DE LA CONSERVATION DES MOBILIERS EN GÉNÉRAL
Lx prix des ameublemens, quelque médiocre qu'ils soient, est toujours assez important pour qu’on s’en indemnise par la conservation des objets dont ils sont composés ; c’est un soin cependant trop généralement négligé, et qui souvent peut donner à des meubles vieux presque la même apparence qu'à des neufs.
La poussière qui repose trop long-temps sur les meubles, de quelque nature qu'ils soient, leur est plus nuisible qu'on ne pense : elle s'attache aux vernis, détruit le poli des métaux, finit même par ternir le cristal , et ronge pour ainsi dire les étoffes. Les objets que l’on ne peut couvrir de housse doivent donc être souvent époussetés et essuyés avec un linge propre et fin ; la méthode d'épousseter avec un plumeau est bonne pour les objets qui ne peuvent être essuyés , tels que lustres, cadres, tableaux, etc. ; mais épousseter les autres meubles n'a pour résultat que de faire remonter la poussière, qui, un instant après, se pose de nouveau ailleurs.
On doit donc balayer le plus doucement possible après avoir semé un peu de sciure de bois légèrement mouillée, et avec portes et fenêtres ouvertes, attendre que la poussière se soit bien posée, épousseter ensuite ce que l’on ne peut essuyer, laisser de nouveau se poser la poussière que l’on vient de mettre en mouvement, et enfin essuyer soigneusement avec un linge doux et fin tout ce qui est dans l'appartement. C'est par l'inspection des petits coins cachés que l'on reconnaît le soin et la propreté de celui qui est chargé de la conservation d’un mobilier; et, nous le répétons , l’ordre et la propreté peuvent presque remplacer la richesse : un seul meuble dérangé ou placé avec négligence, sufit pour donner à l’ensemble un air de malpropreté, et des meubles bien entretenus, quoique vieillis et médiocres, font en proportion un meilleur effet que les plus riches lorsqu'ils sont négligés.
Les meubles couverts en drap ou autres étoffes de laine, sont très exposés aux attaques des vers; il faut donc souvent les battre et les brosser. Les tapissiers, pour éloigner autant que possible les insectes des meubles qu'ils fournissent, doivent enduire avec une brosse la contre-toile et les sangles d'un encaustique composé de cire jaune broyée et dissoute dans de l'essence de térébenthine; l'effet de ce moyen dure autant que les
meubles si on a soin de battre ceux-ci très souvent, surtout dans les mois d'été.
Outre l'entretien journalier des meubles, il est bon, à la fin du printemps, de leur faire donner une restauration générale par un ébéniste, afin de faire enlever les taches, renouveler l’encaustique et réparer les écornures, fentes , etc. À la même époque, on fait enlever, nettoyer et raccommoder les tapis, rideaux, draperies, et recarder un matelas de chaque lit. Ces légères réparations, faites à propos, préviennent souvent de grands dommages.
Un fapis étendu dans un appartement, et toujours exposé à l'air, est moins sujet aux dégâts par les vers que lorsqu'il est enfermé. Les cendres de tabac à fumer, du poivre et du camphre pilés et semés sur un tapis, après qu'il aura été bien battu, et avant de le ployer et rouler pour le serrer, le préservent de tout insecte pendant la saison d'été. Pour le battre, il ne faut jamais employer des bâtons, mais un morceau de cäble de deux à trois pieds de longueur, et de deux pouces de diamètre, attaché à un manche de bois de la même longueur, ce qui forme une espèce de fouet ou fléau à manche. En battant avec un bâton on ne peut éviter que le bout qui frappe, fasse des trous dans les endroits faibles, ou augmente ceux qui existent, et
le prix des tapis est trop élevé pour qu'on ne les ménage pas.
Du Balayage en général.
Cette occupation domestique est ordinairement abandonnée sans aucune surveillance au dernier des domestiques , ce qui est un grand tort, parce qu'elle a plus d'importance qu'on ne pense. En effet, la poussière, trop brusquement balayée , s'élève en l'air, se pose dans les draperies et sur les meubles, auxquels, nous le répétons, elle est très nuisible,
Pour frotter les parquets cirés, on emploie ordinairement un homme fort et robuste, qui quelquefois est tout - à - fait étranger aux soins qu'exige un mobilier, mais alors une personne soigneuse doit diriger ou surveiller ces travaux : on évite par là les nombreux dégâts qui résultent du peu de soin que mettent la plupart des domestiques en remplissant leurs devoirs. Un bon frotteur dégarnit autant que possible la pièce qu'il nettoye, et a soin de ne pas écorner ceux qui y restent ; il ne surcharge pas les parquets d'une épaisse couche de cire, car tout le bien faire consiste à en étendre également et partout une pelite quantité.
Balayage des tapis.
En Angleterre et en Hollande, pour bien balayer un tapis posé dans une chambre, et pour empêcher que la poussière, qui finit par s'amasser dessous, monte et se pose dans les draperies et sur les meubles, on sème sur le tapis les feuilles de thé qui ont servi et que l’on conserve humides pour cet usage; ensuite on balaie avec un balai de chiendent ou avec une brosse à manche. Cette méthode est sans contredit la meilleure, parce que le thé conserve la fraîcheur des couleurs et est un moyen de plus pour éloigner les vers. Comme l'usage du thén'est, en France, pas assez commun pour qu'un ménage puisse amasser assez de feuilles pour suflire à un balayage journalier, on peut les remplacer par des petites feuilles de salade et autres herbes potagères légèrement humectées. On doit bien se garder de se servir de sciure de bois, laquelle s'attache au tissu des tapis sans pouvoir être Ôtée qu'avec beaucoup de
peine.
Nettoyage des planchers carreles.
Les carreaux noirs et blancs en pierre de liais, avec lesquels on fait le carrelage des antichambres et des salles à manger, doivent être lavés une
DU TAPISSIER. 171 fois par semaine avec des brosses faites exprès et
trempées dans une eau de savon noir assez forte.
On entretient ainsi non seulement la propreté,
mais on donne en même temps aux carreaux un
poli et un brillant que l’on n'obtient pas en ne se servant que d’eau simple. On étanche l’eau
ensuite avec une grosse éponge, et on laisse sécher les carreaux par l'air du dehors ou par la chaleur du poêle.
Beaucoup d'appartemens , surtout dans les vieilles maisons, sont carrelés avec des carreaux de terre cuite , enduits d’un encaustique ou seulement peints en rouge et cirés ensuite. Ce carrelage n’a d'autre avantage que d'être peu coûteux; mais il a tous les inconvéniens qui peuvent résulter du système de carrelage , qui en lui-même est mauvais; le seul moyen d’y remédier c'est de le couvrir d’un tapis, ce qui devient d'autant plus dispendieux qu'après deux ou trois années ce tapis est entièrement usé et tracé par les inégalités des carreaux, qui ne forment jamais une surface bien unie; cependant comme on est fréquemment forcé d'occuper desappartemens ainsi carrelés, pour en ressentir le moins possible les inconvéniens , il faut éviter de mouiller le carrelage et le faire cirer et frotter avec tout autant de soin qu'un parquet. Il est même nécessaire d'en faire renouveler de temps en temps la couleur et
l'encaustique. Un carrelage nu en terre cuite , sans encaustique ni couleur peut être lavé sans aucune précaution , et n'exige d'autre soin que celui d’une stricte propreté entretenue par de
fréquens balayages.
IN eltoyage des meubles.
L’encaustique que l'on met sur les meubles une ou deux fois par an, a pour but de leur donner un brillant analogue à celui du vernis; il a l’avantage d’être facile à appliqner, et de ne pas être sujet à se rayer ou à s’écailier. La recette suivante mettra chacun à même de faire un encaustique qui possède toutes ces qualités.
Faites fondre à petit feu 2 onces de cire blanche ou jaune; quand elle est liquide on la retire de dessus le feu, on y ajoute 4 onces d'essence de térébenthine et on l'agite pour bien mêler jusqu'à complet refroidissement : il en résulte une bouillie épaisse. (Si on veut qu’elle soit rouge , on commence par faire infuser de l’orcanette dans l'essence que l’on filtre ensuite avant de la mêler avec la cire ). On met un peu de cette pâte sur un chiffon , on frette sur le meuble en l’étendant le plus possible ; on frotte ensuite avec une brosse et enfin avec un morceau de serge : le meuble devient très brillant. La cire dissoute
dans l'essence s'étend très aisément, l'essence s'évapore vite, il ne reste sur le bois qu'une couche très égale et infiniment mince de cire.
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Manière de polir à la cire.
On frotte le meuble avec de la cire, on l'étend en le frottant avec un morceau de liége, on enlève l’excédant avec un racloir dont les arêtes sont émoussées , puis on frotte avec un morceau de drap et de serge, jusqu'à ce que le bois devienne luisant, Cet enduit a cet avantage que, s'il vient à se ternir, le frottement avec un chiffon de laine suffit pour lui rendre son éclat.
Nettoyage des glaces et carreaux.
Une glace ternie ou tachée, une croisée dont les carreaux ne sont pas bien nettoyés, suffisent pour donner à un appartement un air de malpropreté que les ornemens ou les beaux meubles ne font que rendre plus remarquable ; cependant, il n'y a rien de plus facile que d'entretenir leur netteté et leur éclat, car il suflit pour cela d'un peu d’eau et d'un vieux linge. Cependant, pour éviter de mouiller le parquet ou les bordures dorées des glaces, on se sert du moyen suivant, qui est simple et à l’aide duquel on enlève sur tout ce
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174 MANUEËÏ, qui est de verre, poussière, ordures de mouches et toute autre tache qui souille sa superficie. Délayez dans un peu d’eau-de-vie, ou dans du vinaigre, du blanc d'Espagne ou de la craie bien pulverisée, donnez à ce mélange la consistance d'une pâte liquide , enduisez-en légèrement avec un peu de coton la surface des glaces et carreaux, ayant grand soin de n’en pas mettre sur les bordures dorées ou peintes, dont on ne peut ôter cet enduit qu'en abîmant la dorure ou le vernis. Lorsque cette légère couche est presque sèche, ce qui a lieu en peu de minutes , prenez un linge très fin ,ou même un morceau de vieille mousseline , avec lequel vous essuyez partout et soigneusement. Si vous laissez sécher cette pâte tout-à-fait sur le verre , l'effet n'en sera pas si efficace que lorsqu'elle sèche en essuyant. On sent qu'il ne faut en mettre qu'une couche très légère , car plus elle est épaisse , plus elle fait de poussière en Fôtant.
Nettoyage du marbre.
Les marbres se nettoient en les essuyanti bien ét en les frottant légèrement de temps en temps avec un chiffon de laine douce, imbibé imperceptiblement d’huile fine ; si on met trop d'huile, il se forme sur le marbre une crasse qui
jui est nuisible. On peut employer la même méthode pour les meubles vernis, mais plus rarement et avec moins d'huile encore. IL faut avoir soin de ne pas se servir du morceau d’étoffe qui est consacré aux métaux nettoyés avec du tri-
poli.
Nettoyage de l'acier, du fer et du cuivre.
Le fer et le cuivre polis se nettoient à sec tous les jours avec du tripoli fin et passé au tamis ou à travers une mousseline claire. On peut ensuite y passer un chiffon de laine Zgèrement imbibé d'huile fine.
L’acier poli exige plus de soin encore pour la finesse du tripoli.
Lorsque l'hiver est passé, et avant de serrer les différens objets qui garnissent l'intérieur d’une cheminée, on les nettoie et frotte avec plus de soin qu'à l'ordinaire; on les huile un peu plus fortement et on les enveloppe bien de papier imperméable, qui se vend chez les quincailliers.
Des teignes.
Les insectes qui gâtent le plus la laine sont les teignes, espèce de chenilles ou vers dont proviennent des papillons de trois lignes de longueur et d’une couleur jaunâtre luisante, Depuis
A PAM NNEE Time
le mois de mai jusqu’en octobre, ces papillons pondent sur la laine des œufs presqu'imperceptibles d’où sortent ces vers qui rongent la laine. On reconnaît leur présence lorsqu'on voit de petits fourreaux d'environ une ligne de diamètre sur 4 à 5 ilignes de longueur, dans lesquels ces vers se tiennent à couvert. On n'a pas encore trouvé de moyens pour détruire entièrement ces insectes , qui causent souvent un dommage considérable ; le meilleur est de battre fréquemment les meubles en laine et de passer, en avril, mai et août, légèrement sur les meubles, tapisseries, housses, etc., une vergette humectée avec une composition d'un tiers d'huile de térébenthine et de deux tiers d'esprit de vin bien mêlés ; il faut avoir soin de faire pénétrer un peu de cette composition dans les jointures des meubles et de bien fermer portes, fenêtres et cheminées pendant vingt-quatre heures. On peut encore placer dans les grands meubles un morceau de linge ou une feuille de papier imbibée de cette composition.
Outre ce remède indiqué, on emploie avec succès le camphre mêlé avec du poivre noir en poudre , que l’on sème dans les tapis ou autres étolfes de laine que l’on met en magasin pendant les mois d'été,
Des punaises.
Il y a peu de villes en France où les punaises soient aussi multipliées qu'à Paris, et même il est peu de villes, de villages , de châteaux et de fermes où elles ne se soient établies et où elles ne portent le dégoût qu'elles inspirent et l'insomnie qui les accompagne.
Gratter les murailles d’un appartement et les enduire d’eau de chaux n’est qu'un moyen pour les faire diminuer et les faire disparaître pour quelque temps, mais jamais suflisant pour les détruire entièrement. Il faut visiter avec soin toutes les boiseries et murs , mettre dans tous les trous , fentes et jointures , ainsi que derrière les parquets des glaces et tableaux, de l'essence de térébenthine avec du camphre et les boucher ensuite avec le mastic ainsi composé :
Faites dissoudre un peu d’essence de térébenthine dans de l'esprit de vin et manipulez - la avec de l'ail et du blanc d'Espagne.
Il ne suffit pas de purger un appartement de ces puans insectes , il faut encore les déloger des meubles et surtout des bois de lits et des coins remployés des matelas, où ils aiment à se réfugier. Le grand remède est l'extrême propreté
pratiquée sans relâche; mais pour commencer à purger une chambre à coucher des punaises , on
peut employer avec succès une des recettes sutvantes , et ensuite se servir de claies d’osier que l'on place en-dessous et au chevet du lit; l’insecte s’y retire à la pointe du jour. Sion veui Vattirer encore mieux dans ces claies, il suffit d’en écraser une ou deux sur chacuneet l'odeur déterminera le choix dans leur retraite. Chaque jour le domestique enlève les claies, les secoue dans la cour , les punaises tombent et il les tue du pied; mais comme la punaise dépose aussi ses œufs dans ces claies , il est à propos de temps à autre de les passer à l'eau bouillante. C'est par ces soins sans cesse répétés que l’on parvient à se préserver d'un animal aussi fatigant que
dégoûtant.
N° 1. On a proposé de frotter les coins des matelas et paillasses, les mortaises et jointures des bois de lits, etc., avec de l’onguent napolitain (appelé onguent gris); ce moyen sans doute estefficace, mais il est aussi dangereux pour ceux qui couchent dans ces lits, à moins qu'on l’emploie assez de temps avant d'y coucher , afin que l’émanation mercurielle ait perdu son in-
fluence.
Recettes contre les punaises.
No 2. Un moyen eflicace pour détruire les
punaises est de prendre une chopine d'esprit de vin rectifié et bien déphlegmé, et autant d'huile nouvellement distillée, ou de l'esprit de térébenthine ; on les mêle bien ensemble et:on ajoute une demi-once de camphre cassé par petits morceaux, qui ne S'y dissoudra qu'au bout de quelques minutes : remuez bien Île tout, trempez-y une éponge ou une brosse, et frottez tous les endroits du lit où il y aura des punaises.
No 3. On peut laver les meubles, les boiseries, les murs, avec une eau dont voici la recette. Son emploi a été fort souvent eflicace, mais il ne faut s'en servir qu'avec prudence, à cause du sublimé corrosif qui entre dans sa composi- 4ion :
Demi-once d'essence de térébenthine et 2 gros de sublimé corrosif dissous dans l'esprit de vin.
Demi-once de camphre.
Le tout bien dissous, jetez.dans une pinte d'eau distillée ou de puits, et remuez fortement avant et pendant son emploi.
N° 4. Quelques personnes font dissoudre du mercure dans de l'esprit de nitre sur un réchaud placé au milieu de la chambre; le mercure et l'esprit de nitre s'évaporant, leur effet est cer-
tain : aucun insecte n'y résiste, mais Ce moyen est fort dangereux; l'esprit de nitre nuit aux meubles , et si on habite trop promptement l'ap-
partement, sans l'avoir laissé suffisamment purifier par un air nouveau, le mercure peut attaquer la santé. Cependant ce remède est d’un secours prompt, et ne doit pas être négligé pour purger de tout insecte un appartement vide et qu'on se propose d’habiter.
N°5. Placez dans une chambre hermétiquement fermée , sur un réchaud de charbon bien enflammé , une poêle de fer dans laquelle vous mettrez deux onces de tabac à fumer, trois onces de souffre concassé, et sur le tout un mauvais couvercle pour empêcher la flamme de monter.
Dès que cette poêle est posée sur le brasier, retirez-vous , et prenez les précautions nécessaires pour que la fumée ne puisse s'échapper. Au bout de vingt-quatre heures, ou plus sûrement de quarante-huit , on nettoiera et aérera la chambre, et de long-temps les punaises n’y paraïîtront. IL est inutile de dire que les étoffes et meubles doivent être retirés.
N° 6. Placez une terrine pleine d’eau bouillante dans la pièce qu'on veut débarrasser des punaises; versez-y cinq ou six gouttes d'acide sulfurique rutilant et retirez-vous promptement. Ayez soin que toutes les issues soient bien hermétiquement closes, en moins d'une heure tous les inséctes auront péri.
Recette pour faire la colle à coller le papier de tenture.
On fait dissoudre un peu de colle-forte blonde dans beaucoup d'eau, que l’on met sur le feu jusqu'à ce qu'elle bouille ; on y jette alors doucement de la farine, toujours en remuant l’eau ; et, au premier bouillon que l’eau jette, la colle est faite; on l'ôte du feu pour la laisser refroidir. Pour s’en servir, on la délaie avec de l'eau chaude jusqu’à ce qu'elle soit assez liquide pour l'usage. Pour une livre de farine, il ne faut ajouter qu'une once de colle-forte.