle ne porte que
sur des proLuLililés.
nu PHARMACIEN. 869
d'antimoine sulfuré vitreux porphyrisë ( verre d'antimoine ) , 24 parties de crème de tartre réduite en poudre, et 240 parties d'eau de pluie, ou mieux d'eau distillée. On met d'abord les deux poudres dans une bassine de terre ou d'argent (i), et l'on y ajoute une petite quantité d'eau. On mêle avec une spatule de bois , et quand le mélange est à l'état de pâte bien homogène, on ajoute peu à peu, en remuant, le reste de l'eau. On place ensuite la bassine contenant le tout sur un fourneau ; on fait bouillir pendant trois quarts d'heure environ, en remuant et en ajoutant de temps en temps de l'eau bouillante pour remplacer celle qui s'évapore. Lorsque l'ébullition est terminée, on laisse refroidir la liqueur, et lorsqu'elle est encore à une température de So" à 35°, on filtre. On lave le filtre à l'eau tiède, on réunit toutes les liqueurs, et on les fait évaporer jusqu'à ce qu'elles marquent 20" ; alors on les laisse en repos. Ces liqueurs , par refroidissement , laissent déposer des ci'istaux d'émétique, qui sont souvent recouverts d'autres petits cristaux formés d'aiguilles partant d'un centre. Ces cristaux, qui sont du tartrate de chaux , peuvent être séparés de l'émétique cristallisé en octaèdres, au moyen d'une brosse qui , passée sur les cristaux d'émétique , détache les aiguilles sans altérer les cristaux octaédriques.
Ce sel, privé de tartrate de chaux, doit être redissous dans de l'eau distillée, et amené , par l'évaporation , à l'état de cristaux. Si ceux-ci n'étaient pas entièrement blancs et purs, on devrait les faire dissoudre de nouveau , et faire cristalliser une troisième fois.
On retire des eaux-mères une nouvelle quantité d'émétique qu'on purifie par le même moyen (2).
(i) Si l'on emploie une bassine d'argent , le mctal de ce vase est en partie noirci. Ce changement de couleur est dû à l'altération du métal et à la formation d'une couche de sulfure d'argent.
i,2) Il faut avoir soin de n'employer l'ctnëliquc obtenu des eanx-mères que lorsqu'il est parfaitement cristallise. A cet état, il est prive de l'arsenic qiii^ existe dans ces eaux. Cet arsenic provient des préparations antiraonialcs quj. ■servent h préparer l'c'me'tiqne. * .
^O MAWTIEL
Pendant la formation de l'émétique, on remarque plusieurs pihénômènes : i*. un de'gagement d'acide hydro-sulfurique en petite quantité'; 2°. la formation de quelques flocons bruns— rtiarrons (kermès) , qui restent en suspension dans la liqueur; 3", la liqueur , qui est colorée en jaune-verdàtre , prend souvent , par l'e'vaporation , un aspect ge'latineux. Ces phénomènes ont été expliqués de la manière suivante. Le verre d'antimoine, qui est un mélange de sulfure et de protoxide d'antimoine, se trouvant en contact avec de l'eau et de la crème de tartre , l*ëau en partie est décomposée ; son oxigène se porte sur le mé'tal du sulfure , le fait passer à l'état de protoxide, tandis que l'hydrogène réagit sur le soufre et donne lieu à de l'acide Kydro-sulFurique. Cet acide, ainsi formé, se divise en deujt parties : l'une s'unit à un peu d'oxide d'antimoine pour former du kermès ; l'autre se dégage. Le protoxide d'antimoine qui était contenu dans le verre , et une partie de l'oxide qui s'est formé , s'unissent à l'excès de la crème de tartre et donnent naissance à de l'émétique, qui reste en dissolution. Ce sel est mêlé à un peu de tartrate de fer qui colore la liqueur en jaune ; à de la silice qui , dissoute d'abord , redevient libre par l'évaporation d'une partie du liquide, et qui prend l'aspect gélatineux ; à du tartrate de chaux , qui a été séparé de la crème de tartre (qui en contient toujours) par le protoxide d'antimoine. Ce tartrate de chaux étant soluble dans l'eau chaude et insoluble dans l'eau froide, il se précipite en cristaux aiguillés qui s'implantent sur les cristaux d'émétique. Lés eaux -mères contiennent, en outre, un peu d'arsenic. (SéruUas.)
■ Ce procédé est encore employé, avec quelques modifications dans les quantités de substances. Ainsi, on prend parties égales de crème de tartre et de verre d'antimoine, au lieu d'employer 16 parties de verre d'antimoine sur 24 "^"^ crème de tartre ; on agit ensuite comme nous l'avons dit précédemment (i).
(l) La théorie que nous venons de rapporter a ctc refîanle'e jusqii'.i présent comme positive , mais elle vient d'être conibaline par M. Sonbeiran , dans
DU PHARMACIEN. 87 t
Précédé rapporté dans la Pharmacopée d Edimbourg. Ce procédé est celui de M. Philips, que M. Henry a d'abord fait connaître ; il a été répété sous ses yeux par un des élèves de la Pharmacie centrale (M. Piiay) , qui l'a consigoé dans le Journal de Pharmacie. Il consiste à traiter le soussulfate d'antimoine (i) par le sur-tartrate de potasse, de la manière suivante. On prend une partie de sous-sulfate d'antimouie et une partie de crème de tartre réduite en poudre ; on pi-ojette par portions ces deux substances dans 10 parties d'eau, distillée bouillante. On entretient le liquide à l'état d'cbuUition jusqu'à ce qu'il ne soit plus que légèrement troublé par un dépôt grisâtre insoluble (2); on filtre, et l'on fait rapprocher la liqueur jusqu'à ce qu'elle porte 22°. Arrivée à ce point, on retire du feu et l'on porte à cristalliser ; on laisse former les cristaux, ce qui demande au moins douze heures ; lorsqu ils sont formés , on décante l'eau-mère et l'on sépare les cristaux, qui sont ordinairement blancs.
On fait évaporer l'eau-mère et on la porte au même (iegré de 22. On remarque que, pendant et surtout vers la fin de l'opération , la liqueur devient trouble : ce phénomène résulte de la précipitation d'une certaine quantité de sulfate de chaux. On filtre la liqueur encore chauile, et on l'abandonne ensuite, pour en obtenir de nouveau des cristaux.
(les obseivaiious sur la pii'paration fie rc'metiqiie. [Journal de Pharmacie , octobre 182.^. ) Il résulte dt-s expériences de ce chimiste que toute la iheorie (le l'opération se réduit h In snturation de l'excès d'acide tartrique du surtartrate de potasse, par l'oxide contenu dans le verre d'antimoine., et que la formation de l'hy Iro^ène sulfuré et celle du kermès ne sont que le résultat du li|. décomposition d'une petite quantité de sulfure d'antimoine.
(1) Le sous-sulfate d'antimoine se prépare en faisant réaj^ir sur 5 parties d'antimoine métal 7 parties et demie d'acide sulfurique h 66°. On nicle ces deux substances, on les met sur le feu dans uni; terrine , et l'on chaufFc , eu agitant avcc une spatule de bois jusqu'.*! ce qu'; le mélange ait pris une couleur blanche-grisâtre. On lave aloisle produit avec de l'eau, pour lui enlever l'excès d'ucid'î. On fait sécîicr le produit lavé , on le conserve pour l'usatîc.
[1) Ce dépôt est formé d'antimoine métallique et d'un excès de sous sulfate d'antimoine.
On reprend l'eau-mère, qui est acide , et on la sature en par-tie par de la chaux, en ayant soin de laisser cependant dans la liqueur un excès d'acide (i). On décante le précipite' qui se forme, on fait évaporer, on filtre et l'on fait cristalliser de nouveau. On réunit les cristaux , on les lave à l'eau froide et ou les fait sécher.
Si les cristaux obtenus par cette opération n'étaient pas blancs , il faudrait les faire dissoudre dans de l'eau pure , filtrer et faire évaporer la solution pour obtenir une nouvelle cristallisation.
M. Pitay a expliqué ainsi qu'il suit la théorie de cette opération. « L'acide sulfurique ayant peu d'affinité pour le soussulfate d'antimoine, ce sel, lorsqu'il est en contact avec la crème de tartre, est entièrement décomposé. Son oxide s'unit avec l'excès d'acide de sur-tartrate de potasse, tandis que l'acide sulfurique reste en solution dans la liqueur. »
M. Soubeiran , qui a depuis examiné ce qui se passe dans l'opération dont nous venons de parler , a démontré que cette théorie n'est pas exacte, et il s'appuie sur ce qu'il a reconnu que la liqueur qui résulte de l'ébullition de l'eau dans laquelle on a mis de la crème de tartre et du sous-sulfate d'antimoine contient non-seulement de l'émétique et de l'acide sulfurique, comme l'avait dit M. Pitay, mais encore de l'acide tartrique et du sulfate de potasse (2). Il explique les faits de la manière suivante.
« En raison de la masse, l'acide sulfurique enlève une par- )> tie de potasse à la crème de tartre ; mais l'acidité de l'acide M tartrique éliminé n'est pas détruite; il s'oppose par sa pré- » sence à l'action de l'acide sulfurique , et l'équilibre s'établit » quand la tendance de l'acide sulfurique à s'emparer de la
(i) Sans la précaution de laisser un excès d'acide dans la liqueur, on obtiendrait des cristaux impurs et recouverts do sulfate âc chaux.
(2) M. Se'nillas ayant démontre que presque tons les antimoines du commerce contiennent de l'arsenic , ce métal, morlific, doit exister ilins les cauxmcres ou dans le rc'sidu qui est resté sur le filtre.
>> potasse est contre-balancée par celle de l'acide tartarique à » la reteniç. Dans cette manière de voir, qui me paraît être » l'expression de la vérité, la liqueur contiendrait de l'ëmé— » tique, du sulfate de potasse, de l'acide sulfurique et de » l'acide tartrique libres. » Les observations de M. Soubeiran étant d'une étendue qui ne nous a pas permis de les consifïner ici , nous renvoyons nos lecteurs au n" d'octobre 1824, du Journal de Pharmacie , où elles sont insérées.
Dans un travail publié par M. Henry, chef de la Pharmacie centrale, dans les t. I et II an Journal de Chimie médicale, ce savant pharmacien s'est occupé d'examiner la valeur des divers modes d'obtenir t'émétique par les procédés de M. Philips, du Codex, des Pharmacopées d" Edimbourg , de Dublin; de Londres. De ces expériences il a conclu, i". que le moyen donné par M. Philips présente, au premier aperçu , de l'avantage ; mais qu'on éprouve l'inconvénient de ne jamais savoir sur quelle quantité de sulfate on agit; en effet, ce sel, prépréparé suivant la formule publiée par l'auteur, renferme plus ou moins de métal , et de plus le produit a paru contenir du bi-tartrale de potasse en assez grande quantité ; 2°. que le procédé du Codex de Paris exige une manipulation longue pour fournir l'émétique pur et en cristaux ; et quoique les dépenses paraissent peu considérables, cependant, quand on met en compte le temps et la manipulation , on reconnaît qu'il n'y a pas d'avantage à l'employer ; 3°. que les deux procédés de la Pharmacopée d' Edimbourg ne peuvent soutenir la concurrence. L'auteur donne tout l'avantage au procédé de la Pharm.acopée de Dublin , qui consiste à préparer l'émétique avec laS gram. (4 onces) de sous-chlorure d'antimoine: 187 gram. ( 4 onces 2 gros 1 8 grains ) de crème de tartre ; eau , i5oo gram. (3liv.). Ce procédé ayant été modifié, nous n'indiquerons pas le mode d'agir , mais bien le procédé de Dublin , modifié par M. Henry.
Procédé de Dublin modifié. On prend : sulfure d'antimoine, 1260 gram. (2 livres 8 onces); acide hydro-chlorique à 22°, 6900 gram. (i3 livres 12 onces 4 g^os); acide nitrique , 80
gram. (2 onces 4 gros). Ou introduit le sulfure réduit en poudre très fine dans un iiiatras de verre d'une capacité du double au moins du volume du mélange; on verse dessus environ i ou ?. kilog. (2 ou 4 livres) du mélange fait avec les acides hydro-chlorique et nitrique, jusqu'à ce que le sulfure soit imbibé de ce liquide; on ajoute alors le reste de l'acide mixte ; on dépose le matras sur un bain de sable , et l'on porte à l'ébullition à l'aide d'un feu modéré , qui donne Heu à un grand dégagement de vapeurs gazeuses, à l'-action desquelles on ne doit pas s'exposer; on continue de cbauffer jusqu'à ce que les gaz qui se dégagent soient assez privés d'hydrogène sulfuré pour ne pas noircir le papier blanc trempé dans l'acétate de plomb liquide. On laisse refroidir et reposer la liqueur jusqu'à ce qu'elle soit transparente; on la décante, et pour entraîner celle qui reste et qui mouille le résidu , on lave celui-ci avec un peu d'acide hydro-chlorique ; on laisse déposer ; ou décante de nouveau , et l'on réunit l'acide qiii a servi au lavage, au premier liquide obtenu par décantation. Ces deux liquides réunis sont destinés à fournir de la poudre d'Alga— l'oth, qu'on obtient de la manière suivante :
On verse le liquide acide dans une grande quantité d'eau ; on agite à mesure que l'on fait le mélange, afin que la poudre qui seTeproduit soit très divisée , et qu'on puisse la laver plus exactement. On reconnaît que la masse d'eau employée est assez considérable quand, après avoir décomposé l'hydro— chlorate d'antimoine liquide par l'eau, le liquide surnageant né se trouble plus lorsqu'on le verse dans une nouvelle quantité de ce liquide. S'il précipitait encore , il faudrait le mêler , avec une nouv^elle quantité d'eau, afin d'obtenir la plus grande quantité possible de poudre d'Algaroth. Toute la poudre étant précipitée, on la lave à plusieurs reprises, et jus([u'à ce que l'eau qui en sort ne soit plus acide et ne rougisse paa le papier bleu de violettes ou de tournesol. On réunit le précipité sur une toile pour le laisser égoutter pendant 24 heures, afin de le débarrasser d'une portion d'eau , et l'on estime ensuite celle ([u'il contient encore en en desséchant une petite
DU PHARMACIEN. SrjS
portion, 20 gram. (5 gros), par exemple , à une douce chaleur et dans une capsule de porcelaine, pesant ensuite la poudre qu'on obtient pour résidu ; c'est avec cette poudre qu'on prépare l'émétique.
On prend, 1°. 100 gram. (3 onces i gros) de poudre antimoniale sèche , ou une plus grande quantité de niasse humide, 120, par exemple, si 100 parties de poudre contenaient 20 parties d'eau; 2". i45 grain. (4 onces 5 gros) de crème de tartre ; 3°. quantité suffisante d'eau , i kilogramme (2 livres). On fait bouillir l'eau dans une marmite de fonte ; on mêle exactement la poudre d'Algaroth avec la crème de tartre pulvérisée-, quand le mélange est fait, on jette dans l'eau bouillante, et l'on fait évaporer rapidement jusqu'à ce que le liquide marque 25" au pèse-sel ( Baume) ; lorsqu'elle est arrivée à ce degré, on filtre la liqueur, et lorsqu'elle est filtrée, on la porte dans un lieu tranquille ; on la laisse cristalliser. Bientôt l'émétique commence à se déposer , et du jour au lendemain la cristallisation est complète. On décante les eaux-mères, et l'on fait sécher l'émétique pour le conserver ; car il n'a nul besoin d'être purifié, ni de subir de nouvelles cristallisations. On traite ensuite les eaux-mères de la manière suivante : on sature l'excès d'acide par de la craie , on filtre, on réunit les eaux filtrées à celles qui proviennent du lavage du papier qui a servi à la première filtration , et l'on concentre le tout à 25°. On obtient ainsi une nouvelle quantité d'ëmétique; on fait évaporer une seconde fois les eauxmères , qui fournissent encore une nouvelle quantité d'ëmétique. Ces deux derniers produits, qui sont colorés par un peu de fer, doivent être mis de côté pour être purifiés. Arrivé à ce point, il serait inutile de chercher à obtenir une nouvelle quantité d'émétique , les cristaux qu'on obtiendrait seraient un mélange d'émétique avec des sels étrangers. Les détails donnés par M. Henry ne pouvant faire partie de ce Manuel, à cause de leur étendue, nous renverrons nos lecteurs au Mémoire publié par ce chimiste dans le Journal de Chimie médicale, t. II , p. 8 et suivantes.
L'émétique est un solide blanc , plus solublc dans l'eau, chaude que dans l'eau froide (i); il cristallise en octaèdres transparens , et quelquefois en tétraèdres. Il est acide , rougit la teinture de tournesol , a une saveur nauséabonde particulière. Exposé au contact de l'air, il s'effleurit; exposé à l'action de la chaleur, il se décompose: l'acide tartrique est entièrement détruit. On a pour résidu de la potasse et de l'oxide d'antimoine.
Donné à l'intérieur, il détermine des vomissemens ; à haute dose, dans divers cas, il cause l'empoisonnement. Les secours à donner consistent à favoriser le vomissement que ce sel excite , à administrer ensuite des solutions astringentes faites avec l'écorce de chêne, la noix de galle, le quinquina,, le thé, l'écorce de saule , etc. , etc.
Les réactifs qui font connaître ee sel sont :
1°. L'hydrogène sulfuré , qui, dans les dissolutions d'émétique , détermine un précipité brun-rougeâtre, et qui est un sulfure divisé (kermès).
9.°. Les hydro-sulfates , qui produisent un précipité de même nature.
3". L'infusion de noix de galle , qui donne un précipité floconneux grisâtre. Ce précipité, séché et traité au chalumeau, est ramené à l'état de métal , en donnant premièrement les produits qui résultent de la décomposition des matières végétales.
4°. L'émétique, en dissolution dans l'eau , est précipité en blanc par l'hydro-cyanate ferrure de potasse.
D'après les expériences de M. Henry, l'émétique pur ne précipite pas, 1°. par l'hydro-chlorate de baryte; ?.''. par l'oxalate neutre d'ammoniaque ; 3°. parle nitrate acide d'argent;. 4°. par l'acétate acide de plomb.
D'après Thompson , ce sel est un combiné de 4^,53 d'acide
(i) L'eau bouillaiiK- c» ilivsom la mniiic «le son jioids , l'eau froide envimi nn quinzième.
tartiique, de 36, 8 1 d'oxide d'antimoine, et de 16,66 de potasse.
tartrate de potasse et de fer liquide.
Teinture de Mars lartarisée, Tartre martial soluble , Tartrate de potassium et de fer.
Pour obtenir ce sel, on prend deux onces de limaille de fer bien nette et cinq onces de sur-tartrate de potasse. On met ces deux substances dans une chaudière de fer, on y ajoute de l'eau distillée en quantité' ne'cessaire pour former une pâte molle , qu'on a soin de remuer de temps en temps en y ajoutant une petite quantité d'eau , pour que la masse ne prenne pas une consistance solide. Pendant ce temps, une partie de l'eau est décomposée avec dégagement d'hydrogène ; une autre partie est absorbée par le mélange. Après vingt-quatre heures, on ajoute sept onces d'eau pure, on fait bouillir pendant deux heures, en remuant avec une spatule de fer et en ajoutant de l'eau bouillante pour remplacer celle qui se volatilise. Quand l'ébullition est terminée , on laisse reposer , on décante la liqueur, on la filtre; on lave le précipité, et l'on fait ensuite évaporer jusqu'à ce que la densité de la liqueur soit telle, qu'elle marque Sa" à l'aréomètre. On arrête l'évaporation , on laisse refroidir; lorsque le liquide est froid, on y ajoute une demi-once d'alcool à 36°; on remue bien , pour faire un mélange exact , qui doit être enfermé dans un flacon bien bouché.
M. Boutron-Charlard ayant fait des expériences sur le tartrate de potasse et de fer (i) , a reconnu que , dans cette opération, il y avait non-seulement formation d'un tartrate de fer et de potasse soluble, mais encore d'un, tartrate neutre de fer. Ce tartrate, qui est insoluble, reste sur le filtre, et c£!.use une perle considérable.
(i) Journal de Phuirnacie, û.>:ci:inhv(> 182J.
8y8 MANUEL
Cette perte est telle , que , si l'on évapore le produit soluble fourni par 64 parties de limaille de fer et par i6o part, de surtartrate de potasse , on n'obtient que 96 parties de tartrate de potasse et de fer desse'ché, connu sous le nom d'extrait de Mars.
Le tartrate de potasse et de fer desséché attii'e l'humidité de l'air. Cette propriété , qu'on regardait comme appartenant à ce sel, est , d'après le même chimiste , causée par une petite quantité d'alcali (potasse) mise à nu pendant la réaction de l'oxide de fer sur le tartrate de potasse.