COMBINAISONS DES OXACIDES AVEC LES BASES
ANTIMONIATES.
On a donné le nom d^antimoniates aux combinaisons qui résultent de l'union de l'antimoine avec les bases salifiables ; le seul antimoniate employé dans l'art médical est l'antimoniate de potasse.
(1) Journal de Physique, t. LXI.
(2) Voyez l'article Crislallisalion, dans l'ouvrage de M. Haûy.
(3) Nous avons placé les sels par ordre alphabétique. Cet ordre , quoique ])ca méthodique , nous a paru le plus convenable par la facilité qu'il présente à relève.
6g6 MANUEL
ANTIMONIATE DE POTASSE.
Antimoine diaphorétiqne lavé.
Ce produit, qui était autrefois très employé' dans l'art me'di— cal, mais qui ne l'est plus guère aujourd'hui , s'obtient de la manière suivante : on prend une partie d'antimoine me'tallique pur , on le re'duit en poudre très fine , on le mêle avec une partie et demie de nitrate de potasse aussi pulvérisé ; lorsque le mélange est fait , on l'introduit dans un creuset, on place ensuite ce vase dans un fourneau contenant du charbon allumé, on chauffe au rouge pendant une heure ; on laisse refroidir , on enlève la matière du creuset , on la pulvérise , et l'on traite par l'eau bouillante, continuant le lavage jusqu'à ce que le liquide qui sert à faire ce traitement soit insipide. On jette alors sur un filtre , on laisse égoutter et l'on réduit en trochisques que l'on fait sécher. Voici ce qui se passe dans cette opération. Le nitrate de potasse et l'antimoine étant en contact à l'aide de la chaleur , l'acide nitrique du nitrate cède son oxigène à l'antimoine , et le fait passer à l'état d'acide antimonique qui se combine à la potasse. Lorsque l'on traite par l'eau , cette combinaison se divise en deux parties : l'une insoluble qui est connue sous le nom àH antimoine diaphorétique lavé y et qui est formée de 22 parties de potasse sur i^S d'acide antimonique; l'autre, soluble dans un excès d'alcali , est le résultat de la solution d'une partie de Vantimoine diaphorétique.
Ce produit se donne comme diaphorétique à la dose de 18 à 36 grains , en opiats , poudres ou pilules.
ÀRSENITES.
On appelle arsenites les sels qui résultent de la combinaison des bases salifiables avec l'acide arsenieux. Les arsenitessont reconnaissables aux caractères suivaus : chauffés dans une cornue avec du charbou, ils se décomposent, donnent nais-
sance à du gaz oxide de carbone , ou à de l'acide carbonique qui se dégage , et à l'arsenic métallique qui se sublime sur les parois de la cornue. Traité par l'acide nitrique, ils laissent déposer une poudre blanche qui est de l'acide arsenieux ; mêlés à de l'hydro-sulfate de potasse ou de soude, et à un acide en même temps, il y a décomposition, formation d'un précipité de couleur jaune, orpinoxx orpiment, sulfure d'arsenic; dissous et versés liquides dans la dissolution de sulfate de cuivre , il y a formation d'un précipité de couleur verte , le vert de Scheele, qui, recueilli sur un filtre, lavé et séché , se précipite. Ce précipité, projeté sur les charbons ardens , se décompose en partie , en répandant des vapeurs arsenicales dont l'odeur est alliacée, effet qui est dû à de l'arsenic qui se volatilise.
ARSENITE DE POTASSE.
Liqueur arsenicale de Fo-wler,
On prépare l'arsenite de potasse de la manière suivante : on prend 5 grammes d'acide arsenieux réduit en poudre très fine, 5 grammes de sous-carbonate de potasse pur obtenu de la décomposition du tartre à l'aide du nitre ; ou introduit ces deux substances dans un xnatras, et l'on y verse 5oo grammes d'eau distillée; on agite pour mêler, et l'on fait bouillir le tout jusqu'à ce que l'acide arsenieux ait disparu et se soit dissous dans l'eau. Quand la dissolution est terminée , on retire le feu de dessous le matras , et on laisse refroidir la liqueur. Loi-squ'elle est descendue à la température ordinaire , on y ajoute i6 parties d'alcool de mélisse composé; on tare un flacon, et l'on y verse la liqueur, à laquelle on ajoute de l'eau pour que le tout pèse exactement 5oo grammes; alors on bouche le flacon , et on le conserve dans un endroit fermé à clef.
Cette liqueur étant un poison très violent , on ne doit la délivrer qu'avec de grandes précautions, no. gouttes , qui pèsent 25 décigram. ( 5o grains ) , contiennent 5 centigram. ( i grain) d'arsenite de potasse.
6g8 MANUEL
; Les réactifs qui servent à faire reconnaître l'arsenite de potasse sont les mêmes que ceux mis en usage pour reconnaîtreles autres arseuites solubles (t). Pour obtenir l'arsenite de potasse à l'état sec, et en retirer l'arsenic métal, au moyen du charbon et de la chaleur , on fait évaporer le liquide jusqu'à, siccité; puis on traite le résidu par du charbon en se servant d'un tube de verre fermé par l'une de ses extrémités , ou bien d'une cornue.
Notre confrère , M. Guibourt , dans un article publié dans le Journal de Chimie médicale , t. I , p. aSo, donne la formule suivante, qui est celle de la Pharmacopée rojale de Londres , pour obtenir de l'arsenite de soude contenant -^^ de son poids d'acide arsenieux. Acide arsenieux , en nouveaux poids métriques, 70 grains; sous - carbonate de potasse, 76 grains ; eau distillée , i livre ; esprit de lavande composé , demi-once. Le tout réduit à i livre.
Le même auteur a fait connaître la formule suivante , qui peut être mise en usage pour obtenir la liqueur de Fovvler , contenant -jjj , 4 grains d'acide arsenieux par once , ou demigrain par gros. Acide arsenieux, 64 grains métriques; souscarbonate de potasse pur , 64 grains ; eau distillée, i livre; alcoolat de lavande , 4 gros. Le tout réduit à i livre.
La liqueur de Fowler est quelquefois employée comme médicament; on la donne à la dose de 5 à 10 gouttes : c'est au praticien à juger si les quantités doivent être augmentées ou diminuées. Le pharmacien doit , lorsque ce médicament est prescrit , garder l'ordonnance d'après laquelle il a délivré ce médicament.
BORATES.
On appelle borates les sels qui résultent de la combinaison de l'acide borique avec les bases salifiables. Les caractères dis-
(1) L'examen du résidu, faii à l'aide du muiiatc de platine, fait couuaître si Pacidc était combine à la potasse ou h la soude.
tinctifs des borates solubles sont les sulvans : dissous dans l'eau, et Iraite's par les acides hydro-chlorique, nitrique et sulfurique, ils sont décomposés; l'acide borique mis à nu se dépose sous forme de lames micacées , blanches nacrées. Cet acide a besoin d'être lavé pour être à l'état de pureté.
Chauffés dans une cornue de verre avec l'acide sulfurique , les borates se décomposent; l'acide sulfurique s'unit aux bases, met à nu l'acide borique , qui se sublime sous forme de lames blanches brillantes ; ces lames s'attachent aux parois de la cornue! Le borate de soude est le seul qui soit employé , encore l'est-il plus dans les arts que dans l'usage pharmaceutique.