‹ Manuel du pharmacien; ou, Précis élémentaire de pharmacieChapitre 139 sur 254 · MANNITE · texte numérisé non relu

MANNITE

Sucre extrait de la manne.

La mannite est une substance sucrée cristallisable qui a été découverte par Proust , et qui se trouve dans la manne du Fraxinus excelsior et du F. Ornus , dans les sucs fermentes de l'ognon, des betteraves. MM. Hùbner et Vogell'ont trouvée dans le céleri, Apium dulce, et l'un de nous, M. A. Chevallier, dans des vins qui avaient été rehaussés avec le sirop de raisin et qui avaient ensuite subi la fermentation; M. Avequin, dans le fruit de l'avocatier, Laurus Persea. Pour obtenir ce produit, on traite la manne en larmes par l'alcool bouillant , et l'on filtre ;. la mannite se dépose par refroidissement ; on recueille le précipité , on le soumet à la presse entre des feuilles de papier Joseph, on le fait redissoudre de nouveau dans l'alcool bouil-

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lant , pour l'obtenir à l'état de pureté. Le procédé suivant est aussi indiqué pour l'obtenir du suc de betteraves. On extrait le suc de ces racines , on l'abandonne à lui-même à une douce température : bientôt la fermentation vineuse se développe , le suc se convertit en une liqueur filante épaisse ; on le fait évaporer à siccité ; on traite le résidu par l'alcool bouillant , on filtre, et l'on obtient la mannite par refroidissement.

La mannite est blanche , inodore, d'une saveur douceâtre ; elle cristallise en aiguilles blanches et transparentes ; elle est soluble dans 5 parties d'eau froide, presque insoluble dans l'alcool froid, très soluble à chaud dans l'alcool aqueux, se précipitant de ce liquide par refroidissement. Mise dans des circonstances convenables et avec du ferment, elle n'éprouve pas d'altération et ne donne pas naissance à de l'alcool , comme le font les matières sucrées. La mannite , exposée à l'action de lu chaleur , Se ramollit d'abord , puis elle se décompose en donnant des|«i'oduits analogues à ceux que l'on obtient de la décomposition des matières végétales azotées. Traitée par l'acide nitrique, elle se convertit en acide oxalique. L'analyse de la mannite , faite par M. Saussure , a fourni les résultais suivans : carbone, 47*82; hydrogène, 6,06; oxigène , 4^,80 ; azote, 0,32. La mannite est peu employée eu Médecine. On assure qu'elle fait la base du remède secret vendu sous le nom de pastilles de Calabre. Ce qu'il y a de sûr , c'est qu'elle est très efficace contre la toux; elle purge doucement, et l'on peut administrer sans inconvénient , aux femmes enceintes, les pastilles préparées avec le sucre et la mannite à parties égales, et faites avec un mucilage de gomme adragantlie aromatisé. Introduite dans les pommades , à la dose de 16 gram. ( 4 f;ros ) , pour 82 gram. ( 1 once ) de cérat , elle fournit un médicament qui , appliqué en friction sur l'abdomen , donne lieu , sans coliques, à une douce purgation. Une seule fois, l'un de nous a eu à préparer ce médicament, et il acom])lèlement réussi. Ce fait, s'il était confirmé par d'autres expériences, établirait d'une manière positive que la mannite est purgative, ce que des auteurs nient.

NARCOtlNE.

Morphioïdine , Opiane, Sel de Derosne , Sel cristallisable de l'opium. Substance cristalline de l'opium.

La narcotine est un précipité particulier doiit la découverte est due à M. Derosne, qui l'obtint en 1802; elle n'a été trouvée que dans l'opiuni. On emploie le procédé suivant pour l'obtenir. On traite par l'acide acétique bouillant le résidu d'opium duquel on a retiré par l'eau les principes solubles ; on filtre la solution acétique, on la décompose ensuite par un alcali qui précipite la narcotine; on la recueille sur un filtre; on lave , puis onla fait redissoudre dans l'alcool pour la purifier. Si ce produit n'est pas à un état de pureté convenable, on répète la dissolution et la cristallisation.

On peut aussi obtenir ce principe en prenant de l'extrait d'opium divisé , le mettant en contact avec l'éther sulfurique , faisant réagir. L'éther dissout la narcotine , une matière grasse et épaisse, de plus, une matière analogue au caoutchouc. On introduit la liqueur éthérée dans Une cornue ; on distille pour séparer l'éther-, on décante la matière huileuse qui surnage; le résidu, qui est composé de narcotine et de caoutchouc , est traité par l'alcool bouillant, qui dissout la narcotine; celle-ci se précipite par refroidissement. On extrait encore la narcotine eu traitant l'extrait aqueux d'opittm par l'éther sulfurique , qui ne dissout que la narcotine , qu'on obtient ensuite par la volatilisation de l'éther. La narcotine pure est solide i blanche, inodore, insipide, cristallisant en prismes droits à bases rhomboïdales ; chauffée graduellement dans un tube de verre, elle fond comme les graisses; à une température plus élevée, elle se décompose, répand des vapeurs épaisses ammoniacales. Très peu soluble dans l'eau , elle est soluble dans l'alcool , plus dans l'alcool bouillant , qui la l^iisse déposer par refroidissement ; très solul)le dans l'éther. Les huiles d'amandes douces et d'olives la dissolvent lentement , et à une ToMK IL 6a

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température inférieure à celle de l'ébullition. Les diverses .solutions que l'on obtient avec la narcotine ne jouissent pas de propriétés alcalines ; elles ne bleuissent pas le papier de tournesol rougi , ne verdissent pas celui de mauve, etc. Les acides acétique et nitrique la dissolvent ; ce dernier la dissout à froid sans la colorer en roujje , et il donne naissance à une solution de couleur jaune. L'analyse de la narcotine, faite par MM. Pelletier et Dumas, a fourni les résultats suivans : carbone, 68,88; azote, 7,21 ; hydro{îène, 5,8 1 ; oxigène , 18.

D'après diverses expériences , il est démontré que la nai'— cotine n'est pas le principe excitant de l'opium. M. Orfila a prouvé qu'elle est loin d'être aussi énergique qu'on l'avait cru , et qu'elle agissait plutôt sur l'économie animale comme stupéfiant que comme excitant. Administrée à de hautes doses par M. Bailly (jusqu'à 60 grains à la fois ) , à l'état solide ou à l'état de dissolution liydro-clilorique , ce praticien dit n'en avoir obtenu aucun effet notable. Ces assertions ont été combattues par M. Orfila , qui pense que la différence d'action est due à une différence de pureté dans les produits employés. M. Orfila a déduit de ses expériences, 1**. que la narcotine à l'état solide ou dissoute dans l'acide hydro-chlorique, peut être prise sans crainte, par l'homme, à de très fortes doses; 2°. que 3o grains de ce principe dissous dans l'acide acétique ont fourni une dissolution qui n'a produit aucun effet sur plusieurs malades qui l'ont prise ; 3°. qu'elle est sans action sur les chiens lorsqu'elle est introduite dans l'estomac , même à la dose de ^o à 60 grains , en solution dans les acides hydrochlorique et nitrique ; /\°. qu'elle détermine la plus vive excitation et même la mort de ces animaux lorsqu'on leur administre 3o ou 40 grains de ce produit en dissolution dans les acides acétique ou sulfurique ; 5°. qu'elle occasione la mort de ces mêmes animaux lorsqu'on la fait prendre à la dose de 3o grains , en dissolution dans l'huile d'olive ; dans ce dernier cas , ces animaux , au lieu d'être frappés d'excitation , présentent un phénomène contraire ; 6°. qu'elle n'agit pas lorsqu'on l'applique sur le tissu cellulaire , à la dose de

ï2 grains, en solution dans l'acide acétique; -j". qu'elle tue promptement les chiens quand on l'injecte dans la veine jugulaire , à la dose de 3 grains , et en solution dans l'huile ; 8". qu'il est impossible é^ décider actuellement si elle exerce sur l'homme la même action que sur les animaux ; car d'une part les effets sont semblables lorsqu'elle est administrée en poudre ou dans l'acide hydro-chlorique , tandis qu'ils semblent diftérer quand on la donne en solution dans l'acide acétique ; mais le défaut d'action de la solution acétique chez l'homme ne tiendrait-il pas à ce qu'elle a été administrée à de trop petites doses, eu égard à la structure et à la force de l'homme, comparées à celle du chien? 9°. que dans tous les cas, elle produit sur ces derniers animaux l'excitation ou la stupeur , suivant qu'elle a été dissoute dans l'acide acétique ou dans l'huile, et qu'il importe par conséquent, avant d'as-ssigner le rôle qu'elle joue dans l'extrait aqueux d'opium , de déterminer si elle y est tenue en dissolution par un acide ou par une matière grasse , comme cela paraît probable. ( Toxicologie générale, t. II, p. "jS. ) La narcotine n'est pas employée comme médicament.

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