HYDRO-CHLORATE DE SOUDE
Muriate de soude, Sel gemme , Sel marin, Sel de cuisine , Sel commun
Cet hydro-chlorate, qui se trouve en plus ou moins grande quantité dans la nature, existe particulièrement en (grandes niasses dans le sein de la terre, dans les quatre parties du monde, en Poloj^ne , en Hongrie, en Allemagne, en Espagne, en Anfjleterre, en Russie, en Suisse, enfin en France, par la découverte importante qu'on a faite depuis peu d'une mine d'une étendue constdérable à Vie, département de la BTeurthe.
Le sel marin se trouve encore en solution dans un grand nombre d'eaux minérales. Celles qui en contiennent le plus sont les eaux de la mer et celles qui proviennent des sources salines. Toutes les eaux qui le contiennent en dissolution sont plus ou moins salées, selon la quantité de ce sel qu'elles contiennent.
On extrait le sel gemme, soit en morceaux, soit par solution. Si le sel est assez pur, on le livre au commerce tel qu'on le retire du sein de la terre ; s'il est impur, on le fait dissoudre , et on l'amène à l'état cristallin en faisant évaporer la dissolution.
On retire le sel des sources qui le contiennent en évaporant les liquides salés de diverses manières , selon que le sel y existe en plus ou moins grande quantité. Ainsi, 1°. on traite les liquides qui marquent 2°, 3°, 4° ? etc. , par l'évaporation spontanée. Par ce procédé, on retire le sel qui se trouve en solution dans les eaux de la mer, en exposant celles-ci au contact de l'aiï dans des bassins faits expiés, et avi contiennent une petite quantité d'eau présentant une grande surface. En opérant de la sorte , l'eau s'évapore, et l'on obtient un résidu salin qu'on met en tas, et qu'on abandonne ensuite à la tem-
85o iMANUEF.
pérature de l'atmosphère qui purifie en partie ce sel, en le privant des sels déliquescens qui y étaient mêlés. 2°. On sature de l'eau de mer en la mettant en contact avec des sables qui, après avoir été imprégnés de la même eau, sont restés exposés à l'air : ces sables se sont chargés de sel marin , mis à nu par l'évaporation de l'eau qui tenait ce sel en dissolution. On fait évaporer ensuite ces eaux saturées ; elles abandonnent le sel qu'on ramasse. 3°. On se sert du froid pour obtenir le sel. On expose à une basse température de l'eau de la mer pour la faire congeler, et l'on enlève les glaçons, qui sont à peine salés, tandis que les eaux-mères qui ont fourni la glace contiennent une grande quantité de muriate de soude. 4°« On concentre l'eau salée à bas degrés , en la faisant tomber d'une grande hauteur sur des branchages. Ces branchages divisent l'eau, qui présente alors une grande surfate à l'air , et se vaporise en très grande quantité. La partie de l'eau qui n'est pas évaporée pendant la chute se rassemble dans un bassin situé à la partie la plus basse de l'atelier. On la reprend pour la porter de nouveau au sommet du bâtiment, où elle retombe de nouveau : on continue ce manège jusqu'à ce que l'eau marque 25° à l'aréomètre des sels. On la fait alors évaporer dans des chaudières de plomb ; on recueille les cristaux qui se déposent pendant l'évaporation. 5°. Les eaux salées ayant de i5 à 25° sont évaporées directement pour en obtenir le sel et pour le verser dans le commerce.
Nous nous bornons à indiquer succinctement ces diverses opérations , attendu qu'elles ne sont pas pratiquées par les pharmaciens. Cependant, comme le sel marin obtenu par l'évaporation à l'aide de la chaleur ou par l'exposition à l'aixn'est pas assez pur pour être employé à quelques opérations pharmaceutiques, on doit le débarrasser des matières étrangères qui l'accompagnent. On agit de la manière suivante. On fait dissoudre dans Inguantité d'eau convenable du muriate de soude du commerce. Lorsque la solution est faite, on la fdtre et on la fait évaporer à une température de 8u". Pendant l'évaporation, le muriate de soude se précipite sous forme de petits
cristaux cubiques qui grossissent successivement par Tagglome'ration d'autres cristaux de même forme. On enlève ces cristaux à mesure qu'ils se forment , on les place sur un entonnoir pour les laisser égoutter , puis on les lave avec une petite quantité d'eau distillée ; on les fait se'cher, et on les conserve pour l'usage.
Ce sel , que la plupart des chimistes considèrent à l'état solide comme un chlorure, a une saveur franche qui est assez agréable. Il est soluble dans l'eau froide , un peu plus dans l'eau bouillante. Exposé à l'action de la chaleur à l'état cristallin, il décrépite , se brise en morceaux, dont les fragmens sont lancés à des distances assez grandes. A une température plus élevée , il se fond, et se réduit, lorsqu'il est chauffé au rouge , en une vapeur blanche que l'on peut condenser , et qui n'est autre chose que du chlorure de sodium qui n'a pas subi d'altération. Les cristaux de muriate de soude, exposés à l'air, ne s'altèrent pas. Si l'air est très humide , une portion d'eau se condense à leur surface ; mais lorsque l'air est sec, cet effet n'a pas lieu (i).
Ce sel est employé pour préparer la soude artificielle, les soudes du commerce; préparer le chlore et le sel ammoniac. En Médecine, on l'employait comme purgatif et excitant. C'est un antidote contre les accidens qui pourraient être causés par l'introduction des sels d'arj^;ent dans l'économie animale.
L'hydro-chloratede soude est un combiné de 45, 74 d'acide hydro-chlorique et de 64,26 de base. (Berzelius.) Le même auteur a reconnu qu'à l'état de chlorure ce combiné était formé de 59,3o5 de chlore et de ^o ,695 de sodium.
Le sel marin étant employé dans les alimens , auxquels il donne de la saveur, il serait de la plus grande utilité, sous le rapport de la salubrité , que ce sel ne fût pas mêlé de substances étrangères; il n'en est pas ainsi. Des falsificateurs qui
(1) Le sel du commerce attire l'humidité' de l'air; mais celte pioprieté est dne à la présence d'hydro-chlorales terreux qui j sont mélanges.
n'ont en vue que l'argent, n'importe comment ils l'acquièrent, mêlent à ce sel des sels de varechs contenant de l'iode , de l'iiydro-clilorate de potasse, du sulfate de soude, du plâtre, etc., etc. Toutes ces falsifications, étudie'es par l'un de nous et par M. Henry, feront sous peu le sujet d'un Me'moire qui sera inséré dans le Journal de Chimie médicale.
HTDRO-SULFATES.
Hjdro-sxilfures.
On a donné le nom A'hjdro-sulfates aux conibinaisons qui résultent de l'union de l'acide liydi'o-sulfurique avec les bases salifiables. Quelques-unes de ces combinaisons sont employées dans la Thérapeutique. La découverte de ces sels suivit celle de la propriété acide de l'hydrogène sulfuré, qui fut aperçue par Kirwan , et ensuite complètement démontrée par Berthollet. Les principaux caractères des hydro-sulfates sont les suivans: i°. ils sont tous solubles dans l'eau, et les solutions que l'on en obtient sont incolores ; elles ont une odeur d'œufs gâtés , une saveur acre , amère , très désa(>,réable ■ 2°. les hydrosulfates liquides exposés à l'action de l'air, prennent une couleur ou verte ou jaune-verdâtre ; 3°. exposés à l'action de la chaleur , ils sont tous décomposés , les uns avec dégagement d'hydrogène sulfuré et formation d'un sulfure , .les autres en laissant dégager de l'acide sulfureux , d'autres enfin en pei'dant leur acide et en passant à l'état d'oxide; 4°- traités par les acides forts, il y a décomposition, formation de nouveaux sels et dégagement d'hydrogène sulfuré (acide hydro-sulfurique) ; 5°. les dissolutions des hydro-sulfates mises eu contact avec les solutions métalliques de fer, de plomb, donnent lieu à un précipité noir; avec celle d'antimoine, à un précipité jaune-orangé; avec celle d'arsenic, à un précipité jaune; avec celle de titane et de chi'ôme , à un précipité vert ; avec celles d'é tain, des précipités jaunes ou chocolat , selon l'état d'oxidation du métal en dissolution.
Préparation des hydro-sulfates. On prépare ces sels en faisant passer dans quatre flacons (formant appareil de Voulf ), contenant de l'eau et des solutions pures prépare'es avec la potasse , la soude et l'ammoniaque , un courant d'hydrogène sulfuré, continuant de faire passer de ce gaz jusqu'à ce que les solutions alcalines soient saturées. A cet effet, on introduit dans un grand matras du sulfure d'antimoine ; on ferme ce matras à l'aide d'un bouchon qui fixe deux tubes, l'un en S, destiné à l'introduction d'un acide ;'le second tube de sûreté , courbé à angle droit, est destiné à conduire le gaz dans le premier flacon contenant de l'eau destinée au lavage de ce gaz : de ce premier flacon part un tube de sûreté qui va coryiuire le gaz dans le deuxième flacon , et ainsi de suite. On place dans le second flacon la solution de potasse , dans le troisième la solution de soude , et enfin dans le dernier flacon de l'ammoniaque. Cette disposition est nécessaire, par la raison que si l'on plaçait l'ammoniaque dans le premier ou le deuxième flacon, ce produit, volatil, passerait dans les flacons qui suivent Lorsque l'appareil est monté, on introduit de l'acide hydro-chlorique par le tube en S, et l'on chauffe jusqu'à ce qu'il ne se dégage plus d'hydrogène sulfuré. La quantité d'acide hydro-chlorique à ajouter doit être double de celle du sulfure employé : ainsi, si l'on a pris 5oo gram. de sulfure, on emploie looo gram. d'acide. Lorsque la quantité d'acide hydro-sulfurique est plus que suffisante pour saturer les bases avec lesquelles il est mis en contact , on démonte l'appareil , on enferme ensuite les produits dans des flacons à l'émeril que l'on emplit entièrement et que l'on place à l'abri de la lumière. On peut encore préparer ces hydro-sulfates isolément , en faisant passer du gaz hydrogène sulfuré lavé, dans une solution de soude , de potasse ou d'ammoniaque. Les hydro-sulfates sont peu employés dans l'usage thérapeutique; cependant , d'après quelques expériences qui ont été publiées, ces produits paraissent devoir être mis en usage à petites doses , comme contre-poisons des ^Is de plomb, et peut-être de quelques autres oxides métalliques. Ces sels sont plus usités