CHAPITRE VI
Matières métalliques. — Change.
Les courtiers de commerce ont le droit, concurremment avec les agents de change, de vendre les matières d'or et d'argent; mais aux derniers seuls appartient d'en constater
le cours. Le jeu est interdit sur ce3 valeurs, comme sur toutes les autres.
L'or et l'argent ont leur prix au pair; ils perdent ou gagnent sur le marché, suivant les circonstances. Les grandes crises politiques font monter le prix de l'or, parce qu'il permet de transporter de grandes valeurs sous un petit volume.
Uagio, c'est le profit, et Y escompte la perte.
Or en barre, pièces de 20 et 40 fr., agio, 2 fr. 50 pour 1,000, signifient que l'or gagne 2 fr. 50 par 1,000 fr.
Au lieu du mot agio, il y aurait escompte, c'est que l'or perdrait 2 fr. 50 par 1,000 fr.
Or en barre, pièces de 20 et 40 fr. au pair, signifie qu'il n'y a ni agio ni esco ote.
Or en barre, à 100t. 000, c'est l'or le plus pur, il vaut 3,444 fr. 44 c. au pair, le kilogramme.
Or en barre, à 900/1000, c'est l'or avec un dixième d'alliage. Prix au pair: 3,100 fr. le kilogramme.
Argent en barre, à 1000/1000. Prix le kil. : 222 fr. 22. Idem à 900/1000. — 200 fr. »
Le change est une opération qui consiste à faire passer, à. l'aide de simples effets, des sommes, souvent considérables, d'une place dans une autre. Il a pour but et pour résultat d'éviter le transport encombrant et coûteux des matières métalliques. On peut dire que ce dernier procédé serait à la lettre de change ce qu'en fait de rapidité la batellerie est à la télégraphie électrique.
Le change suppose des dettes réciproques entre les pays.
A, de Marseille, a vendu à B, de Lille, des savons pour une somme de 10,000 francs ; B a fourni à C, de Marseille également, 10,000 fr. d'huiles. Il n'est pas nécessaire de déplacer un centime pour solder un pareil marché. B écrit à son débiteur C : « Payez à votre compatriote 4 les 10,000 fr. que vous me devez et que je lui dois moi-môme. » Les trois contractants gagnent à cet arrangement, économie de temps et sécurité.
Lorsque le vendeur et l'acheteur ont à la négociation un intérêt égal, le change est au pair.
Mais il n'en est pas toujours ainsi.
La Nouvelle-Orléans expédie à Rouen pour 10 millions de cotons-, Lyon vend à New-York 8 millions de soieries. Le négociant lyonnais reçoit en payement du papier sur Rouen; celui de la Nouvelle-Orléans reçoit le sien sur New- York. Si ces villes n'échangeaient qu'entre elles, il faudrait transporter l'appoint de 2 millions de Rouen à la Nouvelle-Orléans afin de parfaire les comptes.
Le commerce a sans doute des ressources plus expéditives ; les relations que nous avons supposées entre quatre places ne sont nulle part circonscrites dans un cercle aussi restreint. Chaque centre d'affaires est en correspondance avec les principaux marchés du monde. Seulement, entre deux endroits il peut y avoir inégalité de créances, comme dans l'exemple ci-dessus, et alors le papier sur telle place est plus ou moins demandé, plus ou moins cher. D'où une différence dans le prix du change.
Le change d'un lieu sur un autre est bas, lorsque ce lieu est large de l'argent de l'autre, c'est-à-dire lorsqu'il a plus à payer qu'à recevoir. Il est haut dans le cas inverse, quand il a plus à recevoir qu'à payer. La France doit 10 millions à l'Amérique, qui ne lui en doit que 8 : le change est bas pour nous et haut pour les Américains. En d'autres termes, l'Américain achètera le papier sur la France au-dessous de sa valeur, puisqu'il est abondant; le Français payera le papier sur l'Amérique au-dessus de son litre nominal, parce qu'il est rare.
L'abondance, la rareté sont donc pour les effets de commerce, de môme que pour les produits, des causes de hausse ou de baisse, de cherté ou de bon marché.
Ces négociations sortent, comme on voit, du domaine de la spéculation; elles appartiennent essentiellement au commerce et à la banque. Comment se trouvent-elles entre les mains des agents de change? Nous l'avons dit : la Bourse est le marché aux capitaux condensés sous forme de titres, et la loi n'acco de qu'aux agents de change le droit d'y serrir
d'intermédiaires. Ils ne vendent ni n'achètent autrement que par commission. Ils ne sont pour rien dans la fixation du cours; la constatation seule leur en est réservée. Ils ne sont ni banquiers ni commerçants; ils mettent à contribution la banque et le commerce. Ils jouissent d'un vieux privilège : il en a toujours élé ainsi; il en sera, espèrent-ils, longtemps encore de même.
Entre temps, la pratique, toujours en avance sur la législation, s'affranchit peu à peu du monopole : les opérations de change reviennent de droit et de fait aux banques publiques et privées et aux comptoirs d'escompte.
Ce n'est pas que MM. les officiers publics s en préoccupent. Nous avons vu déjà combien ils sont bons princes avec les coulissiers et les courtiers-marrons. Leur libéralité ne se dément pas en cette occurrence. Qu'est-ce, en effet, que de misérables effets de commerce pour des gens qui ont la main sur la rente, les chemins de fer, les canaux, les mines, les usines, les forges, la Banque, les assurances, etc.?
Ce qui précède suffit pour donner une idée de la nature du contrat de change, de sa nécessité, des combinaisons dont il est susceptible, des causes de variation entre les différentes places, de la hausse et de la baisse sur une même place à diverses époques. Il nous reste à compléter, par quelques détails techniques, ces notions générales.
On distingue deux sortes de monnaies : 1° Monnaie réelle; elle existe matériellement en pièces d'or, d'argent ou de billon. — 2° Monnaie de change; elle n'existe pas toujours en métal; c'est le nom qu'on donne parfois à une somme d'espèces ou de fractions d espèces.
Chez nous le franc est à la fois monnaie effective et monnaie de compte ou de change. Mais il n'en est pas de même partout. En Hollande, par exemple, la livre de gros, adoptée pour les négociations du change, n'existe pas en métal; elle représente 6 florins de monnaie réelle.
Le prix du change entre deux places s'évalue par la comparaison de leurs monnaies réelles ou de change, servant, la première de type, la seconde d'unité monétaire.
On dit qu'une place donne le certain quand sa monnaie
sert de terme fixe dans la comparaison ; celle qui fournit le terme mobile donne Y incertain.
Ainsi, dans le change entre Paris et Londres, le terme fixe de la comparaison, c'est la livre sterling; le terme mobile, sa valeur en francs, qui peut être, suivant les circonstances, de 25 fr., 24 fr. 95, 25 fr. 10. Entre Paris et Lisbonne le terme fixe est 5 fr., qui valent 495, 500, 504 reis, plus ou moins.
Entre deux places, il y a nécessairement un terme fixe et un terme mobile. Ce n'est ni un avantage ni un désavantage de donner l'un ou l'autre. Tels que l'usage les a établis, on les conserve, on ne les transpose jamais : Paris donne toujours Yincertain à Londres et le certain à Lisbonne.
mode d'évaluation du change
entre Paris et quelques places de 'étr er.