SULFATE DE POTASSE
Specificum purgans , Arcanum duplicatum , Sel duobus , Sel polichreste de Gloser, Deuto-sulfate de potassium.
Le sulfate de potasse est le résultat de la combinaison de
(i) Quelques personnes pensent que le sulfate de raorpLiue n'est pas aussi calmant que l'acetHle. Des expériences, (ju'il serait bon de repéter, ont démontré le conlrairc de cette assertion.
l'acide sulfurique avec la potasse, dans la proportion de 47 > ï o
d'acide, et de §2,90 de potasse. (Berzélius.)
Ce sel est un de ceux qui furent les premiers connus par les chimistes. On l'appela long-temps farfre vitriolé, nom qu'il conserva jusqu'en 1787. Depuis cç temps , il a e'te' désigné par le nom de sulfate de potasse dans les prescriptions médicales. Le secret de la préparation de ce sel, obtenu du résidu de la décomposition du nitrate de potasse par l'acide sulfurique , fut payé, en 1763, 5oo dollaiTS par un duc de Holstein. Ce sel était alors regardé comme un remède contre un grand nombre de maladies , et notamment contre les calculs, la fièvre et le scorbut (i).
Ce sel peut être préparé directement , en combinant le souscarbonate de potasse, obtenu de la décomposition du nitre par le charbon , avec l'acide sulfurique , filtrant la liqueur saturée et la faisant évaporer jusqu'à ce qu'elle laisse apercevoir une légère pellicule à sa surface, portant cette liqueur dans un lieu où elle puisse se refroidir lentement , pour obtenir une cristallisation régulière. Au bout de quelques jours, la cristallisation est terminée; on décante l'eau-mère , on enlève les cristaux, qu'on lave avec de petites quantités d'eau distillée , et l'on réunit l'eau de lavage aux eaux-mères, qu'on fait évaporer pour obtenir de nouveaux cristaux.
Si le sulfate de potasse obtenu d'une première cristallisation était coloré , on le ferait dissoudre dans l'eau distillée, on y ajouterait une petite quantité de noir animal purifié par l'acide hydro-chlorique , et l'on ferait bouillir ; on filtrerait, et l'on ferait évaporer et cristalliser, comme nous l'avons dit précédemment.
On peut encore se procurer ce sulfate en se servant du sulfate acide de potasse , qui reste dans la cornue lorsqu'on opère la décomposition du nitrate de potasse par l'acide sul-
(1) Les sels purgatifs pourraient Lien être des me'dicainens utiles à em- [iloyer contre les calculs de la vessie.
furique , pour obtenir l'acide nitrique. A cet effet , on fait dissoudre dans de l'eau le résidu provenant de cette e'vaporalion , et l'on y ajoute une quantité de sous-carbonate de potasse pur, a6n de saturer l'excès d'acide. On filtre la liqueur saturée , et l'on continue l'opération comme nous l'avons indiqué plus haut (i).
Le sulfate de potasse est un solide blanc, cristallisant en pyramides hexaèdres , ou en prismes très courts, ayant 6 pans ; ces prismes sont terminés par une ou plusieurs pyramides à 6 faces. Cette forme peut varier, lorsque la cristallisation a été troublée, ou lorsqu'elle n'a pas eu lieu dans les mêmes circonstances. La saveur du sulfate de potasse est amère, désagréable. Il estsoluble dans 16 part, d'eau à i6°; plus soluble à chaud; il n'exige que S parties de ce liquide à la température de 1 00** centigr. La solution faite à chaud cristallise promptement et par refroidissement.
Exposé à l'air , il ne s'altère pas ; exposé à l'action de la chaleur, il se brise, se réduit en petits fragmens, et fait entendre le petit bruit qu'on a nommé dêcrépitation ; porté à la chaleur rouge, il diminue de poids sans éprouver de décomposition.
Ce sel est employé en Médecine comme purgatif.
Les caractères qui peuvent le faire reconnaître sont : 1°. sa forme, a**, sa manière de se conduire avec la chaleur, 3°. l'emploi de divers réactifs. Le charbon , à l'aide de la chaleur, le convertit en sulfure de potasse. L'acide tartrique le décom pose, et forme avec une partie de sa base de la crème de tartre. Il est précipité par le muriate de platine , décomposé par les sels de baryte ; il donne lieu , dans ce dernier cas , à du sulfate de baryte qui est insoluble.
ft) Le sulfate de potasse obtenu par ce dernier moyen nous a paru retenir quelquefois une certaine quantité de nitrate de potasse. Ce sel avait-il échappe' il l'action de l'acide suifuiiquc? ou une quantité d'acide nitrique, mise à nu, n'avait-cUc pu se dégager?
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SDLFATE DE QUININE.
Ce sel est le résultat de la combinaison de la quinine ( alcali végétal ) avec l'acide sulfurique. On peut roblenir à l'aide de divers procédés; celui indiqué par M. Henry fils étant plus économique , est presque le seul usité , et il a valu, à ce jeune chimiste, un prix qui lui fut décerné eu séance publique par l'Académie des Sciences. Ce procédé a été modifié par quelques praticiens ; mais ces modifications laissent toujours la priorité à M. 0. Henry.
Procédé de M. Henrj. On prend 2 kilogrammes (4 livres) de quinquina jaune réduit en poudre, i5 kilogr. ( 3o livres ) d'eau à laquelle on a ajouté d'avance 128 grammes ( 4 onces ) d'acide sulfurique à 66°. On met la poudre dans une bassine de cuivre ; on ajoute un peu d'eau; on fait une pâte à l'aide d'une spatule de bois; on délaie cette pâte dans le reste du liquide ; on place la bassine sur un fourneau allumé , et l'on porte à l'ébullition. Au bout d'une heure, on laisse déposer la décoction acide ; on passe à travers une toile ; on traite le résidu par une nouvelle quantité d'eau acidulée bouillante , et l'on passe de nouveau. On répète les traitemens juàqu'à ce que le quinquina soit épuisé, ce qui s'aperçoit,. parce que la liqueur n'est plus amère. L'opération étant terminée et le quinquina étant épuisé, on réunit toutes les décoctions, on y ajoute du lait de chaux on quantité convenable pour saturer l'excès d'acide contenu dans la liqueur, La quinine et la cinchonine, mises à nu par la chaux, se précipitent avec le sulfate de chaux et l'excès d'alcali ajouté. On recueille les précipités sur une toile tendue , que l'on a mouillée d'abord, en ayant soin de ne pas perdre du précipité. Les eaux de lavage , contenant encore de l'alcali végétal , doivent être légèrement acidulées, pour éviter l'action de la chaux sur la quinine. On les fait ensuite évaporer aux deux tiers de îeur volume, et on les décompose par un excès de chaux. On réunit le pi'écipité au premier , et on le lave jusqu'à ce que l'eau
de lavage soit incolore et insipide : on le met ensuite à cgoutter ; lorsqu'il est ëgoutte' , on le fait se'clier à l'e'tuve. Le précipite' sec est réduit en poudre ; celle-ci est mise cii digestion avec de l'alcool à 36°. On épuise par ce véhicule à plusieurs reprises , facilitant la solution de la quinine et de la cinchonine dans l'alcool , par l'action de la chaleur , tout en prenant des précautions pour que l'élévation de température ne cause pas la volatilisation d'une grande quantité du liquide employé. Lorsque l'alcool n'enlève plus rien au précipité, on réunit les liqueurs alcooliques, on les laisse déposer, on les décante , on filtre les dernières portions , puis on introduit ces liqueurs dans le bain-marie d'un alambic. On soumet à la distillation pour retirer les trois quarts de l'alcool ; on de'monte ensuite l'appareil , et l'on trouve dans le bain-marie la quinine mêlée de cinchonine. Ces produits ont l'apparence d'une matière résineuse ; ^ sont baignés par une petite quan-» tité d'un liquide louche alcalin , ayant une saveur amère. On décante le liquide; on ajoute de l'eau aiguisée d'acide sulfurique, en ayant soin de ne mettre de cet acide que dans les proportions convenables pour qu'il ne soit pas en excès ; on fait chauffer. (On se sert d'un papier de tournesol, pour reconnaître si la liqueur est neutre.) Le sulfate formé se précipite par refroidissement. On traite ensuite ce sulfate ainsi précipité et qui a été exprimé, par de l'eau; on ajoute une petite quantité de charbon animal lavé à l'acide hydro-chlorique. Après quelques minutes d'ébullilion , on filtre le liquide bouillant ; ce liquide laisse déposer par refroidissement le sel de quinine. On laisse égoutter les cristaux , qui retiennent une {grande quantité d'eau; on les met ensuite à sécher dans une étuve chauffée de 25 à 3o°, et entre des feuilles de papier à filtrer ( papier Joseph ).
On retire une nouvelle quantité de cristaux, des eaux-mèVee, qui ont été décolorées par le charbon.
On obtient du liquide qui reste dans le bain-marie , avec la matière visqueuse, une petite quantité de sulfate de quinine. A cet effet, on sature par l'acide sulfurique ; oa fait évapo- Tome II. 5o
rer à moitié ; on ajoute ensuite du charbon animal ; on fait bouillir quelques instans ; on filtre le liquide bouillant ; par refroidissement , on obtient des cristaux , que l'on traite comme nous venons de le dire plus haut.
Les eaux-mères contiennent en outre du sulfate de cinchonine. On en retire cette substance par le procède' qui sera décrit lorsque nous traiterons de la cinchonine.
Les précautions suivantes doivent être prises dans la préparation du sulfate de quinine (i) : i°. il faut avoir soin de tenir les liqueurs parfaitement neutres pendant tout le cours de l'opération , afin que la cristallisation puisse s'opérer avec facilité ; 2°. on doit décolorer les liqueurs avec le charbon animal ; 3°. il faut conserver les filtres et les papiers qui sont imprégnés de sulfate de quinine ; on en retire cette substance en les mettant tremper dans de l'eau acidulée et en précipitant ensuite par la chaux. On peut aussi se servir de l'acide hydro-chlorique , au lieu d'acide sulfurique , pour préparer la quinine et le sulfate de quinine.
Lorsque l'on prépare des teintures , des extraits , des vins , des infusions et décoctions de quinquina , on doit conserver les résidus pour les traiter par le procédé de M. Henry , et en obtenir de la quinine. Le traitement des résidus de quinquinas, prescrit plus tard par divers chimistes et notamment par M. Bernadet , avait été pratiqué pour la première fois dans le laboratoire de M. Boullay , par l'un de nous. Les quantités de sulfate obtenues en suivant le procédé indiqué ( à cette époque ) par MM. Pelletier et Caventou, furent assez considérables et fournirent des résultats très avantageux.
Nous avons dit plus haut que le procédé de M. Henry avait été modifié; voici les modifications que l'on y a apportées : au lieu de soumettre seul à la distillation l'alcool qui a servi à épuiser le précipité obtenu par la chaux , on a proposé d'ajouter à cet alcool de l'acide sulfurique faible jusqu'à ce qu'il
(i) Journal de Pharmacie , jnillet i8ai.
y en ait un léger excès. Le but que l'on se propose dans ce cas est d'enipèclier la combinaison de la matière grasse avec la quinine ; on procède ensuite à la distillation pour retirer l'alcool, et l'on purifie, comme on l'a dit, le sulfate de quinine que l'on obtient pour résidu , et qui est mêlé à la matière grasse insoluble dans l'eau.
Plusieurs chimistes , parmi lesquels on doit citer MM. Guilbert, Henry, Cassola , se sont occupés de Textraction du^lfate de quinine, et ils ont cherché à obtenir ce sel économiquement, sans employer l'alcool; mais jusqu'à présent aucun d'eux n'a obtenu de résultats bien satisfaisans.
On a observé que la quinine pouvait se combiner en deux proportions avec l'acide sulfurique , et qu'il en résultait deux sels distincts , par la forme cristalline, par la solubilité, etc. Le premier de ces sels, le sulfate neutre , est blanc , en aiguilles soyeuses , peu soluble dans l'eau fVoide , plus so lubie dans l'eau bouillante , entièx'ement solublfe dans l'eau aiguisée d'acide sulfurique et dans l'alcool, phosphorescent à la température de 100**. Le deuxième, le sulfate acide ^ est plus soluble dans l'eau ; il affecte la forme de prismes aiguillés d'un plus grand'volume que ne le sont les cristaux de sulfate neutre. Ce sel se forme, lorsque l'on ajoute à la quinine qui doit être amenée à l'état de sulfate, une trop grande quantité d'acide sulfurique ; alors il reste dans l'eau-mère , mêlé au sulfate de cinchonine : on parvient à le faire cristalliser en ajoutant a la liqueur un peu de chaux, ou bien encore du charbon animal non lavé à l'acide hydro'-chlorique. L'excès d'acide sulfurique se combine à la chaux ajoutée ou à celle qui existe dans le charbon animal à l'état de carbonate ; il y a formation d'un sulfate de chaux insoluble. On sépare ce sel du stiKate de quiiaine, en traitant par l'eau bouillante , filtrant et faisant cristalliser.
M. Robiquet a établi que les sulfates de quinine étaient composés :