‹ Manuel du vaccinateur des villes et des campagnesChapitre 23 sur 24 · AUX MÈRES DE FAMILLE · texte numérisé non relu

AUX MÈRES DE FAMILLE

Dans la société, la vaccine est souvent le texte de conversations familières. Chacun a sur celte pratique des idées arrêtées qu'il promène de salon en salon ; si bien que , de propos en propos, surchargés des commentaires d'une foule de raisonneurs, on arrive à avoir sur cette pratique des préventions sans nombre.

Pour prémunir contre le danger de ces avis officieux, dangereux même, je remplis un devoir envers les mères de famille en leur consacrant

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quelques lignes pour les e'clairer sur leurs véritables intérêts.

Je désire ardemment être entendu , je souhaite qu'elles croient à la sincérité de mon langage , qu'elles ne suspectent pas ma bonne foi ; enfin ce que je veux avant tout, c'est d'être considéré par elles comme un ami désintéressé.

Comme avis général , je leur dirai qu'elles ne se hâtent pas de faire vacciner leurs enfants , à moins qu'il n'y ait épidémie de variole dans l'endroit où elles habitent ou même dans les environs ; qu'elles prennent pour limites du troisième au sixième mois delà naissance ; car, rarement avant ce temps, les enfants sont atteints par la variole.

Les saisons de l'année les plus favorables à cette opération sont sans contredit le printemps et l'automne.

L'été et l'hiver, c'est-à-dire les grandes chaleurs ou les grands froids, ont quelquefois une mauvaise influence sur le développement du vaccin.

Il n'est pas nécessaire de préparer les enfants que l'on veut faire vacciner. L'emploi d'un purgatif ou tout autre médicament est complètement

inutile et pourrait même être dangereux , s'il n'était ordonné par un homme de l'art.

Lorsque la vaccine refuse de prendre sur un sujet, un bain chaud suffit pour préparer à l'opération.

Ce moyen m'a toujours réussi. .

La vaccine produisant toujours un mouvement momentané de fièvre , il est bon de tenir les enfants plus chaudement que de coutume ; toutefois il ne faut pas pousser celte précaution à l'excès , c'est-à-dire couvrir l'enfant outre mesure et le tenir enfermé à une chaleur excessive ; au contraire, il faut le promener ; seulement ayez soin de lui mettre une petite brassière de plus que de coutume.

J'ai vu des parents qui séquestraient leurs enfants dans une chambre chauffée nuit et jour, pendant tout le temps que la vaccine durait.

Ne suivez pas cet exemple , il pourrait devenir fatal aux enfants.

La vaccination par elle-même n'offre aucun danger; pourtant je conseillerais de retarder cette opération , si l'enfant n'était pas bien portant ; si au contraire il avait une de ces petites

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affections dartreuses si communes à l'enfance, on ne saurait trop se hâter de le faire vacciner, car la vaccine atténue et guérit quelquefois ces affections passagères.

J'ai vu , après la vaccination , disparaître ces petites maladies. Ainsi un enfant qui, depuis sa naissance , avait les yeux toujours enflammés et par conséquent douloureux , fut guéri à la suite de la vaccination.

Je recommanderai également aux parents de ne rien changer aux habitudes ni au genre de vie des vaccinés : ainsi il ne faut pas les mettre à la diète ni les abreuver de tisanes abortives pour entretenir une sueur continue.

En général on a l'habitude de faire sauter les enfants sur les genoux et on les prend par-dessous les bras , aux aisselles. Il faut éviter de le faire pendant le travail de la vaccine , cette opération apportant toujours un peu d'inflammation et d'engorgement aux bras et aux aisselles. Si l'on ne prenait pas cette précaution , on ferait souffrir les enfants.

Au huitième jour, lorsque la vaccine est prise ,

si le médecin vous demande un peu de vaccin , n'hésitez pas à lui en laisser prendre , car cela ne fait aucun mal à l'enfant. Ce qui est plus dangereux pour lui , c'est lorsqu'il peut lui-même déchirer ses boutons avec ses ongles ; il amène par cette manœuvre une irritation violente qui prend quelquefois un mauvais caractère et qui exige un traitement particulier.

Il est un moyen d'éviter cet inconvénient : ce moyen consiste tout simplement à faire vacciner les enfants de bonne heure, vers le sixième mois ; à cet âge, l'enfant n'a pas encore la conscience de l'opération qui lui est faite et très-souvent elle passe inaperçue. Vous comprendrez que plus l'enfant aura de connaissance et plus il redoutera l'opération.

Du reste il y a un motif puissant qui doit décider les mères de famille à faire vacciner leurs enfants dans le premier mois de la naissance, c'est la crainte de la variole. N'attendez pas non plus l'époque de la dentition ; car la vaccine , quoiqu'elle fasse peu souffrir, pourrait causer de

grandes douleurs à l'enfant, si elle marchait avec u 18

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la dentition, qui seule rend souvent les enfants gravement malades.

En effet j'ai vu , pour mon propre compte, plusieurs enfants chez lesquels la dentition et la vaccine réunies avaient produit des convulsions dangereuses, au point de compromettre leur vie.

Outre la dentition , les enfants sont sujets à une foule de maladies qui d'ordinaire paraissent dans les premières anne'es de la vie ; il est rare qu'elles viennent dans les premiers mois. Donc, pour ne pas s'exposer à vacciner un enfant qui ne serait pas dans des conditions de santé absolue, faites-le vacciner du troisième au sixième mois au plus tard.

Si la Providence voulait que votre enfant soit vacciné avec du vaccin de vache , c'est-à-dire avec du cow-pox, il y aurait lieu de prendre quelques précautions , car le cow-pox a , dans les premières transmissions, une activité et une violence incroyables.

J'ai vu des boutons de cow-pox, à la deuxième transmission , devenir d'une dimension extraordinaire et prendre des caractères défrayants ; il a

fallu un traitement actif pour faire disparaître l'inflammation, qui a dure' près de deux mois.

II sera important, en pareil cas, de faire suivre la vaccination par un me'decin.

Puisque je viens de vous entretenir des effets du vaccin de vache , je ne passerai pas outre sans vous pre'venir que l'on croit journellement faire vacciner ses enfants avec du cow-pox ; cela n'est qu'un leurre et une spéculation.

Pour faire croire que l'on possède du vaccin de vache, certains individus prennent sur un enfant du vaccin ordinaire et le portent sur le pis d'une vache; lorsque cet animal n'a pas eu la maladie naturelle , cette inoculation réussit , et alors on offre au public du vaccin de vache.

Ne croyez pas à ce charlatanisme et prenez le vaccin que vous trouverez sur le bras d'un bel enfant ; ce vaccin vaudra mieux, et vous ne serez pas exposée à donner à votre enfant une maladie qui pourrait provenir du fait de ce vaccin inoculé à la vache. Voici comment. 11 peut se faire que la vache , au moment où on lui inocule le vaccin d'un enfant, ait une disposition maladive,

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et que cette inoculation, au lieu de réussir, fasse déclarer une de ces éruptions si communes chez la vache , éruptions que les médecins anglais craignent d'inoculer. Eh bien ! dans ce cas, prenant une maladie pour une autre, croyant que le vaccin inoculé a réussi, on inoculerait ce faux produit, et il y aurait dans ce cas danger pour l'enfant.

Prenez donc du vaccin de bras à bras, et ne cherchez pas sur la vache un vaccin inoculé, dangereux dans certains cas, et qui n'a aucune autre vertu, quand il est bon, que le vaccin du premier venu.

Il y a des médecins qui sont dans l'usage de purger après le travail de la vaccination.

11 est des cas où cela peut être nécessaire, toutefois ne l'employez pas sans l'avis d'un médecin. J'insiste là-dessus , parce que beaucoup de mères de famille croient qu'il n'est pas besoin de consulter pour purger un enfant ; dans certains cas, je le répète , un purgatif peut être dangereux.

J'ai entendu dire souvent que des enfants étaient tombés malades, à la suite de la vaccination.

Ce fait s'est présenté, il est vrai, quelquefois ;

mais faut-il attribuer à la vaccine la maladie qui se déclare avec elle ou après elle i 1 Non , et je vais tâcher de vous faire comprendre comment il se peut que la vaccine soit la cause d'une toute autre maladie.

Tous les jours, un grand nombre d'enfants tombent malades.

On vaccine e'galement tous les jours.

Supposons qu'aujourd'hui je vaccine un enfant qui devra tomber malade dans huit jours , la vaccination que j'ai pratiquée n'empêchera pas quela maladie dont l'enfant est atteint se déclare au bout de ce temps (1); je dirai plus, peut-être même, dans ce cas, la vaccine arrive- t-elle comme une cause déterminante en hâtant l'explosion du mal.

Quoique la vaccine ne remue pas violemment l'économie, elle l'ébranlé toutefois, et lorsqu'un sujet est prédisposé à telle ou telle affection , la moindre émotion peut seconder et hâter l'apparition de la maladie. Ainsi l'on attribue à la vaccine le mal, tandis qu'elle n'en est qu'une cause

(1) Je pense que le plus souvent la vaccine prévient quelques affections de l'enfance.

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