‹ Manuel du prêtre en retraiteChapitre 34 sur 37 · MOIS DE JUILLET · texte numérisé non relu

MOIS DE JUILLET

On pourrait faire cette retraite le 2 du mois, fêle de II Visitation.

Lire les avis sur la manière de Lieu faire la retraite du mois, p. 237.

Ne pas oublier la lecture du Mémorial pour matière d'examen particulier, et ''exercice do la Préparation à la mort, (e soir.

►MMI

.te prêtre jugé 156

La vie du prêtre doit offrir'.'. \ . 404

Les prêtres aédisaits 408

Impureté, pwioieacrileji hwto crimes.. . . III

rKEMIER EXE»CiC4,

U prêtre jagë, p. 156.

DEUXIÈME EXERCICE

t& vie «la prêtre doit offrir un modèle de toute» les vertus.

i° Parce que , par sa position, il est en vut de tous,

« Une haute fortune a cela île propre, dit « Pline, qu'elle ne laisse rien dans l'ombre e| « sous le boisseau. » — « Entre les fautes dos « princes et celles des sujets , dit à son tour - Cassiodorc , il y a celte différence, que les « fautes des sujets sont obscures et vite ou- « bliées, tandis que celles des prince» sont

c éclatante! et l'objet d'une impitoyable criti- « que; le peuple n'a d'yeux que pour les voir, « de langue que pour les divulguer. Ceux-là « donc mettent leurs vices en relief et pour « ainsi dire en montre, qui ne peuvent faillir « sans être aperçus de la foule et en devenir « la fable. » Saint Grégoire affirme que le pasteur est aux ouailles ce que le visage est au eorps; c'est le visage qui apparaît le premier , qu'on remarque surtout, et qui donne le vrai signalement de l'homme.

Comment cacher mes défauts à tant d'yeux sans cesse occupés à pénétrer, à travers l'enveloppe de ma conduite , jusqu'au fond de mon cœur? Le bien que je fais peut rester secret, car ou a de la peine à y ajouter foi ; mais le mal , on le devine, on le croit sur les plus légers indices. Que si je parviens à déguiser le feu , en vivant cautc si non caslè , je ne déguiserai pas la fumée et l'odeur qui s'en exhalent, tant celle fumée est noire et celte odeur insupportable! Dussc-jc même réussir devant le Milgaire, je le tenterais vainement pour les âmes dévotes qui , en matière de vertus, ressemblent nu\ banquiers qu'un long usage de manier Par-

gcnt rend habiles à démêler au coup-d'œil et au toucher la fausse monnaie.

Tôt ou lard on découvrira quelque contradiction de conduite , des imprudences qui donneront l'éveil; car je ne pourrai toujours me contraindre ou me contrefaire, ou pour mieux dire, je ne voudrai me contraindre et me contrefaire qu'en certains temps et sur certains points ; et tout ce que je gagnerai à ce jeu de courte durée , c'est de me tromper moi-même et de perdre tout crédit auprès de ceux dont j'espérais faire des dupes.

2° Parce que ses actions , à cause Je son caractère , sont une loi aux fdcîes.

De particulier à particulier l'exemple n'est pas toujours une loi, Lien qu'il soit un encouragement; mais de supérieur à inférieur il est une loi presque nécessaire. Les roues du char mystérieux aperçu par Ezéchiel suivaient tous les mouvements des animaux; c'est ainsi , dit saint Bernait! , que les inférieurs suivent le supérieur qui ne peut ni avancer ni reculer seul; sa vie est l'horloge qui règle bien ou mal toutes choses; c'est l'Evangile des simples qui n'entendant pas la théorie des vertus , les voient devant eux vivantes et comme personnifiées.

La plupart des hommes ne vivent que d'imitation; ils écoutent peu, mais ils copient cl suivent volontiers. La légèreté et l'embarras des affaires domestiques rendent trop souvent les leçons du prêtre inintelligibles ou les font bientôt oublier , tandis que les vertus du prêtre se produisant aux regards , sont saisies des moindres intelligences et se burinent dans les mémoires les plus ingrates en traits presque ineffaçables. Croyant plus aux actions qu'aux discours, les hommes ont plus besoin de modèles que de prédicateurs.

« Un enfant est-il malade, sa nourrice prend « le remède et parle lait en transmet à l'enfant « la vertu salutaire. Voulez-vous rendre votre « peuple saint? croissez vous-même en sainteté. « Jacob moulrnit les baguettes aux mères, ctlc§ « agneaux recevaient la couleur. De ces deux « choses, la parole et l'exempte, j'estime plus « une once de la seconde que cent livres de la « première. Dire et ne pas faire , c'est ressem- « hier à la cloche qui sonne l'Office1 et n'y va « pas, au poteau qui Indique la route et ne « bouge pas. » (S. Fi\ de Sales.) Prœlatus débet vœteris esse normu vivendi , ut quœ doeet verbis, ostendal aclionum (ijuris , >icut (juiyeo-

mctriam docet , pingit in sabulo figurarum <iemonstrationes, ut quod dicit, meliùs capiatur, (S. Bonav. De sex Alis. c. 6.)

FREMIERE CONSIDÉRATION.

Les prêtres médisants.

Ne scraient-ce pas des prêtres orgueilleux.. qui signalent les fautes d'aulrui , pour mettra en lumière leurs prétendues vertus; jaloux, que l'élévation d'un rival offusque; vindicatifs, dont la langue use de représailles; politiques, qui veulent se donner de l'importance ; vicieux, à qui leur conduite personnelle sert de passepartout pour ouvrir tous les cœurs; railleurs, qui sacrifient les absents , quelquefois leurs amis , à la sotte vanité de faire agréablement un conte , de donner à propos le coup de langue ; brouillons, nés, ce semble, pour semer la discorde dans un diocèse ; chagrins et étroits , qu'un rien scandalise; crédules et inconsidérés, qui croient et répètent tout; exaltés et impressionnables, qui portent tout à l'extrême ; oisifi

et curieux, qui semblent gagés pour recueillir et divulguer toutes les mauvaises chroniques?

Hélas ! ils ne sont que trop sûrs d'être écoutés et applaudis. Sur tout autre sujet, le discours languit , comme si l'on avait lié les langues , endormi les imaginations, émoussé les esprits. Mais dès qu'on entame la réputation des Confrères , point d'esprit si assoupi qui ne se réveille , point d'imagination si froide qui ne s'échauffe , point de langue si lourde qui ne s'affile. Vingt fois on revient à la charge , exactement de la même façon, avec les mêmes détails, et malgré d'interminables redites le discours parait toujours neuf, toujours intéressant.

Les uns font adroitement tomber la conversation sur certains sujets, afin de fournira chacun l'occasion de dire ce qu'il sait. Les autres , gardant un silence obstiné , lorsqu'on loue un Confrère, laissent entendre qu'ils prennent en pitié la crédulité du panégyriste. Ceux-ci , après avoir eux mêmes commence l'éloge, s'interrompent tout à coup et jettent le fatal mai*. Ceux-là plaignent par avance la victime qu'ils vont immoler, comme s'ils étaient profondément touchés de son malheur : Combien nous

sommes fragiles! L'eùt-on jamais pensé!... Quelques-uns se contentent d'un sourire ironique, d'une plaisanterie qui bientôt volera de Louche en bouche. Combien qui paraissent ne céder qu'à l'impulsion de la charité et du zèle ! et ils racontent celte faute avec un si cruel plaisir, avec tant d'exagération, si souvent, en présence de témoins si peu discrets!

Qu'ils sont bien comparés par les saints Pères aux sangsues qui ne vivent que de sang corrompu ; aux renards de Samson qui sont euxmêmes consumés , après avoir porte partout l'incendie; aux vautours immondes qui planent sans s'arrêter sur les jardins cl les prairies entaillées de fleurs, mais qui, apercevant un cadavre aux bords d'une rivière, s'abattent là pour le dévorer ! Ainsi ces prêtres, dédaignant de relever les vertus et les bonnes actions des Confrères , se prennent de préférence aux désordres et aux vices: voilà leur pâture exquise, délicieuse, favorite; ils sentent de loin les cadavres , ils y courent avec transport et tressaillent de bonheur en traînant et distribuant partout ces affreux lambeaux.

Ce qui est douteux , ils le donnent pour cer-

fflih. Ce qui n'esl qu'une conjecture, ils le prennent pour base des plus injurieuses hypothèses. Les actes les plus louables, ils les transforment en crimes en dénaturant l'intention. Une faute déjà ancienne, ils la rapportent comme fraîchement commise. Plusieurs faits nui, pris isolément, constitueraient à peine une peccadille, ils les groupent, et font une montagne de quelques grains de sable. Un acte qui, vu dans son ensemble , ne serait digne que d'éloge, ils le tronquent de manière à ne montrer que le côté défavorable. Souverainement ennemis du positif, ils prodiguent les superlatifs souvent t beaucoup, très-fort. Pour laisser croire qu'il s'agit d'une rumeur universelle, alors qu'ils n'ont qu'un ou deux témoignages, ils ont recours à ce malheureux pronom indéfini on. Ils n'hésitent point à conclure de l'insuccès à l'imprudence, du passé au présent et du présent au futur , d'une action à toute la conduite et même au fond du caractère.

Eh quoi ! vous respectez l'or du prochain, et vous lui ravissez son honneur! Vous faites la cour à votre Sauveur, et le procès à ses amis! Sur les mêmes lèvres vous recevez II source de la vie et vous portez le poison de la

mort î Jésus-Christ n'a-t-il donc pu encore , par tant de communions, dénoser sur voire iangue un peu de douceur et dons votre cœur un peu de charité ! Tandisque les méchants s'entendent et s'unissent pour le mal , vcrra-t-on les apôtres de la vérité et de la vertu se déchirer cruellement entre eux ; et ceux que leurs fonctions sublimesappellentà humilier l'enfer et àréjouii le ciel, tiendront-ils contre leurs Confrères et contre leur Evêquc des discours qui font pleurer les Anges et rire les démons! Audiamu* igitur, et sacerdotes et subditi , quali escâ focli sumus digni : audiamus et horreamiis. Sanclis carnibus suis Christus nos dédit inipleri , semetipsum apposait immola tum. Quœnam igitur e rit nobis excusatio , cùm talibus pasli talia peccemus, cùm lupi fiamus Agnum comedenles , cùm tanfuàm oves pasti more bouton diripiamus ? Hoc enim myslerium non à rapinà tantûm , verùm e1 abomuivel tenui inimicitiâ purum esse penitù, jubet : est enim pacis mysterium. (Scrm. S. Joan.Chrys. Ex homil. 60 nd popul. Antioch.)

Ml'XlfcMF. CrtNSl DÉ RATION.

Le Siècle.

Culic de la raison dans les classes élevées, cupidité insatiable dans la bourgeoisie, erga- Misalion de la révolte dans le peuple, sensualisme partout, voilà le sièrlc.

Le protestantisme avait enfanté le mal, la [presse et l'éducation l'ont propagé, la barbarie i»n sera peut-être le dernier résultat.

Voltairiaoisme , eeclcelisme , panthéisme, socialisme ; autant d'anneaux d'une même ebaine dont un bout tient au libre examen et l'autre à l'état sauvage.

Si le libertinage augmente, c'est qu'il part en même temps de la tête et du cœur, l'esprit et la cliair ne luttant plus entre eux. Si la cupidité est à son comble, c'est que d'un côté pour jouir il Tant de l'or, et que de l'autre on s'est dit que l'homme n'est su monde que pour jouir. Si le peuple se soulève, c'est qu'il veut

conquérir cette liberté tant vantée et partager avec les riches ces voluptés dont ils lui donnent le goût et l'exemple.

Pour pervertir les idées, l'historien excuse la scélératesse, ravale la vertu, explique tout par le fatalisme ou la force du progrès humanitaire. Le philosophe substitue la raison à la foi, la morale platonicienne à la morale chrétienne , déifie l'homme et tous ses penchants. Le poëte, le romancier, le journaliste, troupe lèche et vénale, tantôt fomentent les plus hideuses passions de la foule , tantôt préconisent les plus funestes conceptions des libres penseurs.

Pour corrompre les cœurs, on a multipliéles mauvais livres, les théâtres, les maisons de débauche, les cabarets et les cafés où vient s'éteindre l'esprit de famille.

Pour irriter la soif de l'or, on a créé à la fois d'innombrables professions industrielles qui doublent le lucre, et d'innombrables besoins qui doublent la dépense. De là cette profanation scandaleuse du Dimanche, de là aussi les abominables calculs des époux.

Notre siècle est celui dont parle l'Apôtre : Eritenim tempus> cùm sanam doetrinam non sus-

tinchunt. On no veut pins des dogmes ni des préceptes du Christianisino.

Quel sera le remède ? Toujours le même jusqu'à la fin; car il est bon pour tout, il suflit à tout.

Prœdica verbuni : opposez la vérité au mensonge, la lumière aux ténèbres; prêchez, prêchez, il en reste toujours quelque chose. Le champ qu'on ensemence le plus est aussi celui qui produit le plus.

Insta opportune, importuné : usez de tous les moyens, la presse, l'éducation, les entretiens particuliers, les associations, les missions ; ne craignez pas d'être importun à ceux qu'il s'agit d'arrêter sur le bord de l'abîme.

Argue, obsecra, increpa in omni patientiâ et doctrinà : revêtez toutes les formes du zèle, gagnez par la charité ceux qui résistent au raisonnement ; que votre patience soit sans mesure et à toute épreuve aussi bien que votre doctrine.

L'Apôtre insiste : Tu verà vigiia : ne vous endormez pas; le loup rôde autour de la bergerie, menaçant les petits, les mères, le pasteur lui-même.

In omnibus labora : du matin au soir, dans l'ensemble et le détail de vos occupations, en chaire, au confessionnal, dans vos visites, dans vos études, à la messe, à l'oraison, proposezvous toujours le salut des âmes.

Opus facevangelistœ, ministeriumtiium impie : c'est là votre œuvre, votre vocation, votre vie. Si vous faites ce qui dépend de vous, Dieu saura bien faire le reste.

Dégagez-vous de tout ce qui pourrait entraver votre zèle el appesantir votre cœur : Sobriu* esta (Ad Timoth.2. c. 4.).

De quoi ne seraient pas capables, en Franre, cinquante mille prêtres luttant, comme le veut et le faisait l'Apôtre, contre l'esprit du siècle !

Hélas! au lieu d'cmployersnn temps à inventer des moyens de remédier au mal, on le perd souventà s'entre-communiquer son découragement. C'est à qui persuadera aux autres cl se persuadera a soi même qu'il n'y a rien à faire.

TROISIÈME EXERCICE

Impureté, passion sacrilège ri source de mille crimes.

lo Sacrilège.

Ni les premiers fils d'Adam coupables d'effroyables débauches, ni les Sodomitcssc livrant à une monstiueusc iniquité, ni Cbam se faisant un sujet de risée de la nudité de son père, ni David adultère et homicide, ne peuvent entrer en parallèle avec le prêtre impudique.

Ce n'est pas sur une arche de bois qu'il porte une main téméraire, comme Oza, c'est sur le corps même de Jésus-Christ. Ce n'est pas dans l'encensoir seulement qu'il introduit un feu étranger, comme Nadab et Abiu; c'est dans sa poitrine, tabernacle virant du Fils de Dieu, qu il fomente la flamme d'un honteux amour.

Plus audacieux qu'AntiochlISj il franchit lei

degrés de l'autel, se pose en face du sancluaire et promène sur les symboles sacrés ses yeux encore pleins d'images impures. Plus impie que Balthasar, il approche ses lèvres profanées de la coupe de Jésus-Christ , et, après les avoir teintes de son sang il va les profaner encore. « Qui donc, dit saint Jean Chrysostôme, voyant pénétrer dans son appartement l'animal abject, ne le chasse avec horreur? Qui voulut servir sur sa table un vase destine aux plus vils usages? Qui consentit à boire à la même coupe avec un convive à l'haleine fétide! » Comme l'Antcchrist , il arrache Jésus-Christ de son cœur et lui substitue l'idole de l'abomination. « Oui, s'écrie llildebcrt de Tours, si je suis un impudique, je place sur le même autel le fils de Vénus et le Fils de Marie, et, faisant semblant d'honorer Jésus-Christ, je lui crache au visage.» Non content de livrer son Maître «à ses ennemis, comme Judas, il veut rendre ses membres complices et instruments de ses passions: il prend sa langue et il la souille, ses mains cl il en abuse, son corps et il le prostitue.

Heu! quanti sacerdoies , ièd falsi sacerdotes, qui pane m Cluisti , corpus CJn isfi suntunt ore, et Christian conculcant pede , putridi fœlure

luxuriœ, infecli veneno nequiti œ i (S. Bcrn. De Ycrbis Dom. in cœnà. s. ">.). Quid mon turpiùs qin'im membra Clirisii tamguine ê%HÊêtvwtû % cl

consepulta in baptismale , libidinosis wémribw macularc , nec altenderc reverenliam prœsentis Dci , minantis pœnam , glnriam promitlcnlis ! Absit , ut aliquis noslrùm huic idolo substerna* iur, ut Filium Yirginis in Yencris templo suseipial , ut Ârcam Dci juxlà Dagon colioect , ut nutritus in croccis slereora amplexdur. (ld.I>c Nativit. Dom. s. 2.). Puritatis auclori, impuro corde et corporc ministrantes , non vercnlur tiare Ângelum Domini , qui secet medios cl disperdat : sed omnino audent Agni immaculati sacras contingere carnes, cl intingere insanguine Salvaloris manus nefarias, quibus paulà antê carnes, proh dolor ! merctricias attreclurunt , sic allaria circuirc , sic frequentare psahnos , cnm et cjusmodi laus execrabilis , et ora< in pcccalum. (Id. In Bvang. Bect nos. '.' là.)

2° Source de mille crimes.

Outre celte série de pensées, de désirs, et paroles et d'actions qui se multiplient avec une eiïrayanle rapidité , comment dérouler cette chaîne presque interminable de sacrilèges : sacrilège de l'impureté même, de l'absolution

conférée, reçue peut-être ; sacrilège du saint sacrifice offert , de la communion distribuée,

des autres sacrements administrés?

Faut-il parler de l'insubordination , suilc trop ordinaire de ce vice, du bréviaire mal récité ou omis, des censures encourues, de l'irré* gularité contractée et comptée pour rien, du zèle qu'on laisse s'éteindre, de l'apostasie qui se préparc? Faut-il parler du scandale qui ruine une paroisse pour un demi-siècle , porte la contagion dans tout un canton, paralyse quel, quefois les efforts du clergé de tout un diocèse1:'

Vraiment! quand l'Eglise est affligée par tant de calomnies et de défections, c'est bien le moment, ô prêtre , de mettre partes crimes le comble à ses douleurs! « Est-ce donc pour « consommer le temps dans la mollesse et au- « près d'un objet de convoitise, ou pour com- « battre les légions infernales et mourir au « besoin pour la foi , que Jésus-Cbrist nous a « revêtus de l'armure spirituelle , demande « saint Jean Cbrvsostomc ? Milites nos esse

■ Chrîstas vull shenuos et allilelas. Vous Irans- « perceriez d'un glaive le soldat qui, après

■ avoir pris sa cuirasse et sa lance , au moment t où la trompette donne le signal, lorsque l'en

« ncmi s'élance avec finie,, au lieu de sejeler • dans la mêlée , irait tout arme s'asseoir an- « près d'une femme. Al si lu tanlà ira intple- « tas es , quomodà palus Deum in multà turpio- « ribuë erfjù nos afflei? Tanlà enim turpiorad « absurdiora sunt hœc quàm illa , quand) n « gravita belhim, et Iwsies tntcuUnliores , rt « prœnn'a pro quibus bellalur maîora, el in « sumnià omnia îanlàm Iransccndunl , qium- < lùm umbram veritas.» (De subint. virg.).

0 ignit infcrnalis, luxuria, cujus maleriagitfa, cujus flamma superbia , cujus scintilla prava colloquia, cujus finis gehenna(S. Hier, in Epi!.)! Valuplas flatu draeonico eorrumpit. Duleilcr vocal , tuaviler intral , lethaliter occupai , ir» rtmcdiabiliter tolum vaslat (S. Cyril, llom.).

RETRAITE du MOIS D'AOUT.

Ou pourrait faire .cite réduite le premier vendredi dl mois ou le jour de iA-omption.

Lire les avis sur la minière de bien faire la retraite du mois, p. 237.

Ké pas oublier la lecture du Mémorial pour matière d'evamon particulier, et l'exercice de la Préparation ù la mort, le loir.

■<oo-

Lî prêtre en enfer * < 151

.. le prêtre doit craindre ds scandaliser 423

Prier et faire prier pour les prêtres « * 428

ad sacrée 432

Impureté, passion amère tt tyranniqw 43J

MEM1EK EXEUClCk.

tu 1er du pU-lrc, p, (SI,

DEUXIEME EXERCICE

Combien le prêtre doit craindra de scandaliser.

1° S'il aime sa paroisse.

Le vice est par lui-même contagieux , de quelque part qu'il vienne. Comme rien ne nous pèse plus que le joug de la loi, nous avons l'œil sans cesse ouvert sur ceux à qui il prend fantaisie de le secouer, pour le secouer aussitôt à leur exemple. Mais quand la contagion vient du prêtre, qui pourrait dire avec quelle rapidité et jusqu'où elle s'étend ? Secundùmju ' pupuli , sic et mmislri ejus : et qualit rectot est

civitalls, iales el inhabitantes in eâ (Eccli. e. 10.). Du moment que le mal gagne la tète, le corps tout entier tombe en langueur.

Le grand artifice du démon lut de proposer autrefois le mal auxhommes dans les Dieux qu'ils adoraient ; aujourd'hui il le leur propose dans les prêtres qui les enseignent. C'est du même coup enlever la crainte et la honte , les deux barrières par lesquelles la nature protège l'innocence ; car comment craindre ou rougir de faire ce que lont des Dieux ou des prêtres?

Une seule faute du pasteur détermine quelquefois un enchaînement de fautes qui se propagent d'individus à individus el d'années en années , d'abord parce que toute démarche moins bonne, par cela qu'il en est l'auteur, étant discutée et envisagée sous toutes ses faces, pour peu qu'il y manque une condition, devient nécessairement un scandale, ensuite parce que ses actions étant pour les fidèles une sorte de loi , les traces en sont indélébiles et presque éternelles , car dès qu'une chose est passée en loi, elle ne s'abolit plus ou ne s'abolit qu'avec des difficultés immenses.

Partie de si haut , toute étincelle produit un incendie : Nemo qu'une ampliùs in Ecclesiâ

hocet, qunm qui perverse agent , nomen vel ordinem sanctitatis habet. Dclinquentem namque hune nemo redarguer* prœsumit, et in excmplum cutpa veJiementer cxtenditnr, quandù pro reverentià ordinis peccator lionoralur (S. Gr. Past. P. I. c. 2.) Comment , en effet , sont réprimé* les désordres ordinaires? par !a correction ou l'avis charitable «l'un ami. Or ce double secours manque trop souvent au prêtre : on le critique ou on le flatte; mais de l'avertir au de le reprendre, nul ne s'en avise . les paroissiens n'osant le faire par crainte révcrentielle , et les Confrères par lâche complaisance. Undè fit ni cùm pastor per abrupta graditwr , ad prœcipitium cjrex sequalur Ibid).

2' S'il s'aime Im-méme,

Sa responsabilité devant Dieu se mesure : 4» sur V étendue du mai qu'il a causé. Ses fautes étant comme des fautes originelles,

contractées par quiconque en est témoin . ï doit être puni pour toutes celles qui lui sont imputables. « Celui , dit saint Grégoire , « qui, dans l'exercice des fonctions saintes, * occasionne par paroles ou actions la ruine de « ses frères, serait moins à plaindre s'il eût

« mené dans le monde une vie liYenlieuse î « Quia nimirùm si soins caderet , utcùmque « hune tolerabilior inferni pœna cruciaret. » (Ibid.) « Si c'est une chose souhaitable ;'i un « laïque, dit Bellarmin, d'être jeté au fond de la « mer, plutôt que de scandaliser un enfant, « que faut-il penser du prêtre qui , au lieu de « préserver du scandale ses paroissiens, leur « en est lui-même un sujet?» (Gémit. Col. L. 5. c. o.) Ce n'est plus seulement l'indifférent Lévite qui dédaigne de relever l'homme étendu par terre, c'est, au dire du Prophète Osée, le brigand armé qui assassine les passants (c. 6.). Ce n'est plus seulement la mère imprudente qui suffoque l'enfant couché à son côté , c'est la mère barbare qui le dévore après l'avoir engendré. Ah! je croyais cacher mes fautes ou les commettre seul pour mon compte , le peuple les connait, il les commet à son tour, et, sans diminuer son supplice , il augmente effroyablement le mien.

2° Sut rétendue du bien qu'il a empêché.

Ce n'est pas construire que de ne pas démolir; ce n'est pas cultiver le champ que de ne le pas ravager ; ce n'est pas paître son troupeau que de ne le pas égorger. Dieu se tiendra-til pour

content , si je ressemble à ces voleurs qui vous comptent pour un bienfait le mal qu'ils ne vous font pas? Certes, si la simple omission d'un devoir n'était déjà un crime, Jésus-Christ eût-il maudit l'arbre stérile et condamné le serviteur paresseux ; car ni le premier n'avait porté de mauvais fruits, ni l'autre n'avait dissipé son talent? Donc ne pas édifier, c'est scandaliser; pour être bon et irréprochable, il ne suffît pas de n'être pas vicieux , et le prêtre répondra de tout le bien qu'une sainteté exemplaire aurait produit dans sa paroisse et dont par sa conduite équivoque ou toute laïque il n'a pu donner ni l'idée ni le modèle.

(Juoniam jiulicium durissimum his qui prœ~ sunl, fiel. Exiijuo enim concedilur niisericonli<i: polenles a nie m patenter tormenta patientar vSap. c. C).

^O-OOCX-

PREMIERE CONSIDERATION

Trier et faire prier pour le» Prélre«.

4° Rien n'est plus agréable à Jésus-Christ.

S'il regarde comme fait à lui-même ce qu'on laitau moindre des siens, combien plus ce qu'on fait aux prêtres, ses amis, ses ministres, sa plus haute personnification ? Quelles prières n'adressa-t-il pas à son Père pour ses apôtres , avant de les choisir, après la cène, si souvent la nuit sur les montagnes? Les outrages reçus de ses prêtres lui étant d'ailleurs plus sensibles, réparer ou prévenir ces outrages c'est faire à son cœur le plaisir le plus vif et le plus doux.

Distribuer tous ses biens aux pauvres , immoler son corps par les jeunes et les macérations , ressusciter toutes les générations ensevelies au sein des tombeaux, empêcher la ruine de l'univers , créer un monde mille fois plus

- I2«J — tenu que celui que nous habitons, endurer le martyre pour la foi : tout cela, au dire de saint Jean-Chrysostomc , réjouit moins le cœur du Sauveur que le zèle exercé sur l'âme la plus vulgaire. Que penser donc du zèle exercé sur des âmes de prêtres?

2° Rien n'est plus conforme à l'esprit fie TEylise.

C'est principalement pour obtenir de bons prêtres qu'elle a institué le jeûne des Quatre- Temps; c'est pour appeler sur eux l'abondance .les dons célestes qu'elle l'ail tant et de si louchantes supplications dans les Ordinations; c'est pour leur mériter toutes les grâces nécessaires pendant le cours de leur vie qu'elle s'écrie journellement dans sa lithurgie : Sanclu Marin, inlcrveni pro clcro ; e'esl pour hâter leur entrée dans la gloire qu'elles placé une oraison spéciale dus Messes pro de fut n- lis.

Est-ce (pie toute l'œuvre de l'Eglise ne repose pas sur le | relie? I.e concile de Trente n'a-t-il pas dit : Salut populorum, integritai prirsi/lcntiiuiil et saint Grégoire pape : NmMum l>)iloy fratrrs curistimi , ah aliis mojiti pnrjuliieinm , qttàm à taeerdotifms loferai Drus : quamlô eos, quos atlahorum corrtctionem po-

- 4ôO — suit , dure de se exempta pravitulis cernil : tjuandù ipsi pcccamus , qui cumpescere peccuta debuimusc! (Hom. 17, in Luc.)

5° Rien n'est plus fécond en fruits précieux.

Tous les prêtres, en effet, peuvent être partagés en trois classes : les pécheurs; il s'agit d'arrêter le coins de leurs sacrilèges, de ranimer leur zèle éteint , de les retirer du fond de l'àbimc : les tiédes; il faut les aiguillonner, prévenir la léthargie qui se prépare, centupler la somme de bien qu'ils font : les fervents; en devenant plus saints , ils sauveront un plus grand nombre d'âmes, ajouteront de nouvelles perles à leur couronne , mettront entre eux et le démon une barrière toujours plus insurmontable.

Sainte Térèse disait à ses fdles : a Obtenez « de Dieu par vos prières deux choses : la pre- « mière , qu'il donne un mâle courage et une « vertu éminente aux capitaines de son Eglise; « la seconde, qu'il les soutienne dans la mêlée « et ferme leurs oreilles aux chants des sirè- « nés. » Elle ajoute deux paroles dignes d'être méditées: «C'est du bras ecclésiastique, et « non du bras séculier, que nous doit venir « le secours. » — « Un seul homme parfait ren- « dra plus de services qu'une multitude d'im-

• parfaits. » (Le chemin de la Perf. Chay, (II . 4° Rien n'est plus méritoire.

« Ne vous imaginez pas qu'il soit inutile

• d'être ainsi continuellement occupées à prier « Dieu pour les défenseurs de son Eglise. « Croyez-m'en , nulle prière n'est meilleure « ni plus profitable que celle ci. Peut-être crai- « gnez-vous qu'elle ne serve pas à diminuei « les peines que vous devez souffrir dans le i purgatoire : je vous réponds qu'elle est trop « sainte et trop agréable à Dieu pour n'y être a pas utile. » {Sic Ter. lbid.)

Si, au dire de saint Jacques, celui qui fait revenir son lierc de son égarement sauve son âme et couvre la multitude de ses péchés, quelle satisfaction surabondante n'offre pas à la divine justice pour ses propres dettes, et quel gage presque infaillible de prédestination n'obtient pas celui qui ramène de ses égarements ou fait avancer dans la perfection sacerdotale le médiateur et le sauveur de ses frères?

DEUXIEME CONSIDERATION

La science sacrée.

1° Après ki vertu, c'est la science qui dormt à l'homme son prix.

La vie ne diffère pas plus de la mort , que le savoir de l'ignorance (Arist.). Unus dies ettulitonuii plus valet quàm imperili longissima vila (Senc.). L'homme n'est grand cl puissant qu'autant qu'il sait; il ne vit pas, s'il ne sait rien (Gracian.). Nul ne doit savoir plus et de meilleures choses que le prince, dont la science profile à tous (Végècc). Tour le peuple la science est de l'argent, pour la nohlcssedcror, pour les rois des diamants (Jul. IL Pap.).

L'Esprit-Saint ne dit-il pas: Doctrine sud noscetur «?V (Prov. c. 42.). Kl vas prcliusum labïa scientiœ (Ibid. c. 20). Wriiiœ êalulis s* pienlia et teientia (lt. c. 33.) *

2° La science sert singulièrement à la vertu.

Le progrès dans la vertu, c'est la raarclu dans le bien , dit le P. Félix ; le progrès dam la science, c'est la marche dans le vrai. Pour aller loin dans le bien, il faut aller loin dans le vrai. Presque jamais l'intelligence ne contracte avec le vrai d'alliance profonde , sans que la volonté contracte avec le bien comme un mariage indissoluble. La lumière et la chaleur briseraient plutôt l'union que la nature leur fait dans un rayon de soleil , qu'on ne verrail la vérité et le bien briser l'alliance indestructible qui les unit dans l'homme et dans Dieu. Presque sans s'en apercevoir, le prêtre docte met en pratique cette leçon de saint Augustin : Hœc quœ audistis , ut pro/ïciatis , ruminelis; non vos permittatis oblivisci , non solùm recogilando et colloquendo , sed etiam ità benè vivendo : bona enim vila quœ agilur ex prœceptis Dei tanquam stylus est quod audilur teribens in corde. Si in cerà scriberetur, facile deleretur , scribite illud in cordibus veslris , moribus vestris, et nunquam dclebitur, (In Psal. 93.)

L'âme est comme les deux plateaux d'une balance en équilibre; si dans l'un vous jetez It

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poids de la science, l'autre monte et s'élève Aussi un clergé grandissant dans la science et décroissant en vertu , serait un phénomène qui ne s'est jamais vu et qui ne peut se voir.

3 ' Avec la vertu , c'est la science qui rend le pré Ire utile à V Eglise.

Dabo vobis Pastores juxlà cor meum , et pas- j cent vos scientià et doctrine. (Jer. c. 5.). Jam quomodôin pascua divinorumeducet eloquiorum grèges dominicos Pastor idiola? (S. Bern. in cant. s. 76.). Si in laicis vix (olerabilis est inscilia, dit le Pape saint Léon , quanta mazis in liisqui prœsunt nec excusatione digna est , nec venià ? Saint Paul exige que l'Evèque Potens sit exhortari in doctrinà sanâ , et cos qui coniradicunt arguere (Ad Tit. cl.); car, dit saint Laurent Justinien : Ubi deest doctrinà , hortamenta ut plurimùm désuni cœlestia , concilia sana , et divinarum monila scripluraruni ; et ailleurs : Ecclcsiœ dedecus , prœsbgter inscius.

Quand le prêtre étudie assidûment les saintes lettres , il saisit la pensée intime du Dieu dont il est le ministre , il la porte avec honneur aux peuples assemblés , il a force et sagesse pour la faire exécuter, etDicu est glorifié.Quand il n'étudie pas, la pensée de Dieu demeure pour lui

obscure et cachée, il ne la fait connaître qu'un*

parfaitement , ou il y mêle un grossier alliage qui en altère la pureté, et loin que Dieu soit glorifié, son autorité excicée par des mains inhabiles tombe dans le mépris , cl son verbe , digne de tous respects et d'égards infinis, supporte la honte d'une profanation que saint Paul ne craint pas d'appeler un sacrilège adultère Adultérantes verbum Dei.

4° Une étude constante peut seule donner au prêtre la science.

Nidluë Confessarius intermiUere débet theoiogiœ moralis studium, quia ex lot rébus tam diversis, etinter se disparibus , quœ ad liane scientiam pertinent, multa quamvis lecla, quia rariùs aceidunt, temporis progressu ê mente décidant; quà dere oportet semper frequenti studio eas in inemoriam revocare (S. Lig. hom. Ap. Tract 16. n.100).

Saint Paul, sur le point d'achever sa course,

mandait à Timothée de lui apporter de Troie son manteau, ses livres et surtout ses cahiers. Le manteau pouvait lui être ir ré-

chauffer ses membres glaces et peut-être pour lui tenir lieu de linceul. Mais qu'a-t-il besoin de

livres, lui instruit par Jésus-Christ même , lui sur le point d'aller contempler la vérité pure et sans nuage , au haut des cieux , dans l'immense océan de toute lumière? Que veut-il faire de ces cahiers moitié annotés et moitié en hlanc? Grand Apôtre , est-ce que vous n'avez pas encore renoncé à la plume? Vos doigts engourdis, votre vue affaiblie par l'âge , votre mort imminente , tout cela ne vous dit-il pas que le temps de la composition est passé , qu'il ne s'agit plus de prendre des notes , que vous en savez bien assez pour faire le catéchisme à des catéchumènes , que ce n'est plus la peine de faire traverser la mer à quelques misérables livres, et que , si vous voulez encore prêcher , vous pouvez sans inconvénient répéter dans les palais et sur les places publiques de Rome tant de beaux et sublimes discours que vous avez prononcés autrefois dans les villes de la Grèce? — Ce n'est pas ainsi que saint Paul raisonne. Encore juif , il étudiait avec une insatiable ardeur la loi de Bloïse. Devenu Apôtre et courant toutes les nations pour en faire la conquête à Jésus Chris! , il profite de tous ses moments de loisir pour étudier ; et lorsque la bâche fcr.i tomber sa lètc, il veut que Timolhée «« trouve pour héritage

au fond de sa prison qu'un vieux manteau, des livres , des cahiers. Pour la science comme pour la vertu, s'imaginant qu'il n'avait encore rien appris comme il s'imaginait n'avoir encore rien fait . , il oubliait le passé, pour s'élancera perte d'haleine dans l'avenir , vers celte double palme qu'ambitionnait sa grande âme , la palme du docteur et la palme du martyre.

TROISIÈME EXERCICE

Impureté, passion amère et lyrannique.

4° Amêre.

Avant de céder à la tentation , la conscience se révolte et fait payer par avance le plaisir fugitif qu'on veut goûter, la foi étale ses maximes, le vœu de chasteté réclame ses droits. A peine le crime est-il commis , le tonnerre delà divine iusticc se fait entendre , l'enfer apparaît avea

ses feux vengeurs : on demeure confus, interdit, pétrifié de stupeur. Qu'ai-je fait, insensé ! Moi jusque-là si pur, me dévouer à une éternité de supplices pour une sale volupté! J'ai pu me dérober aux regards des hommes , mais l'œil de Dieu ! Où irai-je me cacher? où irai-je me montrer? Partout mon trouble me dénonce et me trahit.

Encore si le prêtre pouvait saisir ce bonheur qu'il convoite et pour lequel il vend son âme immortelle. Mais non, son âme est trop haute par son origine et son caractère , pour trouver là une pâture digne d'elle. Plus elle approche de ce honteux festin, plus elle éprouve de dégoût; plus elle veut se rassasier, plus elle rejette tout avec un déboire et un vomissement inexprimables.

Il va , il vient , il parle , il se tait, tantôt il craint , tantôt il espère , et il esttristc. 11 visite ses Confrères, il se mêle à leurs conversations et à leurs jeux pour s'étourdir et se distraire, et il est triste. Il chante les cantiques de Sion , les cantiques qu'il devait chanter éternellement, et il est triste. Il monte à l'autel, il prend la coupe du salut , il mange le pain des anges, et il est triste. Regardez-le de près : il porte par-

— 4"0 — tout son enfer avec loi, sa passion est le gibet infâme et douloureux auquel il s'est attaché, et sur son front une main de fer a écrit : prêtre impudique !

2° Tyrannique.

Ah ! dans les commencements on est loin de soupçonner jusqu'où l'on s'engage; mais insensiblement la chair devient plus impérieuse, le démon plus entreprenant, et Dieu plus avare de ses dons. On ne flotte plus corn, me autrefois entre le péché et le repentir , on se livre à sa passion sans intervalles et presque sans remords , on descend comme irrésistiblement attiré vers ce qu'il y a de plus bas, on voudrait pouvoir se défaire de son sacerdoce, on s'ensevelit dans ses infamies, on embrasse un état fixe d'impénitence.

De temps en temps l'infortuné prêtre soulève sa tète, il se tourne vers le tabernacle, il prête l'oreille. Eh quoi ! lui dit son Maître, veux tu donc toujours me trahir? Mon sang est-il •butiné à couler chaque matin dans des veines impures? Ma chair c>t-elle condamnée à se mêler ruine chair de péché? Que si, emporté par l'esprit immonde , tu te méprises toi-même, du moins reconnais en toi Jésus-Christ , épargne Jésus-Christ î

A ce langage , un reste d'émotion se réveille, ses yeux versent quelques pleurs , puis il retombe , il retombe plus profondément , il retombe plus souvent. Marche, lui crie sa passion, encore un péché de plus. — Mais mes supérieurs sont informés, des menaces ont été faites. — Marche toujours, encore un péché de plus. — Mais le public parle , c'en est fait de mon avenir. — Marche, marche toujours, encore un péché de plus. — Mais je me fais horreur à moi-même , tant et de si énormes attentats demandent vengeance , l'enfer déjà se déroule à ma vue ; passion malheureuse , jusqu'où veuxtu donc me traîner ? — Jusqu'aux enfers!

0 Sacerdotes impudici, vos estis dœmonum vidimœ , ad œternœ mortis succidium destina* ti; et vobis diabolus, tanquam delicatis dapibus, pascilur et saginatur. (S. Pet. Dam. Lib. 4. Epist. in ).

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