COMPAGNIE FRANCO-AMÉRICAINE
(Gauthier frères, à Lyon.)
Cette compagnie, formée d'abord au capital de 18 millions) porté aujourd'hui à 23, avec engagement des actionnaires de l'élever à 60 au cas où elle obtiendrait du gouvernement la concession des services transatlantiques, a commencé ses opérations entre Le Havre et New- York, Rio-Janeiro et la Nouvelle-Orléans, depuis février 1856. Elle possédait 8 navires à hélice et à voiles, dont 2 construits à Nantes, et 6 achetés en Angleterre. Un de ces navires, le Lyonnais, a péri, au commencement, de novembre 1856, dans un abordage au milieu de l'Atlantique. Deux autres navires sont en construction à Nantes.
La pensée qui présida à la formation de cette Compagnie fut d'abord l'application sur une grande échelle du système de vaporisation à éther de M. Du Trembley, à l'instar de la Compagnie L. Arnaud et Touache frères, de Marseille; puis Pespoir plus ou moins fondé d'obtenir tout ou partie des concessions en projet pour le service de l'État.
Jusqu'ici, malgré les rapports favorables des ingénieurs du gouvernement, le système Du Trembley n'a reçu de la Compagnie Franco-Américaine aucune application. Les directeurs semblent y avoir entièrement renoncé; des doutes se sont même élevés sur la réalité de la découverte, et Ton n'hésite pas à attribuer le succès de la Compagnie L. Arnaud et Touache frères à toute autre cause que l'éther.
Quant à la concession ou aux concessions à faire par l'État, une commission formée par le gouvernement pour étudier la question et examiner les titres des Compagnies soumis* sionnaires, a ainsi classé les concurrents :
N« 1. — Compagnie Rothschild : elle attend pour créer son matériel la décision du gouvernement. — Subvention demandée, 10 millions.
N° 2. — Compagnie Gauthier frères. — Subvention demandée, 11, 500,000 fr«
N° 3. — Grande Compagnie Maritime* — Subvention demandée, 16 millions.
On croit que chaque Compagnie aura une part.
En attendant que l'Empereur ou le Corps législatif, car il s'agit ici d'une loi de finance, prononce sur l'adjudication, s la Compagnie Franco-Américaine soutient seule le poids de la concurrence anglaise, qui vient jusque dans le port dn Havre enlever les consignation! du pays, et avec laquelle elle a été forcée de s'entendre.
Ces faits prouvent de plus en plus ce que nous avons re- " levé ailleurs en traitant des chemins de fer, savoir : que la prospérité de toutes ces formidables Compagnies dépend moins de l'importance de leur trafic et de l'habileté de leur administration que du monopole dont elles jouissent et des secours de l'État. Pour payer la régularité et la vitesse, il faut, ou des tarifs élevés, ou de larges subventions, quelquefois les deux ensemble : ce qui veut dire que la nation seule est capable de se rendre certains services, et que les demander, moyennant subvention, à des Compagnies, c'est livrer la fortune publique, organiser le favoritisme, la cor* ruption et la cherté.
Les mêmes faits montrent quelle anarchie d'idées règne dans les hautes régions de l'industrie et du pouvoir.
Si le libre-échange, aujourd'hui en faveur auprès du gouvernement, est une vérité, pourquoi ce régime de subventions et de privilèges, qui lui donne un si éclatant démenti? Pourquoi ne pas traiter tout de suite avec l'Anglais, avec l'Américain, qui nous offrent leurs services à prix réduit? Que signifie cette gloriole d'un service national?...
Si au contraire c'est la protection qui est vraie et légitime, pourquoi souffrir que dans nos propres ports la marine de l'étranger fasse à la nôtre une concurrence désastreuse ? Avons-nous des engagements secrets qui nous lient? et fau*
dra-t-il que, pour plaire à nos alliés et contenter notre gloire, nous supportions tout à la fois une lutte qui nous ruine et un monopole subventionné qui nous épuise?.
Les actions de la Franco-Américaine, descendues un moment à 385 fr. sont remontées, depuis le discours de l'Empereur au Corps législatif, à 500 et même 515 fr. ; elles oscillent autour du pair. — Celles de la Compagnie Maritime, à 430 encore le 27 décembre 1856, ont monté d'un saut, le 3 janvier, à 520 et se tiennent au niveau des précédentes. On sent l'approche de la Concession, et les prétendants se tiennent prêts pour la hausse.