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ACIDE SULFURIQUE

Acide vilrioliquc , Huile de vitriol.

Cet acide , bien plus important par ses nombreux usages que tous ceux dont nous avons examiné la nature et les pro-^priétés ,, est, comme son nom l'indique , une combinaison de soufre et d'oxigène , dans la proportion de loo de soufre et de 149,16 d'oxigène. On le trouve abondamment dans la nature, combine aux bases : on l'a rencontré depuis peu en par-

(i) Dans les fabriques d'acide sulfurique, dans !os lieux ou l'on emploie la apeur dn soufre :iu blaneliîment des laines , des soies , de la colle de poisson,

on se trouve quelquefois expose J( rrsjwrer ce f^az de manière 'à être foitc-

mcnt indispose.

lie à l'état libre dans l'eau du Rio Vinagro , dont l'acidité avait déjà été remarquée par de célèbres voyap,eurs.

On se procurait autrefois cet acide en distillant du sulfate de fer. Plus tard on procéda à sa fabrication en brûlant du soufre dans de grands ballons. Enfin on vint à opérer cette combustion dans des chambres de plomb, ayant upe capacité de 5 à 20,000 pieds cubes : c'est à l'aide de ce moyen, qui a reçu de nombreux perfectionnemens, dont quelques-uns sont seulement connus des auteurs, des manufacturiers, que l'on prépare l'acide sulfurique que l'on trouve dans le commerce, et qui est employé pour la préparation des produits chimiques et dans vme foule d'arts.

Le pharuïacien ne préparant pas l'acide sulfurique , nous rendrons compte en deux mots de sa fabrication en {^rand , nous réservant de nous étendre sur les moyens à employer pour purifier cet acide , et le rendre propre à l'usai^e médical. La préparation de l'acide sulfurique consiste, 1°. à faire brûler le soufre, soit seul, soit avec 738 part, de nitrepour cent dans une chambre composée d'une charpente en bois doublée d& lames de plomb soudées entre elles et formant une chambre close ; 2°. à condenser les vapeurs acides par de l'eau à l'état gazeux , que l'on fait jaillir avec force ; 3°. enfin, à introduire dans la chambre de plomb de l'air à mesure qu'il en est besoin. On recueille le produit de la condensation lorsqu'il marque 3o à ^0° ; on le fait concentrer dans des chaudières de plomb, on continue la concentration jusqu'à ce que l'acide marque 5o°; on l'introduit alors dans des chaudières de platine ou dans des cornues de vejrre placées sur un bain de sable , où l'on en réunit une vingtaine , et l'on procède à la distillation pour porter l'acide à 66°, degré auquel il doit être amené , pour pouvoir être mis dans le commerce.

On remplace, dans la fabrication de l'acide sulfurique, le ïîitre par du gaz nitreux qui provient de la décomposition de l'acide nitrique au moyen de quelques corps combustibles. On a profité de l'emploi du gaz niireux pour préparer avec plus d'économie certains sels ou oxides métalliques; enfin de

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l'acide oxalique , acide qui est employé dans les arts, et qui nous est encore fourni, en grande partie, par les Anglais.

Ainsi concentré, cet acide peut être employé dans la plupart des opérations des arts; mais il n'est pas pur, il contient encore des substances étra.n§ères { des sulfates de chaux , de for, de plomb, quelquefois même des traces de sel de platine). Ce sel provient du vase où l'acide est concentré. Il a donc besoin d'être purifié. On emploie pour cela le moyen suivant.

On introduit dans une cornue de verre lutée, non tubulée , et ai» moyen d'un entonnoir à longue tige , de l'acide sulfurique concentré, en ayant soin de n'en mettre qu'aux deux tiers de ce vase. On fait entrer dans la cornue quelques grains de verre ou de petits fils de platine ; on adapte à ce vase un grand ballon , dont le col doit être assez large pour que le bec de la cornue puisse arriver jusque dans le milieu de ce vase. On met dans ce ballon une petite quantité d'acide sulfurique pur, et l'on joint la cornue et le ballon. La cornue doit être placée sur une grille de fil de fer faite exprès pour recevoir la cornue ; cette grille est supportée par un fourneau muni de son laboratoire , sur lequel elle repose; on couvre la cornue avec le dôme, et l'on dispose le ballon récipient sur un bain de sable susceptible d'être échauffé par un fourneau; on met du feu dans le fourneau où est placée la cornue , et dans celui qui supporte le bain de sable ; on continue le feu d'une manière progressive , afin de porter l'acide sulfurique à l'état de vapeurs ; ensuite on entretient le feu convenablement. Quand la distillation de l'acide a été opérée aux trois quarts , on laisse refroidir l'appareil, on le démonte , on retire du ballon l'acide sulfurique pur, qui doit être blanc, ne donner aucun précipité par les alcalis en excès, ni laisser de résidu par l'évaporation.

Le but que l'on se propose en recommandant de placer un peu d'acide au fond du ballon , est d'empêcher l'acide sulfurique distillé de déterminer la fracture de ce vase en l'échauffant trop rapidement.

■ C'est aussi pour éviter des soubresauts , qui pourraient eau-

ser la rupture de la cornue , et pour déterminer la vaporisation d'une manière plus rapide , que l'on recommande de placer au fond de la cornue des fils de platine tournés en spirale (i).

L'acide sulfurique pur doit être conservé dans un flacon bouché à l'émeri. S'il était placé dans un flacon non fermé, il s'affaiblirait en absorbant une portion de l'eau répandue dans l'atmosphère ; il se noircirait aussi par la carbonisation des matières qui flottent dans l'air ; placé dans un flacon fermé avec un liège , il détruit le bouchon , prend une couleur noire , et passe à l'état d'acide sulfurique impur. Si , pour la purification de l'acide sulfurique, on employait, ce qui serait très facile, une cornue et un ballon de platine, l'opération serait de beaucoup simplifiée ; on n'aurait qu'à introduire l'acide dans la cornue , y ajuster le ballon , et le placer sur une grille , pousser à la distillation , et refroidir le ballon métallique , en faisant tomber sur ses parois une masse d'eau assez considérable pour déterminer le refroidissement de l'acide qui passe à la distillation.

La combinaison du soufre avec l'oxigène , dans les proportions nécessaires pour produire de l'acide sulfureux , s'opère avec la plus grande facilité. Il n'eu est pas de même pour l'acide sulfurique; si l'on brûle du soufre à l'air libre, on obtient de l'acide sulfureux mélangé d'une petite quantité d'acide sulfurique. Cette manière de se conduire du soufre pendant sa combustion a dû demander des recherches , afin de pouvoir, en brûlant le soufre, le convertir, non en acide sulfureux , mais en acide sulfurique.

C'est à Lemery et à Lefèvre que l'on doit les premières idées qui , perfectionnées par la suite , ont donné naissance à de nouveaux produits et à de nombreuses manufactures.

(i) Nous avons prescrit l'emploi des cornues non tubule'es, à cause de la difFërence dVpaisseur des parois de la cornue et de celles de la tubulure. Souvent cette différence d'e'paibseur donne lieu à la fracture des Tases employés aux opérations pharmaceutiques qui demandent le concours de la chaleur.

La théorie de la formation de l'acide sulfurique dans les chambres de plomb a été expliquée par plusieurs chimistes, MM. Clément et Desormes , Gay-Lussac et Gauthier de Claubry. Les premiers , M^L Clément et Desormes, pensent que les gaz acide sulfureux et nitreux , mêlés ensemble , réagissent Van sur l'autre à l'aide d'une petite quantité d'eau ; que de cette réaction il résulte une combinaison nouvelle d'acide sulfurique , de deutoxide , d'azote et d'eau ; que , lorsque la dissolution de cette combinaison a lieu , le deutoxide d'azote se sépare , reprend dans l'air une nouvelle quantité d'oxigène pour passer de nouveau à l'état de gaz acide nitreux , qui , se trouvant en contact avec l'acide sulfureux , détermine la formation du même combiné , qui se conduit de la même manière ; que ces réactions se continuent «dans les chambres où se prépare l'acide sulfurique, jusqu'à ce qu'il y ait épuisement total de gaz sulfureux , ou de l'oxigène venant de l'air contenu dans les chambres, ou que l'on y fait passer par des ouvertures pratiquées dans ce but.

M. Gay-Lussac ne pense pas que les cristaux qui résultent de la réaction dont nous venons de parler sont des composés d'acide sulfurique , d'eau et d'oxide d'azote ; il les regardé comme composés d'acide sulfurique, d'eau et d'acide nitreux. Il se fonde, pour émettre celte opinion, i°. sur ce qu'en remplissant le ballon qixi les contient de gaz carbonique, versant ensuite de l'eau , l'on voit des vapeurs rouges se développer; 2°. sur ce que l'acide sulfurique hydraté versé dans l'acide nitreux anhydre , en précipite à l'instant des cristaux de même nature. En admettant cette manière de voir, l'opinion de M. Thénard est qu'il faudrait reconnaître que l'acidification de l'acide sulfureux s'opère aux dépens de l'oxigène de l'air sous l'influence de la vapeur d'eau et de la vapeur nitreuse, et qu'au moment où l'on ajoute de l'eau , une partie de l'acide nitreux se dégage en raison de la chaleur produite, tandis que l'autre serait ti-ansformée en acide nitrique et en deutoxide d'azote. M. Gauthier de Claubry , dans un mémoire lu à l'Institut, en i83o ( ^. le Journal de Chimie médicale.

t. VI, p. 684 ), a dcmontre que dans la réaction de l'acide sulfureux, de l'acide hypo-nitrique (le gaz rutilant) et de l'eau , il se décompose une partie d'acide hypo-nitrique avec dégagement d'azote , tandis que l'acide sulfurique produit se combine avec l'acide iiitreux et l'eau pour former des cristaux.

L'acide sulfurique pur est blanc , liquide , d'une consistance oléagineuse ; il rougit fortement la teinture de tournesol ; son pojds spécifique , lorsqu'il est très pur , est de i,85o. A cet état, il retient encore une petite quantité d'eau qu'on n'a pu lui enlever ; c'est un caustique très violent qui désorganise sur-lc-cliamp les matières végétales et animales. A 10 et à 12° sous zéro , il se congèle; à une température élevée, il bout et passe à la distillation ; à un degré de chaleur plus élevé, dans un tube de porcelaine d'un petit diamètre, il se décompose, et se transforme en acide sulfureux et en gaz oxigène.

I/acide sulfurique est employé dans un grand nombre de préparations médicales. Mêlé à l'alcool , il forme l'eau de Rabel ; il détermine la formation de l'éther. Cet acide fait partie constituante des sulfates employés en Médecine ; il sert à préparer les acides hydro - chlorique , nitrique, tarlrique , le phosphore. On s'en sert en Métallurgie, dans le blanchiment, pour préparer les sulfates de soude, de cuivre, €tc. j mais on emploie, dans la plupart de ces cas, l'acide sulfurique du commerce.

Les premiers secours à donner contre les accidens causés par l'introduction de l'acide sulfurique dans l'économie animale , consistent dans l'administration des solutions alcalines. La magnésie peut être employée avec succès. Pour éviter les dégagemens de chaleur qui se manifestent lorsque l'acide concentré se mêle à l'eau, quelques praticiens conseillent d'administrer la magnésie en suspension dans de l'huile. (Gabriel Pelletan.)

Les réactifs qui servent à faire reconnaître l'acide sulfurique doivent être connus du pharmacien , cet acide servant à

falsifier le vinaigre , dont il augmente l'acidité (i). Ces réactifs sont , Teau , l'acétate , l'hydro-chlorate et le nitrate de baryte. Ces solutions, versées dans un vinaigre ou dans un liquide quelconque contenant de l'acide sulfurique ou même un sulfate soluble , déterminent la formation d'un précipité blanc (le sulfate de baryte) qui est insoluble dans l'eau et dans l'acide nitrique concentré. Ce précipité , recueilli sur un filtre, lavé, séché, et chauffé ensuite dans un creuset avec une petite quantité de charbon , fournit un sulfure qui , traité par l'eau, puis par l'acide nitrique ou hydro-chlorique , donne naissance à des sels , le nitrate ou l'hydro-chlorate de baryte faciles à reconnaître. ( Vojez le chapitre des sels. )

Le charbon , à l'aide de la chaleur , peut aussi faire distinguer cet acide ; il le décompose en lui enlevant une portion de son oxigène , en donnant naissance à de l'acide carbonique , et en mettant à nu de l'acide sulfureux que l'on reconnaît à son odeur particulière.

Il est souvent utile pour le pharmacien de connaître les quantités réelles d'acide sulfurique à 66° contenues dans ses différens mélanges avec l'eau. La table suivante, dont les divisions sont dues à Vauquelin , et les subdivisions à M. D'Arcet, indique quelles sont les quantités d'eau à ajouter à l'acide sulfurique à 66° pour le faire passer aux différens degrés marqués par l'aréomètre , et la pesanteur spécifique de ces mélanges.

(i) CeUe falsiflcation a été prévue par les lois, et des instructions sur les moyens de la reconnaître ont été publiées.

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