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MANUEL DU VACCIN ATEU H

recueillis, en nombre suffisant pour inspirer quelque confiance, certes on aurait accompli un devoir envers la science et envers l'humanité ; loin de là , on s'est adressé à l'autorité et non aux académies, on a crié à la-régéuérescence du vaccin , à son impuissance, et on a dit : 11 faut revacciner.

Cela n'est pas conséquent en ce sens que si la vaccine est impuissante une première fois , elle peut l'être une seconde , et Dieu sait si , d'après les fabricants de théories, il ne faudrait pas finir par vacciner tous les huit jours.

Que n'a-t-on pas dit sur le temps, sur la durée de la préservation ? Les uns disaient quinze ans , d'autres demandaient la revaccination tous les douze ans, dix ans, huit ans, cinq ans, trois ans enfin ; on posait une date suivant le caprice ou les égarements de son esprit.

Quel droit avait-on à demander cinq ans ou dix ans? Aucun. Et si l'on s'était appuyé sur les faits de variole survenue chez les vaccinés, on aurait été obligé de demander la revaccination tous les trois mois et même plus tôt, car il s'est

rencontré de ces cas de variole chez des vaccine's, deux et trois mois après leur vaccination.

Au moment où celte idée a fait irruption , je ne le dissimule pas, des doutes sans nombre se sont répandus dans toutes les classes sur les effets de la vaccine ; le dirai-je? peu s'en est fallu que cette pratique n"ait été abandonnée.

Cela se conçoit ; quand on attaque sans preuve, on est forcé d'en trouver, et l'esprit inventif des novateurs forge des chimères qui souvent jettent de profondes racines dans le terrain du béotisme.

Pour proclamer la pratique de la revaccination , pour tenter de la faire admettre , on a employé les mêmes moyens dont on s'était servi pour prouver la dégénérescence du vaccin.

On a compulsé les rapports de grandes épidémies de variole , on en a extrait tout ce qui pouvait être contre la vaccine; on a compté même au nombre des vaccinés atteints par la variole des sujets qui disaient seulement avoir été vaccinés , mais dont on ne trouvait aucune

trace ; on a choisi les épidémies qui avaient le plus frappé sur les vaccinés , et on est arrivé insensiblement à produire des chiffres compromettants pour la vaccine.

Eh bien ! tout le mal que l'on s'est donné pour faire admettre la revaccination a beaucoup nui à la vaccine, et, il faut le dire, si la vaccine a quelques faiblesses , ce n'est pas sa faute , mais bien la faute des vaccinés et quelquefois des vaccinateurs.

Indifférents au résultat de l'opération ou trop confiants quelquefois dans l'infaillibilité delà vaccine, les vaccinateurs admettent bonnes et véritables toutes les opérations qu'ils ont pratiquées.

11 n'en est pas ainsi , et je l'ai dit dans le chapitre précédant , au sujet de la dégénérescence du vaccin.

Je ne m'étendrai donc pas longuement sur la revaccination , car j'ai énoncé dans le chapitre précédent les causes qui donnent quelque valeur à la revaccination.

Depuis plus de cinquante ans que la vaccination est pratiquée en France , le plus grand

nombre des sujets vaccinés est préservé de la variole.

Ceci est incontestable , et ce qui ne l'est pas moins, c'est que le petit nombre de vaccinés atteints par la variole n'ont , pour la plupart , qu'une variole bénigne qui laisse rarement des traces de son passage.

Ne voit-on pas également, dans les épidémies de variole , des récidives de variole ?

Eh bien! vous pardonnez au fléau de vous attaquer, de vous ravir même , et vous ne pardonnez pas quelques faiblesses à la vaccine , faiblesses qui tiennent le plus souvent à l'idiosyncrasie du sujet et quelquefois à l'insouciance du vaccinateur.

Toutefois il faut examiner les résultats obnus de la revaccination. M. Boissat (1) a fait 344 essais de revaccination sur des sujets qu'il avait la plupart vaccinés lui-même avec succès , qui tous l'avaient été efficacement , et qui portaient des cicatrices fort belles , un seul excepté,

(1) Rapport sur la revaccination en France.

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qui n'avait eu qu'une pustule unique peu développée , à peine suivie d'une cicatrice douteuse.

L'époque de la vaccination remontait de dix à vingt-cinq ans, et même à trente ans; dans aucun des cas , M. Boissat n'a réussi à obtenir un vaccine régulière. Une seule fois , il a obtenu deux pustules assez semblables à celles de la vaccine , mais qui se sont desséchées en deux jours , et dont le fluide louche a été inoculé sans succès, le septième jour, à trois enfants.

Également M. Bonnet, de Coutances. n'a jamais obtenu de vaccine d'un aspect normal.

Un autre médecin, M. Laffore , d'Olérou, n'a obtenu que 3 succès sur 64 <i revaccinés.

Et un certain nombre de médecins affirment avoir réussi même dans des proportions fabuleuses : ils annoncent un quait, un tiers, moitié de réussite. Je le crois; mais, si ces réussites ont été si nombreuses entre les mains de quelques-uns, c'est qu'ils n'ont pas pris toutes les précautions désirables pour s'assurer du succès de la première opération , tandis que MM. Boissat, Bonnet, Laffore, et beaucoup d'autres, ont

revacciné des sujets qu'ils avaient vaccinés euxmêmes et dont ils avaient soigneusement constaté les résultats.

Et croyez-vous qu'il ne soit pas important de s'assurer des résultats obtenus '{ En voici la preuve.

M. Gisclard , de Valence, dans un rapport sur la vaccine qu'il a adressé à l'Académie de médecine, dit que, le plus ordinairement, les vaccinations qu'il a pratiquées ont réussi ; mais il n'a pu s'en assurer par lui-même dans tous les cas, et il a dû souvent s'en rapporter au dire des parents.

Jetez les yeux sur les rapports publiés chaque année sur les vaccinations en France , et vous verrez grand nombre de ces faits ; oui, vous rencontrerez beaucoup de médecins qui avouent qu'ils n'ont, sur le l'ait de la vaccination, que des doutes , attendu qu'ils n'ont pour preuve que le dire des parents.

Je prends encore dans un rapport sur la vaccination et je lis ce qui suit :

Les certificats individuels sembleraient avoir plus de valeur; mais quelle confiance absolue

faut-il accorder à de semblables pièces, quand les documents du département de la Seine montrent un médecin de Paris donnant un certificat de complaisance, pour qu'une mère, qui n'aime pas la vaccine , puisse faire admettre dans un collège impérial son jeune fils , qui plus tard y contracta une variole grave , laquelle a passé nécessairement alors pour un exemple incontestable de variole survenue chez un sujet vacciné ?

Enfin M. Azaret-Dugat dit que, sur 381 vaccinations qu'il a pratiquées , 59 fois il n'a pu con* stater ce résultat , puisque les enfants ne se sont pas représentés à sa visite , et sur les 322 qu'il a revus , il a constaté 5 cas qui ont offert quelques anomalies.

Vous voyez donc bien qu'il est urgent de revoir les vaccinés, de constater le résultat de l'opération; sans quoi il est impossible d'établir une statistique sérieuse, exacte surtout, pour ou contre la vaccine ou la revaccination.

Somme toute , la revaccination réussit dans la proportion d'un neuvième dans les conditions actuelles. Ce nombre, j'en suis convaincu , descen-

drait de beaucoup , si l'on n'opérait les revaccinations que sur des sujets bien vaccine's et dont les résultats surtout aient été bien observés.

Elle ne réussirait sans doute pas plus d'une fois sur vingt, vingt-cinq, ou trente.

M. Ménière, qui a revacciné aux Sourds- Muets (1), a constaté sur 128 revaccinations 96 sujets porteurs de cicatrices présumées de bonnes vaccines.

Il faudra donc conclure des faits que j'ai avancés, que si la revaccinalion est utile aujourd'hui, c'est la faute des vaccinateurs , des zélateurs, des complaisants , des indifférents et des ignorants , qui ont vacciné sans méthode , sans conscience , sans savoir, et qui ont par cela même rendu la vaccine solidaire de leurs propres fautes.

Ces questions de régénérescence du virus-vaccin, de re vaccination, ont répandu l'alarme partout, et on peut juger de la déroute des esprits à cette époque , en jetant un coup d'œil sur le pro-

(1) Bulletin de l'Académie de médecine, tome V, p. 390.

gramme de l'Acade'mie des sciences , qui mettait en 1842 cette question au concours.

V Académie des sciences ne donnait pas moins de 10,000 (V. à celui qui résoudrait la question.

Je ne me permettrai pas de critiquer le savant rapport, élaboré par M. Serres , sur l'examen des 35 mémoires qui ont été remis à la commission; seulement, et pour qu'on s'en souvienne, je rappellerai la question que l'Académie des sciences a proposée et quelles sont les réponses qui y ont été faites.

Voici ces questions :

l re question.

D. La vertu préservative de la vaccine est-elle absolue ou bien ne serait-elle que temporaire?

Dans ce dernier cas, déterminer, par des expériences précises et des faits authentiques, le temps pendant lequel la vaccine préserve de la variole.

Ii. La vertu préservative de la vaccine est absolue pour le plus grand nombre des vaccinés, et

temporaire pour un petit nombre ; chez ces derniers même , elle est presque absolue jusqu'à l'adolescence.

La variole atteint rarement les vaccinés avant l'âge de 10 à 12 ans ; c'est à partir de cette e'poque jusqu'à 30 et 35 ans qu'ils y sont principalement exposés.

En outre de sa vertu préservative , la vaccine introduit dans l'organisation une propriété qui atténue les symptômes de la variole , en abrège la durée, et en diminue considérablement la gravité.

2 e question.

D. Le cow-pox a-t-il une vertu préservative plus certaine ou plus persistante que le vaccin déjà employé à un nombre plus ou moins considérable de vaccinations successives ?

L'intensité plus ou moins grande des phénomènes locaux du vaccin a-t-elle quelque relation avec la qualité préservative de la variole i J

B. Le cow-pox donne aux phénomènes locaux de la vaccine une intensité très-prononcée, son

effet est plus certain que celui de l'ancien vaccin ; mais, après quelques années de transmission à l'homme , cette intensité' disparaît.

La vertu préservative du vaccin ne paraît pas intimement liée à l'intensité des symptômes locaux de la vaccine ; néanmoins , pour conserver au vaccin sa propriété , il est prudent de le renouveler le plus souvent possible

3 e question.

D. En supposant que la qualité préservative du vaccin s'affaiblisse avec le temps , faudra-t-il le renouveler, et par quels moyens i*

B. Parmi les moyens proposés pour le renouvellement , le seul dans lequel la science puisse avoir confiance jusqu'à ce jour consiste à le reprendre à sa source.

4 e question.

D. Est-il nécessaire de vacciner plusieurs fois une même personne ? et dans le cas de l'affirma-

tive , après combien d'années faut-il procéder à de nouvelles vaccinations ?

R. La revaccination est le seul moyen d'épreuve que la science possède pour distinguer les vaccinés qui sont définitivement préservés de ceux qui ne le sont encore qu'à des degrés plus ou moins prononcés.

L'épreuve de la revaccination ne constitue pas une preuve certaine que les vaccinés chez lesquels elle réussit fussent destinés à contracter la variole , mais seulement une assez grande probabilité que c'est particulièrement parmi eux que cette maladie est susceptible de se développer.

En temps ordinaire , la revaccination doit être pratiquée à partir de la quatorzième année ; en temps d'épidémie, il est prudent de devancer cette époque.

On voit d'après ces réponses , extraites des 35 mémoires parvenus à l'Institut , combien on est divisé sur la question.

Ainsi on répond que la vertu préservative de la vaccine est absolue , et l'on fait une restriction.

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On dit que le cow-pox préserve plus sûrement de la variole que l'ancien vaccin, et Jenner a rencontré des varioles chez ses propres vaccinés.

On dit que l'intensité des phénomènes locaux n'est pas la preuve d'une vaccine plus préservative , et on veut une vaccine nouvelle qui donne ces phénomènes.

On dit que le seul moyen de renouveler le vaccin est de le prendre à sa source , et on ne dit pas si l'on entend par là prendre du vaccin porté artificiellement sur la vache.

Enfin on dit qu'il est prudent de revacciner, après avoir dit que , pour le plus grand nombre des vaccinés, la préservation était absolue, et que d'ailleurs , chez le petit nombre des non préservés, la vaccine avait eu assez de vertu pour atténuer les symptômes de la variole et en diminuer considérablement la gravité.

L'Académie des sciences ne pouvait répondre autrement, puisque les 35 mémoires qu'elle a reçus ne lui ont pas dit autre chose ; c'est-à-dire qu'aucun des auteurs de ces mémoires n'a osé attaquer la vaccine, mais qu'ils ont jeté les uns

et les autres des doutes sur sa faiblesse et sa dure'e pre'servative.

Je le répète en terminant , et pour n'y plus revenir, je crois à la vaccine, à son infaillibilité, à sa vertu préservative illimitée , dans le plus grand nombre des cas où elle aura été bien pratiquée , bien suivie , bien constatée , enfin qu'elle aura réussi complètement.

J'ai dit plus haut toutefois qu'il était prudent de revacciner, jusqu'à ce que la science et l'observation nous aient appris à connaître les sujets qui doivent être soumis de nouveau à cette opération.

J'ai promis de donner aux vaccinateurs quelques conseils sur la pratique de la vaccination , de les éclairer et de les entretenir des moyens de conserver leur vaccin et d'enchaîner leurs vaccinations ; j'ai promis de leur signaler quelques cas où ils ne doivent pas se rebuter contre les insuccès d'une première , d'une deuxième , et même d'une troisième opération , et enfin de leur dési-

gner des exemples où la pratique de la vaccination a e'te' dangereuse ou mortelle.

La vaccine ne réussit pas toujours du premier coup.

Chez les adultes , par exemple , elle est quelquefois re'fractaire , et pour réussir, il faut pratiquer la vaccination à l'intérieur des cuisses et à la sortie d'un bain chaud.

Il est important que cette opération ne soit pratiquée que par des médecins , afin qu'ils s'assurent, avant l'opération, si le sujet ne recèle pas le germe d'une maladie prête à éclater ; la vaccine, quoique très-bénigne de sa nature, peut être la cause de complications dans telle ou telle maladie.

Il ne faut pas non plus se hâter de vacciner les enfants.

Dans les hôpitaux, aux Enfants Trouvés, à la Maison d'accouchements, on a l'haditude de vacciner dans les premiers jours de la naissance. Je sais bien que pour l'ordre de l'administration cela est nécessaire ; mais je n'approuve nullement cette pratique hâtive , et j'insisterai toujours pour que

l'on ne vaccine les enfants qu'an deuxième ou troisième mois de leur naissance. J'ai rencontré des cas où la vaccine est devenue mortelle : par exemple , sur des jumeaux vaccinés au vingtième jour de leur naissance, l'un est mort au dixième jour, et l'autre au quinzième de la vaccination.

D'ailleurs le vaccin, chez les enfants trop jeunes, se développe mal ; il ne possède pas toujours , et d'une manière égale , ses véritables caractères, et comme les statistiques de mortalité ne nous montrent la variole chez les enfants qu'à partir du troisième au quatrième mois , on peut pousser sans danger jusqu'à ce terme l'époque de la vaccination.

On a cherché à tirer des conclusions sur les signes que présentent les cicatrices ; on a prétendu reconnaître les cicatrices provenant d'une bonne ou d'une mauvaise vaccine.

J'ai examiné avec soin les cicatrices des vaccinés, et je ne crois pas que l'on puisse rien augurer sur des signes si différents, opposés souvent les uns aux autres.

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