LE SECOND JOUR
at.s. t* 2,3°. I
lf.ctlues. < Comme à 1» page 2û.
PRIÈHCS. /
Règles pour découvrir le yic dominant, p. ÎO Règles du discernement des esprits, p. 24.
PBEJHEB EXERCICE.
Te prêtre en péché mortel
1' C'est un ouvrier infatiyable d'iniquités.
Prêtre et pécheur , ces deux mots ne portent ils pas immédiatement à l'esprit l'idée d'une série presque interminable de crimes énormes? le ministère du prêtre ne lui laisse qu'un court jnomenl pour se réconcilier, le moment qui mil le met dans la nécessité d'être de nouveau
prévaricateur, au milieu des plus saintes fonctions et en proportion de leur sainteté ; c'est dans la chute même qu'il doit s'arrêter et se relever. Plus il a de zèle , plus il outrage Dieu -, plus il arrache d'âmes à l'enfer, plus il s'y précipite ; il se lie et se garrotte ; pour ainsi dire, de tous les câbles qu'il brise. La veille d'une fête, il court au confessionnal : cent absolutions, cent péchés mortels. Le lendemain , trente absolutions, trente péchés mortels. Autant de fois il prend le ciboire, autant de fois il commet un nouveau péché mortel. Comment ose-t-il dire : Judica me, Deus... Sursùm corda... Corpus D. N. J. C. custodial animam tuam... lui mille fois digne d'anathème , toujours enfoncé dans la boue, mangeant et buvant sa condamnation !
2° C'est un traître sacrilège à Jésus-Christ.
Quel zèle aura-t-il pour la gloire de Dieu , celui qui s'est fait l'ennemi de Dieu ? Quelles grâces attirera-t-il sur les âmes , celui qui les repousse de la sienne? « Sans doute, dit Bos- « suet, les mystères que nous traitons ne perce dent pas leur vertu dans des mains impures, « et la condamnation demeure et s'accumule « sur le ministre, D'étant pas juste qu'elle
« passe au peuple ; néanmoins comme des niys» « tères profanés portent toujours quelque ma- « lédiction avec eux, autant qu'il est en nous, « nous maudissons le peuple et lui donnons « des mystères vides de grâces et pleins de « malédictions, parce que nous les lui donnons « profanés. [Fit. cl. I. Yisit.) Si le prêtre, personnifié avec Jésus-Christ par le sacerdoce, est plus qu'un roi et plus qu'un ange, dès l'instant qu'il se dégrade par le péché , surtout par le vice impur, ne réduit-il pas Jésus-Christ à l'état de Nabuchodonosor dépouillé de son manteau royal et chassé parmi les bêtes fauves, à l'état de ces anges tombés du ciel qui demandent comme une faveur d'être enfermés dans des pourceaux : Mille nos in gregem porcorum? Arrête, lui crie Jésus-Christ, ne vois-tu pas qui je suis? N'cs-tu pas mon prêtre? Ton chef est le roi des anges , mon esprit t'a marqué de son sceau, et tu vis comme une brute, tu mendies les restes des animaux immondes ! Quoi ! tu viens de manger la vie , et tu retournes à la mort î Tu t'es lavé dans mon sang, et tu vas le jeter au bourbier!
")° C'est un je ne sais quoi il? monstrueux et
Le feu réchauffe, mais il D'est pas lui-même un monceau de glaces; le soleil éclaire, mais ee n'est pas un composé de lénèbres ; l'eau purifie, mais elle n'est pas un amas d'immondices. Dans le prêtre coupable , quel horrible assemblage de qualités opposées ! 11 donne l'esprit de grâce qu'il n'a pas; pauvre, il enrichit; la couronne est sur sa tète, et le démon le tient à la chaîne ; il est la lumière du monde , et il descend rapidement vers celte région de ténèbres où l'âme ne respire qu'avec peine et n'apcrçoitque de hideux ctabominablcs fantômes; il est le père des âmes qu'il enfante à la grâce et à la gloire, cependant il est mort, le péché l'a foudroyé dans sa vie surnaturelle , sa chasuble ctsonétole ne sont qu'un fastueux linceul jeté sur un cadavre en dissolution. Frappez sur cette poitrine saeerdolale, elle ne rend plus qu'une sentence de mort, le cœur a cessé de battre ; ce que vous voyez n'est plus un prêtre, pas plus que la cendre froide qui Simule un corps au fond d'un tombeau, n'est un homme.
4° // est à lui-même son accusateur cl Sun bourreau.
Ce prêtre dépouillé de la ^ràcc , vide de Dieu,
ce prêtre séparé de son chef, décapité de Jésus- Christ , croit-on qu'il ne sente pas ce désert, ce néant qui s'est fait dans son cœur? Ce honteux fardeau qui l'opprime , croit-on qu'il n'aspire pas à en être déchargé? Quelle amère tristesse sous cette joie apparente ! quel deuil dans le secret de son âme! S'il affecte une régularité hypocrite , quelles difficultés pour se cacher, quelles alarmes ! S'il a levé scandaleusement le masque, quels sarcasmes il faut essuyer, quel profond mépris! Beau ciel, ne te verraiic jamais? Tant de victoires remportées , tant de mérites acquis, voudrais-je tout perdre, tout perdre sans retour? Mes confrères se sanctifient, ils conduisent au ciel une foule d'âmes» et moi je me damne et avec le pasteur se damnent les ouailles. Est-ce là ce qu'attendait mon respectable père . lorsqu'il se sacrifiait pour mon éducation cléricale ; nia tendre mère, lorsqu'elle remerciait Dieu de lui avoir donné un Gis prêtre? Pauvre père I excellente mère ! lils ingrat 1
HS
DEUXIÈME i:\ERClCE.
Augustin se défiatCant entre ses passions rî la grâce.
« Ainsi je souffrais et me torturais, m'accu- ■ sant moi-même nvec amertume , me rctour- « nant et me roulant dans mes liens, jusqu'acc « que j'eusse rompu tout entière celtechaincqui « ne me retenait plus que par un faible anneau, « mais qui me retenait pourtant. Et vous me « pressiez, Seigneur, auplussecretdemonâmc, « et votre sévère miséricorde me flagellait à « coups redoublés et de crainte et de honte.
« Car je me disais au dedans de moi: Alk Ions ! allons ! point de retard ! Et mon cœur « suivait déjà ma parole , et j'allais agir , et je « n'agissais pas. Et je ne retombais pas dans « l'abîme, mais j'étais debout sur le bord , et « je respirais. Et puis , je faisais un effort, et « pour arriver, atteindre, tenir, il s'en fallait « d'un cheveu , et je n'arrivais pas , et je n'ai- « teignais pas , et je ne tenais rien , hésitant à
« mourir à la mort , à vivre à la vie. Et plu?
* l'instant où mon être allait changer devenait « proche , plus il me frappait d'épouvante.
« Retinebanl nugœ migarum , et vanilas Mntt* « tatum , antique amicœ meœ , et succutiebant « vesiem mieam carneam , et submurmurabant : « Dimiltisne nos? Et à momento isto non en-
* mus tecum ultra in œternùm? Et à momento isto h non tibi licebit Hoc et Illud ultra in œternum? « Et quœ suggerebant in eo quod dixi : Hoc et « Illud, quœ suggerebant , Deus meus, averti tat ab anima servi tui misericordia tua! Quas tr sordes suggerebant ! quœ dedecora ! Déjà je ff ne les écoulais plus même à demi; et elles « ne m'ahordaient plus de front, querelleuses « et hardies; mais par de timides chuchotc- « ments murmures à mon épaule , par de fur-
* tives attaques, elles mendiaient un dernier « regard. Elles me retardaient toutefois dans
* mon hésitation à les repousser, pour me ren- «« die où j'étais appelé. Car la violence de l'ha- « hitude me disait : Pourras-tu vivre sans « elles?
« Cependant , du côté où je portais mes pas, « et où je redoutais d'avancer, se dévoilait la « chaste majesté de la Continence, m'invilant,
• non plus avec le sourire de la courtisane ,
• mais par d'honnêtes caresses , à m'appro- <• cher d'elle sans crainte; et elle étendait, « pour me recevoir et in 'embrasser , ses pieu-
« ses mains, toutes pleines de bons exemples; « et nie montrant un brillant cortège de \icr- « ges de tout sexe et de tout âge , elle semblait « me dire, d'une douce et encourageante iro- « nie : Tu non poleris quod isli , quod isla ! « An verô isli cl istœ in seipsis passant , action « in Domino Dco suo? Dominas Dcus corum n vie dedit cis. Quid in te stas? et non stas? « Projicc te securus in cum ; noli meluerc , non m se sublrahet ni codas. Projicc te securus, tx- « cipiel cl sanabii le. El je rougissais , parce
• que j'entendais encore le murmure des va- « nités, et je restais bésitant, suspendu. Et la
• Continence me criait: Obsurdtscc advasù* f< immunda ilia membra tua super tcrtxtm , ni m morlificeniur. Narrant tibi dclcvlutiuncs , $cd « non sicul îex Dotnini Dei tni.
« Quand, du plus profond de mon cœur, ■ ma pensée eut retire et amassé devant mes m yeux toute ma misère , il s'éleva en moi un « affreux orage, chargé d'une pluie de larmes. « tl je vous parlais en ce sens ; Kl la, I>'mintt
- UG — « ttsqucqu à f Usquequù t Domine, irasccris in (( finemf tfe memor fueris iniquitatum noslra- « rum antiquarum. Car je sentais qu'elles me « retenaient encore. Et je m'écriais en sanglots : « Quamdiù? Quamdiù? Cras et crasl Quare « non modo ! Quare non hùc Itorâ finis lurpilu- « dinis meœ?
a Je disais et je pleurais dans toute l'amer- « tuine d'un cœur brise? Et tout à coup j'en- « tends une voix : Tulle , loge : Toile , lege. « Je pris le livre , j'ouvris , et lus en silence le « premier chapitre où se jetèrent mes yeux : « Non in commessationibus et ebrielatibus , non « in cubilibus cl impudicitiis, 7ion in conlentione « et œmulalione: sed induite Dominum Jesum « Christian, et carnis providentiam ne feceri- « tis in concupiscentiis.
« Je ne voulus pas en lire davantage. Ces li- <f gnes à peine achevées , il se répandit dans o mon cœur comme une lumière de sécurité « qui dissipa les ténèbres de mon incertitude. » [Conf. Lib. 8. c. 11 et 12.)
Et moi aussi peut-être je lutte depuis longtemps; brisez nus liens, ô mon Dieu! Que si je me montre rebelle, aiguisez nos llèihes, ne me laissez point de repos, redoublez vos cou ps,
poursuivez-moi à outrance et abattez-moi comme Augustin à vos pieds.
CONSIDERATION
La récitation de i'Ofllcc divi.i.
On peut juger du prix qu'attache l'Eglise à l'Office divin par le soin qu'elle a pris d'en régler la matière, l'ordre , le temps, la solennité, et par ces paroles du quatrième Concile de Latran : Dislrictè prœcipientcs in virlule sanclœ obedientiœ, ut divinum Officium noclurnum pariter atquc diurnum sludiosè cclcbrcnt et dévote, quantum Dcus eis dederii.
A qui mieux qu'au prêtre convenait- il de remplir cet emploi sublime de la louange et de la prière? Econome de la maison du père de famille, il connaît tous les besoins de ses foi* médiatcur, sa mission est de s'interposer pour les coupables; suint, et ami de Dieu hommages cl ses supplications sont accueillis ■vec plus tic bienveillance; libre des sollicim-