MANUEL DU VACCINA TEUR
je n'aurais sans doute pas revu l'enfant, si, deux ou trois jours après , je ne fus de nouveau obligé de vacciner un enfant qui devait partir le même jour à la campagne. Je recourus à mon jeune enfant. C'était le neuvième jour de la vaccination : les boutons étaient complètement secs , une croûte semblait déjà vouloir se détacher ; je l'ébranlai et je parvins à l'arracher, non sans un petit cri de douleur jeté par l'enfant. Quelques gouttes de sang s'échappèrent de la cica-t trice. La chute de cette croûte , il est vrai , était prématurée, mais un ou deux jours eussent suffi pour qu'elle tombât d'elle-même. Je fus frappé de cette précipitation dans la marche de la vaccine, je ne pus croire à la vérité de ce que j'avais sous les yeux : aussi suivis-je avec soin les enfants que j'avais inoculés avec ce virus ; tous les quatre eurent une belle vaccine , bien franche et bien régulière. Ceci redoubla mon étonnement , et , tout en réfléchissant aux différents phénomènes , aux anomalies, que présentent les diverses maladies, je fus porté à penser que ces deux vaccines, quoique bonnes toutes deux , n'ont pas des quali-
tés de préservation égales ; certes il doit y avoir des différences. Environ un an après , je revaccinai le sujet qui n'avait eu qu'une vaccinoïde , et j'obtins sept boutons sur huit piqûres. Est-ce un fait i* oui ou non i'
Le second cas est plus récent. L'année dernière , je vaccinai un enfant au mois de février ; il y avait en ce moment à Paris un grand nombre de varioles. Les pluies étaient abondantes , le temps était chaud et humide. La vaccine suivit son cours régulier jusqu'au septième jour, et au quinzième l'endroit des cicatrices n'était même plus rouge. Je l'ai revacciné depuis , c'est-à-dire au mois de mai, et je n'ai pu obtenir une nouvelle vaccine; mais je me réserve de recommencer au printemps prochain , et j'espère alors le revacciner avec succès.
Si l'on raisonne par analogie, on doit savoir que la varioloïde et la varicelle sont moindres que la variole. On a dû remarquer, dans les rapports sur les épidémies de variole, que les vario-
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lés reprenaient quelquefois la variole, mais qu'ils reprenaient plus souvent la varioloïde ou la varicelle. Cette conséquence est toute naturelle, puisqu'il n'est pas permis de douter que presque toujours la variole ou la vaccine atténue en nous les dispositions à la variole ; donc seront également garantis les vaccinés et les varioles.
Quand je dis qu'ils seront également garantis, je ne dis pas que la variole ne doit pas les atteindre ; je veux dire que ces sujets seront moins aptes à contracter la variole, même en s'exposant en pleine épidémie.
Pour l'observateur rien n'est perdu, la moindre chose met sur les traces de grandes découvertes. Je ne prétends pas dire qu'il doive résulter une découverte de celte observation ; mais, si ce fait pouvait affranchir la vaccine d'un reproche offensant pour elle, je serais récompensé au delà de mes espérances.
Il faut enfin l'avouer, il est des natures intempérantes , avides , qui ne sont jamais saturées suivant leur besoin. J'ai vu dans les annales de la science bon nombre de cas de récidive de va-
rioles , des varioles confluentes après des varioles confluentes, et plus encore des varioles mortelles après des varioles bénignes; et puisque ces faits sont incontestés , ne jetez pas la pierre à la vaccine, lorsqu'elle n'a pas garanti un sujet qui possède une de ces natures exceptionnelles.
Donc, si la vaccine vraie ne garantit pas toujours d'une attaque violente ou légère de variole, comment peut-on admettre qu'une vaccine irrégulière, anormale, une vaccinoïde enfin, puisse arrêter ce que la vaccine vraie ne peut empêcher ?
J'ai peut-être eu tort de parler déjà de la vaccinoïde. J'aurais dû attendre le moment où j'entretiendrai mon lecteur de la revaccination ; car, sans blâmer celte pratique, je dois au moins faire rendre à César ce qui est à César, et pour cela j'essayerai de prouver que les fausses vaccines prises pour vraies , et d'autres faits que je ferai connaître, sont en partie cause du grand succès de la revaccination.
Avant d'aller plus loin , je tiens essentiellement à prouver ce qu'ont de fâcheux les empiriques réclames imprimées dans les journaux et
sur les murs île Paris pour prôner la vaccine naturelle, c'est-à-dire pour annoncer que des établissements privilégiés ont entre leurs mains des vaches constamment atteintes de cow-pox.
Une pareille publicité nuit , plus qu'on ne l'imagine , à la pratique des vaccinations.
La vaccine , il est vrai , n'est plus le sujet d'attaques directes, comme au temps de sa découverte, personne ne méconnaît aujourd'hui son utilité ; mais, pour renchérir sur les idées admises, pour faire de l'esprit, enfin pour se donner une certaine célébrité, on admet ou on proclame des théories qui par elles-mêmes ne sont pas des coups portés à la vaccine , mais qui jettent néanmoins sur son efficacité, sur ses vertus, des doutes dans l'esprit populaire.
Telle est l'essence du caractère français, il adopte sans voir et il nie de même ; il suffit d'un fou pour substituer à une vérité les sottises les plus grossières et donner raison au charlatanisme le plus éhonté.
Il est vrai que tôt ou tard on fait justice des fausses théories ; mais, quelle que soit laréparation
qu'on offre, il reste toujours un cloute, un je ne sais quoi qui donne raison aux fausses théories.
Ainsi, au nombre des innombrables accusations lancées contre la vaccine, j'en citerai seulement quelques-unes des plus accréditées et que chaque jour on rencontre dans la clientèle.
Pour mieux faire ressortir l'épaisseur des raisonnements^ les traduirai tels qu'ils me sont adressés à moi et à un grand nombre de mes confrères.
LA CLIENTE
Monsieur le docteur, je voudrais avoir du vaccin de première qualité.
LE DOCTEUR
Madame, je n'en connais pas de deux qualités ; il n'estqu'un seul et même viriis qui donne la vaccine , c'est la seule qualité que je lui connaisse.
LA CLIENTE
Ah! oui, vous me dites cela ; c'est pour ne pas
vous déranger, et vous m'apporterez le premier vaccin venu.
LE DOCTEUR
Comment! madame, n'auriez-vous pas confiance en moi? Et tenez, pour vous rassurer sur l'excellence du vaccin que je vous donnerai, je le prendrai à sa source, c'est-à-dire à l'Académie de médecine ; je ne crois pas que l'on puisse en trouver ailleurs qui offre plus de sécurité.
LA CLIENTE
Mon cher docteur, je ne mets pas en doute la vertu du vaccin de votre Académie, mais j'aimerais mieux le vaccin naturel dont on parle tant ; je veux parler du vaccin de vache ou du vaccin régénéré.
LE DOCTEUR
Comment ! madame , vous me parlez du vaccin de vache , du vaccin régénéré ! Apprenez donc une bonne fois que le vaccin de vache ne se ren-
contre que très-rarement, et que votre enfant pourrait arriver à un âge fort avancé sans être vacciné, s'il fallait attendre une nouvelle découverte, et mourir de la variole confluente dans cet intervalle. Quant au vaccin régénéré, c'est-à-dire au vaccin que l'on tire d'un enfantet que l'on porte à la vache , ce vaccin de vache artificiel, croyezm'en , ne signifie absolument rien et n'a pas plus de qualité ou d'efficacité que le vaccin pris sur le bras de l'enfant lui-même.
LA CLIENTE
Mais alors, docteur, pourquoi proclame-t-on chaque jour, et dans les journaux et sur les murs de Paris, que l'on vaccine ici ou là avec du vaccin de vache ou du vaccin régénéré i' On abuse donc du public ?
LE DOCTEUR
Et que voulez-vous que j'y fasse , madame i'
On ne peut empêcher ce charlalanisme , en ce
sens qu'il n'a rien de dangereux ; car, je vous le disais tout à l'heure , vacciner avec du vaccin inocule' d'un enfant à une vache, ou vacciner avec le vaccin de l'enfant lui-même, c'est absolument la même chose.
LA CLIENTE
Mais enfin , docteur, vous conviendrez que le vaccin dont on se sert à l'Académie est pris sur le premier enfant venu. On ne s'inquiète nullement de savoir si l'enfant a une bonne ou mauvaise santé , à quelle famille il appartient ; on ne sait véritablement pas quelle est la nature du vaccin que l'on reprend et que l'on donne,
LE DOCTEUR
Mais on reprend , madame , du vaccin seulement; que l'enfant soit malade ou non, c'est toujours du vaccin et jamais autre chose. Tenez, supposez que vous semez dans un mauvais terrain des œillets ; il ne viendra pas autre chose que des œillets , n'est-ce pas ï Mais , comme le terrain est
mauvais , ils viendront mal , ils seront grêles , ils fleuriront à peine , n'auront point de parfum ; et tout cela n'empêchera pas que ce soient des œillets. Maintenant transportez-les dans un bon terrain , et ces misérables fleurs reprendront de la force, de la vigueur, elles exhaleront une odeur agréable , et vous ne vous lasserez pas de les admirer. Encore un coup, ce sont les mêmes; seulement le terrain les change.
C'est comme le vaccin absolument , il prend la force du terrain qui le porte.
LA CLIENTE
Alors , monsieur le docteur, le vaccin ne dégénérerait donc pas ?
LE DOCTEUR
Ceci est autre chose. Il est évident que si l'on faisait choix d'une série d'enfants chétifs ou malades , et qu'on inoculât successivement et toujours , à d'autres enfants chétifs et débiles , le vaccin produit par ces natures déshéritées, il est
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probable que le vaccin s'affaiblirait insensiblement et ne produirait plus ; mais , tant qu'il se reproduira, même chez des enfants chélifs, il sera bon , et si l'on tentait de le reporter tout à coup sur des enfants vigoureux , eh bien ! ce vaccin , qui paraissait perdu, de'généré, reprendrait, dès sa première transmission , toute la force qu'il aurait perdue par sa transmission sur des sujets débiles. Son e'nergie physique est toujours en l'apport avec la constitution de l'enfant.
LA CLIENTE
Allons, docteur, j'ai trop confiance en vous pour douter; et cependant....
LE DOCTEUR
Voilà un cependant qui n'est autre qu'un doute.
LA CLIENTE
Allons, ne nous fâchons pas, et partons à votre
Académie , puisque vous le désirez ; vous voyez que je suis vaincue.
LE DOCTEUR
Aujourd'hui, très-bien ; mais demain , si vous rencontrez de par le monde quelques dames de vos amies qui vous prônent de nouveau le vaccin de vache ou le vaccin régénéré, vous me querellerez encore.
LA CLIENTE
Non , docteur ; je les convertirai , car vous m'avez éclairée.
Voilà cependant les raisons que sans cesse on nous donne , et remarquez bien que ce ne sont pas les seules : bon et mauvais vaccin , vaccin de vache, vaccin régénéré; que sais- je tous les propos qui arrivent à nos oreilles ?
Eh bien ! je le dis , si nous sommes assaillis de tant de commentaires , c'est parce que de toutes parts le charlatanisme exploite et s'empare de l'es-
prit populaire, et peut-être aussi parce que les corps savants n'ont pas assez d'unité sur la question.
Depuis la découverte de la vaccine jusque vers 1836, cette pratique s'était opérée sans bruit; négligée dans certains départements, pour reprendre plus tard avec une activité incroyable , elle avait fait tout le bien dont elle est capable , abritée par l'indifférence ou la défaite de ses anciens oppresseurs.
Cette question, que les savants regardaient comme indigne de leur examen et de leurs recherches, avait été abandonnée aux praticiens de quartiers.
Depuis peu , et comme par enchantement , nos plus grandes célébrités en ont fait le sujet d'études sérieuses. Pourquoi ce changement;* C'est que la Providence a voulu qu'une laitière de Passy prît le cow-pox, et que ce prodige, inconnu depuis Jenner, ait donné à penser et ait fait tourner les tètes du côté de cette nouvelle découverte.
C'est alors que les plus érudits ont voulu donner leur opinion sur ce qu'ils avaient dédaigné d'apprendre quelques années auparavant.
Alors , et sur la foi des yeux , sur des apparences physiques , on est venu crier à la dégénérescence du vaccin.
Le comité de vaccine de Londres a publié une espèce de manifeste relativement à la dégénérescence du vaccin et à l'extension qu'a paru prendre la petite vérole en 1838. Ce comité conclut que le virus n'a nullement dégénéré , et qu'il vaut mieux continuer à se servir du vaccin tel qu'il est que de recourir à la maladie de la vache, dans la crainte de commettre quelque erreur sur le choix des diverses et nombreuses éruptions qui se présentent au pis de cet animal.
La dégénérescence du vaccin est donc trèscontestée Je sais bien que quelques médecins ont dit avoir rencontré un grand nombre de vaccinés atteints de variole ou de varioloïde ; mais ils se sont bornés à annoncer ce résultat, sans rechercher les causes , sans examiner le soi-disant vacciné. Certainement il se peut que ce sujet ait été vacciné , mais le vaccin a-t-il produit une bonne vaccine ? Voilà ce qui est douteux. Souvent la vaccine produit chez certains sujets la
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fausse vaccine ou une vaccine bâtarde ; c'est justement de la vaccinoïde , que je viens de décrire plus haut , que je veux parler ici.
La dégénérescence du vaccin a beaucoup occupé les esprits , on a cru à la faillibilité de la vaccine et on y croit encore ; quant à moi, je ne l'admets pas.
Afin d'éviter le reproche d'exclusif que l'on m'a adressé bien gratuitement , je dois dire ici comment je ne l'admets pas.
Je dis que sont préservés de la variole le plus grand nombre des sujets vaccinés; toutefois je considère comme exception tous ceux qui peuvent reprendre une seconde fois la vaccine , et ces cas sont nombreux.
11 faut donc par prudence revacciner, pour savoir si l'économie a été suffisamment saturée par la première vaccination.
D'ailleurs, cette opération étant pour ainsi dire un jeu , on ne doit point reculer devant elle , puisqu'elle a une utilité reconnue.
Mais , lorsque je conseille par prudence la revaccination, il ne faut pas me faire dire que la
vaccine est une opération insuffisante et par conséquent peu sérieuse.
Et ce n'est pas là le fond de ma pensée.
La vaccine , je ne saurais trop le répéter, est, pour la plupart des cas , préservatrice à tout jamais, et ce n'est que par exception qu'elle manque son effet.
Toutefois, comme la science n'a pas encore désigné et reconnu les cas où la revaccination est nécessaire , il devient , à cause des exceptions même, indispensable démettre tous les vaccinés au même rang.
Il ne faut pas nous faire croire que le coio-pox ait une vertu plus protectrice dans les premiers temps qu'après de nombreuses transmissions.
Lorsqu'en 1836 apparut le nouveau cow-pox, je fus , il est vrai , ébranlé dans ma conviction ; mais j'ai attendu pour me prononcer. Qu'est-il arrivé? Que, quelques mois après , l'ancien vaccin et le nouveau n'étaient plus assez différents l'un de l'autre pour les distinguer parfaitement, et un an plus tard , il était tout à fait impossible de les reconnaître.
On comprend facilement qu'une affection qui est transmise de l'espèce animale à l'espèce humaine doive avoir tout d'abord un caractère foudroyant (le cow-pox en revêt d'assez violents pour le faire croire); mais, quand cette maladie s'est humanisée, c'est-à-dire qu'elle est descendue au niveau de la force du sujet qui la reçoit, alors elle prend une marche normale et régulière.
Si la morve , par exemple , cette maladie mortelle pour l'homme , se transmettait successivement de l'homme à l'homme pendant un certain laps de temps , il est e'vident qu'elle finirait par devenir moins terrible pour l'espèce humaine, et que l'on trouverait les moyens de l'atténuer et de la guérir.
Mais il est évident que, lorsqu'elles font irruption directement de l'animal à l'homme, ces maladies ont et doivent avoir des caractères physiques effrayants.
Eh bien ! si l'on a basé l'opinion de la dégénérescence du vaccin sur ses caractères physiques , on a commis une grave faute ; car, dans ce cas , il faudrait renoncer à la vaccine , à moins
que l'on ne puisse , au moins tous les ans, reprendre le vaccin à sa source , c'est-à-dire sur la vache , et cela ne se peut pas.
On a cherché à trouver aussi d'autres causes pour prouver la dégénérescence du virus-vaccin.
M. Fiard, par exemple, dit que le vaccin a dégénéré , puisqu'il a perdu la faculté de se reproduire sur la vache.
M. Fiard est dans une profonde erreur ; s'il n'a pas réussi , c'est qu'il n'a pas suivi la méthode de M. le D 1 ' Bousquet.
Si M. Fiard n'avait vacciné que des génisses , il aurait évidemment réussi à reproduire la vaccine sur les vaches.
Enfin la plus forte objection qu'on ait faite pour prouver la dégénérescence du vaccin , c'est l'apparition de la variole chez les vaccinés. Cela peut être sérieux, je le conçois; mais ces cas exceptionnels ne peuvent servir à prouver la dégénérescence du virus , car j'ai vu un cas de variole, ou, pour parler juste, un cas de varioloïde, chez un sujet vacciné avec le virus provenant de première transmission du coW'pox en. 1836 , la-
quelle varioloïde parut vers le cinquième ou sixième mois après la vaccine.
Jenner lui-même n'en cite-t-il pas quelques exemples i'
Le vaccin n'a donc pas dégénéré.
Ce n'est pas une raison pour ne pas le rechercher, et si la Providence nous le met sous la main, il faut naturellement s'en servir, ne seraitce que pour s'instruire sur les effets du cow-pox naturel chez l'homme.
Renouvelons-le chaque fois que l'occasion s'en présentera , mais pas en vue de lui donner de la force , puisqu'il est un et ne dégénère pas.
Si l'on a cru à la dégénérescence du vaccin , c'est parce que dans certaine épidémie de variole il s'est trouvé des vaccinés atteints par l'épidémie.
Si l'on se rend compte du nombre , de la marche de la maladie , de son degré de bénignité , on verra que cela ne dépend ni de la vaccine ni de la variole , et que c'est à l'économie particulière du sujet atteint qu'il faut s'en prendre.
Lorsqu'on attaque la vaccine , et quand on avance surtout que des vaccinés ont été atteints
DES VILLES ET DES CAMPAGNES. 14o
de variole , il faudrait y mettre un peu de bonne loi, rechercher si ces vaccinés l'ont été régulièrement , s'ils ont été revus par le vaccinateur au huitième, dixième et quinzième jour, enfin savoir quelle marche la vaccine a suivie ; car il ne suffit pas de piquer un enfant avec une lancette chargée de vaccin pour affirmer qu'il est vacciné, et c'est malheureusement ce qui se fait souvent ! On pique , on pique, il survient un léger travail que l'on laisse à l'appréciation de la nourrice , et l'on certifie que le sujet] a été bien et dûment vacciné.
En 1811, le comité central de vaccine constata que plusieurs médecins délivraient des certificats au moment même de la vaccination. Ce qui se passait en 1811 ne se passe-l-il pas encore de nos jours?
Par exemple on vaccine un enfant qui, le lendemain , est envoyé en nourrice ; on ne le revoit jamais , et on atteste qu'il est vacciné.
Enfin les complaisances qu'exigent les parents deviennent quelquefois des témoins contre l'efficacité de la vaccine.
Dans un traité de vaccine de MM. Daillhorn et Stromeyer, ces auteurs se plaignent déjà , en 1801 , que des médecins apportent une certaine négligence dans les visites qu'ils font à la suite de la vaccine , et pour peu , disent-ils , qu'il se développe à l'endroit des piqûres une inflammation , un bouton même équivoque , ils se prononcent hardiment pour le succès de l'opération.
Vous le voyez , pour peu qu'il se trouve quelques sujets dans cette catégorie au centre d'une épidémie de variole , on croira à l'impuissance de la vaccine et à la dégénérescence du vaccin ; joignez à cela des sujets disposés à prendre la variole après vaccine, comme il y a des sujets qui prennent la variole après variole , certes on aura bien à dire contre la vaccine.
On a également attribué au nombre de boutons de vaccine sa préservation plus ou moins complète contre les attaques de la variole (l).
(I) Depuis plus de quinze ans, j'ai fait pari à l'Académie de médecine du succès de la revaccination ail huitième jour, chez les sujets qui n'ont oblenu pour
Examinons si cette opinion a quelque faveur.
Le nombre de boutons est-il pour quelque chose dans l'action préservatrice de la vaccine ?
Grand nombre de médecins pensent qu'il faut non-seulement multiplier les boutons , mais encore les disséminer sur les diverses parties du corps.
M. Robert est très-partisan de cette opinion ; MM. Eichhorn et Rayer conseillent de vacciner par un grand nombre. Quant à moi , j'appuie volontiers cette méthode, d'abord en ce qu'elle ne peut offrir de danger, et que quelles que soient les raisons que l'on puisse alléguer contre, on est toujours plus certain de l'opération en ce qu'un ou deux boutons peuvent être dénaturés, à tel point qu'en certaines circonstances il serait difficile de se prononcer sur leur nature et leur caractère véritable.
résultat de la première opération qu'un seul boulon de vaccin.
Celte opinion, critiquée et non admise, a été dernièrement le sujet d'une observation publique et authentique de la part du médecin chargé des vaccinations gratuites à l'Académie.
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J'ajouterai que j'ai rencontré des varioles chez plusieurs sujets porteurs seulement d'une cicatrice, etc., que MM. Steinbrenner, Brisset, Gregory, Tuefferd, etc., ont fait la même remarque. Enfin je dois dire que ces faits pour et contre celte opinion ne sont pas encore assez nombreux pour se prononcer définitivement. Toutefois qui peut le plus peut le moins ; aussi j'engagerai toujours les vaccinateurs à multiplier les piqûres , mais sans prendre garde de les disséminer sur toutes les parties du corps, comme l'ont conseillé certains vaccinateurs, moyen que je crois insignifiant.
Cette opinion a trouvé des contradicteurs, et pour raison. On a allégué que Jenner ne vaccinait que par une seule piqûre, cela est vrai; mais Jenner avoue qu'il a vu la variole chez quelques-uns de ses vaccinés. En serait-ce la raison? Je l'ignore, et personne ne peut se prononcer à cet égard ; c'est pourquoi j'insiste pour que l'on revaccine au huitièmejour les enfants sur lesquels l'opération n'aura donné qu'un ou deux boutons.
Quant à moi, j'ai réussi, au huitième jour, à
reproduire une vaccination chez plusieurs enfants porteurs d'un et même de deux boutons.
11 faut ajouter que , sur les sujets porteurs de trois ou quatre boutons, je n'ai jamais pu reproduire même une apparence de travail. Ne parlant que des faits qui me sont personnels, on pourrait suspecter sinon ma bonne foi, mais me traiter de visionnaire; afin de retirer tout prétexte à la critique, je vais citer les expériences faites et décrites par M. Mœhl , médecin en chef de l'hôpital de Christianhofer (1).
M. Mœhl a donné un rapport détaillé et trèsbien fait de l'épidémie de Copenhague, épidémie qui a duré depuis décembre 1823 jusqu'en février 1825; il' y eut en tout, dit M. Mœhl, 459 malades.
Pour ne laisser aucun doute sur la véracité de mes paroles, je vais donner textuellement un extrait du rapport de M. Mœhl lui-même.
« Il y eut en tout 459 malades, qui tous avaient
(1) Ces observations sont exlrail.es de l'ouvrage de M. Sleinbrenner, lequel a obtenu une partie du prix décerné par l'Institut, sur la question de la vaccination.
été traités à l'hôpital, à l'exception de 21 autorisés à se faire traiter en ville, et de 26 atteints dans les prisons et les maisons de correction. Sur ces 459 malades, il y en avait 291 de vaccinés et 64 qui se disaient varioles une première fois ; les 104 autres n'étaient ni varioles ni vaccinés. Il y eut en tout 50 décès, dont 3 parmi les vaccinés; d'autres vaccinés encore, au nombre de 17, sans compter les trois morts, avaient eu une variole tout à fait normale avec suppuration et fièvre secondaire.— Suit le tableau de cesl7 cas.