‹ Manuel du vaccinateur des villes et des campagnesChapitre 1 sur 24 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

I tl!l . KDITIÎUn, LIBRAIRE DE LA FACULTE DE MEDECINE,

place de l'Écolc-ile-Méilccine ; et chez L'AUTEUR, rue Bergère, 11.

Ce n'est pas un sujet nouveau que je viens offrir aujourd'hui au corps médical et au public , c'est un sujet bien des fois travaille par des plumes habiles et expérimentées. Je n'ai pas la prétention de faire oublier les travaux de mes prédécesseurs, je veux au contraire faire ressortir tout le talent et l'esprit qui s'y

trouvent; je veux les rappeler en un mot, ou plutôt les remettre sous les yeux de ceux qui les ont oublies.

Il m'a semble que depuis quelque temps la vaccine avait été combattue par des théories nouvelles; ces théories, je tenterai de les combattre, car elles semblent aujourd'hui jouir d'une faveur qui ne leur appartient pas.

Rappeler les grands travaux de Jenner, ceux du comité de vaccine de Paris, c'est rappeler ce que l'on doit à ces hommes généreux qui ont doté leur patrie du plus grand de tous les biens.

Cinquante ans d'un succès toujours soutenu sont les témoins de la vérité de mes paroles. Néanmoins il est encore des hommes qui, encroûtés de préjugés absurdes j refusent d'admettre la vaccine comme un bienfait; ils poussent même l'aveuglement

jusqu'à regarder cette découverte nonseulement comme inutile, mais comme pernicieuse.

Frappé de cet état de choses, j'ai cherché à en découvrir la cause, et j'ai cru la trouver dans l'ignorance et dans le peu de cas que l'on fait de cette pratique.

Cependant ne croyez pas qu'il y ait disette de travaux sur la matière, je puis affirmer qu'il est peu de maladies qui aient autant exercé la plume des écrivains que la variole et son précieux contre-poison.

Mais, il faut le dire, parmi le grand nombre de travaux publiés sur la vaccine, je n'ai trouvé que des traités ou des histoires savantes. Partout on a écrit pour les médecins, et rarement pour un public qui a besoin d'être éclairé sur cette matière; c'est donc pour ceux-là surtout que je prends la plume.

Ce n'est pas un traité scientifique que j'ai voulu faire, pas plus que de la médecine de carrefour. Je n'ai point l'intention d'apprendre aux médecins, ni d'enseigner au premier venu à se passer des lumières de notre art; j'aime et je considère trop notre profession pour avoir cette pensée, et je me respecte trop moi-même pour cela. J'ai cherché tout simplement à prouver l'incontestable utilité de la vaccine, les heureux résultats que l'on doit en retirer, et pour cela je me suis mis en dehors de tout système, j'ai abjuré toute idée préconçue , toute théorie , et ne me suis appuyé que sur des faits vrais, palpables, dont l'évidence saute aux yeux de tout le monde.

Je le répète, ce n'est pas un traité de la vaccine que je viens offrir aujourd'hui; c'est un résumé des travaux faits

jusqu'à ce jour sur ce point médical si important pour l'humanité, et à part quelques idées ou observations, peu nombreuses il est vrai, mais qui me sont propres, il ne faut s'attendre à rencontrer dans cet ouvrage que des faits déjà connus. En tout, mes efforts tendent à rassembler le plus de preuves possibles et à rendre ces preuves évidentes pour tous. Je ne m'adresserai pas au raisonnement, mais au simple bon sens , et puissent mes efforts porter dans tous les esprits la conviction intime dont je suis animé!

Cet écrit s'adresse principalement au monde, il cherche à éclairer les familles sur leurs véritables intérêts, il essaye de leur faire comprendre l'étendue des malheurs que leur indifférence pour la vaccine peut amener, non-seulement dans leur intérieur, mais encore chez leurs voi-

sins et amis, car un sujet atteint de la variole peut la communiquer à ses voisins ou amis, lesquels peuvent la répandre autour d'eux, et, suivant le climat et la saison, elle peut détruire en quelques jours une partie de la population non vaccinée; et quand je dis une partie, je suis bien modeste, puisque des populations entières ont été détruites en Chine et en Amérique, à la suite d'épidémies de variole.

Si la lecture de cet ouvrage pouvait décider un seul individu à se faire vacciner ou à faire vacciner ses enfants, je m'estimerais heureux de n'avoir pas perdu tout mon temps.

Pour atteindre d'une manière plus certaine le but que je me propose, j'ai divisé ce travail en deux parties. D'abord je présente un tableau précis et réel de la variole, de son influence funeste sur la so-

ciété et sur les populations. A la suite de cet exposé, je parle très-sommairement de l'inoculation et de ses inconvénients.

Ce tableau forme la première partie de ce traité. La seconde partie renferme l'historique rapide de la vaccine , le résumé des travaux entrepris jusqu'à ce jour, les observations et les idées qui me sont propres, et enfin les expériences tentées sur l'homme et les animaux, tant par nos devanciers que par moi-même.

Il me sera facile, je pense, de sortir victorieux de la lutte que je propose à ceux qui mettent encore en doute le bienfait de la vaccine, car je les combattrai par les faits et par des faits surtout irrécusables.

C'est à vous que je m'adresse, mères de famille, qui veillez avec tant de sollicitude sur les jours de vos enfants ; appre-

nez que la petite vérole, lorsqu'elle ne tue pas, laisse après elle des marques indestructibles de sa violence.

C'est à l'humanité entière que je m'adresse; c'est à vous, jeunes et belles femmes, qui faites, par votre beauté, vos grâces, votre esprit, l'ornement et le charme de l'intérieur, c'est à vous que je parle et à qui je dis : Sauvez-vous de la variole, si vous ne voulez perdre en quelques jours beauté, esprit, sentiments, bonheur peut-être; car ce mal horrible va vous défigurer, vous rendre sourdes, aveugles, idiotes, et peut-être aliénées, pour le reste de vos jours.

De quel poids ne se sent pas soulagée cette mère qui vient de faire vacciner son enfant, à la vue du spectacle hideux de la variole : son enfant, pour qui elle sacrifie tout, avenir, espérances, plaisirs, etc.

Arrière, préjugés menteurs, mauvais gé nies qui se complaisent à propager le mal et qui se rient des douleurs maternelles :

ne partagez pas, bonnes mères, les préjugés d'un vulgaire ignorant. Les enfants de vos rois ont été vaccinés, ceux des grands participent à ce bienfait, et le vaccin qui sert aux plus grands est le même que l'on prodigue aux plus petits; il n'y a pas et ne peut y avoir de différence, car il n'existe qu'un virus-vaccin possédant des vertus égales pour tous , quelle que soit la condition des sujets inoculés.

Ne vous effrayez donc pas des suites de la vaccine, ne croyez pas aux sottises populaires, aux contes absurdes débités par de mauvais esprits, et livrez-vous à l'opération avec une sécurité parfaite.

S'il y avait le moindre doute à cet

égard, Napoléon eût-il fait vacciner son fils, ce fils chéri dans lequel se résumaient toutes ses espérances d'avenir? Eh bien, quelques jours après sa naissance, le roi de Rome était vacciné par les soins du D r Husson.

Ceux qui aujourd'hui combattent la vaccine sont en petit nombre, il est vrai, mais ils font beaucoup de prosélytes, tant l'on a de tendance à croire au mal. Je comprends que du temps de Jenner il se soit trouvé des détracteurs; je ne saurais même les blâmer, car ils n'avaient pas l'expérience que nous avons aujourd'hui :

ils ont donné par là une grande preuve d'amour de l'humanité en se jetant au tfâ* vers d'une méthode nouvelle et inconnue.

Mais, s'il était possible de les rappeler à la vie et de mettre sous leurs yeux les résultats et les succès de la vaccine, je ne

doute pas que ces hommes déchireraient leurs travaux et seraient les premiers à donner à Jcnner la place due au plus grand, parmi les bienfaiteurs de l'humanité. S'il est imprudent d'admettre trop légèrement un nouveau système, il est fâcheux de le combattre quand même; celui qui persiste à propager un faux système, après en avoir vu les avantages, n'est pas seulement ignorant, il est spéculateur et charlatan.

Une conviction ne peut s'acquérir que par l'étude et l'expérience; eh bien, vous qui contestez encore le bienfait de la vaccine, éclairez-vous parles faits, répétez vous-mêmes les expériences décisives que je rappelle à votre souvenir, puisque vous ne voulez pas vous en rapporter à la bonne foi de ceux qui les ont faites.

Combattre les préjugés qui existent

contre la vaccine, et que je rencontre dans toutes les classes de la société, est le but auquel j'aspire. J'ai pu croire que le préjugé était la maladie des ignorants ou des commères de quartiers; mais hélas!

je me suis trompé, puisque j'ai rencontré les mêmes préventions chez les grands, chez les savants, chez le peuple, et, chose singulière, chez quelques-uns de nos confrères , qui , nous le croyons , ne cherchent qu'à se faire remarquer en combattant les idées reçues et admises par les académies.

Enfin, à la suite de cet exposé, j'ai un autre but: c'est d'éclairer mes confrères de la province, et les personnes charitables, étrangères à la science, qui se dévouent à la pratique de la vaccine, dans les lieux où il n'y a pas de médecin.

Je leur dirai de quels instruments on

se sert, et, à défaut de ces instruments, ceux qui pourraient les remplacer.

Je leur donnerai les moyens de recueillir et de conserver le vaccin; également je leur dirai la manière clc l'employer, de le transporter; je leur dirai quelles sont les précautions à prendre pour ne pas le perdre , la manière d'enchaîner et d'entretenir les vaccinations; enfin je leur apprendrai à reconnaître la vaccine qui préserve et celle qui ne préserve pas.

Ils sauront aussi à quoi s'en tenir sur les opinions si diverses à l'ordre du jour des académies, sur la dégénérescence du vaccin, sur ses vertus temporaires, et sur les revaccinations.

Si j'ai pu dire une vérité, convaincre quelques-uns, donner la foi au plus grand nombre, je le sens, je serai récompensé de mon travail, et je bénirai le jour où

14 TRÉFACE.

mon devoir et l'amour de mon prochain m'auront pousse à écrire cette instruction, ce manuel, qui aura pour titre : Manuel du vaccinateur des villes et des campagnes.

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