‹ Manuel du pharmacien; ou, Précis élémentaire de pharmacieChapitre 134 sur 254 · ACONITINE · texte numérisé non relu

ACONITINE

Brandes est le premier qui annonça la présence d'un alcali vége'tal dans l'aconit , mais les expériences de ce savant ne nous sont pas connues. On a aussi décrit, sous le nom à'aconitine , une substance découverte dans l'aconit tue-loup {aconitum lycoctonum) , par le docteur Pallas.

1/aconitine se présente sous forme d'éoailles jaunâtres , transparentes ; sa saveur est très amère ; elle est soluble dans l'eau froide, peu ou point soluble dans l'alcool froid, soluble dans ce liquide bouillant. Ces diverses dissolutions ramènent manifestement au bleu le papier de tournesol préalablement rougi par les acides. La petite quantité' de cette matière obtenue par M. Pallas ne lui a pas permis de multiplier ses expériences sur cette matière , qu'il considère comme un nouvel alcali végétal, donnant à la racine d'aconit tue-loup les propriétés vénéneuses qu'on lui connaît.

L'aconitine s'obtient de la manière suivante : on prend la racine séchée à l'air, on la traite à plusieurs reprises par de l'alcool à 4i° bouillant; on réunit les liqueurs, on les introduit dans une cornue et l'on soumet à la distillation pour retirer une partie de l'alcool. Lorsque le liquide contenu dans la cornue est réduit au sixième de la masse, on retire la liqueur de ce vase , on la verse dans une capsule de porcelaine , et on la réduit en consistance d'extrait solide ; lorsque l'extrait est refroidi , on le traite par l'eau distillée froide , et l'on filtre la solution. On ajoute à cette solution filtrée de la magnésie

(i) Les procédés de préparation de ces substances qnc n^^us rapportons ici sont ceux con.sigpiés par les auteurs qui out écrit sur ces produits. Nons ne pouvons garantir leur exuctitude, n'ajant pu les répe'tcr tous, comme nous L-nssions desiié le faire, si nous en eussions eu le temps.

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pure ; on fait bouillir pendant quelques minutes , puis on jette sur un filtre; on lave la matière qui reste sur ce filtre, avec de l'eau froide , et on la met à sécher.

Lorsque le pre'cipité est sec, on le retire de dessus le filtre, on le re'duit en poudre, et on le traite par l'alcool à 4o°, bouillant. Ce liquide , abandonne' à une douce chaleur, fournit le principe que nous avons décrit précédemment.

Il est à désirer que de nouvelles expériences soient tentées pour obtenir V aconitine , et pour étudier ensuite son action sur les animaux .

ALIZARIN.

Sous le nom d'alizarin , MM. Collin et Robiquet ont désigné la matière colorante de la garance obtenue à l'état de pureté. Selon ces savans chimistes , l'alizarin pur est en cristaux d'un rouge orangé ; il est inodore , sans saveur; il se sublime aisément ; il n'est pas sensiblement soluble dans l'eau froide ; il est soluble dans l'eau bouillante ; sa solution est d'une couleur rose; l'alcool, l'éiher, le dissolvent en toutes proportions. L'alcool chargé d'alizarin prend une belle couleur rose ; l'éther se coloreen jaune doré. Ce principe est soluble dans l'huile de lin ; les alcalis le dissolvent, et les solutions alcalines paraissent violettes et bleues lorsqu'elles sont concentrées ; elles sont d'une couleur rouge-violacée quand elles sont étendues convenablement.

La solution d'alun versée dans une solution d'alizarin , donne un mélange qui est précipité par la potasse : le précipité est une laque rose d'une belle teinte.

L'alizarin s'obtient par le procédé suivant : on prend la garance moulue, on la traite par trois ou quatre parties d'eau froide ; après huit à dix minutes de macération, on exprime et Von passe le macéré^ qui en provient. Au bout de c[uelques heures, la liqueur se prend en gelée ; on jette cette gelée sur un filtre où elle s'égoutte peu à peu. Lorsque la portion gélatineuse est à demi sèche et encore un peu hydratée , on la traite par l'alcool absolu , qui se colore en rouge

intense; on jette sur un filtre, on recommence le traitement alcoolique , et on le renouvelle jusqu'à ce que ce véliicule ne se colore plus en séjournant sur la gelée. On réunit les lavages; on les fait évaporer jusqu'à ce que le liquide soit réduit des trois quarts. Sur le quart qui reste , on ajoute une petite quantité d'acide sulfurique, qui redissout une petite quantité de matière qui s'était précipitée. On étend ensuite ce liquide avec de l'eau distillée. Cette addition détermine la précipitation de flocons jaunes ; on recueille ces flocons, on les lave par décantation ; on continue le lavage jusqu'à ce que l'eau de lavage, qui se colore en jaune , ne précipite plus par la solution des sels de barium. On recueille la matière lavée sur un filtre; elle se dessèche et prend une couleur analogue à la couleur du tabac d'Espagne. On prend cette matière, on l'introduit dans un tube, et l'on soumet à l'action d'une chaleur ménagée et long-temps continuée. Dans cette opération , il y a exhalation de fumées jaunes , ayant une odeur analogue à celle des matières grasses. L'alizarin volatilisé se condense en cristaux transparens, aiguillés, groupés en rayons, et ayant une belle couleur rouge.

ALTHÉINE.

M Bacon, pharmacien à Caen, signala, dans la racine de guimauve , un principe cristallin auquel il donna le nom d'althéïnej mais des recherches faites plus tard, par M. Plisson, démontrèrent que ce principe était identique avec l'aspara-. gine : ce principe fut aussi découvert par M. Blondeau , pharmacien de Paris , dans la racine de la grande consoude.

ASPARAGINE.

L'asparagine est un produit particulier de nature végétale y qui a été découvert par MM. Vauquelin et Robiquet , dans l'asperge. Depuis, M. Bacon de Caen l'a trouvé dans la guimauve, et il lui avait donné le nom d'althéinej M. Plisson,

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plus tard , fit voir que l'althéine avait la plus grande identité avec l'age'doite, trouve'e par M. Robiquet dans la racine de réglisse. Elle existe aussi dans la pomme de terre, dans la consoude.

Cette substance s'obtient de la manière suivante : on soumet à la contusion les titrions de l'asperge; on exprime ces turions contusés, afin d'en retirer le suc ; ou expose ce liquide à l'action du feu pour séparer les matières qui sont en suspension, et celles qui se coagulent par la chaleur ; on filtre le liquide , on fait concentrer la liqueur filtrc'e, et l'on abandonne le produit à une évaporation spontanée. Au bout de vingt à trente jours, on trouve dans la liqueur deux sortes de cristaux : les uns en prismes romboïdaux, durs et cassans, sont de l'asparagine salie par des substances étrangères; les autres, qui sont peu consistans, ont de l'analogie avec la mannite ; on sépare les cristaux d'asparagine de ces derniers, on les lave avec un peu d'eau ; on les fait ensuite redissoudre et cristalliser.

L'asparagine s'extrait de la racine de guimauve par le procédé suivant : on coupe la racine sèche, on la fait macérer, on décante le produit de la macération; on répète quatre fois cette opération, on réunit les produits, on fait évaporer , on amène en consistance d'extrait mou, on traite cet extrait par l'alcool à 32° bouillant, on filtre et l'on abandonne pendant huità quinze jours la liqueur filtrée à une évaporation spontanée ; ce temps étant écoulé, on décante, on enlève les cristaux qui se trouvent au fond du vase où s'est opérée la cristallisation ; on lave les cristaux , on les traite ensuite par l'eau; on décolore par le charbon animal , on filtre , et l'on fait évaporer et cristalliser.

On obtient encore de l'althéine des eaux-mères qui ont été enlevées de dessus les cristaux ; on les purifie , comme nous l'avons déjà dit.

L'asparagine ainsi obtenue jouit des propriétés suivantes : elle est solide, dure, cassante, incolore, cristallisant en prismes rhomboïdaux ; sa saveur est fraîche et nauséabonde. Elle est assez soluble dans l'eau; sa dissolution, lorsqu'elle est préparée avec de l'asparagine pure, n'offre aucune trace d'aci-

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dite ni d'alcalinité. Elle n'est pas précipitée par l'infusion de noix de galle, par l'acétate de plomb, par l'oxalate d'ammoniaque, par l'hydro-chlorate de baryte, par l'hydro-sulfate de potasse, etc. Elle n'est pas soluble dans ralcool, véhicule qui n'a aucune action sur ce produit.

L'asparagine , traitée par l'acide nitrique, donne lieu à une certaine quantité d'ammoniaque ; on attribue la formation de cet alcali à la présence d'un peu d'azote qu'elle pourrait contenir.

L'action de l'asparagine sur l'économie animale n'a pas en— coi'e été déterminée ; ce produit , d'ailleurs , est encore assez rare.

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