ACIDE PHOSPHORIQUE
Margrafï'est le premier qui reconnut, en 174^, que l'acide phosphorique était distinct de tous les autres. Cet acide se trouve en très grande quantité dans la nature dans le règne minéral ; il existe aussi dans divers produits du règne végétal , et dans toutes les matières animales. Combiné à la chaux , il forme la charpente osseuse des animaux. En Espagne ( province d'Estramadure) , on en voit des montagnes entières. Uni à la soude , il forme le phosphate de -cette base, que l'on trouve dans les urines.
L'acide phosphorique, selon M. Berzelius, est formé de 100 de phosphore, et de 127,61 d'oxigène, ou , selon M. Ravy, de 100 de phosphore et de 182,76 d'oxigène (i). On peut obtenir l'acide phosphorique , soit en combinant directement le phosphore avec l'oxigène, soit en se servant de l'intermède de corps qui le contiennent et peuvent le lui céder.
On opère la combinaison directe du phosphore avec l'oxigène paj' plusieurs procédés. Le premier de ces procédés con-
(i) Une ti'oisième analyse de cet acide est de M. Dulong. Ce savant porte la quantité' d'oxif;ène aI>sotlx'e par 100 de pliosphore à 124,80. ( Mémoire de la Société ff'yirciiei/ , tome III, page ^^(). )
TcviE 11. 39
6lO MANUEL
siste à placer dans une soucoupe un petit cylindre de phosphore long d'un centimètre ; on met cette capsule sur une cuve à mercure , on allume le phosphore , et l'on recouvre d'une cloche d'une grande capacité (i). Le phosphore, en brûlant , dégage une grande quantité de lumière et de chaleur, absorbe l'oxigène de l'air, se convertit en flocons blancs qui sont très légers : le mercure remplace l'oxigène absorbé et monte dans la cloche. Lorsque la combustion est achevée , on fait entrer doucement de l'air dans la cloche, afin de faire descendre le métal , et l'on retire la soucoupe qui est recouverte d'acide phosphorique concret, qui se liquéfie bientôt ^ en absorbant l'eau de l'atmosphère , et passe à l'état d'acide phosphorique liquide. Pour obtenir cet acide en flocons , il faut que le mercure soit bien sec; car l'acide phosphorique est très avide d'eau , et il ne demande que très peu de ce liquide pour se liquéfier.
On peut aussi préparer l'acide phosphorique par le procédé suivant , qui a été indiqué par Pelletier père. On emplit de gaz oxigène un flacon à deux tubulures ; sur l'une d'elles , on adapte un tube droit terminé en entonnoir : ce tube descend jusqu'au fond du flacon , et plonge dans une couche d'eau haute de deux centimètres qui recouvre le fond du vase, La deuxième tubulure porte un tube courbé à angle droit , dont la deuxième branche se l'end au fond d'une éprouvette , où l'on a mis quelques petits bâtons de phosphore ; on remplit d'eau chaude le tiers de l'éprouvette , et lorsque le phosphore est fondu, ou introduit, à l'aide du tube à entonnoir, de l'eau dans le flacon. Chaque goutte d'eau qui arrive déplace un volume égal d'oxigène : une bulle de celui-ci vient se rendre au fond de l'éprouvette , et, comme elle se trouve alors en contact avec du phosphore fondu , elle le brûle et le convertit
(i) La combinaison du phosphore s'opère avec dégagement d'nne grande qnantité de chalenr et de lumière ; cette chaleur de'termine quelquefois la rupture des vases.
DU PHARMACIEN. 6l I
en acide. En versant ainsi de Teau^ goutte à goutte , par le tube droit , on fait peu à peu passer l'oxigène sur le phosphore , et l'amène à l'état d'acide phosphorique , qui, étant très soluble dans l'eau , se dissout dans celle contenue dans l'éprouvette au fur et à mesure qu'il se forme (i).
On peut encore préparer l'acide phosphoi'ique en se servant de l'acide nitrique, mettant en pratique le procédé suivant, qui est décrit dans le Codex. On met dans une petite cornue de verre une partie de phosphore coupé en petits fragmens , on verse dessus 5 à 6 parties d'acide nitrique à 22°; on adapte à la cornue un récipient, dont la tubulure porte un tube de Welter, qui se rend dans l'éprouvette-, on place la cornue sur une petite grille supportée par un fourneau ; on chauffe modérément, et l'on continue de chauffer jusqu'à ce que la liqueur prenne une consistance sirupeuse. Si la quantité d'acide nitrique mise sur le phosphore n'était pas suffisante pour l'acidifier, il faudrait recohober l'acide qui a passé dans le ballon , ou bien ajouter une nouvelle quantité d'acide, chauffer de nouveau jusqu'à ce que tout le phosphore soit acidifié ; enfin , débarrasser l'acide phosphorique formé de l'acide nitrique en excès par l'évaporation, et l'introduire dans un flacon en verre, où on le conserve pour l'usage.
L'acide phosphorique peut encore s'obtenir par la décomposition du phosphate d'ammoniaque. A l'aide de la chaleur, dans cette opération , l'ammoniaque se volatilise , abandonne
(i) On pourrait disposer son appareil de manière à remplacer l'oxigène dans le premier flacon lorsqu'il ne contiendrait plus de ce gaz. Pour cela, on prendrait na flacon à trois tubulares, l'une à la partie supérieure, la deuxième à la partie inférieure j enOn la troisième, à la partie supérieure, supporterait un bouchon auquel serait adapte un ftibe de enivre sur lequel on Tisserait et de'visserait à ■volonté une vessie pleine de gaz oxigène destiné à remplir le flacon et à remplacer l'eau qui s'écoulerait par la tubulure inférieure. Par ce moyen, on pourrait sans cesse opérer l'oxigénation du phosphore, et préparer de plus ou moins grandes quantités d'acide phosphorique.
6l2 .-■ MANUEL
l'acide phosphovique ; cet acide étant fixe , reste dai« le vase
où s'est faite l'opération (i).
L'acide phospîiorique est solide, sapide , inodore, sans couleur; il rougit fortement le papier et la teinture de tournesol. Etendu d'une grande quantité d'eau, il est encore sensible à ces réactifs , et cette sensibilité est telle , que l'on peut reconnaître sa présence dans l'eau , même dans la proportion d'un dixième de milligramme d'acide réel. Exposé à l'action du feu, l'acide phosphorique se ramollit, entre en fusion parfaite , donne lieu à un verre blanc et transparent. On ne doit fondre cet acide que dans des creusets de platine; car, fondu dans des vases de terre , il les attaque et les perce promptement. itni .■w<.
Cet acide est peu employé; on ne doit en faire iisage qu'avec les plus grandes précautions, car il agit comme poison. Les remèdes à donner dans les cas d'empoisonnement par cet acide sont, l'oxide de magnésium, le carbonate de cliaux r ces combinés forment avec lui des pliospliates de chaux ou de inagTiésie qui sont insolubles. Les réactifs à employer pour reconnaître la présence de l'acide phosphorique sont: i°. le charbon, qui, à l'aide d'une forte chaleur , le décompose, et donne naissance à du gaz oxide de carbone, ou à du gaz acide carbonique , qui se dégage , et à du phosphore ; ql". l'eau de chaux , qui , ajoutée en assez grande quantité pour saturer l'acide, détermine dans les solutions d'acide phosphorique un précipité floconneux , blanc. Ce précipité retenant une assez grande quantité d'eau, il jouit d'une demi-transparence; recueilli sur un filtre et séché , le phosphate de chaux produit
(i) M. Laudet, pharmacien de Bordeaux, a public un procc'dc poUr l'extraclion en grand de l'acide phosp1iori(|uc. Ce procc'dc est base sur la propriété qu'a l'alcool de se'pnrer cet acide du phosphate acide de chaux conceutré; iJ suffit de concentrer le phosphate acide de chaux, de traiter ce sel par l'alcool, de filtrer la solution alcoolique, de faire cvaporer, puis de traiter' îi plusieurs reprises l'acide obtenu et qui n'est pas pur p.ir de l'alcool. [Btil— ictiii ih' Pharmacie , t. I, patie 21G.}
nu PHARMACIEN. 6l5
est soluble dans les acides nitrique et liydro-clilorlque , sans produire d'effervescence. Il est indécomposable par l'action de la chaleur; mais à un feutrés violent, il se chan^je en un émail bltinc.
3**. Le nitrate d'argent , qui donne avec l'acide phospborique ( qu'il faut satuier d'abord ) un pre'cipité {phosphate d'argent) d'un jaune clair; lavé, filtré, séché et traité au chalumeau sur un charbon , ce phosphate se décompose en donnant naissance à des vapeurs de phosphore, el en laissant pour résidu un globule d'argent métallique.
4". Le nitrate de mercure. Ce sel fournit un précipité blanc, soluble dans l'acide nitrique, sans effervescence; chauflé sur im charbon , ce sel se volatilise en entier.
ACIDE SOLnjREUX.
Acide sulfureux volatil.
On désigne sous ce nom une combinaison du soufre avec i'oxigène, dans les proportions de loo de soufre et de 99,44 -d'oxigène. ( Berzelius. )
La nature de cet acide, qui avait été recherchée par Slahl dès le seizième siècle, ne fut bien connue qu'en 1774- Les travaux de Lavoisier apprirent aloi's que cet acide était ■composé de soufre et d'oxigènc, et ([u'il ne différait de l'acide sulfurique que par une moindre proportion d'oxigène.
MM. Priesdey, Berthollet . Fourcroy, Gay-Lussac, Berze-^ lius , Vauquelin , l'examinèrent successivement , ainsi que ses combinaisons. Aujourd'hui cet acide est un des mieux connus. - Il s'obtient de la manière suivante.
On prend une grande fiole à médecine ou mieux un matras ; on y introduit 225 parties de mercure métallique et 376 d'acide sulfurique à 66°. On place ce matras sur une grille ou sur un bain de sable ; on y adapte un tube de Welter, c{ui va plonger dans un flacon à deux tubulures contenant une petite quantité d'eau destinée à laver le gaz. On adapte à la se-i-
6l4 MANUEL
conde tubulure du flacon un tube de sûreté' à double courbure, qui se rend dans le premier flacon à moitié rempli d'eau. Ce flacon peut être suivi de plusieurs autres, selon les quantite's d'acide que l'on veut obtenir, et celles du métal et d'acide sulfurique que l'on emploie. L'appareil étant ainsi disposé , on ferme toutes les jointures avec du lut préparé avec de la farine de graine de lin et de la colle de pâte Quand le lut est bien sec, on chauff'e doucement d'abord, et l'on augmente graduellement la température.
L'acide sulfurique , en contact avec le métal, se décompose en partie; il cède une parlie de son oxigène au mercure, passe à l'état d'acide sulfureux, se dégage, arrive dans le premier flacon, où il se lave d'abord en se dissolvant en partie. (L'eau de ce premier flacon, quoique chargée d'acide sulfureux, sert toujours au lavage.) L'acide , ainsi lavé , va se dissoudre dans les flacons suivans qui composent l'appareil. Quand l'eau de ces flacons est saturée de gaz , et qu'elle refuse d'en dissoudre de nouvelles quantités, on démonte l'appareil; on enlève l'acide, on l'introduit dans un flacon bouché à l'émeri , et on le place dans un endroit dont la température est peu élevée. Si l'on veut se procurer l'acide sulfureux à l'état de gaz , on doit employer un appareil consistant en un matras suivi d'un flacon de lavage auquel est adapté un tube à recueillir les gaz : l'extrémité de ce tube doit plonger dans une cloche pleine d'eau.
L'acide sulfureux peut aussi s'obtenir à l'aide de l'acide sulfurique, en employant, au lieu de mercure , de la sciure de bois, du charbon, des matières organiques, en se servant de l'appareil que nous avons décrit-, mais l'emploi du mercure est préférable, parce qu'il ne donne pas lieu, comme les substances que nous venons de nommer , à des produits qui altèrent la pureté de l'acide obtenu : en outre, le résidu salin provenant de la première opération , le sulfate de mercure peut être employé par le pharmacien à la préparation des chlorures de turbith minéral, du mercure, du cyanure de mercure , etc.
On prépare encore l'acide sulfureux en faisant brûler du soufre, et en dirigeant sur lui un courant d'air pour entretenir
DU PHARMACIEN. 6l5
la combustion : c'est ainsi que l'on préparc l'acide sulfureux gazeux qu'on emploie au blanchiment des laines, des soies, celui destiné au traitement de la gale, et que l'on administre sous les noms de bains on fumigations sulfureuses , Le mode d'administration de ce procédé gazeux est si simple , que tous les pharmaciens pourraient administrer ces fumigations. Toute l'opération consiste à faire brûler dans une boîte construite exprèsune certaine quantité de soufre , qui passe à l'état de gaz acide sulfureux , qui est en partie absorbé par le malade que l'on expose à l'action de cette vapeur acide , en ayant soin de lui tenir la tête hors de la boîte. MM. D'Arcet et Gales ont porté dans la construction des boîtes destinées à cet usage toute la perfection que l'on peut désirer dans un semblable appareil. ( V. Journ. de Pharm. , 1818 , p. ï 10. )
D'après des résultats certains, ou a reconnu que looo gram. de soufre pouvaient fournir , par leur combustion , 698 litres de gaz acide sulfureux , que l'on pourrait condenser et dissoudre dans 19 litres d'eau. L'acide ainsi préparé peut servir au traitement de la gale , au blanchiment des chapeaux de paille, etc. , etc.
L'acide sulfureux gazeux est permanent, invisible, d'une pesanteur spécifique de 2,234. (Thénard.) Il a une odeur piquante qui est bien connue ; elle est semblable à celle que l'on ressent lorsqu'on enflamme le soufre qui se trouve placé aux extrémités des petits fragmens de bois que l'on nomme allumettes. Ce gaz détruit les couleurs bleues végétales , excite l'éternuement, resserre la poitrine , suffoque les animaux qui le respirent ; exposé à une forte chaleur , il ne se décompose pas ; séparé au moyen du chlorure de calcium de l'eau qu'il entraîne avec lui , il se liquéfie par le simple refroidissement, causé par le mélange de deux parties de glace et d'une partie de sel marin. Ainsi obtenu, l'acide sulfureux est incolore, limpide, jouissant de la propriété d'entrer en ébullition à 10° au-dessus de zéro. Yersé sur la main , il se volatilise complètement en produisant un froid des plus vifs.
M. Bussy, qui fit la découverte de la propriété dont jouit cet
6l6 MANUEr,
acide anhydre de se volatiliser lapidetnent, eut l'heureuse ide'c d'examiner quel était le degré de froid produit par la vaporisation de cet acide; il reconnut que ce degré était tel, ■qu'il pouvait déterminer presque instantanément la congélation du mercure. L'acide sulfureux dissous dans l'eau lui communique ses propriétés. Cette solution détruit les couleurs bleues végétales , a une saveur qui est la même que celle du gaz sulfureux , une odeur semblable à celle que fournit une allumette qui brûle, etc. Cet acide est employé, comme nous l'avons déjà dit, au traitement des maladies cutanées, au mutage des sucs, sirops, vins, etc.; uni aux bases, il forme des sels auxquels on donne le nom de sulfites.
Les accidens qui arrivent lorsqu'on respire le gaz acide sulfureux peuvent être en partie calmés par l'ammoniaque, qui doit être respirée , mais avec précaution. On peut aussi , dans le même cas, prendre à l'intérieur 5 à 6 gouttes de cet alcali dans un verre d'eau sucrée. Dans plusieurs cas , nous avons vu ce remède réussir parfaitement , et soulager de suite le malade (i). Sur nous-même , cet eau alcaline a eu le meilleur succès.