‹ Manuel du pharmacien; ou, Précis élémentaire de pharmacieChapitre 135 sur 254 · ATROPINE · texte numérisé non relu

ATROPINE

Cette substance , qui fut trouvée par Brandes dans la belladone ( Atropa belladona ) , est peu connue. D'après ce chimiste , elle est blanche , susceptible de prendre une forme cristalline, qui est celle d'aiguilles brillantes et transparentes ; elle est insoluble dansl'eauet dans l'alccolà froid, sokible dans l'alcool bouillant. Cette substance est susceptible de former des sels réguliers , qui ont la propriété de dilater la pupille des animaux lorsque l'on applique de ces solutions sur cette membrane.

Divers procédés ont été indiqués pour obtenir ce produit. Le suivant est préférable : on précipite la décoction ou la solution d'extrait de belladone par la magnésie hydratée (i); on recueille le précipité qui se forme , et qui contient l'atropine ; on le lave à grande eau, puis on le fait sécher. Le précipité sec est. traité par l'alcool bouillant, qui dissout l'atropine , qu'il laisse ensuite déposer par refroidissement (2).

(i) M. Rnnge, docteur en Médecine , a rcconiiii rpe la propriété de dilater la prunelle de Toeil , possédée par la matière active de la belladone, est delinite pai l'action des alcalis faibles en excès {Annales de Chimie et île Physique , septembre iS'i4i p- Sa. )

(2) Vaiiquelin, dans nn mémoire publie dans les Annales de Chimie, t. LXXII, avait reconnu l.i propriété' qu'avait le principe ;u-tif de la belladone de se dissoudre dans l'alcool.

M. Runge donne le procédé suivant pour obtenir Valropine.

On verse dans une solution de sulfate de magnésie de l'hydrate de potasse, mais en quantité telle , que tout le sulfate de magnésie ne soit pas décomposé; on mêle ce liquide trouble, qui contient de l'hydrate -de magnésie , des sulfates de potasse et de ma^inésie , à de l'extrait de belladone délayé dans de l'eau. On fait évaporer le mélange jusqu'à siccité , on le réduit en poudre, et on le traite, lorsqu'il est sec , par de l'alcool déflegmé et bouillant : ce véhicule dissout la matière active que l'on obtient sous forme cristalline par l'évaporation spontanée.

Divers chimistes se sont occupés de l'extraction de l'atropine; mais il en est qui n'ont jamais pu obtenir ce produit à l'état cristallin et en aiguilles blanches , ainsi que l'a décrit Brandes. L'un de nous a répété plusieurs fois les expériences de Erandes , et il n'a pu réussir. M. Tilloy de Dijon , bien connu par ses recherches sur la morphine, etc. , s'est aussi occupé de la recherche de ce principe, et, malgré des travaux multipliés , ce chimiste n'a pu , selon le rapport des membres de la section de Pharmacie de l'Académie royale de Médecine , MM. Henry et Robiquet, obtenir ce produit à l'état de pureté. Le procédé suivi par M. Tilloy est le suivant : on prend de l'extrait aqueux de belladone , on le traite par l'alcool, on filtre, on soumet à la distillation pour retirer la plus grande partie de l'alcool ; on fait dissoudre l'extrait alcoolique dans l'eau; on fait évaporer la solution aqueuse, on la traite de nouveau par l'alcool à 35° ; on distille , on traite le résidu de la distillation par l'eau ; on décompose par la magnésie caustique, qui donne lieu à un dégagement d'ammoniaque; on recueille le précipité qui se forme ; on le traite par l'alcool bouillant , on fdtre, on fait évaporer; on traite le résidu par l'cther, on fait évaporer; on traite par l'eau aiguisée d'acide sulfurique; on précipite par un alcali; on recueille le précipité qui est l'atropine.

, L'atropine de M. Tilloy brûle comme les résines ; elle se fond par l'action delà chaleur; elle est soluble dans l'alcool

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et dans l'élher. Sa solution bleuit le papier de tournesol rougi par les acides; elle ne fournit pas de cristaux. Un atome de cette substance en dissolution dans l'eau , fournit un liquide qui donne lieu à la dilatation de la pupille.

C'est sans doute à l'atropine que sont dues les propriétés de la belladone ; il serait donc utile (^ue de nouveaux essais soient tentés dans le but d'obtenir ce principe pur, afin de le faire servir à des expériences physiologiques.

BERBÉRINE.

MM. Herberger et Buchner ont donné le nom de berbérine à un? substance particulière qui existe dans l'écorce de la racine du Berberis vulgaris , et qui peut être obtenue par le procédé suivant :

On prend l'écorce de la racine , on la prive de l'huile volatile , de la matière grasse et de la ciie, au moyen de l'éther sulfurifjue à 34"; on traite le résidu par de l'alcool à 34° ; on fait évaporer la teinture alcoolique en consistance d'extrait ; on traite par l'alcool, on filtre; on précipite la liqueur par l'alcali volatil ; on filtre de nouveau ; on fait évaporer la liqueur à une chaleur modérée en ajoutant de l'acide acétique. Lorsque la liqueur est évaporée , on traite le résidu par de l'alcool, on filtre, on fait évapoi'er; le résidu de l'évaporation est la berbérine.

La berbérine se présente en couches minces de couleur jaune plus ou moins foncée, selon que l'épaisseur des couches esl plus ou moins considérable; son odeur, quoique faible, a celle de la racine de berberis ; sa saveur est amère, persistante ; elle attire peu à peu l'humidité de l'air, et se décompose à une chaleur supérieure à 6o°. La berbérine est très soluble dans l'eau et dans l'alcool, insoluble dans l'éther sulfurique privé d'alcool. La solution aqueuse de berbérine est rougie par les alcalis.

L'écorce de la racine du berberis et la berbérine agissent à la manière de la rhubarbe. Ce principe végétal, qui peut être

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piéparé avec facilité, est, selon l'auteur, plus efficace que l'extrait aqueux ou alcoolique de rhubarbe, et il peut être employé dans les mêmes circonstances.

BRTONIIVE.

On a donné ce nom à la substance active de la bryone. Ce principe, signalé par Vauquelin et par MM. Duloug d'Astafort, Brandes et Firnhaber, CoUin, Vitalis, s'obtient par le procédé indiqué par M. Frémy de Versailles, qui est le suivant.

On prépare le suc de bryone, on filtre, on sature par l'alcali volatil ; cette saturation détermine la précipitation du malate et du phosphate de chaux ; on sépare par filtration, on fait évaporer la liqueur filtrée avec ménagement. On obtient sur la fin de l'évaporation une pellicule cristalline , qui , recueillie et mise à sécher sur du papier , présente des rudimens de cristaux.

La bryonine, suivant les chimistes allemands, est d'une couleur rougedtre, d'une saveur amèïe horrible ; elle est soluble dans l'alcool , et analogue à la cathartine.

Son action sur l'économie animale n'a pas encore été étudiée. Il est probable que ce principe qst un poison assez violent.

BirxiNE.

La buxinc est une substance particulière découverte dans le l)uis , Buxus sempervirens , par M. Fauré de Bordeaux, en faisant l'analyse du buis; elle s'obtient de la manière suivante : on traite le buis par l'éther , puis par l'alcool froid. Lorsqu'il est épuisé par ces véhicules, on le soumet à plusieurs reprises à l'action de l'alcool à 4^" ; on soumet les décoctions à l'action de la chaleur, on traite le résidu par l'eau; on obtient un solutum trouble ; on filtre ce solutum , et on le met de côté.

On soumet le buis qui a été traité par l'éther , par l'alcool froid et par l'alcool à ^0° bouillant, à plusieurs trailemcns

par l'alcool à ^5° bouillant ; on réunit ces décoctum ; on fait évaporer , pour retirer la plus grande partie de l'alcool ; on traite le résidu par l'eau, on filtre la solution et on la mêle à la solution déjà obtenue. On précipite par l'acétate de plomb, on filtre ; on fait passer un courant d'hydrof^ène sulfuré dans la liqueur filtrée ; on filtre de nouveau, on fait évaporer pour chasser l'excès d'hydrogène sulfur-é , et pour concentrer la lii[ueur. On précipite ensuite par la magnésie, on fait bouillir ; on recueille le précipké magnésien, on le lave avec un peu d'eau froide ; on laisse sécher, on traite ensuite par l'alcool à 4o° bouillant, qui dissout la buxine qui n'est pas encore à l'état de pureté.

La buxine est rougeâtre ; réduite à l'état pulvérulent , sa couleur est rousse; ce n'est qu'avec difficulté et à l'aide du charbon animal que l'on parvient, par plusieurs solutions réitérées, à l'obtenir presque blanche; sor^ odeur est nulle; sa saveur est très amère et sans àcreté.

La buxine est plus soluble dans l'eau bouillante que dans l'eau froide; l'éther en dissout peu, l'alcool en dissout de grandes c[uantités. Les alcalis ne la dissolvent pas. Ce principe bleuit le papier de tournesol rougi par les acides. L'acide nitrique le convertit en principe amer et en acide oxalique.

La buxine neutralise les acides, et elle forme des sels incristallisables qui sont très solubles dans l'eau et dans l'alcool : ces sels sont précipités par les alcalis sous forme d'une gelée blanche qui est formée de buxine hydratée.

Selon M. Fauré , 5 grains de buxine l'eprésentent une once de buis : ce principe existe dans toutes les parties du végétal , mais dans des proportions différentes.

La buxine s'unit, comme nous l'avons dit, aux acides, et M. Fauré, dans un mémoire publié dans le Journ. de PJiarm., t. XVI, p. 4^8, a donné quelques détails sur le sulfate et l'acétate de buxine. D'après M. Fauré, loo de buxine pure exigent 11,2 pour 100 d'acide sulfurique.

g^C) MANUEL

CAFEINE.

On a donné le nom de caféine à une substance cristalline qui a été découverte dans le café par M. Robiquet. Cette substance peut s'obtenir par plusieurs procédés. Les procédés donnés par MM. Pelletier et Garot étant simples et faciles à mettre en pratique , nous allons les indiquer ici.

Procédé de M. Pelletier. On prépare des solutions alcooliques avec le café non torréfié; on soumet ces solutions alcooliques à la distillation , pour retirer une partie de l'alcool employé ; on traite le résidu par l'eau , qui dissout la caféine et laisse la matière grasse qui avait été dissoute en même temps que cette substance ; on sature la liqueur aqueuse par la magnésie; on filtre; on fait évaporer jusqu'à consistance sirupeuse ; on reprend par l'alcool , qui dissout la caféine , et qui la sépare d'une substance mucilagineuse qui l'accompagne ; on filtre , et l'on fait évaporer la solution alcoolique , qui donne la caféine cristallisée.

Procédé de M. Garot. On prépare, avec le café concassé (i), deux infusions ; on ajoute à ces liqueurs réunies de l'acétate de plomb : ce sel précipite les matières étrangères qui accompagnent la caféine ; on filtre la liqueur , on lave le filtre , on réunit les liqueurs filtrées et celles qui proviennent du lavage du filtre, fait à l'eau bouillante. Lorsqu'elles sont refroidies, on les soumet à un courant d'bydrogène sulfuré , pour séparer l'excès de plomb. On filtre la liqueur; on chasse l'excès d'acide hydro-sulfurique par l'ébullition ; on sature l'excès d'acide qui se trouve dans la liqueur et qui provient de l'acétate de plomb, par l'ammoniaque ; on fait évaporer à une douce chaleur; on continue l'évaporation jusqu'à ce que l'on aperçoive des rudimens de cristaux sur le vase évaporatoire ; on

(i) M. Garot s'csl assure que l'on pouvait retirer la caféine des caftis c^ui ont c'te avaries et qui ne peuvent servir dans l'usage alimentaire.

laisse refroidir; on obtient alors des cristaux de caféine. Ces cristaux, pour être purs, doivent subir une nouvelle cristallisation.

La caféine cristallise en belles aiguilles soyeuses. Elle n'est ni acide ni alcaline. Soumise à l'action d'une douce chaleur , elle se liquéfie ; si l'on opère en vase clos, elle volatilise, se sublime complètement, et vient cristalliser sous forme d'aiguilles qui ont beaucoup d'analogie avec les aiguilles fournies par l'acide benzoïque.

L'action de la caféine n'a pas encore été bien déterminée. Cet examen présente cependant un grand intérêt , et il importe aux praticiens de connaître les effets de cette substance.

CAINCINE.

Acide kaincique.

On a donné ce nom à un principe amer cristallisé qui a été découvert dans la racine de kahinca ( le Chiococa racemosa anguîfiiga flore luteo ) , plante du Brésil , par MM. Caventou, Pelletier et François.

Cet acide s'obtient par plusieurs procédés; les plus simples sont les suivans :

1°. On prépare une décoction d'écorce de racine de cainca, lorsqu'elle est faite, on y verse, par gouttes, de l'acide liydrochlorique ou de l'acide acétique ; l'acide caincique déplacé par ces acides se dépose lentement, et pendant plusieurs jours ; mais cet acide est coloré par de la matière jaune.

2°. On traite l'extrait alcoolique de cainca par l'eau ; on filtre la solution, on la décompose parla chaux en excès, ayant soin d'en ajouter jusqu'à ce que la liqueur n'ait plus d'amertume ; on recueille le précipité , et on le décompose par l'acide oxalique et par l'alcool bouillant.

L'acide caincique ou kaincique pur est sous forme de petites aiguilles très fines, blanches, groupées en étoiles. Il est d'abord insipide, mais bientôt il y a développement d'une sa-

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veur amère persistante, suivie d'un sentiment d'astriction qui se fait ressentir sur le larynx et le pharynx. Cet acide n'est ni déliquescent ni efflorescent. Soumis à l'action de la chaleur, il se divise en deux parties : l'une se charbonne , l'autre se sublime et se dépose sous forme de petits cristaux. Calciné dans un creuset de platine , il ne laisse aucun résidu ; il est soluble dans 600 parties d'eau, très soluble dans l'alcool ; il rougit le papier de tournesol ; l'acide sulfurique le charbonne ; mis en contact avec l'acide sulfurique , il réduit en charbon l'acide hydro-chlorique , le dissout et le convertit en une masse gélatineuse transparente qui , délayée dans l'eau , se sépare sous forme de flocons translucides blancs et qui ne sont pas amers.

L'acide caincique s'unit aux bases et donne naissance à des composés salins incristallisables.

L'acide caincique est regardé comme le principe actif delà racine de cainca. On a beaucoup vanté son action dans divers cas; nous pensons qu'il est nécessaire d'attendre, pour juger de cette action , que la racine de cainca soit d'un prix moins élevé et par conséquent que l'acide caincique soit moins rare. Les praticiens pourront alors l'étudier avec soin et le classer parmi les produits thérapeutiques à mettre en usage dans l'art

médical.

cathartine.

MM. Lassaigne et Fene^lle ont donné le nom de cathartine à une substance particulière qu'ils ont retirée de l'analyse du séné et dans laquelle ils font résider le principe purgatif de ces parties des végétaux.

La cathartine peut s'obtenir de la manière suivante. On prépare une décoction de séné, on la filtre pour la séparer des matières étrangères ; on "précipite ce liquide par l'acétate de plomb, on sépare le précipité ; on fait passer dans la hqueur un courant de gaz hydrogène sulfuré , pour séparer le plomb ; on filtre, pour isoler le sulfure formé ; ou fait évaporer la liqueur en consistance d'extrait; on traite par l'alcool rectifié ;

DU PHARMACIEN. qSq

on filtre la solution alcoolique, que l'on fait évaporer jusqu'en consistance d'extrait; on traite ce produit par l'acide sulfurique alcoolise', pour décomposer de l'acétate de potasse qui existe dans l'extrait; on sépare, par le filtre, le sulfate de potasse formé; on enlève l'acide sulfurique en excès par l'acétate de plomb ; on sépare l'excès d'acétate de plomb par l'hydrogène sulfuré ; on filtre de nouveau , et l'on fait évaporer. Le produit de l'évaporation est le principe nommé catharline par MM. Lassaigne et Feneulle.

La cathartiue est incristallisable, d'un jaune-rougeàtre , d'une odeur particulière ; sa saveur est amère et nauséabonde; elle est soluble dans l'eau et l'alcool , en toute proportion , insoluble dans l'éther : à l'état i»ec , elle attire l'humidité de l'air.

La solution soumise à l'action dt;s réactifs présente les caractères suivans : elle précipite l'infusion de noix de galle en flocons jaunâtres ; le sous-acétate de ])lomb de la même manière ; l'iode , l'acétate neutre de plomb ne la piécipitent pas. La potasse, la soude , l'ammoniaque , foncent sa couleur; le per-sulfale de fer y développe une couleur brune ; le chlore la décompose en la décolorant; l'émétique et la gélatine ne troublent point la transpai-ence de la liqueur. Soumise A l'action de la chaleur dans une petite cornue de verre, la catharline se décompose en donnant de l'acide carbonique , de l'acide acétique , de l'hydrogène cai'boné, de l'huile empyreumatique , enfin un résidu formé de charbon.

Ce principe paraissant être la matière active du séné, il serait utile que les praticiens fissent des essais physiologiques dans le but de déterminer comment ce produit, débarrassé de diverses substances étrangères , agit sur l'économie animale, et quelles sont les doses auxquelles il doit être administré.

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