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ACIDE NITRIQUE

Eau forte , Esprit de nitre , Acide azotique.

Cet acide est le résultat de la combinaison de l'azote et de l'oxigène, dans la proportion de 35, 4o d'azote et de loo d'oxigène en poids, ( Davy et Gay-Lussac. ) Cet acide fut découvert par Raymond-Lulle , qui l'obtint en soumettant à la distillation un mélange de salpêtre et d'argile. C'est aux travaux importans de Cavendisch , de Priestley , de Lavoisier , que l'on doit la découverte de ses élémens. Gay-Lussac , Dalton , Davy , étudièrent les propriétés de l'acide nitrique , et déterminèrent son emploi daiis les arts et dans les essais chimiques.

Cet acide se fabriquait , il y a encore peu de temps , en décomposant le nitre par l'argile dans des cornues de grès appelées cuînes. Cette opération , qui était très longue , ne se pratique plus aujourd'hui ; on obtient maintenant cet acide en décomposant dans de grands cylindres de fonte le nitrate de potasse par l'intermède de l'acide sulfurique et de la chaleur, recueillant l'acide qui se dégage dans un appareil de Woulf formé de tubes adaptés à de grandes bouteilles de terre connues sous le nom de bonbones. Les premiers de ces vases sont plongés dans l'eau , afin d'aider à la condensation des vapeui's. Les proportions employées pour la préparation de cet acide sont loo parties de nitre et 60 parties d'acide sulfurique à 66°. Le pharmacien ne préparant pas cet acide en grand pour son usage , nous ne pousserons pas plus loin les détails sur cette fabrication ; nous nous occuperons de la description des moyens employés dans les laboratoires pour obtenir et purifier cet acide.

L'acide nitrique s'obtient en décomposant le nitrate de potasse par l'acide sulfurique. L'appareil dans lequel on opère cette décomposition consiste en une cornue tubulée, à laquelle on a adapté une allonge dont l'extrémité va se rendre dans un

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ballon tubulé ; on place sur la tubulure de ce ballon un tube assez long, destiné à porter dans la cheminée les vapeurs ni— treuses qui peuvent se dégager pendant l'opération. On lute exactement l'appareil , et l'on introduit avec soin , par la tubulure delà cornue (i), 12 parties de nitrate de potasse , sur lesquelles on verse 8 parties d'acide sulfurique concentré marquant 66° ; on ferme et on lute la tubulure ; on chauffe ensuite graduellement le mélange , qui peu à peu entre en fusion. La réaction s'opère, l'acide sulfurique s'empare de la potasse , Vacide nitrique se dégage et va se condenser dans le ballon ; on rafraîchit ce vase de temps en temps, ou, ce qui vaut mieux , on fait tomber sur ce vase un filet d'eau continu. On s'aperçoit que l'opération est terminée lorsque le mélange se boursoufle au point de s'élever jusqu'au col de la cornue, et lorsqu'il y a dégagement d'une assez grande quantité de vapeurs rutilantes : ces vapeurs sont dues à la décomposition de l'acide nitrique , qui ne trouve plus la quantité d'eau nécessaire pour se constituer à l'état liquide , et sans doute aussi à cause de l'élévation de la température. Lorsqu'on est arrivé à ce point, on arrête l'opération, on démonte l'appareil , et l'on recueille l'acide qui a passé à la distillation.

Purification de l'acide nitrique. L'acide obtenu par les moyens que nous venons de décrire contient encore du chlore , de l'acide hydro-chlorique, et des traces d'acide sulfurique (2). Pour priver cet acide de toutes ces substances, et l'obtenir à

(i) On peut se servir d'ane cornne sans tubulure 5 alors il faut avoir soin d'introduire l'acide sulfurique à l'aide d'un entonnoir dont la douille soit assez allongée pour que l'acide ne puisse se répandre sur les parois du col, car cet acide sulfurique coulant ensuite dans le ballon , rendrait l'acide nitrique plus impur.

(3) Ces différens corps, étrangers à l'acide nitrique, proviennent de la décomposition des nitrates qui ne sont pas purs, et qui contiennent des hydrochlorates. Dans l'intention d'obtenir constamment un acide pur, en 1811, M. Lampadius donna un procédé d'extraction qui avait pour base l'emploi du nitrc purifié par dissolution et cristallisation. {Archives des déeout^ertes , tome IV, page 40.)

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l'état de pureté , on agit de la manière suivante : on verse dans une certaine quantité de cet acide , et gojutte à goutte, de la solution de nitrate d'argent , continuant d'en ajouter jusqu'à ce que de nouvelles additions ne déterminent plus de précipité; on laisse déposer; lorsque le liquide est clair, on décante, on introduit, dans une cornue tubulée à l'émeri , le liquide séparé par décantation. La cornue étant remplie d'acide jusqu'aux deux tiers, on y fait entrer quelques fils de platine roulés en spirale ; on place ce vase sur un appareil de fil de fer qui se pose sur un fourneau (i). On place à la suite de la cornue une allonge et un récipient : ce dernier doit être terminé par un long tube effilé , dont l'extrémité supérieure va se rendre sous la hotte d'une cheminée ; on dirige sur ce récipient un filet d'eau, qui doit tomber constamment, sur une enveloppe de mauvaise toile qui entoure tout le ballon. On pourrait placer ce vase dans une terrine ; mais l'eau qui s'accumule dans ce vase fait quelquefois vaciller le ballon , et l'appareil est dérangé. L'appareil étant ainsi disposé, on chauffe d'abord doucement la cornue ; on augmente ensuite la chaleur , et l'on porte à l'ébullition. L'acide se réduit en vapeurs , passe dans l'allonge , et de là dans le récipient , où il se condense. Lorsque les trois quarts du liquide ont passé à la distillation, on laisse refroidir l'appareil , on le démonte ; on enferme l'acide obtenu dans un flacon bouché à l'émeri, lavé d'avance à l'eau distillée , puis égoutté et séché. On met de côté le résidu, qui contient une petite quantité de nitrate d'argent en excès. On peut se servir de cet acide pour quelques opérations qui n'exigent pas l'emploi de l'acide pur, mais il faut , avant de l'employer , précipiter le nitrate d'argent par une quantité con-

(i) On a soin , lorsque l'on doit monter cet appareil , de choisir des vases qui se rencontrent bien ( cornue , allon-îe , ballon ) , afin que les gaz ne puissent se de'gager. On ne se sert point de bouclions ; ces bouchons, en se corrodant, jauniraient l'acide; nous avons même vu le bouchon de iicgc s'cufl.immer et brûler avec flamme.

venable d'acide hydio-chlorique, ayant soin de ne pas ajouter un trop grand excès de cet acide.

L'acide nitrique pur doit être placé à l'abri des rayons lumineux , dans un lieu dont la température soit peu élevée. Sans cette précaution, la lumière agirait sur lui, et le décomposerait en partie. Cet acide est liquide, blanc, d'une odeur particulière , d'une saveur forte, corrosive ; il tache fortement la peau en jaune , et la désorganise ; il rougit fortement et le papier eî la teinture de tournesol. Sa pesanteur spécifique , d'après M. Gay-Lussac , est de i,5i3. L'on n'est pas encore parvenu à l'obtenir privé d'eau.

Cet acide est employé médicalement dans une foule de circonstances. On s'en sert pour toucher les chairs , les dartres , etc. , pour préparer la limonade nitrique. Il entre dans la composition de certains bains de pieds. La force avec laquelle il agit sur l'économie animale le fait regarder comme l'un des poisons les plus violens ; on peut administrer, contre les accidens déterminés par cet acide, du lait de magnésie ou des blancs d'œufs délayés dans l'eau , de l'eau albumineuse.

Les réactifs qui peuvent servir à faire reconnaître cet acide sont, 1°. la chaleur rouge, qui décompose l'acide et le convertit en gaz acide nitreux et en oxigène (l'acide nitreux , en se dégageant , se fait reconnaître à sa couleur et à son odeur) ; 2°. la potasse , qui sature cet acide , et qui forme avec lui un sel, le nitrate de potasse (le nitrt), reconnaissable à ses caractères physiques et chimiques ; 3°. la tournure de cuivre , qui, mise en contact avec lui , donne lieu à un sel de cuivre ( le nîlraie de cuivre ) et à des vapeurs rutilantes.

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