CHAPITRE PRJEMIER
Des Bois,
SECTION PREMIÈRE
Notions éUmeniains sur la Nature et ta Quaiiié des Bois.
^ OTis sommes fort éloignés d'entreprendre ici une histoire naturelle des bois. !Nous croyons qu'il suffit de donner, une description succincte des principaux bois dont on se sert dans les arts. Un amateur ne peut se dispenser de connoitre les boi» par leur extérieur , par la nature de leurs
a MANUEL DU TOURNEE».
pores, par la contexture de leurs fibres , par les acciclens qui les caractë'
riseat ordinairenient ; enfin , par les couleurs qui leur sont propres.
On sait que chaque année les arbres sont recouverts d'une nouvelle couche ligneuse , qui les enveloppe circulairement , et qu'on nomme Couche anrmelie. Chaque couche est distinguée, de la précédentcpat une substance qu'on nomme médullaire , parce qu'elle tient de la nature de la. moelle. Outre ces couches circulaires dont chacune indique le nombre, d'années dont l'arbre est âgé, il existe, entre chacune d'elles , une correspondance qui, partant du centre à la circonférence, semble destinée à alimenter les couches médullaires qui ressemblent à une infinité de rayons divergens , et qu'on nomme ProductioTiê médullaires. Lors même qu'on n'a qu'une portion de bois quelconque , il est facile de distinguer la direction des unes et des autres : mais il n'est pas indifférent d'employer le bois de tel ou de tel autre sens. Si donc , pour faire un bras de scie ou un manche de fort marteau , on se sert de fi-éne , où ce que nous venons de dire est très-sensible , il est plus à propos' que ce bras de scie , qui , comme on sait , est plus large qu'épais, ait les couches annuelles paraU^e^ à la largeur; ' et qu'ainsi, supposant qu'il y en ait trois ou quatre dans l'épaisseur, chacune d'elles soit continuée jusqu'à la surface opposée , et le bras de scie ou le manche de marteau en aura beaucoup plus de force par une raison aisée à sentir.
Supposons qu'à défaut de bois assez épais , on veuille assembler des lames à plat les unes sur les autres, îl est évident que cette réunion aura plus de force , si l'effort se fait sur le champ de chacune d'elles , que s'il a lieu sur le plat ; et que , dans le dernier cas, elles plieront, et ne plieront pas dans le premier. Or , rien ne ressemble autant à cette réunion de lames que la réunion des couches annuelles ; et si on les emploie sur le plat, l'effort qu'elles favnt pour plier ne peut avoir lieu qu'aux dépens de la substance médullaire , qui , moins forte que les couches ligneuses , leur permettra bientôt de se séparer, et que le manche ou le bras de scie sera susceptible d'un bien moindre effort.
Cette théorie peut trouver son application dans une infinité de cas où lechoiX'duboiSj'Ia nmnière'deTemployer, peuvent détenniner la réussite ou la durée d'une machine qui, autrement construite, n'anroit pas le même succès.
'Nous a^ons pensé que, dans une. matière' où nous devions parler aux yeùx'auKint qu'à l'esprit, ce n'étoit pas assez de donner des descriptions mé^pbysiqiles , et qu'il falloit accodtumer tes yeux à reoonnoitre chaque
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CHAF. I, Sbc-B- II. Dé» Bois de France. 3
bois , en rendant senaibles leuiq traits caractéristiques , suivant le précepte d'Horace :
Segniàs irriumt aitimos demitta per aurem , Çuàm ^ua tutu ocidù subjectaJiiUlibus..... Lfs (enMtiolii qui parviennent à notre ame par le« orcdllej j font moins â'impremou que les objeu qui frappent dos yeux.
' SECTION lï.
JDe$ Bois de France.
IjB hfjîa le plus conunun dans les arts est le Sapin , qu'en quelques provinces «t dtas Bos.oolomés, on Domme Sap.
LE S APnf , LA. SAPINE et LE PIN , sont trois arbres qui viennent par&îtelaent djms le Nord. I^tns l'usage on les confond assez souvent , quoiqu'ik aient des difKrences assez sensibles. Le Sapin , fig. i , PL i , dont on se sert le plus ordinairement pour faire de la menuiserie commune , est d'un blaac jaunilïe. II est très-tendre , se rabote par&itement en long, mais ne veut pas être travaillé de travers. Il reçoit assez mal tes mortaises et les tenons, i moins que les aissemblages ne Êissent point d'effort ; mais il ne sauroit être tourné, et, ccwame ses poses sont très-làdies , la pointe du Tour varieroit sans cesse dans son trou. Néanmoins , comme on a souvent besoin d'eu £iire des boites ou caisses , des tablettes , nous avons cru devoir en dire
U« «DOt. '
Sa Gontexture a cela de singulier, qu'on la croiroit formée de deux substance^ différentes; lies coucbes annuelles sont sensiblement différentes* de la matière qui est interposée entr'elles , et même l'une et l'autre diff^^nt en couleur. Les unes sont plus foncées, et les autres plus claires. Comme cet arbre produit une infinité de branches qui sortent du tronc sans s'y identifier , de là vient la multitude de nœuds qu!on j rencontre , et qui abîment promptement les varfopes et rabots. Ces nœuds, qui sont le germe d'une branche du même bois , sont d'une nature toute différente du reste du bois : ils semblent n'être qu'une extravasation de sucs ligneux combinés avec de la résine. Ils sont d'une extrêmie dureté. Ils ont mênie cela de isingutier, qu'il est très-ordinaire , en travaillant du Sapin , de voir ces nœUds'quitter leur place, et laisser un trou.
Comme les pores du Sapin sont très-lâches, il est assez léger , quoique
- très-liant tt très^lastique. On remploie , dans quelques labontoires , pour feire des arcs de Tour.
Le Sapin vient communément très-haqt et très-droit. On s'en sot pour faire des mâts de navire ; et , comme il est très-élastique , on peut ausù en Êûre des planchers à longue portée.
LE CHÊNE, J^. a, est, après le sapin , le bois le plus usuel dans les Mtimens et dans plusieurs arts. Il est assez peu d'usage pour le Tour. Comme ses pores sont f^rt gros , on l'a proscrit de tous les ouvrages un peu délicats où il Êiut faire des moulures fines et détachées.
Le Chêne est un grand arbre forestier. Il en est peu qui participent aussi sensiblement de la nature du terrain où il croît Dans les lieux humides, il vient assez bien , mais il n'a pas grande consistance. Dans les terrains sa bteux , il vient assez bien , mais on trouve , dans les yeux qui forment sa Maille j beaucoup de ce même sable, qui abîme les outils.
Le Chêne qu'on débite en Hollande est le plus beau ; mais il est si gras et si tendre qu'on ne sauroit y Ëiire des tenons : il est magnifique pour les panneaux delambris. Celui des Vosges a toutes les qualités requises pour la menuiserie , mais il est moins beau que celui refendu à la manière de Hollande. Enfin, il en est une autre e^>èce, qn'on nomme de Fontainebleau, qui est plein de nœuds , et qu'on n'emploie qu'à' des ouvrages communs, ou qui doivent éprouver beaucoup de résistance , comme des bancs , des tables communes, des portes extérieures, etc.
Sa l'on considère attentivement une planche de bois de Chêne , dont on n'aura pas ôté l'écorce , on y reconnoitra une partie blanche , voisine de l'écorce, et une plus brune, qui forme le cœur. La partie blanche, que les ouvriers nomment Aubier , est du bois qui n'a pas encore uii* par&ite , maturité : aussi il est sujet à pourrir aisément. Lorsque , dans les forêts , on débite du Chêne en lattes , on a bien soin de mettre à part celles faites de la partie blanche , et celles foites du cœur. Ces dernières sont beaucoup plus dures , meilleures, et plus chères.
Les ouvriers Jbnt ordinairement l'éloge d'une pièce de bois de Cbéne , en disant qu'elle est sur sa Maille} et ils le reconnoissent à certains yeux ou marbrures qu'on remarque sur une planche. Il est de toute vérité que du bois ainsi refendu eât plus fort que tout autre ; mais, pour concevoir cette vérité, il faut réfléchir snr les différentes méthodes de refendre ou débiter les bois.
Nous avons dit ailleurs que là croissance des arbres se fait circulatre-
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CHAP. 1. Sbct. II. Dea Bois de Fhince. 5
ment^ et que diaque année ajoute à un arbre un cercle , -de sorte qu'on sa compte l'âge d'un arbre scié en travers, par le nombre de cercles concen- ï" triquesÀ lajnoelle. Il y a différentes manières de refendre un arbre sur sa lon^eur: ou bien on lève autant de planches parallèles qu'il est possible d'en trouver, et cette méthode est ta française, voyez fig. ii, PL 37. De chaque côté, la planche qui contient circulairement de l'écorce , en tranches parall^€£, \diJLevéa&e nonune Doaa»} et la planche qui la suit immédiatement se nomme Contre-doaa*. Il est certain que, dans cette manière ' de feliendre , les cercles annuels et la production médullaire sont presque toujours coupés à peu près perpendiculairement , de sorte que , s'ils paroissentsur la planche, c'est sur leur épaisseur; et ces cercles, qu'on nomme MailUj sont très-peu sensibles. 1
Les Hollandais ont , au contraire , l'usage de refendre un arbre en quatre , à angles droits, et de prendre ensuite chaque trait, perpendiculairement à la base du -triangle dont l^angle est au cœur de l'arbre, ^^. m, PI. Sj. Or, dans ce dernier cas , il est certain que lescouches annuelles , et surtout la production médullairese trouvent souvent à peu près parallèles au trait , et qu'elles paroissent sur la sur&ce de la planche: c'est ce qu'où nomme la Maille j et qui conserve au bois sa texture naturelle et le rend plus fort, au lieu que, dans l'autre cas, cette' texture est trancMN.
L'ORME,^. 3, est un grand et superbe aAre de forêt S'il n'est pas d'un usage aussi universel et aussi considérable que le chêne, il n'en est pas moins précieux pour quelques arts. C'est avec de l'Orme qu'on fait les jantes et les moyeux des roues de voiture, des presses, de grosses vis et autres ouvrages. Il est liant, dur et fecile à travailler. Il est bien plus susceptible d'effort que le chêne, pour les parties courbes où le bois est tranché : les menuisiers en carrosses en font toutes les courbes et les bâtis des voitures. Son écorce, que nous n'analyserons cependant pas, 'est communément en forme d'écaillés, et se différencie sensiblement de celle du chêne. Entre l'écorce , proprement dite , et l'arbre, est une substance spongieuse d'une autre couleur que l'écorce, et qui cependant en fiait partie. Ensuite vient l'aubier du bois, qui est jaunâtre, dont les couches sont à peu près parallèleset serrées : lorsqu'il est travaillé, on le distingue,, particulièrement par une infinité de traits détachés , mais suivis , qui y forment une espèce de rayure , et qui sert à le distinguer des autres bois. Cet aubierne s'étend pas fort avant Le cœur, qui est brun, onde de clair, est un excellent bois. I^es nœuds n'y sont pas disposés comme au cbène, et
» moins encore qu'au sapin : ils sont très-adhérens à la contextore du bois, et font cotps avec lui. Ces nœuds semblent mèiue augmenter encore l'entrelacement des fibres de l'Orme, et lui donner beaucoup plus de force: c'est ce qui fait qu'on choisit l'Orme tortillard pour les moyeux des grosses voitures. On appelle Orme tortillard, celui qui ne jette qUe de petites branches annuelles, qui, en multipliant les nœuds^ donnent lieu aune espèce d'extravasation de sève, qui entrelace les fibres, et semble plutôt produire des loupes, qu'une végétation suivie et naturdie : on conçoit que les rais des grosses voitures entrés à force dans du boisdé eette nature, y acquièrent la plus grande solidité, et que riicn ne peut j^ire fendre de pareils moyeux, au lieu que, quand ils sont pris dans du bois de fil, comme ceux des carrosses, il est assez commun de les voir fendre, au bout de quelque, temps, parla grande sécheresse, quoiqu'ils soient contenus JMir des frettes de fer.
On fait d'excellens établis de Tour avec de l'Orme; et même il a l'avantage d'être infiniment plus lourd à pareil volume que le noyer et le hêtre qu'on emploie aussi au même usage. On en fait de bonnes vis pour les pressoirs et autres gros ustensiles: il convient par excellence aux écrous d'une certaine grosseur. L'Orme jeune ressemble assez au frêne, avec lequel on le confond souni^, à cause de sa couleur qui approche beaucoup de celle du frêne. Il se tourne assez bien. On en &it des bâtons de chaise, des palonniers de voiture et beaucoup d'autres ctbjets qu'on feroit en frêne, comme manches de marteau , etc. ; mais , comme ses pores sont fort lâches , il n'est pas susceptible de poli.
L'Orme produit communément des loupes ou excroissartces, qui sont d'une tout autre nature que le corps de l'arbre.
On voit,^^. 4i tine tranche de cette loupe. Le grain en est très-fin et très-serré : il prend un assez beau poli , et l'on peut en faire au Tour une infinité d'ouvrages agréables. Au rabot, il est très-difficile à travailler, à cause de la diversité de ses fils ou fibres , qui n'ont aucune direction déter^ minée. On voit clairement que cette production ligneuse n'est que le produit d'une extravasation de sève, puisqu'aucunes des fibres ne sont organisées régulièrement, ainsi que toutes les loupes, dont nous parlions à mesure que l'occasion s'en présentera: il se trouve de ces loupes dont les nœuds sont très-raultipliés , ce qui produit un très-bon effet. Quand on veut s'en servir pour meuble , on les fût débiter en feuilles de placage comme l'acajou. Les ébénistes qui font de si jolis meubles en bois indigène, donnent Ja préférence à cette espèce de bois.
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CHAP. I. Sbct. II. Des Bois de F/ance. 7
LE HÊTRE, /î^. 5, quoique moins fort que les bois dont nous venons de^= parler, est cependant destiné à beaucoup d'usages qui le rendent précieux, "'"■ II vient dans les forêts de la plus haute taille. On le distingue , entre tous les autres, par la blancheur de son ëcorce, et par sa surface luisante et piquetée. On en fait des étaux de boucher : il n'est point employé dans les bâtimens; mais les menuisiers en meubles le préfèrent à tous les autres. Il supporte parfaitement le fort assemblage : c'est pour cela qu'on en fait des bfHs de Êiuteuil , des chaises , des bergères , des <^napés , des lits ; en un mot, tout ce qui concerne le menuisîer-meublier. On en foit aussi des armoires qu'on vend pour du noyer , attendu que son grain approche assez de celui de ce dernier, et qu'une teinture de brou de noix, appliquée avec art, lui donne une ressemblance assez grande avec le noyer. Quelques ouvriers le teignent avec de la suie de cheminée ; mais il s'en faut de beaucoup que cette teinture soit aussi belle que la première. ( Voyez à l'Appendice. )
Ce bois se tourne parfaitement bien : si ce n'est que les pores sont un peu .gros , et c'est pour cela qu'il n'est pas susceptible de poli. Il se coupe également bien dans tous les sens. Ce qui le distingue particulièrement du noyer , c'est qu'il n'a pas les espèces de piqûres , ou traits en long comme le noyer , et qu'il a une maille très-marquée , qui monte obliquement du centre à la circonférence. Cette maille est assez brillante, et caractérise le Hêtre d'une manière toute particulière.
Lorsqu'on réfléchit sur les différentes natures de bois qui croissent dans un même terrain , qui se nourrissent des mêmes sucs , on ne peut méconnoitre l'immensité des vues du créateur et la toute-puissance de la main créatrice. Chaque bois a ses propriétés , sa forme à peu près constante , ses feuilles invariables -et sa contesture particulière.
LE CHABMEf fig. 6 , est encore un arbre forestier , dont les feuilles ont assez de ressemblance avec celles de l'orme. Il y a le grand Charme et le petit, qu'onnomme Charmille. Le grand Charme a soa.écorce gris-clair, «t quelquefois blanche par places , tachetée de difE^reotes couleurs. Il -paroit que quelques insectes particuliers s'y plaisent beaucoup,, puisqu'on voit cette écoroe piquetée par endroits , de manière à laisser soupçonner que ces insectes y ont &it leur demeure. L'écorce est assez mince. Les couches ajanuelles en sont très-âecrées. Le bois en est blanc. Les fibres longitudinales sont -entrelacées par des traits traQSTersaux,~qui en sont la maille , ti qui sont des productions médullaires. Pour peu qu'il soit
= simplement raboté avec un outil qui coupe vif, il prend une espèce de poli.
Le Charme doit être bien choisi pour être bon. Celui qui croit dans des terrains humides, est gras , cotonneux ou sans consistance. Il es tplus blanc que les autres ; mais cette blancheur même est un signe auquel on le reconnoit pour être moins bon. Le Charme se tourne parfaitement Ses pores , sans être serrés , sont très-fins : mais par cela même qu'ils sont lâches, il est sujet à se fendre, à moins qu'il ne soit parÊiitement sec. Lorsqu'il est encore frais , on en fait d'excellentes vis de moyenne grosseur , dont les filets se coupent très-vif et très-net Les tenons qu'on feit aux ouvrages de Charme ne sont pas sûrs , à moins qu'ils n'aient une certaine grosseur ; on en fait aussi d'excellens maillets pour le Tour et pour la menuiserie , surtout si l'on choisit une partie noueuse. C'est avec ce bois que les ébénistes plaquent les cases blanches des damiers communs : les autres se font avec du houx. On en fait aussi des filets blancs pour la marqaeterie. Enfin , excepté la menuiserie en bâtimens , le charronnage et les meubles, on peut employer le Charme à une infinité d'ouvrages agréables, avec le choix que nous avons recommandé.
hE NOYER ordinaire,^. 7, est un arbre commun à presque toutes' les provinces de France, et de la plus grande utilité dans les arts. Il vient très-haut et fort gros. Il ne se plaît pas dans les forêts; il demande à être isolé , soit sur les grands chemins , soit dans les champs. Il est peu de bois aussi liant que le Noyer. Il supporte également bien le tenon et la mortaise. Les meubles faits de ce bois sont beaucoup plus solides que ceux de bétre. Il se tourne parfaitement II prend un assez beau poli , soit au Tour, soit au rabot. Comme il donne des tables d'une grande largeur, tes menuisiers en carrosses en font des panneaux de voiture, de la plus grande dimension. On le tourne au feu, suivant la courbe de la caisse, en le chaiifïant d'un côté et le mouillant de l'autre. Avant que le bois-rose- et l'acajou fussent -aussi communs en Europe, le Noyer étoit le bois dont on faisoit les meubles les plus précieux. Il est vrai qu'alors on avoit communément du Noyer plein de veines et d'accidens qu'on opposoit symétriquement, et qui faisoient le plus bel effet , surtout lorsque sur un fond gris-brun , on voyoit de larges veines presque noires : mais le luxe, ayant multiplié les jouissances,- on s'est h&té de couper les arbres avant qu'ils eussent acquis, par l'âge , cette couleur et ces veines qui en feisoient la beauté : aujourd'hui presque, tous les Noyers sont gris et à peine veinés. L'échantillon que prd-
CHAP. ï. Sect. n. Des Bois dé France. 9
sente U figure .est de cette espèce ; mais notre dessein unique a été qu'on s pût reconnoitre le bois par ses caractères généraux, et surtout par le grain ou l'écorce. Si le Noyer étoit plus compact et plus dur qu'il n'est, il seroit le roi desbois; mais, dans ce ca$,'les tenons n'en seroi^itjpasaussi solides, puisque leur compacité même les rendroit cassans.
Lorsque le No}%r est de rebours, comme disent les ouvriers, ou qu'il estondë,ilfeutle trava^er au rabot à dents, au rabot debout ou au ndwti deuï fers.
^-^fig- ^ représente une autre espèce de Koyer, qui croît particulièrement dans l'Auvei^ne , et qui doit être préféré parce qu'il est le plus beau , et rarement attaqué des vers. Les veines noires qu'on y voit, ne sont pas des accidens comme au vieux Noyer dont nous ventHis de parler: ce sont ses caractères constitutifs. Sa nature, ses propriétés, sont absolument les mêmes que celles du précédent. Ainsi, pour une différence aussi légère, nous ne nous arrêterons pas à en donner une plus ample description.
. LE FRÊNE ifig. 9 , est un grand et superbe arbre forestier, dont la feuille ressemble assez à celle du sureau ou de l'yèble. Les usages auxquels on l'emploie dans les arts sont assez bom^ ; mais , en récompense , ils sont de la plus grande importance. Comme ce bois est le plus liant de tous, qu'il ne casse jamais net, mais trie assez long-temps avant de rompre, on en fait une infinité d'ouvrages dans lesquels cette propriété est iofinimoit précieuse. C'est avec duFi^e qu'on' fait de forts essieux pour beaucoup de voitures qui transportent de lourds Êudeaux. On en fait les brancards des trains de carrosses, de chaises de poste et de cabriolets, des chaises (et ce sont les meilleures ) , d'excellens manches de marteau , des bras de scie , et enfin deséchelles très-hautes, très-menues, et cependant très-s<Jides. Son écoroe est sujette à être piquée de vers ; mais il est rare qu'ils entrent dans le bois. Elle est à peu près des mêmes couleurs que celle du charme ; mais cette dernière estassez unie, aulieuquecelleduFrêneesten espèce de côtes. Le Frêne est d'un assezbeau blanc, peu serré: il prend bien la teinture. Il se tourne supérieurement, et se rabote médiocrement: aussi ne l'emploie-t-on jamais dans la menuiserie. Pour donner, d'un seul mot , une idée juste de la force et du liant du Frêne, il nous suffit de dire que, lorsque les deux pierres des angles du fronton de la nouvelle Eglise de Sainte-Geneviève arrivèrent, par eau, au port des Invalides, et qu'il fut question de les transporter à leur destination, la première fut traînée par des cabestans, ce qui dura environ trois jours et trois nuits: on n'avoitpas osé la mettre sur une T. I. a
lo MANUEL DU TOURMEUIL
X voiture quelconque. Enfin on construisit pour la seconde, «a diable, en très'grosse charpente «armé, en tous sens, de barres de £er, et roulant aur des moyeux, de deux pieds ou environ de diamètre, en place de roues: les deux euieux furent &itsdedeux&rin« de Frêne, et le &rdeau traîné par soixante-trois chevaux. On jugera par là de l'énormité de la pierre, et de sa pesanteur. Ces essieux furent si peu fatigués , que quelque temps après on se servit de la même voiture pour transporter!^ bourdon qu'on venoit de fondre pour la même Eglise, depuis l'endroit où il fut fondu, jusqu'à l'Eglise pour le béiùr, et le ramener ensuite au bas de la tour. .
~ LE CHATAIGNIEH ,Jig.ti PI. %, ett un arbre purement forestier ; on en voit peu aux environs de Paria, qui aient acquu une certaine grosseur et hauteur; mais il est ^usieurs provinces de France où il vient de la plus grande beauté. Ce bois étoit autrefois très-emplt^é pour la dsarpente. On prétend que les ver» ni les araignées ne l'attaquent point Tous les combles des anciens monumens sont de ce bois ; ou n'en &it plus d'usage à Paris, sans doute parce qu'on en a négligé la culture en baute-futaie, car on en trouve beaucoup ta. taillis, et même de moyenne grosseur dans les forêts. Les chenilles ne l'attaquent presque jamais : aussi les Cbfttaigni«^ sDut-ilfi toujours garnis de leurs feuillw- Son bois est très-liant. Il semblé même, à l'onl, l'être au moins autant que le frêne. Il snoit à sou* haiter qu'on essayât de l'emplaye* k âûre des chaises, au lieu de l'aulne, dont on Élit les ccHumunes , sans autre raisonvque sa l^èreté- Il est vrai qu'étant un peu onde de douleur, il prendroit la teinture moins bien que le frêne, qui est très-blanc. On emploie ce bois fort peu dans les arts; et, comme OB ne le laisse pas erottreplasde cinq ou dix ans, on s'en sert b«sutilement pour &ire cfexceUnas cerceaux, du tresUage et autres objets àa peu de conséquence.
L£ SAULE, JSg. a, n'est presque d'auieun aiage dans ksarts. U n'est personne qui ne le oonnoisse sarpicd , pour se plaire au bord des roisseaux , dans les endroits aquatiques et bas : ses braakdus qu'on coupe tous les deux ans, donnent d'usezfaens cerceaux; vais ils ne valent pas le di&tai* gnier. On en &it aussi dans certaines provinces, à dé&ut d'autres bois , des échalas; mais, comme œ bois est fort tendre, il pouiritproB^tement en terre.
A défaut d'^ge pcraonnel k ce bois, nous ra]^ovteron& un usage auquel en le èe&^me particuliéremeBt dans certains en^xùts. Les pierres , dont od
,GoogIe
CHAP. L Skct. It. D*» BoU dé Fhmct. ii
bit tes meules de moulin , ont besoin d'être d'une épaisseur à peu prêt ^^a^m cdnsttDte : voici comment on réussit à leur donner cette dimension. On ''
forme , dans U carrière, une colonne aussi haute que le banc le permet; puis, avec dès outils particuliers, on cerne cette colonne en autant d'en* droits y et circuleircdient , qu'on veut y trouver de meules. Quand cette rainure est à 6 ou 8 lignes de profondeur , on sépare les meules d'une maniAre tellement ingénieuse, qu'elle mérite radmmitionde l'honune instruit ea. physique et du philosophe observateur.
On coupe du saale en rouelles , de i pouce ou i8 lignes de long : on occupe les énfima à en fiùre des milliers de coins ; on les Eût sécher longtemps, mais à une chalmr modérée, dans un four; puis, avec de petits maillets , on en garnit toutes les rainures qu'on a &ites à la colonne dans toute sa hauteur , très-près les uns des autres ; puis , avec une pompe ou autrement , on arrose considérablement U colonne tout autour , et par conséquent , les coins dont elle est garnie. Tous ces coins , avides d'hu* tnidité y en absorbent beaucoup , renflent , et , fiùsaut l'office de leviers , font fendre tihaque division en morceaux réguUers, qui sont autant de menles. On Êiit sécher de nouveau ces coins , qui servent plusieurs fois.
LE TREMBLE ,j^. 3, est rangé au nombre des bois blancs, qui ne sont pas d'une grande utilité dans les arts. On en £ût d'cxceltens bois à polir avec de l'émeri, de tapotée, ou de la pierre-poncc pulvérisée , parce qn'é* tant fort tendre , cet émeri , ou atitre ingrédient , pénètre sa txahee , et forme une espèce de lime douce qui polit trèe-bien. Le bois dur^ et surtout de densité inégale , est moins bon, parce que l'émeri, entrant moins dans lebcHs, présente à la pièce qu'on pc4it, plus de dureté , etparocHiséquent , est sujet à rayer.
Encore une fois , nous vengerons tant soit peu le Tremble de son inutilité apparente , en disant qu'il est le seul bois que les cordonniers em' ploient pour foire des chevilles dans les talons ; du bois dur, en séchant , quitteroit sa place, au tieo qo'tin bois anssi tetidra , rAiâe conmdérablement, se périètre de la moiiidre humidité, et tient toujcrars bien. Un artistw distingué dans les arta , fen Dom Bedofl , auteur du Facteur d'oi^ucs , et d'une excellente Gnomonique, nous avoit «mseigné un moyen bi«n simple pour repasser le» rascnrs, qui nous a p«£iit«ii«nt réussi.
On forme une ef^»ècti de cuir à rasoirs en bois de Tremble , ayant ses. deuxsflrfitcesuApdnendos-d'Ané. CM enduit l'une et l'autre de graisse fine, '
la MANUEL DU TOURNEUR.
^^SA telle que de la pommade Von les saupoudre d'émeri k Teau , de la pins
^'" ^- grande finesse , et l'on supplée ainsi à l'usage des pierres à rasoirs qui ,
quelque fines qu'elles soient, n'afiEutent pas assez fin. Nous pouvons assurer
que, par ee moyen , un même rasoir nous a serri pendant plus de quatre
ans de suite, et qu'à la fin, la courbure , que la meule donne à la lame,
étoit presque entièrement eflaoée. Les cuirs à rasoirs ne sont autre chose
pour la poudre, qui sert à aviver le tranchant; mais lorsqu'on appuie le
rasoir sur le cuir, il fait nécessairement céder ce cuir, qui est tendre, ce
- qui^onne au trapcfaant une forme couiiie de chaque côté,- au lieu que du
bois, qui ne cède pas, conserve les deux surfaces du rasoir bien planes,
et par conséquent, donne un angle plus aigu que ne &it la réunion de deux
courbes.
LE' BOULEAU, j^. 4) est encore au nombre des bois blancs, et s'emploie aux -mêmes, usages. 11 est un peu plus dur que le tremble : nous connoissons peu d'usages auxquels on l'emploie dans les arts. Ses bran.cbages , les. plus menus, servent à faire des balais ; et un usage qu'il est à souhaiter de voir s'anéantir, détermine des parens peu réfléchissans' à se servir de ses rameaux pour imprimer la sagesse aux en&ns.
L'AULNE,'^. 5, est encore au nombre des bois blancs, mais son usage est assez étendu dans les arts. Les tourneurs, en ouvrages communs, en font des chaises, des tabourets, de petites couchettes pour les enfitns; et comme cet arbre vient très-haut, et file très-droit et très-menu, on enfait des échelles de la plus grande hauteur, telles que de 3o à 4o pieds: les deux montans en sontsiâexibles, que quand on voit un homme y monter, on ne peut se défendre d'un sentiment de crainte pour sa vie, en le voyant balancer considérablement. Les maçons en font aussi des éeoperches pour échafauder les maisons , et s'élever à la plus grande hauteur. On en fait aussi quelques petits ouvrages de Tour.
LE TILLEUL,^, 6, est encore un bois blanc: il est connu dans les jardins par. l'ombrage qu'il procuré, des premiers, au printemps. Sa fleur, prise en infusion, est un excellent «mm^Rd^^ufi. Son bois est tendre, mais on l'emploie à di£E£ren& ouvrages auxquels les autres ne sont pas propres. Il est un peu plus compact, et comme il se coupe assez net, on en fait des baguettes pour être dorées, et surtout de la sculpture. 11 est peu sujet aux noeuds: aussi se travaiUe-t-il assez bien au rabot, et est fort
CHAP. I. Sec T. II. Deê Bois de France. i3
agréable à toumer. On le débite en copeaux longs et minces qu'on em- ■ , , ploie pour faire les diapeaux de femme connus sous le nom de chapeaux ^l. a. de paille blanche.
LE CERISIER, Jî^. 7, qu'on confond avec le merisier, parce qu'ils ont l'un et l'autre ta même contexture et la même écorce, est un bois qui se tourne très-bien , quoiqu'un peu tendre pour être employé en grosse menuiserie. On en fait néanmoins des meubles fort agréables , particulièrement des chaises, qui, passées à l'eau de chaux, acquièrent une couleur brune , plus solide que celle des autres bois de chaise qu'on teint en toutes couleurs, et qui changent considérablement au bout de quelque temps. Cet arbre a cette singularité, que l'écorce, au lieu d'être en long comme à tous les autres , est en travers , et semble tenir le bois dans une espèce de .prison qui s'oppose k son accroissement. Aussi les gens de la campagne, qui ont des cerisiers, et qui veulent leur donner un plus prompt accroissement, fendent-its légèrement cette écorce du côté du nord, pour que la fente ne soit exposée , ni aux ardeurs du midi , ni aux pluies du couchant Cette fente s'augmente bientôt au point que l'arbre est lui-même, en peu d'années, fendu jusqu'au cœur, et périt en moins de la à i5 ans: mais on sacrifie le ^is à la production.
LE* PRUNIER,^. 8, est un arbre que tout le monde oonnoit; mais on ne travaille guère que le Prunier sauvageon, c'est-à-dire, celui qui vient, dans les forêts, sans culture et sans greffe. Il est doux, liant, a le
.grain fin, et se travaille très-bien au rabot et au Tour. Comme il est agréablement veiné, on peut en faire de petits bijoux, tant *en menuiserie qu'au Tour. L'écorce de ce bois n'est pas un indice sûr pour le définir ni pour le reconnoître: presque tous les arbres fruitiers sauvageons ont, la même
.écorce; et il &ut être très>exercé pour les reconnoître à l'extérieur. Ce ne sont que leur contexture, leurs fibres, leur couleur, leurs veines qui les . distinguent les utis des autres. On peut même dire que le Prunier ressemble à l^rme, par la manière dont ses veines sont jetées, et par leur couleur; mais à peine lui vait-on des pores, au lieu qu'à l'orme, ils sont très-sensibles.
LE POMMIER, ^j-, 9, est un arbre qui vient peu haut II est sujet à se rouler , c'est-à-dire , à se tordre sur lui-même , de sorte que son fil n'est pas souvent droit , ce qui le rend assez difficile à couper au rabot ; mais , quand il
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i4 MANUEL DV TOURNEUR.
pi ■! «Htt sain, c'est un bois très-agréable à travailler. Il est'dur,liant, serré, res- ^'" '-'■ semble au cormier par sa rougeur et par ses veines. On en fait de bons outils de menuiserie de toute espèce, et surtout des outils de moulures. Il se travaille également bien au Tour, et c'est déjà un de ceux dont nous ferons une application plus directe à l'objet qui nous occupe plus particulièrement. Quand il vieillit , il s'introduit entre l'éoorce et le bois , des vers assez gros et blancs , qui mangent la substance intermédiaire , et qui quelquefois pénètrent dans le bois. Si cet ari>re n'avoit pas l'inconvénient d'être roulé et fendu , nous lui donnerions la préCérenoe sur plusieurs autres dont nous allons parler, et qui sont précieux pour les arts. Les diarpentiersde moulins et de grosses machines le recherchent avec soin pour en fiire tes dents ou alluchona des grandes roues, et les rouleaux des lant«mon§.
, LE POIRIER, fig. i, PI. 3, est, au jugement des ouvriers, artistes
Pl. 3. et amateurs, le bois le plus agréable pour tous les arts. Il est doux, liant, sans noeuds ni gerçures, très-uni, très-égal, a le grain fin, se rabote, coupe et tourne dans tous les sehs: aussi s'en sert-on pour fiùre des modèles de machines. Il est bon pour la gravure en bois, et c'est de lui que se servent les M)ricans de papiers peints et d'indiennes , pour faire tous leurs dessins. Il n'est pas très-dur, ce qui fait qu'on ne sauroit en Ëiire des outils de menuiserie; mais il a tant d'autres qualités, qu'on peut bien lui passer ce léger défaut
L' ALISIER, J^. s, est un arbre forestier, qui vient asse* haut, et qui produit des alises, fruit rouge et bon à manger. Son écorce est d'une couleur entre celle du charme et cdte du <^ne. Quand il est abattu et sec, l'écorce se détache aisément du bois; et dès qu'il a passé un \ùvct et un été, il est à propos de l'ôter, attendu qu'il s'y introduit de gros vers blancs qui mangent d'abord la substance intermédiaire, et s'introduisent ensuite jusqu'au cœur.
Ce bois nous paroit réunir, an sapréme d^ré, tontes les qualités qu'un Tourneur-mécanicien peut désirer pour ses travaux. Qdand il est jeune, il est blanc, doux au rabot et au TdDr, veiné à peuprès comme le noyer, mais plus blanc, et il a les pores incomparablement plus fins. Plus vieux, il est rougeàtre, acquiert de la dureté, et par cette raison, est {»x>pre à tous les ouvrages auxquels on veut l'employer. Doux comme le poiri», il se rabote aussi bien que lui, et se tourne mieux, parce qu'il est plus serré, et qu'il peut supporter les moulures les pins' fines. Cet
àHAP. I. Sect. II DéaBoia de France. i5
tibre vÎMit usez haut et assez gros pour qu'on puisse en avoir de grosses « pièce& On le débite en tables et en planches. C'est le meiUeur de tous les bois pour &ire des vis de toute grosseur. Si la filière coupe bien, la vis en sortira nette et unie , comme si on avoit pris la peine de la polir. On trouve souvent au cceur des veines noires de la plus grande dureté.
A. Paris, où la plupart des bois de chaufiage viennent en trains t c'est* à-dize, au moyen du flottage, on en trouve assez communément dans les chantiers; mais cdui qui a été flotté perd un peu de sa qualité: et même il est très-commun, avec une belle apparence extérieure, de le trouver échauffé au cœur. Ce déiaut vient de ce qu'il a été coupé hors sève; et, dans ce cas, ou bien la bûche est percée d'outre en outre^ et s'en va en poudre, ou bien il est fouetté de taches blanches, qui ôtent au bois toute sa consistance. Mais cdui qui vient parmi le bois neuf, est plus souvent bon. Ce bois est extrêmement recherché. Les garçons de chantier ont grand soin de le mettre à part pour le vendre, soit en dâail, aux amateurs, soit à la voie, et très-cher, quoique ce triage soit défendu par les r^lemens de police municipale. Cependant, comme il faudroit acheter vingt voies de bois pour en trouver sept on huit belles bûches , quelquefois plus, et souvent pas une; que d'ailleurs, c'est dommage de le brûler, il esta dénrer que, pour donner le moyen de s'en pourvoir, le tiiage soit toléré.
Les Toumenrs en font, en outre, d'excellens mandrins pour le Tour en l'air; et quoiqu'on en fesse en buis, qui sont encore plus Aurs, l'n- . sage le plus cndinaire, est de prendre de l'AHaier.
Nous noua étendons avec comj^aisanoe sur l'éloge de ce bois, paice qu'en eiSet c'est celui qui réunit le plus de qualités pour tous les arts 11 prend es outre très-bien pinceurs teintures rembrunies, comme la couleur d'acajou et autres, que nous enseignerons par la suite.
LE CORMIER, fig. 3, est mis, par quelques ouvriers, au-dessus de l'aliner, à ccvtrâs ^ards. Cest un aiiire forestier qni vient aSMx grand, et qui produit des cormes , espèce de petites poires sauvages. Il bat convenir que le Cormier est plus dur et ptns Haut que l'aKsier : quand il est vieux, qu'il est parreou ii une certaine grosseur, on troiive, au cœur de Tarbre, des veines d'an ronge-bran, qui le rendent extrêmement lomd el dur : c'est pour cela qu'on fiiit , avec ce bois , les meilleurs outils de menniacrie , et particalièrement les outik de moulure qui s'asent beaucoup. Mais, comme il est sujet à se tourmenter, les menui-
i6 MANUEL DU TOURNEUR.
essssssiers collent à des fûts d'outils' de chéoe, (c'est te corps de l'outil), de **'•■ 3- petites languettes de Cormier, sur lesquelles ils contrc'profilent la moulure, et s'en servent comme d'un outil qui seroit entièrement de Cormier.
L'ACACIA,^. 4) ^t^ un arbre très-commun. Les naturalistes en distinguent de deux sortes : le véritable, qui est assez rare, et le faux qu'ils nomment P«eu(fo*^cacm, qui est très-commun. Son bois, qtii est d'un jaune-verdâtre, est uniquement destiné au Tour. On en fait de bonnes roulettes de lit, et des mortiers pour piler différentes matières, soit k la cuisine, soit dans la pharmacie. On en feit aussi des pilons, et difiëreotes pièces de Tour, telles que des boites propres k mouiller le tabac, la cuiller, le petit bâton qui a une boule par un bout pour mêler le tabac. Ce bois est fin, doux, assez dur, et se polit'très-bien. '
LECORNOUELLIER,^. 5, est un petitarbrisseau forestier, qui acquiert rarement plus de a pouces et demi ou 3 pouces de diamètre, mais qui, pour l'ordinaire, n'en a guère plus d'un. Cet arbre'pousse assez dtxiit; mais il est hérissé dans toute sa longueur, d'une infinité debrancfaes,.peu distantes les unes des autres, ce qui fait qu'on rencontre fréquemment des noeuds assez forts, très-durs, et. qui interrompent le fil du bois, de manière qu'on ne peut pas en faire grand usage. C'est bien dommage, sans doute, car il est blanc , fin, dur, sans pores apparens, etressemUe,à beaucoup d'égards, àduhoux. On en faitles meilleurs manches de marteau, des ridelles de charrette, d'excellens échelons. U est très^wn à tourner pour de petits objets; mais si l'on rencontre un nœud dans la longueur.de la pièce, ce rtœud se fait voir par un petit point noir, qui est infiniment dur. Le fruit de cet arbuste se nomme Corne- Il est gros comme une cerise, et rouge comme elle.
LE HOUX, ^g. 6 , est le plus fort des arbustes , que produisent nos forêts. U est vert toute l'année ; ses feuilles armées de piquans , renversées alternativement en dessus et en dessous , semblent en défendre Tap- proche ; et cependant les sangliers vont s'y vautrer avec plaisir. Cet arbuste vient communément en buisson. La peau des jeunes branches est d'un très-beau vert , quand elle est dans^sa sève , et sert k hire la glu. Les grosses branches sont tachetées de gris et de gros' vert mousseux. Ce bois est très-fin , du plus beau blanc possible , sans pores apparens , prend le plus beau poli ; et entr'autres usages , on l'emploie à faire les cases blanches
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des damiers. H contient une grande quantité d'eau de végétation, et la cou- : nerve loD^tem|>s , ce qui fait qu'il est long à sécher ; mais quand il est parvenu à une par&ite siccité , il jaunit un peu , et se retire beaucoup. ■ 11 se rabote difficilement , si ce n'est avec un rabot à dents , debout ou à deux fers : mais il se tourne parËiitemeat. Quand une pièce est terminée au Tour , on seroit tenté de la prendre pour de l'ivoire , à cause de cer>~ taines petites tacbetures dont ce bois est fouetté , et qui ressemblent à celles de l'ivoire qui n'est pas très-fin. Les ébénistes en font le plus grand cas et le plus grand usage, à cause de toutes les qualités que nous venons de détailler,
L'ÉPINE, y^. 7, est très-conunune dans les forêts, et surtout dans les haies i mais celle qui s'élève en arbre est moins ordioaire. C'est un bois très-dur , d'un blanc moins beau que le houx. Son grain est aussi beaucoup moins fin. Il ressemble assez au charme ; mais il est plus ferme. Il est trés-liant , et peut s'employer à une infinité d'ouvrages qu'on veut conserver dans leur blancheur. On voit , par son éoorce , que c'est un arbre sauvage. Une singularité de cet arbre, est qne, pMn de pointes et de petites branches en tous sens qui interrompent son fil quand il est jeune, tous ces nœuds disparoissent entièrement quand il devient grand , à la différence du comouillier qui les conserve toujours , à quelque âge qu'il parvienne.
LE FUSAIN, j^. 8, est un bois qui ressedffile, tant par son-écorce que par sa -couleur et sa contexture , au buis de France. C'est avec ce bois qu'on fiiit communément les pieds'de-roi qu'on vend à si bon marché, et qui ne sont aussi communs , que parce qu'on les marque et gradue , en les appliquant entre deux moules ou caliln-es , où toutes les divisions sont marquées , et qui s'impriment dans le pied , au moyen d'une fcH-te pression: LeFusain aencore une propriété particulière : c'est que, si l'on en enferme une baguètte'dans un canon de fusil , fermé hermétiquement des deux bouts, avec des tampons avis, ou avec de la terre franche , et qu'on fesse rougir le canon dans toute sa longueur , on en retire un charbon trèspropre à dessiner , et qui a la propriété d'être e£&icé sur-le-champ , et sans laisser de trace.
LE BUIS DE FRANCE, fig. g, est un arbrisseau qui ne se plaît pas danS plusieurs de nos provinces : il est ce qu'on appelle , en terme d'agricul- T. I. 3
i8 MANUEL DU TOURNEUR.
= turc , tout rabougri , c'est-4<lire , tout noueux , tortueux « et rarement bien droit. Peut-être ces défauts lui viennent-ils de oe qu'on n'^i prend
. aucun soin , et de ce que , destiné & servir de dâture en qualité de haie , on le lusse crcrftre au hisard , et jeter une infinité de branchages du bas jusqu'en haut. Ce qui fonde cette conjecture^ c'est qu'il y a eu long-t«mps au Jardin des Plantes , i Paris, un Buis qui s'étoit ^evé à lo ou la pieds de haut , et qui , devenu assez gros , paroissoit déUvré de ces noeuds fréquens et de cette tortuosité qui le caracténaent ordinairement. H est d'une couleur jaune verdâtre, se rabote assez mal ; mais il se tourne bi«i. Il n'est aucun bois qui supporte aussi bien la vis Êûte au Tour, que le Buis; et pour peu que le peigne coupe bien , la vis et Técrou sont d'une netteté et d'une propreté dont rien n'approche. Comme ce bois est fort dur , on peut en Élire d'excellens mandnns , surtout ceux qui ne doivent être que d'une médiocre grosseur.
Par une conséquence toute naturdle , de ce que le ^is vient en France sans soin et sans culture, il est ordinaire de lui trouver des excroissances {wovenant d'une sève qui s'est exbravasée , et qni a long-temps produit une infinité de petits brins , qui n'ont pu {»>endre assez de croissance pour former des brancbes décidées. Ces excroissances , qu'on nomime Zioupê» , et. qui viennent à fleur de terre , présentent des accidens naturels , quelquefois trèa-agréables. Ces loupes, dont on a r^irésenté une tranc^,
^fig- I , PI- 4» pour en donner une idée, à cause de leur variété infime, se travaillent par&itement au Tour. Elles viennent particulièrement de Saint- Claude , en Frandie<leml>é. 9a leur donne différentes teintures , qui , s'insinuant dans les ;p(M%s , ou , pour mieux dire , dans les intorvaties' que chatpie petit «eil laisse oitre ses voisins , et, combinées avec la couleur jaune q«M ces kMipes tiennent de la nature du Buis , font us trèsbon effet. Les habitans de Saint-Claude envoient , à Paris , une infinité d'ouvrages &its avec -des loupes , et y mettent vn vernis très-£ai et trèsdur , que le sieur Hamdin-iBei^Mxm s'est procuré , et dont il est toujours fourni. On donnera , dans un ch^itre à part , la maaière d'employer tous les vernis.
Les loupes sont sujettes, à l'instant où on les a travaillées, à laisser apercevoir des fentes ou gerçures qui n« pénètrent pas très-avant, mais qui traversent quelquefois le dessus ou les côtés d'une botte. On nettoie parfaitement ces petites fentes; on forme avec un canif, ou autrement, de petits coins qu'on y coUe, et qui, en remplissant le trou ou la fente, présentent de nouvelles singularités, qu'on peut augmenter à vo-
CHAP- I- Sect. II. Dea Soi* âe France. 19
lonté. On trouve également , en tous temps , de ces loupes , dans le ma- ^^^= gasinindiqué. H y a despersonnes qui prétendent que oesont des racines ^■"4de Buis, et d'autres, d'olivier; mais c'est une «reur.
U est une autre espèce de Buis infiniment supérieure à celle-ci, c'est celle qui nous vient d'Espagne; mais, pour ne rien déranger au plan que nous nous sommes tracé, nous en parlerons au ohapitre des bois étrangers.
LE MURIER,^, a, par sa coul«urt ses veines, et son grain, ressemble à l'acacia; mais il est un peu moins ferme, quoiqu'il ait une certaine roideur qui le rend asses difScile à couper au Tour. Du reste, comme ce bois s'emploie peu dans les arts , nous n'en fiùsons ici mention que pour le ^re conncûtre aux personnes qui n'auroient pas occasion d'en avoir sous les yeux.
L'ABBICOri'lUR ^fig. 3, est connu de tout le monde, mais peu de personnes (Hit occasion de connoître l'intérieur du tronc. Il est assez agréablement veiné, si^ tourne passablement; mais il ne se travaille pas bien au rabot: comme il est difficile de s'en procurer de bien sain, et qu'il ne peut s'employer qu'à des ouvrages de £mtaisie, nous n'en dirons rien de plus.
XIÏP,fig. 4- est un bois qui croît partout, mais qui est peu cultivé aujourd'hui. C'est dommage que cet arbre vienne si lentement , et grossisse aussi peu , car il est fort agréable. Il se rabote asse^ bien , pourvu que ce soit avec des outils convenables, k cause des nœuds fréquens. U n'est personne qui w le prepne pour un de$ plus beaux bois des îles.
La loupe A^i^Jig. 5, présente une quantité de veines entrelacées les unes dans les autres, qui, sur une tabatière , font un effet très-agréable; liiais ces loupes sont g&tées par une infinité de dé6)uts qui permettent à peine d'y trouver un couvercle de boite un peu beau. C'est à l'amateur d'employer sa patiencç pour refendre ou £tir^ refendre ces loupes ou culasses avec soin, pour en tirer le meilleur parti possible Ce bois est susceptible du plus beau poli.
L'ORAIfGER,^. 6. Il est naturel de se laisser prévenir en faveur des objets qui présentent Ji nos yeux quelques qualités qui nous plaisent. 11 n'est personne, peut-être, qui ne se soit persuadé que le bois d'Oranger ou de citronnier doit participer à la bonne odeur qu'exhalent ses feuilles
a« MANUEL DU TOURNEUR.
' et SCS fleurs. On peut juger que Ce bois ne présente i l'œil rien' de ■'*•■■ 4- particulier ; ' il ressemble un peu à du fusain , et son grain ressemble à celui du charme. Il se tourne passablement , se rabote aussi ; mais il ne sent absolument rien.
■ Il est vrai qu'on n'est guères à portée de se procurer de ce bois dans l'état où sont les autres , du moins dans les climats tempérés ou froids de la France. Car, comme l'Oranger n'y est que de pur agrément; qu'il y est rare et assez cher, on ne s'avise assurément pas de couper un Oranger de ■8 à lo pieds de haut, tout exprès pour trouver dans sa tige, quelques boîtes ou autres objets: aussi nous conviendrons que le tronçon que nous nous sommes procuré pour le définir et pour le feire graver , étoit du bois mort, et que cette circonstance peut en changer totalement la nature.
LE MURIER BLANC, /^. 7 , présente une de ces variétés de la nature, qui pénètrent de plus en plus du respect le plus profond pour le créateur, et pour ses moindres ouvrages. Il semble qu'il ne devroit y avoir de différence du Mûrier blanc au mûrier noir que dans le fruit, et que tout au plus, le bois devroit être un peu rembruni. Cependant, si l'on compare les deux bois ensemble, à peine leur trouvera-t-on des ressemblances bien marquées. L'un ressemble à l'orme par ses veines, qui sont infiniment rapprochées ; l'autre ne lui ressemble -que de loin , par la manière dont les veines sont tranchées sur le fond du bois : mais le grain , la couleur, la contexture, la compacité, sont absolument différens. Le Mûrier blanc supporte par&itement les tenons et les mortaises. Ses fibres sont entrelacées , ses pores serrés et venant tous à la surface. On ne peut guères apprécier le mérite réel du Mûrier , qui n'est pas assez commun dans toutes les parties de la France , pour qu'on puisse l'employer à beaucoup d'ouvrages : mais il nous semble que , dans les provinces méridionales, il pourroit être employé très-avantageusement k construire des meubles , comme chaises , tables , et autres parties de l'art du menuisiermeublier. .
LE GENÉVRIERjJîy. 8, semble ne devoir être considéré que parune légère odeur qu'il exhale. Comme cet arbuste vient i peu de hauteur et de grosseur, on ne peut giières en tirer parti pour les arts. Son bois est assez tendre, mais il est très-fin, susceptible d'un beau poli, veiné assez agréablement, et l'on peut dire qu'il ne mérite guères l'attention de l'a-
CBAP. L Skct. Il D^ BoU de JPWmm. s i
, que poor qudques petits <^ijcts qu'on voudroit exécuter en bois s^ssi de France, précieux ou singulio-. On en trouve beaucoup dans la lot^t ^'" ^ de FfHitaindileau, où le genièvre est fort commun.
L*YEIJSE, ou cfaéne ■weFt,fig. g^ ainsi nconraé, parce qu'en effet il a > qodque rapport avec le cbène, et qu'il est vot toute l'année, difiièie tant d'ailleurs de l'arbre dont il porte le nom , que personne ne sera jamais tenté de les confondre. Lecbène vert , d'une certaine grosseur , n'étant pas fort commun , nous n'avons pu nous en procurer que dans le cabinet d'un ' amateur d'histoire naturelle : nous n'avons pas eu occasion d'en employer au Tour.
Son écoroe n'a aucun rapport avec celle du diéne. Elle est tré»-épaisse et très-brune. Les fibres du bois sont assez fines et serrées; mais le bois, en lui-même, n'est pas infiniment dur. On n'y reconnoit en aucune manière la ovntezture du chêne ordinaire. 11 en a cependant la couleur ; maïs tes taches dont il est parsemé, et qui sont différentes, selon qu'il approche d'être sur sa maille , ou qu'il s'en éloigne , le rendent intéressant. Il nous semble cependant que ce bois ne peut être employé que comme curiosité j»r le Tourneur , pour en Êiire quelque vase, piédestal, ou autre partie peu considérable, qui , présentant le bois dans tous ses sens et toutes les fibres et veines tranchées , offrira une singularité assez agréable : si quel* qu'un de nos lecteurs vouloit en voir plusieurs, d'une certaine grosseur, sur pied , il en trouvera au Jardin des Plantes, derrière les serres chaudes, où ib portent de l'ombrage, au point de vue qu'on y a pratiqué avec beaucoup d'art et de talent.
L'OIJVIEB,^. 9, PL 6, est un arbre fort utile, et la source de la richesse de quelques-unes de nos provinces méridionales. II croit abondam* ment en Provence , en Languedoc , en Italie, et aussi en Espagne. Le bois d'Olivier est très-bien veiné, d'une odeur assez agréable ; il prend un trèsbeau poli , ce qui le £àit rechercher par les ébénistes et les tabletiers : comme ce bois est résineux , il est excellent à brûler.
Le terrible hiver de 1 709 , qui fit périr grand nombre d'Oliviers, donna occasion de remarquer que cet arbre pousse quantité de racines , et qu'elles subsistent en terre pendant des siècles entiers. En 1 709 , on a tiré plus de bois de ces racines que des tiges et des branches des arbres ; plusieurs propriétaires en vendirent pour plus d'argent que ne valoit leur fonds.
Noue n'avons pas prétendu donner la nomenclature et la description ^e
aa MANUEL DU TOURNEUR.
= tous les bois qui croissent en France. Nous ne nous sommes attadiés qu'aux principaux , et surtout k ceux dont on peut tirer parti dans les arts , et particulièrement au Tour. C'est par cette raison que nous en avons négligé plusieurs, qui ne sont pas fort utiles, tels que le marronniec, dont les fibres sont si licbes , la cootexture si foible, qu'on n'en peut tirer aucun parti, comme bois, quoiqu'il iasse le plus bel ombrage dé nos jardins.
SECTION III
Des Bois étrangers.
Nous ne nous proposons pas de donner les noms, les propriétés , et les usages de tous les bois qui nous viennent des îles , et de plusieurs autres parties du monde : nous rapporterons seulement les plus connus dans l'art du Tour et dans l'ébénisterie * afin de mettre nos lecteurs à portée de les connoître au moins par leurs qualités principales , et de les empllyer aux usages qu'ils jugeront à propos. Le sieur Hamelin-Bergeron tient un assortiment de ces différentes espèces de bois.
! LE BUIS D'ESPAGNE ,fig. i , P^ 5 , est le plus commun de tous les bois étrangers. Il l'emporte de beaucoup sur celui qui croit en France. Il est plein , uni, d'un beau jaune, assez souvent de fil et sans nceuds; dur, liant; et quoiqu'il se tourne beaucoup mieux qu'il ne se rabote , ou en tire cependant un assez bon parti au rabot , pourvu qu'on y apporte quelques précautions. On en &it des boites de toutes espèces ; et , comme ce bcHs a eu le temps de sécher avantde nous'étre apporté, il travaille fort peu après qu'on l'a employé. 11 nous vient eu bûches de quatre pieds de long ou environ : on en a de toutes grosseurs , jusqu'à cinq et six pouces , et quelquefois plus. U prend un très-beau poli. C'est avec ce bois qu'on fait des flûtes , des hautbois , des clarinettes , et quelques autres instrumens à vent Ce bois est un de <«ux qui se coupent le mieux avec le ciseau , dès qu'on a acquis un peu d'usage à le manier. Il paroît , par un passage de Virgile , que les Anciens connoissoient l'art du Tour , et qu'ils savoient employer le buis comme il doit l'être , puisque ce poète dit, Géorgiques , livre a, vers 449 '■
Ifec lilùe levés , aut Tomo rasUe buxum Nonjormam accipiunt,Jèrro^ue cavantur acuto. Le tilleul cependant cède au fer qui le creuse ; Le bub , au fri du Tour , prend une forme heureute.
CHAP. I. SxcT. III. D0S Boit étrangen. i3
Ainsi, iioih4enleineot les Andens tounioieDt le bcûs extérienrenieiit , mais ^ même ils le creusoient; et, dans cette citation, onToitletiDeuletlebuis, deux bois opposés par leur nature , pris pour exemple de ce qu'on peut &ire sur le Tour. Vii^ile décrit , au septième livre de l'Enéide , le jeu du sabot auquel s'amusent les en&ns, et dit qu'on les Êiisoit avec du buis:
Ceu quondam tarto voUtans tt^ vtrbere atrbo,
(^ùem pueri magno in gyro vacua atria drctim
Intenti ludo exercent. Ule acOa habend,
Curvatù fertur spatiû : stupet inscia turba
Impubesque manus, mirata volubUe buxum .-
Dont animas plagœ.
Mjita. VIL )]•.
Te) Mnt le fonot [dîaat qui uffle at le poannic , Houle ce buù tonroant dont ('amuse l'en&nce ; n ^nrt , il va , revient moi un portique inunenie , La jeune troupe observe avec ëtonnement Del cerdes qu'il d&rit f agile mou vement , L'exerce sans i^che , et , l'animant sam cesse , Par des coups redeobUs , redonUe sa vitesse.
Les Anciens faisoientdes instnimens à vent avec le Buis : mais ilparoit que ces instnimens se bomoient à des flûtes qu'ils accouploieot pour en tirer des sons, qui, sans doute, s'accordoient,sous un rapport harmonique quelconque, comme la tierce ; sans quoi , c'eût été une cacophonie insupportable :
Jteperaba Dind^ma, ubiassuetis biforem dat tibia cantum. Tympana vos buxutque vacant Berecyntia matris
Xrmd. IX. tt).
AUea an donUe son de vos fl&tee trojenne» , Des çjrmbales d'airain , d'un hms mâodieux , Fdier dans vos bosquets votre mère des Dieux; Pour %aa riant Dind^me ou sou vert Berecynthe De nos p^iUea camps qoittez , quittei Tenceinte.
Cette citation prouve, et l'ancienneté dn Tour, et le d^gré de perCection ou il en étoit. D'autres le portent bien plus loin, et en trouvent l'origine dans l'art du potter de terre, qui, comme on sait, est très^ncien.
a4 MANUEL DU TOURNEUR.
= LE PALISSANDRE,^, a, parmi ies bois des ilesest le plus commun. Ce bois est dur , brun-violet , a des fibres assez sensibles , et quelques veines plus ou mcùos obscures. Il est environné d'un aubier blanc , qui est très-tendre et ne sert à rien. Le Palissandre exhale une odeur assez agféable , surtout quand, en le travaillant, on l'échauffe, et qu'on donne lieu à une certaine évaporation. Il est très-doux à tourner et à raboter : on en lait une infinité de petits meubles ; mais comme il est fort obscur , on Va proscrit des gros meubles , attendu que rien n'est aussi triste : les ébénistes savent l'égayer en le coupant par d'autres bois, et ne t'y taisant entrer que comme pièce de rapport. On l'emploie plus communément en placage, c'est-à-dire, en lames d'une bonne ligne d'épaisseur, qu'on colle sur des massif de chêne ou de sapin. Comme ce bois est susceptible d'un beau poli, qu'il est dur, quoique poreux, il prend assez mal la colle : aussi les assemblages de menuiserie , faits en Palissandre , ne seroîent-ils pas solides. D'ailleurs, les mortaises un peu forcées par les tenons justes, pourroient éclater. Ce bois est excellent pour faire des dévidoirs , comme nous les décrirons., et .surtout des étuis. Il nous vient ici en madriers de 3 à 4 pouces d'épaisseur, de 9 à n pieds de long, sur I a à 1 5 pouces de large. Il se vend à la livre comme tous les bois étrangers.
LE BOIS VIOLET, y!^. 3, est ainsi nommé à cause de sa couleur; mais ce qui le rend très-agréable , ce sont les veines plus ou moins claires qui font valoir le fond : ce bois est très-dur, se travaille également bien au rabot et au Tour. Il a toutes les qualités et les inconvéniens du palissandre , dont nous avons précédemment parlé. Il fut un temps où tous les meubles étoieot plaqués en bois violet ; une autre espèce de bois fiit apportée en Europe, et dès ce moment le premier fut relégué dans les antichambres, ou chez les personnes peu fortunées , comme cela arrive toujours quand la mode a prononcé. Il est cependant certain que ce bois est très-agréable pour un Tourneur. On peut en faire ope infinité d'objets précieux.
L'EBENE est de plusieurs sortes. Il paroit que la noire fut la première apportée en France, puisque, quoiqu'il y en ait de verte ou vert-brun, et d'autre brune, on dit proverbialement, noir comme de l'Ebène.
L'ÉBÈNE NOIRE ,fig. 4 1 qu'on nomme ordinairement Ebène-Mwtriee ,
CHAP. I. Sect. III. I>es Sois étrangers. aS
çftt communément du [Jus beau noir, il est susceptible d'un très-beau s poli. On l'emploie plus habituellement en placage. Elle n'est susceptible ni de tenons ni de mortaises. Quand on la' prépare à la hache , on est tout surpris de ne pas faire de cc^eaux , comiiie à tous les autres bois, mais de -voir - les hachures s'en aller jpar éclats (pii se brisent, et* n'ont; avec le reste, aucune adhérence. Nous ne pouvons rendre plus sensible la nature de ces édats, qu'enidisant cpi'il semble, quand on hache de l'Ëbène noire, qu'oa faat^e, non pas tout4'&it du charbon., mais du bois qui aurait été à moitié -consommé dans le feu , ou pouirt dans l'eau ; ce qui fait sotipçonner que .ce bois perd une partie de sa consistance naturelle , par le tev^ qu'on- iui fait passer après l'avoir coupé , et avant de l'apporter en Europe. Il est trèssujet à être fendu : aussi les marchands ont-ils soin de le tenir dans des endroits trè»irais. Les pores de ce bois sont tràs- serrés; on ne lui voit -point de veines , et à peine distingue4-on le sens de ses fibres. Il se tourne parfaitement. Joint à l'ivoire, ou A quelques bois blancs , tels que du houx, qui est très^fin, il fait un très-bel effet; il est sujet à être fouetté de taches d'un blanc sale, ou grises^ qiii le déparent; les ouvriers les teignent en noir, et les polissent ensuite,
L'ËBÈNE DE PORTUGAL,^. 5, ressemble beaucoup plus k du bois que la noire : elle n'est que d'un brun obscur. On en distingue parfai- -tement les fibres et les pores. Sous la hache, les copeaux se lèvent comme À tous les autres bois. Elle est très-dure, et par conséquent, prend un trèsbeau poli. Ce bois présente une particularité commune à beaucoup d'autres : c'est qu'on y voit de l'aubier d'un gris tirant sur le brun , et qui est assez dur et assez fin pour qu'on puisse , en quelques circonstances , en tirer parti. On l'appelle Ebène de Portugal, parce qu'elle nous vient des 'colonies appartenant aux Portugais, dans" le Nouveau-Monde. £Ile est beaucoup plus dure que la noire , qui ne lui est préférée qu'à cause de sa grande noirceur.
L'ËBÈNE VERTE, Jîg. 6, est ainsi appelée, parce qu'en effet elle est d'un vert olive. La nature dé bois y est encore bien mieux caractérisée qu'aux deux ^sènes précédentes. Les veines y sont bien marquées par des clairs nuancés qui les séparent. On lui voit aussi un aubier de couleur gris dair, qui paroit d'une tout autre nlture que le bais même; et qui o'e^ b<>nà rien,, A moins d'avoir l'habitude de distinguer lesbois, on est tenté de jn^endre l'Ëbène VCTte pour de la grenaidille à laquelle elle res-
= semble beaucoup,' ainsi qu'on pourra en juger dins un instant. I^'Ebètae verte se travaille merveilleusement au rabot et au Tour. Pour peu qo'oa ait acquis l'usage de couper le bois bien ùet, tous ces bois des îles, attendu leur dureté , sortent pnesque polis de deteous le ciseau, surbmt pour les -petites parties ; on n^est oMigé'de polir que- les grandes, à cause de l'inégalité que les reprises dn ciseau , le mieux conduit , peuvent laisser, et par les différences que les pores peuvent occasionner. On peut foire d'excellens outils à moulures, pour la menuiserie, avec cesdeur dn-nières sortes de bois ; comme ils contiennent un peu de substance gommo-résioeuee , ils glissent phis' facilement sur le boisj et n'en «ont pas aisément entamés.
LE BOIS DE ROSE, on BOIS ROSE, ^;. 7, est, sans contredit, un des plus agréables. Les ouvriers s'obstinent k l'appeler Sois de rose , quoique son nom, qui lui vient de sa couleur, ,s6it Bvit rose. Il est médiocrement dur, très-filamenteux, les fibres en sont bien liées les unes aux autres. Il vient en Europe en grume, et non pas en tables. Il est sujet k être pourri au cœur. Il n'y a pas plus de 5o ou 60 ans qu'on l'intrâduisit en Europe , où sa grande beauté le fit employer à toutes sortes de meubles en placage. Mais, comme il a l'inconvénient d« perdra sa couleur à l'air) en assez peu de temps , on l'a bientôt abandonné. Il n'est jJus guère ettx>ployé que par les Tourneurs en petits ouvrages , surtout d^uis que l'acajou, dont nous parlerons bientôt, a pris sa place. Cependant, depuis quelques années , on applique sur presque tous les ouvrages feits au Tour un vernis très -limpide qui , en remplissan.t les pores , conserve parfaitement la couleur sans laisser aucune épaisseur. Cette métbode est un grand préservatif pour tous les bois de couleur : elle eïnpêche le contact de l'air qui fes décolore, et leur donne un éclat qui surpasse le plus beau poli. Nous donnerons dans-l'appendice la composition de ce vernis.
Ce bois , quand on le scie , qu'on le rabote , ou qu'on le tourne, exhale une odeur qui tient un peu de celle de la rose. 11 est gras soOs f outil , se coupe bien au ciseau ; mais il se gâte si l'on essaie de le polir à lliuile, et prend un œil terne. Le plus sûr est de le bien polir à l'eao , et de terminer le poli i sec. Néanmoins on éprosve encore quelques diffi» cukés à-cet égard, parée que'la boue rose qui en sort confond toutes les veines d»is - lesquelles elle s'inoorpoo-e , et lui donné une couleur dusse , qu'un peu d'huile seule lui rend parfaitement On peut , pou»
CHAP, I. Sbct. in. 'Bea'-BoM'éfrahgers. 17
éviter l'un et Tautre ioconréoiaot , le frotter avec une serge un peu s grasse.
On fait aussi , arec -ce bois , de petits modèles très-agréables. Il supporte bien le tenon, mais les mortaises sont sujettes à fendre, potir peu qu'on Corée l'assembla^. Il ne prendpas parfaitement -la colle.
Ce bois est sujet à avoir beaucoup de grog nœuds, dont on tire un grand parti pour le placage. Pour obtenir des accddens plus marqués et plus beaux, on le refend en lames un peu de biais; et al^rs tous ces nœuds présentent des nuances et des sinuosités qu'on assemble par paires ou autre nombre symétrique, et qui se reasemblent parfaitement, étant pris les uns sur les autres. Chi a vu it Paris des pièces de rapport en Bois rose , et qui Êiisoient le plus be! e£Eet.
LA GREMAmiiLE , fig. 8 , est un excellent bois pour le Tour. Il est agréablement veiné de brun sur un fond olive. On >y> voit l'aubier, commun à presque tous les bois. On le rabote très-bien ; et comme il est trèsdur , les faiseurs .d'in^rumens. de mtttique en font d'excellentes flûtes , qu'on préfère à celles d'ébène et de buis.
On peut employer la Grenadille au Tour , k une inanité d'ouvrages trèsagréables. Il prend le poli d'nne glace ; et si ce n'est que sa couleur le &it un peu confondre avec l'acacia , dont cependant le grain n'approche pas , il seroit peut-être plus précieux qu'il ne l'est en e£fet
L£ GAZAC,^. 9, dont le cœur est brun et très-dur, ainsi que nous le dirons plus bas, ne ressemble qu'à l'aubier du vieux bois quand il est jeune. Nous ne"faisons remarquer fwtte- particularité, que pourconn firtner le principe général que les jeunes bois n'ont pas tous les caractères qui doivent les distinguer. On trouve, dans ce jeune bois, des nuances verdÂtres et des accidens , qui le font rechercher des tabletiers pour en faire difiiérens ouvrages. Il y a de ces bois tjui n'ont aucune couleur bruiie, jusqu'À quatre pouce* 4u moins- de diamètre. Ce n^est qu'au bout de queiJ que» années, que les bois acquièrent leur maturité et leur perfection; -et c'est par le cœur que cette perfection se fait sentir, parce que c'est toujours par la circonférence que les bois prennent leur accroissement. Cette vérité se fait particulièrement remarquer dans l'alisier, dont nous avon^ parlé dans l'artidedes Bois de France. On rencontre assez souvent, an cœur de l'alisier, des parties d'un brun presque noir, et d'une dureté extrême; qnoiquelé-corps''de.rai"bre3oitpresqtieblanc.' . ■
a8 MAÎfUEl/ BU TOURUEUR.
s LE GÀIAC BBUN,^. i , FJ:. &, est encore un excellent bois, tantpoar sa finesse que pour sa dureté. L'aubier en est distingué par deux coulenrstrès>sen$ihles. Près de l'écorce , cet aubier est blanc jaunâtre : plus loin, U se fonce de jaune sale, que vient encore obBCurdr une infinité de pores imperceptibles et noirs. Ensuite vient le oceur, qui est d'abord brun olivâtre, et s'éclaircit vers le centre. Ce cœur est veiné foiblement, et d'une manière qui lui est particulià^. Ce bois est très-dur, aussi bon au Toor qu'au rabot. On p^t en faire d'excellens outils de moutures pour la menuiserie. Il se. polit parfaitement , mais à la prêle à l'eau , à cause de la quantité de résine qu'il contient. On le reçoit en a»ez gros rondins, pour qu'on puisse y trouver beaucoup de pièces d'un très-fort diamètre. La variété des coU'» leurs, que l'aubier et le cœur présentent, Eût un assez bel effet dans les parties creuses ou saillantes. '
Outre les qualités dont nous venons de parler, et qui le font employer à Élire d'excellentes . roulettes pour des lits et autres meubles , des cylindres de presse en taille-douce , des chevalets de corroyeur et des poulies pour la marine, ce bois est employé en médecine, comme sudorifique.
LE CORMIER DES ILES , ^- a , ressemble assez bien à celui de France , à la couloir près , qui est beaucoup plus foncées Ce bois est d'une grande dureté : il est bon poar faire des outils. Il se tonme parËiitement, et prend un très-beau poli. Ses veines sont plus marquées , et plus fréquentes que celles do cormier d'Europe. Il a peu d'aubî»*; mais, malgré cela, le cœur, dont la couleur approche de celle de l'ébène, est toujours un peu plus dur , et les pores sont plus serrés que vers aa circonférence. En général le Cormier des îles est peu employé en France, et il gagneroit à être connu.
L'ACAJOU est de deuK sortes : le tendre et le ^ur. Le tendre est a«sez peu estimé. On en fait , à Paris , des meubles communs , que des perr sonnes , qui ne s'y connoissent pas , acbètent indistinctement à cause du nom.
Les Anglais ont employé les pr^iers ce bois pour les meubles. L'étendue de leur commerce, en Amérique , le rend si commun en Angleterre y qu'on l'emploie comme bois de menuiserie dans upe infinité de circonstances. , ,
L'Acajou est devenu depuis , ep Europe , le bpia le plus recherché pour
CHAP. I. Sect. ÏII. De» Bois étrangers. ag
lf>s mcnUes , ks nécessaires , etc. , etc. Il nous arrive des colonies en billes , ^-^r:^ c*«st>JMiire , en grosses pièces dont quelques-unes portent jusqu'^ 3 pieds Pl. 0. carrés sur une longueur de i5 à 20 pieds. Les ébénistes, qui achètent et bots, sont très-incertains sur la qualité qu'il aura , attendu qu'ils ne peuvent leconnoitre par&itement que lorsqu'il est fendu au cœur, et qu'ils ne peuvent obtenir cette condition de leurs vendeurs.
L'Acajou dur -est de deux sortes : l'un veiné, ^^. 3, et le moucheté, fig. 4- L'Acajou , en général, est d'un jaune rougeâtre , quand il est nouvellement travaillé. Il brunit prodigieusement en peu de temps , et devient enfin, d'un brun presque noir. Le moyen de le polir , lorsqu'il a été bien rade , est de le frotter avec une pierre-ponce et de l'huile , puis d'absorber toute l'huile en le frottant avec un morceau de drap et du tripoli lavé , jusqu'à ce que le tripoli reste bien sec , et ensuite le vernir , comme nous l'indiquerons pour tous les bois ; c'est le seul moyen de retarder son brunissement : une couche d'eau de chaux le rend violet, mais cette couleur est peu durable. En meubles, ce bois, étant assez dur , est fort bon , par<% qu'il se tache peu , et garde bien son poli. Mais , employé en portes d'appartement, comme chez les Anglais, il répand dans les pièces un sombre qui inspire la tristesse, et que la galanterie et l'élégance françaises auroient peine à adopter, à moins que ta mode n'en décidât autrement. Ce bois est veiné de brun, et même de noir. Quelquefois les nœuds lui donnent un air changeant et chatoyant , qui fait un effet très-agréable. Il se rabote merveilleusement; mais comme il est souvent noueux ou onde, il feut le raboter à petit fer, ou à rabota double fer : sans cela, à l'instant on l'on croit terminer une pièce , on lève des éclats assez profonds. Il se tourne assez bien ; mais il fout être bien maître de son ciseau pour coucher les fils-du bois. Le plus beau , est celui qui , sur un fond clair , offre des veines foncées ; et néanmoins il faut avoir un très-grand usage , pour connoitre si par la suite il deviendra beau : car , quand il est nouvellement refendu ou raboté , il est difficile de juger ce qu'il sera.
L'Acajou moucheté, fig- 4 * est assez rare. Il se vend beaucoup plus cher que l'antre ; mais, employé à des panneaux d'ébénisterie , il est d'une grande beauté. C'est le poU qui détache tes mouches du fond ; car , quand il es^ frais coupé, ces moudies' ne seinblent êtte que'de légères ondes , et ne font pas. an grand effet. La- seule manière dont on puisse le reconnoitre , eit de-voir si , i la circonfiérence , on remarque des espèces de trous de vers.
3o MANUEL DU TOURNEUR.
: Il est une troisième espèce d'Acajou dar , dont nous ne pouvons pas donner de 6gure : c'est l'Acajou pris dans des culasses d'arbre , et qui est en irès-grand ce que sont en petit les loupes de buis : les ouvriers nomment Ronces ces morceaux ainsi refendus , à une ligne ou environ , d'é|>aîsseur. On ne peut décrire les accidens infiniment précieux que présentent ces morceaux rares ; c'est le hasard qui les procure. Nous en avons vu qui représentoient des arbres , qu'on auroit crus peints avec le plus grand art. D'autres représentent une campagne, un paysage; et, dans ce cas, on les fait refendre par paires , et on les place en opposition l'un à l'autre , pour répéter. le même ubleau. Mai», à moins d'acheter ces morceaux chez les marchands de bois , un amateur ne peut espérer d'en rencontrer, si ce n'est qu'il tût servi par le hasard, puisque, pour des meubles du plus grand prix , les ouvriers sont obligés de tâter une infinité de madriers. '
11 est enfin une autre espèce d'Acajou, qu'on nomme acajou bâtard, et qui ne ressemble au véritable que par la couleur;. mais il est trè»com* pact, très-dur, et contient plus de résine. Il est excellent à tourner, de la même couleur que celui qui est fraîchement coupé ; et il a l'avan* tage de conserver sa couleur et de ne pas noircir comme toutes les autres espèces.
L'Acajou est une espèce de noyer d'Amérique. Son fruit, qn'on mange, légèrement grillé , ressemble à des moitiés ou quarts de noik ordinaires , et est fort bon.
LE NOYER DE LA GUADELOUPE , d<}nt la j^. 5 représente une portion , est un bois peu connu. Nous ignorons quel est son fruU;, mais le bois n'a aucune ressemblance pour le grain, pour la ooulewr , ni pour la porosité, avec le noyer cnrdinaire. Il est assez dur , se tourne et se rabote fort. bien. Sa couleur jaunâtre , veinée de jaune plus Êsnoé , peut hàre , dans quelques circonstances, un assez bon effet.; mais c« n'est là qu'un bois de lantaisîe pour varier quelques pièces.
L'AMARANTE,^. 6, doit .son nom à sa couleur. Il est assez dur, prend un beau poli , se tourne et se rabote fort bien; mais ses pores ne sont pas très-serrés : il Ëiit un très-bel effet, lorsque, dans des ouvrages «l'ébénisterie, il est opposé, avec intelligenoe, à des bois de couleur dififrentc. Nous ne pouvons rien dire sur la njanière dont il croit , ni .-sur son fruit : nous ne le connaissons que comme étant propre à l'ébénisterie et au Tonr.
CHAP. I. Sect. ni. Des Bcis étrangers. 3i
LE CÈDRE, ^^. 7, est un arbre très-connu , par tout ce que les auteurs = j
anciens en ont dit, et par les propriétés qu'on lui donne: tes Cèdres du P'-^' Lilmn croissoient à une hauteur prodigieuse: on en fit la charpente du Teraple de Salomon ; mais il me semble que ce n'est pas là le Cèdre que nous avons aujourd'hui. On en voit un au jardin des Plantes , qui a déjà pris un accroissement considérable, et cependant il est possible que la différence de climat nuise à sa croissance. Le Cèdre ressemble assez au hêtre, si ce n'est qu'il est d'une couleur beaucoup plus foncée , et que les pores en sont plus fins. 11 est tendre , et par cela seul il est peu propre à la construction , à moins qu'on ne l'ait employé , comme nous employons aujourd'hui ces longues sApines, à faire des planchers d'une assez grande portée , mais qui ne portent rien. Le Cèdre a une odeur aromatique, qui le distingue de tous tes bois, même parmi deux qui ont de l'odeur. C'est peut-être pour cette raison qu'on lui attribue la propriété d'être incorruptible, et de n'être attaqué par aucun insecte. L'odeur du Cèdre est telle , que si l'on en avoit quelque meuble dans un appartement , il ne seroit pas possible d'y demenrer long-temps. Au surplus , il se travaille merveilleusement au rabot , et se tourne bien , quoique très-firagile ; et si l'on vouloit par curiosité, en Élire quelque pièce de Tour, on ponrroit en venir à bout avec beaucoup de précautions : mais le principal usage du Cèdre est de servir d'enveloppe aux crayons.
LE SANTAL CITRIN , /^. 8 , ressemble beaucoup au cèdre. 11 est d'une couleur absolument semblable , mais ses fibres sont très-différentes. Il n'a pas plus de densité. U exhale une odeur très-forte, mais qu'on ne peut confondre avec celle du cèdre. Celle du Santal est enivrante, et déplaît Jt la fin. Ce bois se rabote fort bien , et se tourne mieux que le cèdre. On l'appelle Citrin, soit pour le distinguer d'un antre Santal dont nous allons parler, smt parce que son odeur tient un peu de celle du citron. Il est très-fin, susceptible d'un assez beau poli, très-doux au toucher, et set pores sont très-fins.
lie Santal blanc n'a aucun rapport avec le précédent. It est jaune beaucoup plus que blanc. Ses pores sont assez fins, et plus serrés; et, s'il ressemble 11 quelque bois f»nnu, c'est certainement au ct}âtaignierd'£urope, même par l'écorce , si ce n'est qu'il est plus fin , plus dur , et qu'il est susceptible d'un véritable poli, ll-se travaille très-bien au rabot , et se tourne assez bien. An surplus , il est du nombre des bois dont on se sert pour varier les d>jets, opposer couleurs à couleurs, et rassembler, dans un
3a MANUEL DU TOURNEUR.
■mÀntf. endroit, tout ce que la nature ofîre de variétés dam ses produc
î**" ''■ tions.
LE SASSAFRAS , ^g. i , PI. 7 , semble être plutôt une substance spour gieuse , que du bois proprement dit. Ses pores sont très-lâches , ses fibres très-grosses. .Il n'a pas de-fil. Son écorce ressemble assez à celle du hètrç : il se rabote passablement , parce qu'il est très-mou ; mais il est très-difficile à tourner, à cause de cette mollesse même. 11 est d'une légèreté qui surprend au premier moment , mais dont on ne s'étonne plus dès qu'on te considère , et qu'on lui reconnoît les qualités par lesquelles nous venons de le caractériser. Cet arbre vient grand et très-rameux : il croit au Brésil , et ,dans plusieurs autres endroits de l'Amérique. Son bois est employé en médecine, comme sudorifique et diurétique. Il exhale une odeur assez forte , qui le fait distinguer de tous les autres.
LE BOIS SATINÉ ordinaire , J%. a, est des plus agréables, surtout pour l'ébénisterie. Mis en opposition avec d'autres bois, il fait le plus agréable effet. A sa couleur près, et à ne le juger que par ses fibres, ses pores, sa densité, on le prendroit pour du noyer qui a été teint, s'il pouvoit l'être en une couleur claire. II est jaune-canard, et ses pores qui semblent gorge de-pigeon , lui donnent un changeant très-agréable , selon le jour sous lequel on le voit II se rabote parfeitement, et se tourne absolument de la même manière que le noyer, auquel, à la couleur près, on peut assurer qu'il ressemble en tout
LE SATINÉ JAUNE, ^. 3, n'a aucune ressemblance avec leprécédent. Il est d'un jaune assez foncé , et veiné en quelques endroits. Son grain , ses pores et ses fils le rendent assez semblable à de l'alisier blanc qn'ou Ruroit teint, et sur lequel des veines naturelles donneroient, en quelques endroits, des parties plus claires ou plus foncées. Nous avons vu un boudoir en bibliothèque, où, sous des règles d'architecture assez mal observées, on avoit rapporté tous les membres de moulures en bois de différentes couleurs : rien n'étoit aussi beau, aussi imposant «t aussi riche. I^ parquet même étoit une mosaïque de différens bois, employés avec goût et intelligence; et Ton voyoit, avec plaisir, que toutes les parties (|u inonde avoient été mises à contribution , pour orner un channant réduit Les colonnes étoient de Satiné jaune ; les frises d'un bois opposé ; les dentieules de Satiné rouge ou de corail , etc. , etc. Le cèdre servoit de tablettes ; et les socles et autres parties inférieures étoient du plus bel acajou.
CHAP. I. Sect. III. Des Soia élrangern. 33
' -Le Satiné jaune se rabote et se tourne parfaitement. Il nous vient en ; .madriers assez gros, pour qu'on puisse l'employer à tout ce qu'on désire : mais ce qu'iLa de singulier, c'est que de petits vers , partant de la circonférence , s'insinuent jusqu'au cœur du bois , et laissent voir des piqûres jusque très avant des plus beaux morceaux.
LE SATINÉ ROUGE, ^. 4 ? est on ne peut plus agréable; mais comnle ses veines sont très-petites, que les traits qui forment le satin sont trèsfins , - il doit être vu de fort près ou être employé à de petits ' ouvrages. ■Il est du plus beau pourpre possible, veiné de brun. Il est très-dur; prend un beau poli, se travaille aussi bien au rabot qu'au Toiir; mais racore une fois, quand on le r^;arde d'un' peu loin , il ne ressemble' qu'à du bois , qui seroit d'un très-beau rouge uni; Ce bois est assurément lin des plus beaux que le Nouveau>Monde nous fournisse.
LE COCO , fig. 5 , est un bois qui vient dans toutes les lies de l'Amérique. Tous les naturalistes s'accordent à dire qu'il semble que le Créateur ait voulu , dans cet arbre , donner aux voyageurs tous les présens à la fois. Son fruit vient de la grosseur d'un melon médiocre. L'enveloppe de ce fruit est filamenteuse à l'extérieur; mais bientôt on découvre une substance très-dure, et susceptible- du plus beau poli. Intérieurement cette coque est très-polie. Quand on ouvre le fruit, il en découle une eau laiCeuse , très-suavè, et qui rafralcbit. Le fruit est excellent à manger. L'arbre produit un très-bel ombrage. L'espèce de chanvre -qui l'entoure , peut se' filer et former un tissu propre à des vétemens.
Le bois de Coco participe de la dureté du fruit. Il est très-dur , trèsserré et très-oompact II est peu veiné : ses fibres , quoique peu serrées en apparence, le sont, en effet, beaucoup : on peut en juger par la pesanteur du bois. Il se rabote et se tourne parfaitement ; mais , comme ses couleurs n'ont pas beaucoup de vivaâté , il semble n'être qu'un bois teint. Une table , faite de Coco , auroit Te mérite bien rare , de ne pouvoir être aisément pénétrée par des liqueurs colorées, ce qui arrive trop souvent aux tables d'acajou , dont on se sert maintenant,
LE MAIfCENILLIER ,^. 6 , est un bois d'Un jaune foncé et tirant sur
le- brun.- 11 est veiné et onde à peu près comme l'érable auquel il res-
semble assez; mais il est beaucoup plus dur. Il porte dans les ondes,
certains; clairs qui-.font un effet tr^gVéable. Ce bois est susceptible d'im
' assez beau poli. Il se rabote très-bien , et se tourne tout aussi fecilement. Rien n'est aussi beau qu'un morceau , £ait au Tour , avec ce bois : les veines et les ondes se multiplient par les différentes coupes , que néoessitent les renÛemens et les parties creusées. Si l'on prend àoiu de garnir en ivoire ces vases , ainsi que ceux faits avec presque tous les bois des Ind«s , les veines , les ondes , en ressortent davantage.
LE CORAIL, Jîg* 7, est un bois auquel on a donné ce ncnn k cause de sa superbe couleur de corail. Il est en effet du plus beau rcmge ; mais il a cette singulnrité , que quand on le coupe , ou qu'on le fend , la partie qui est mise à l'air , est jaune , et rougit en ass^ peu de tenqis. Ce phénomène peut très-bien expliquer l'influence de l'air sur les couleurs ; et la physique a déjà appris , qu'une liqueur enfenuée fort long-temps change de couleur ; et cette expérience a été faite s«r l'esprit-de-fvin d'un thermomètre , qui , de rouge qu'il étoit , est devenu à peine légèrement teint. Le hasard ût casser le tube , et surrie-champ la liqueur reprit sa première couleur.
Le corail est trè»-fin y très-dur , et par conséquent susceptible d'un beau poli. Il se travaille également bien au Tour et au rabot. Mais il ne peat guère servir , dans l'un et l'autre cas , qd'à faire valoir d'autres parties, attendu que l'unifcninité de sa couleur œ préseute rien de bien satisiàiisailt pour les yeux.
Le Corail damassé , fig. 8 , est beaucoup plus précieux que le précédent. Il est ainsi nogimé, parce qu'eu efiet ses veines sont disposées de )a même manière que le linge damassé. Il est d'un rouge {Jus brun * et tei clair do la damassure Êiit valoir agréablement ses ondes. Quoique moins dur, ttèsfin et plus pcHYux , il se tourne parfaitement. On le travaille égalemeiat bien au rabot : c'est assurément un des plus agréables bots des Indes; mais il est assez rare. U Eût le plus bel effet dan» les ouvrages de Tonr, où les parties ronde» , opposées aqx parties creuses , multiplient les ondes et les damassores, et £otit naître une infinité d'aceidcaa de h-frins. grande beauté.
LE BOIS DE PERDRIX ^fig. 9 , est encore une autre espèce de bois trèsdur, qu'on peut conCoadre au ptemia coup d'otil avec le palissandre, mais qui est beaucoup plus ckir , pUi» compact ^ et par conséquent plu» lourd. Outre les fibres perpen^ukires, il s'mh trouve de bsmtversates , ^'ou croiroit tirées à la règle , tant elles sMit régubcrcs..i.'t^po*itio« de
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CHAP. L Seot. ni. De8 Boii étrangers. 35
ces Bbres produit, sur une pièce Êiite au Tour, des effets très-piquans p* ■
les plus agréables. Use rabote parimitement, se tourne de même , et prend ^^lan beau poli : il n'a pas de veines bien marquées ; mais on y voit une infinité de petites mouches gris-brun , qui lui ont fait donner le nom de Moi», de>Perdrix. Ses fibrea sont semblables à celles du palissandre. Les ^entailtistes le débitent obliquement à son fil et avec beaucoup d'adresse , ainsi que presque tous les bois dont nous avons parlé , pour &ire valoir davantage leurs veines , et les accidens qui s'y rencontrent.
LE BQG5 DE CHINE VEINÉ, fig. i , F/. S, est infiniment dur, brun- ^^ <^HCur , veiné de petites flammes. Tous ces bois ont leur aubier plus ou ^^- '*■ moins sensible , plus ou moins beau , selon qu'il approcbe davantage de son état de perfection ; c'est ce qu'on peut remarquer à celui-ci. Il se débite parfaitement , et est également propre au Tour et au rabot. On en fait d'excellentes règles et autres instrumeos de mathématiques. Aucun des bois des îles ne peut être caractérisé par son écorce , attendu que comme Xefret jusqu'aux ports de mer, et le transport , par eau , du port jusqu'à la capitale, sont très-coûteux , il est inutile d'apporter, en Europe, une partie qui ne doit ni ne peut servir à rien , et qu'il feudroit jeter en arrivant.
LE BOiS DE CHINE MOUCHETÉ ,Jtg.n, est & peu près semblable au précédent , si ce n'est que les mouchetures sont plus décidées. Il est tout aussi dur, et aussi fin que le précédent. On ne distingue prest^ue pas les pores. L'aubier est disposé de la même manière. Il se polit parfaitexaeDt , se tourne et se rabote également bien. On feit, de l'un et de l'autre, des ardiets de violon ; et, par sa singularité, et par sa beauté , on peut en Ëùre une infinité d'objets très-agréables et diversifier ainsi un ouvrage àans lequel on désire de varier les bois à l'infini , pour tes faire valoir les uns par les autres.
L'AMOURETTE , fig. 3 , est une troisième espèce de bois de la Chine Il est très-fin , très-compact et très-dur. H est on ne peut plus agréable dans l'ébénisterie , où il lait l'effet le plus décidé. Il se rabote et se tourne également bien. Ses veines sont jetées en difîiirens sens , et présentent des jeux de la nature très-intéressans , selon qu'on l'emploie et qu'on le coupe. Les diffôrentes nuances qu'il ofirè aux yeux , depuis le rose jusqu'au rouge- .brun trèa-fcmcé , disposées avec art , peuvent fiiire ressortir d'eutres bots
..1 i . — qu'il encadreroît, ou avec lesquels on le mettroît en opposition. Il en est Pu. 8.. (Je même pour les oUTrages de Tour. On peut en faire des vases ou autre* pièces tournées, et tes garnir en bois opposé de couleur, ou en ivoire; disposer les coupes de &çon que les veines se répètent symétriquement; en un mot, c'est un des bois les plus précieux qui nous viennent de W Chine.
LE BOIS DE RHODES ,Jig.^, ressemble , à beaucoup d'égards , à du buis un peu pâle. Il se rabote et se tourne parfaitement. Il est très-ân , très- — serré et très-dur. Son écorce ressemble à celle du petit orme, bois de France. Mais ce qui distingue ce bois -sur tous les autres, c'est qu'il répand une odeur très-agréable et très-douce. On prétend qu'un peu de ce bois raclé , et mis dans une tabatière , donne au tabac le goût agréable du macoubac.
LE BOIS DE FER. , ^^ 5 , ainsi nommé à cause de sa grande dureté , ressemble assez pour la couleur , au bois de palissandre , et pour la ma< nière dont il est veiné, au bois violet. Il contient un aubier blanc trèslarge, et qui participe à sa grande dureté. Elle est telle que les naturels des Antilles s'en servoient , avant la découverte de l'Amérique , pour enfaire des sabres , dont les blessures étoient très-dangereuses et souvent mortdles. Quoique ce bois soit parfaitement bon à travailler au rabot et au Tour, il présente trop peu de variétés pour qu'on puisse en faire rien de bien curieux sur le Tour ; et l'on peut dire qu'il n'a que le mérite de la dureté , mérite qu'il possède k un suprême degré. Aussi , les amateung en font-ils des règles , des équerres , des outils de menuiserie , qui sont trè»fechercliés , malgré leur cherté. Un guillaume , par exemple , qui , pour être bon , a besoin de conserver par£titeraent sa droiture , de ne s'entamer sur aucun bois de travers , et de couper très-finement' , surtout lorsqu'on veut Ëiire des angles vifs , est parfaitement bon en Bots de fer.
LE BOIS DE BRÉSIL » 7^> 6, est d'un rouge très-foncé et tirant sur le brun. Il ne présente rien de piquant pour l'ébéniste, ai pour le Tourneur. Il est dur, serré, a les pores fins> se coupe et se rabote fort bien.; mais il' a des qualités et des propriétés qui le font rechercher par-dessus tous les autres : c'est avec ce bois qu'on fait des teintures rouges, plus ou moins foncées, selon, qu'on y ajoute teb ou tels ingrédiens, ainsi que nous le
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CHAK: I. Sect. m. Dêa BoU étrangère. 37
dirons dans un chapitre exprès. On le coupe en petits copeaux, et on le =^^ fait bouillir dans l'eau : et pour que la division des parties colorantes se fesse ^'" encore mieux et plus vite , on te râpe en copeaux frisés et très-menus ; du moins , c'est ainsi qu'on le vend ^ à Paris , chez certains épiciers-droguistes, en petit nombre, qui en tiennent
LE BOIS DE CAMPÊCHE, fig. 7, est encore un bois dont on s'occupe peu dans l'art du Tour, et dans rébénisterie. Sa couleur est d'un rouge feux; mais ses nœuds, travaillés et polis, font un assez bel eflet. Il ressemble assez, pour la couleur, à. l'acajou qui n'a pas encore noirci. Mais on se sert beaucoup de ce bois pour teindre en beau rouge , ainsi qu'on le verra au chapitre de la teinture des bois. La r^idité avec laquelle il devient rouge éclatant, quand on le jette dans de l'eau bouUlante, impré^ée.d'un peu d'alun, est surprenante.
' LE BOIS DE FERNAMBOUC, ou, comme disent les on^riers, femambourg, yf^. 8, e^t «ncore liii bois de teinture eu rouge. Étant travaillé au rabot, ou sur le Tour, il ressemble parfeîtement à de l'acajou tendre et peu T^né. Il nenoinàt point k l'air; il a les pores assez fins, prend bien le pdi : mais, comme on nes'en sert que pour teindre, nous n'en dirons pas davantage. '
Nous terminerons cet article des bois, par un objet de pure curiosité, et que le hasard a mis entre nos mains : c'est une petite planchette , prise dam une roudle d'un arbne qu'on nomme Palmier j on en voit deux au jardin des Plantes , à Paris.
^fig- 9, représente cetCe espèce de bois, si l'on peut dire que c'-en est un. Il semble plutôt, «1 le considérant par son écorce, et par sa coupe transversale, que ce n'est qu'une réunion de petits filamens , adhérens les BUS aqx autres, aumoym d'une substance grise, qui est d'une tout autre nature, et qui semble purement médulfeire. 11 se rabote assez bien; mais nous n'avons pas eu occasion d'en tourner. En le oonsidâ<ant par son extrémité, il ressemble à une infinité de joncs qui seroient serrés les uns contre les autres, et dont les intervalles seroient remplis par de la cire d'une médiocre blancheur. Nous ignorons à quoi on pourroit employer ce bois , dont nous n'avons parlé ici , qu'à cause de sa rareté et de sa singularité.
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MANUEL nu TOURNEUR.