COMPAGNIE GÉNÉRALE DES CAISSES D'ESCOMPTE
(Paris, 4l,ruoTailbout.)
Voilà certes un titre sérieux, moral, sous lequel on ne songerait guère à chercher l'esprit d'aventure et de témérité qui caractérise le Crédit mohilier et ses annexes, Quoi de moins aléatoire que les opérations d'escompte? Le négoce ne vit pas d'oscillations, de fluctuations : au contraire, il en souffre cruellement ; sa tendance est à la fixité, à la détermination des valeurs, qui laisserait peu de prise à l'agiotage, lequel fait toute l'importance des sociétés de jeu. Il y a donc antagonisme entre les opérations sérieuses du commerce, basées sur des livraisons certaines, des cours normaux, et les spéculations boursières, qui ne visent qu'à des différences, à la hausse et à la baisse sans rime ni raison.
Cependant M. A. Prost, le directeur-gérant de la Société qui nous occupe, entend mener de front ces deux sortes d'affaires, bénéficier sur le certain et sur Yalea, C'est du moins le compte rendu de 1856 qui nous l'apprend.
« Aux termes de ses statuts, la Compagnie générale des Caisses d'escompte avait deux objets à poursuivre ;
o Le premier était d'organiser et d'assurer le crédit commercial datfs tous les centres provinciaux où elle fondait des Caisses d'escompte;
« Le second était de servir de centre de ralliement aux capitaux des départements pour les faire participer aux bénéfices de toutes les opérations financières habituelles aux maisons de haute banque et aux sociétés de crédit. »
L'escompte semble même n'avoir été, dans la pensée des fondateurs, qu'un moyen, un levier, un point d'appui.
« Au début, et pour créer l'instrument qui devait nous servir à faire y dans des conditions favorables, les opérations de haute finance, nous avons dû consacrer exclusivement nos eftorts à l'organisation des Caisses d'escompte, et c'est tout récemment que nous avons trouvé opportun de poursuivre concurremment le second but de nos statuts. »
Occupons-nous d'abord du premier but.
La Compagnie générale des Caisses d'escompte est la dernière transformation de deux conceptions qui ont mal abouti : le Comptoir commercial et V Union financière. Telle qu'elle est aujourd'hui, elle a pour objet :
« 1° De constituer successivement, dans toutes les villes qui le comporteront, des Caisses d'escompte ; 2° d'assurer lesdites Caisses contre les chances de pertes dans les conditions et proportions stipulées ci-après. » (Art. 3 des statuts.)
« Chaque Caisse d'escompte a son capital propre, parfaitement distinct de tout autre, et fonctionne avec la plus complète liberté d'action, sous le contrôle de la Société et dans les limites de ses propres statuts. — Les bénéfices de Caisses sont leur propriété exclusive. » (Art. 5.)
, La Compagnie générale n'exerce donc qu'une sorte de patronage sur les Caisses particulières. Voici les conditions qu'elle y met :
Elle leur octroie des statuts; — elle nomme ou agrée les gérants; — elle fixe l'importance de leur capital et la quotité des actions (500 fr. divisibles en coupons de 100 fr.) ; — elle limite leurs opérations; — elle se réserve, moyennant commission, le placement des actions; — elle envoie des inspecteurs et des délégués; — elleimposeune forme de comptabilité; — elle se fait adresser chaque mois la balance des comptes, un état des créances échues et impayées, un état des actions souscrites et encaissées ; — elle peut requérir l'envoi de tous renseignements et pièces -de comptabilité qu'elle juge utiles pour s'éclairer; — elle détermine la répartition des bénéfices (40 0/0 à la gérance, 50 0/0 aux actionnaires, 10 0/0 au fonds de réserve); — elle fixe les appointements des employés; — elle approuve ou improuve les comptes ; — elle peut faire prononcer la dissolution de la Société; — elle se réserve toute modification aux statuts.
Pourquoi la Société-mère s'arroge-t-elle des droits aussi absolus sur des entreprises auxquelles elle n'avance pas un sou? C'est qu'elle assure leur capital moyennant une prime annuelle fixée, pour chaque 1,000 fr. d'affaires:
A 20 centimes jusqu'à 20 millions.
15 — de 20 à 40 millions.
10 — de 40 à 60 — 5 — de GO à 100 — 2 1/2 de 100 millions et au-dessus.
L'assurance appliquée aux banques est une innovation en économie. Le taux de l'escompte, suivant nous, ne doit être qu'un droit de commission pour le service rendu, augmenté d'une prime d'assurance contre les risques de non-payement. Le capital répond de la bonne gestion des directeurs, qui ne doivent jamais le laisser entamer.
Or si le capital d'une caisse, 300,000 fr, par exemple, est lui-même assuré, le gérant peut se permettre 300,000 fr. de perte sans dommage pour ses actionnaires. Il peut donc, en vue d'augmenter les produits nets, se montrer moins sévère sur le gage du papier présenté, accepter des créances suspectes, pousser à l'abondance des escomptes en négligeant la qualité des escompteurs. Tel est le péril de l'assurance en pareille matière. Et voilà pourquoi les directeurs des Caisses particulières ne sont que des commis à la discrétion des assurances.
Après tout, en ce pays de routine, où l'esprit d'initiative par les masses est inconnu, c'était peut-être le seul moyen d'organiser le crédit et la circulation dont le commerce a tant besoin. Puis l'esprit est à la centralisation, à l'unification, à la complication bureaucratique, au communisme, en un mot. Telles qu'elles sont, les Caisses d'escompte valent mieux que rien.
Voici l'état qu'en donne le compte rendu de 1856 :