I.e prêtre doit Cire saint, p
DEUXIÈME EXERCICE
Fautes vénielles.
1° Combien elles outragent les attribuU d§ Dieu.
1° Su majesté. Plutôt que de violer sa loi, en matière même légère , je devrais subir le martyre , laisser périr le monde entier; et à cette loi, expression de la volonté de Dieu, je préfère le plaisir si mince, si futile, si misérable, que m'apporte ce soupçon téméraire, ce murmure, celte vanité , celte jalousie , ce respect humain , que sais-je encore.
2o Sa justice. Que les tribunaux civils s'avisent de punir ces fautes par la prison ou l'amende, j'aurai bientôt acquis sur tous ces
points, quel que soit l'empire de l'habitude , une sorte d'impeccabilité. Or Dieu , pour ces mêmes fautes, me menace des cachots et des flammes du purgatoire; les commettre, les multiplier sans crainte et sans remords, n'est ce pas le braver avec insolence?
5° Sa sainteté. Traîner dans la bouc le portrait du prince , quoique ce portrait soit inanimé et l'ouvrage d'une main humaine, c'est un sanglant affront. Mais ignoré-je qu'au langage des Pères le péché véniel couvre l'âme, image vivante de Dieu etebef-d'œuvre de sa sagesse , d'un fumier immonde , d'une lèpre hideuse, d'un chancre qui la ronge?
4° 5a miséricorde. Si Dieu avait limité le pardon à un nombre déterminé de fautes , sans nul doute je me tiendrais sur mes gardes, calculant ce qu'il m'en resterait à commettre. Que si je ne mets point de bornes à mes offenses , c'est qu'il n'en met aucune à sa clémence; je m'autorise de son infinie patience , pour pécher plus souvent, plus librement, et je suis méchant parce qu'il est bon.
5° Son immensité. Moi l'ami , le ministre de Dieu , c'est dans sa maison et entre ses bras que je méprise MO autorité, bien qu'en ma-
lièrc moins importante; c'est dans son sein, dans le secret de sa face et jusque dans la prunelle de ses yeux; c'est à la vue de la croix, du ciel , de l'Eucharistie!
Si ce péché ouvrait l'enfer sous mes pieds , je le jugerais un grand mal. D'où vient donc que je le traite de bagatelle? Ah! c'est que la gloire de Dieu me touche moins que mon intérêt; ce n'est pas le feu de son amour qui me relienl , c'est le feu éternel qui m'épouvante; et, loin que la perspective de ses perfections suffise pour me captiver sous ses lois, il fau. drait , ce semble , qu'il ne me parlât jamais que la foudre à la main.
2° Combien Dieu les a quelquefois sévèrement punies.
La femme de Lot changée en statue de sel , pour s'être retournée vers Sodome consumée par le feu du ciel : un Israélite impitoyablement lapidé, pour avoir ramassé un peu de bois le jour du sabbat ; cinquante mille Bcthsamiles , Oza lui-même, frappés de mort pour un regard ou un attouchement téméraire sur l'archc sainte; soixante et dix mille hommes moissonnés parla peste, parce que David , dans un sentiment de vanité , avait fait le dénombre-
- SiO ment de son peuple ; tous les trésors d'Ezcchias pillés et ses fils mutilés , parce qu'il avait montre ses richesses à un ambassadeur él ranger ; quarante-deux enfants subitement dévorés par des ours, au moment où ils crient à Elysée: Ascende , calve ; ascende, calve ; Zacharie muet pendant deux mois , Moyse mourant loin de la terre promise, pour un doute ou une défiance : ce sont là autant d'exemples terribles de la justice divine s'exerçant, dès ce monde, sur des fautes légères ou qu'on eût pu lépulcr telles.
Ne m'est-il jamais arrivé , plus désobéissant que la femme de Lot, de parcourir des livres condamnés aux flammes , au risque de m'iucendier moi-même ; plus profanateur que l'Israélite , les Bethsamites et Oza, de traiter sans respect les cérémonies saintes , l'adorable Eucharistie , mon corps, temple vénérable de la Trinité ; plus orgueilleux que David etEzéchias, d'étaler et d'énumérer mes talents, mes vertus, mes prétendus triomphes; plus insolent que ces pilits enfants , de jeter le ridicule non sur la tète rhau\c, mais sur les démarches, les ordres , les intentions de mes supérieurs ; plus incrédule enfin que Moysc et Zaeharic, de
penser , quelquefois de dire que la reforme <1c ma paroisse, la mienne peut-être , était impossible?
A quel purgatoire n'ai-je pas droit de m'attendre? Et comment oser me plaindre, lorsque Dieu , pour m'en adoucir les rigueurs , m'envoie les maladies, les humiliation» et les différentes épreuves?
In quantum tibi non peperceris, in tantùm litri pareti Dcus (Tertul.). Prwveni illum; si non vis ut illc puniat, tu puni (S. Aug.). Volo vultui irœ tuœ Deiprœsentarijudicalus, nonjudicundus (S. Bern. S. 59 in Cant.).
PftEJUàftE CONSIDÉRATION
Conditions d'une bonne eorreeliou.
Qu'elle soit : i° commandée par le zèle.
Déclarer la loi et reprendre les iniïaclcurs ,
c'est une seule et même obligation. 9i /><>-
dite viventes arguere crubescat, (tut mettait pu* -
tor,cum omnibus nui co tacuite paiuunt, périt;
~ 31:2 etquid ei prodetït, non puniri suo,quipuniendus est alieno peccato? S. Prop. Lib. \. de vit. cont. c. 20.). Loin du camp d'Israël ces sentinelles à l'œil stupidement égaré et à la voix homicidement flatteuse, qui confondent les ennemisavec les amis, crient paix quand il y a guerre, ou ne brandissent que des flèches de liège. Epargner la correction, c'est pécher à la fois contre Dieu dont on profane le pouvoir , contre ses frères qu'on laisse périr, contre sa conscience où l'on entasse avec ses fautes celles d'aulrui. Et parce que la plupart ne sauraient ou ne voudraient pas s'en faire l'application, ce n'est pas du haut de la chaire seulement et en général, mais encore à domicile et en particulier , que le pasteur doit la correction à ses ouailles : Considerandum tw bi* est , ut qui unû eâdcmque exhorlationis voce non sufficit simul cunctos admonere , sludeat xingulos , in quantum valel , instruerc , privatii loculiov.ibus œdificarc. (S. Greg. Pap. boni. 47. in Luc. 10). Quel médecin se contenta jamais d'étaler ses remèdes au milieu de l'hôpital, et d'inviter les malades à se servir?
2° Fondée sur ta vérité.
Ne pouvant tout voir par vous-même, vous avez sans doute besoin d'être averti. Mais 1° le-
ntz d'abord tout rapport pour suspect : Qui crédit cita, le vis corde est, et minorabi lur (Eccli. c. 19). Saint Bernard marque trois effets de la crédulité : de grandes colères sans motif, la condamnation des innocents et les préjuges contre les absents. (De consid. Lib. 2. c. i\). Des qu'on ne parle qu'à un petit nombre , surtout s'ils sont liés par les mêmes intérêts, on. s'engage à recevoir toutes leurs préventions , et l'on court sciemment au-devant de l'injustice et de l'erreur. %• Appliquez-vous à démêler le motif probable du rapporteur, et ne vous laissez jamais impressionner au point de lui dire votre pensée sur l'inculpé. 3» Affranchissezvous de tout ressentiment pour offense personnelle et de toute passion capable d'influer sur votre jugement.
3° Réglée par la discrétion.
Quatre écueils à éviter : 1* Etre trop lent à corriger: Qui peccal et continua currigilur, citô reviviscit : quia wndùm est iniplicatus consuctudine, non est sepultus. (S. Aug. Tract. 40 in Joan.) On ne doit s'abstenir qu'autant que la correction, inutile ou nuisible aux coupables, serait encore inutile ou nuisible à la paroisse. 2° Etre trop prompt à corriger. Pour les mala-
dies de l'âme comme pour celles du corps . il e>t un moment de crise qu'il ne faut point prévenir, sous peine d'envenimer le mai ou de causer la mort. Dieu fait longtemps gronder son tonnerre, avant de lancer sa foudre, encore n'en laissc-t-il tomber qu'une étincelle. 5° Déclamer sans cesse contre les moindres désordres. Toute une maison s'éveille et se tient en alarmes aux premiers cris d'un bon et fidèle gardien qui n'aboie jamais qu'à l'approcha des voleurs; mais on liait l'importunité de cesanimaux bruyante qui troublent nuit et jour le repos public, et dont les avertissements continuels et déplacés ne se font pas même écouter au moment qu'ils sont nécessaires. 4° Déclamer publiquement contre des vices particuliers ou secrets. Il en est de si personnels et de si bideui, qu'il y aurait diffamation ou scandale à les signaler.
4° Animée par la cliarité.
Epurez votre intention , vous proposant uniquement l'amendement. Distinguez si bien la personne de la faute, qu'en vous élevant contre celle-ci , vous ne celiez point d'aimer celle-là. Ne faites entrer dans la correction que la séveriie strictement nécessaire : les remèdes
- si:» -
violents, souvent, («itérés , perdent leur e(T:< -ncitc. Prenez rarement le ton du courroux et de l'indignation ; jamais d'apostrophes injurieuses et méprisantes; n'usez même de l'ironie qu'avec une extrême réserve. N'entreprenez pas de corriger ceux dont le cœur est vivement ému ou dont la passion est dans tout son feu ; calmez-vous vous-même : si le malade est furieux et que le chirurgien soi t bouillant de colère, au lieu d'une opération salutaire, n'aurat-on pas un duel et une affreuse boucherie?
Ayez égard à l'âge, à la condition , au carael'-re . au degré de vertu , aux efforts, n'oubliant pas celte maxime de saint Ignace : Ifemwni profeclûs , nmi ex naturœ faeilUate, sed ex vi quam sibi quisque inferl , sumilur.
Il n'esl pas rare de voir un cheval qui se cabre , secoue le mors , résiste à l'éperon ; c'e^t que celui qui le monte, a la main dure et pesante, ou le gourmande mal à propos. Donnez à ce cheval un écuyer habile et intelligent, en paraissant céder à ses caprices et à ses saillies, il l'arrêtera, et d'une main caressante et légère le conduira à son gré.
Les confesseurs des prêtres ne peuvent ignorer leurs obligations sur ce point.
Debent admonere eos qui ignorantià invincibùi perperam se gerunt circà subditorum gubernium, administrationem sacramenti pœniteniiœ , etc.. quia raro contingit hujusmodi ignorantiam esse inculpabilem vel non esse perniciosam aliis... Quod si rationabiliter dubitant , an Itujusmodi pœnitentes suo debito satisfaciant , tenentur eos de Mo interrogare... Licet enim confessarius teneatur ratione sui officii principaliter incumbert bono pœîiitentis , nihilominùs , cùm ipse sitport reipublkœ et in bonum reipublieœ christiawv minister constitutus, tenetur prœ ferre bonum pablicujn bono privato pœnitentis. (S. Lig. De Sacram. pœnil. n. 609 , 615).
DEl'XItME CÛSSlDtRÀTlOK.