‹ Manuel du visiteur du pauvre [microforme]Chapitre 2 sur 28 · CHAPITRE PREMIER D ue ONE · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER D ue ONE

—* Owest-ce que la douleur ?

ue

& Prés

I y a entre nos idées, nos sentiments et nos actions une liaison si intime; ce que nous pensons : une telle influence sur ce que nous devons faire.et sur ce que nous avons fait, sur ce nous devons penser et sentir; l’idée, le sentiment, l’action s’enchaînent de telle sorte pour former un cer cle dans lequel chaque phénomène est tout ensemble, effet et cause, que nous n’excé- :

derons jamais en cherchant à rectifier nos erreurs, afin qu’une idée fausse ne nous conduise point à une action coupable.

Il n’est guère possible qu’en visitant le pauvre, nous allégions sa douleur, nous consolions sa misère spirituelle et corporelle, si nous ne commençons par nous former une idée exacte de notre position respective, si nous ne venons à lui avec une humilité et une tolérance mûrement raison:

née et profondément sentie, en un mot, si nous ne pouvons répondre avec exactitude à ces trois questions : Qu'est-ce que la douleur? Qu'est-ce que le pauvre? Que sommes nous nous-mêmes? Si, au contraire, nous donnons à chacune de ces question sa réponse réelle, si nous la méditons et nous

que toujours nous aurons auprès ‘de lni Ja:

position qui nous convient, et nous ferons Lau rer rlorga prete 02 V0 La douleur n’est ni pour la société nipour l'individu un état traïsitoire, une.

conséquence passagère de quelques cir-<° - eonstances spéciales ou de déplorables” : erfeurs; non, elle est une nécessité absolue : “de notre nature, un élément indispensable:

de notre perfection morale. Pontet re . donc la considérer comme un ennemi ? Elle.

est pour nous, au contraire, un ami, mais | un ami triste qui nous accompagne jus - qu'au terme, sur la route de la vie.

Imaginons, par impossible, une société:

* Bans-douleur, et au lieu de ce lieu de déli- ces que nous voulions former, nous.troùvous un séjour plein de monstres dégoûtants.. Celui qui ae reçoit que d’agréables - impressions est bientôt moralement et physiquement dégradé, avili sans ressource.

Sans lutte, sans conirariété, sans abnégation, sans épreuve, sans sacrifice,sans dou - - leur enfin, point de vertu, point de moralité possible. Eh ! qu'est-ce donc. qui transforme les instincts grossiers en affections ‘ — sublimes ?—La douleur-—L'amitié qui n'existe jamais sans d’amers jours d’épren- =; — ves; l'amour qui se purifie par la. prière ie auprès du lit de mort ou sur une tombe

e- F4 cz > — £

chérie, à tendresse maternelle si sublini dans ses terreurs et dans ses peines, l’héroïsme qui, sous quelque forme qu’on le # -considère, est toujours arrosé de larmes où -: de sang, le repentir noyé dans l’amertume 2 de ln faute; le pardon qui dévore ce que l'injustice a de plus poignant ; fout ee qu’il y a dans l’homme de grand, de pur, de sain; où prend-il son origine ?—Dans la douleur.—Examinons bien tout ce qui nous intéresse, nous émeut, nous étonne, nous enthousiasme, et nous trouverons au fond une douleur, une grande douleur, comme sa racine nécessaire.

Le plaisir, au contraire, nous l’avors dit, énerve l’homme et le dégrade; c’est un arbre aux brillantes fleurs, mais aux fruits e vénéneux et à l’ombre mortelle. Celui qui n’a réçu que des sensations agréables, ne sait ni penser, ni sentir; il ne comprend, il ne souffre, il n aime pas; il n’est pas un homme; son être moral manque d’un alimeñt essentiel; et méprisable et méprisé, il traîne une vie préjudiciable à lui-même ét au moins inutile aux autres. —

Blasé sur tout, plein d’égoïsme, il court après le plaisir comme le papillon après la lumière qui le consume, il va, épuisant une . à une les coupes dn plañsir et Hisant au fond de chacune ces paroles: Vide, dégradation, ruine. La misérable nature humaine ne saurait porter impunément une félicité sans

Li +

- Sontre-temps; le bien sans mélange qui ne

corrompt ni ne dégrade, n'est pas I joie

=. de cette terre; c’est la béa de du ciel. … 77 Ne portons donc pas en présence de ia.

Eee douleur une impatience hostile; pas même. rat de la combattre, mais cèlle de la‘

:= consoler, l’utilisant tout à la fois pour la #{ perfection morale de celui qui la souffre et © de celni qui la console. -

s … La douleur ! ohfelle est le grand précep-

: : teur de l'humanité! Quelle sublime leçon

<., dans une larme versée on essuyéel :

La douleur! Elle spiritualise l’homme le

-.. plus grossiep; elle rend grave le plus puéril, l’éloïigne des choses de ce monde et semble le rendre moins indigne de communiquer - -avec Dieu.

La douleur ! Elle relève le faible, abat:le

+ {ort, confond le sage, inspire Pignorant,

forme un doux lien d'amour entre ceux qui

s’abhorraient. F

La douleur! Elle purifie ce qui est souil-

lé, sanctifike ce qui est bon, divinise ce qui

est saint! Oh! regardons-la comme un puissant auxiliaire envoyé du ciel pour la’

perfection de l’homme; regardons-la co-

m" de seul remède capable d'arrêter la

gangrène de la corruption humaine.”

Mais comment se fait-il que cette cor-

- ruption soit si grande, quand le remède est

répandu avec une profusion si désolante?

La douleur enseigne, élève, purifie; partout

où s'étendent nos regards nous aparcevons-des douleurs sans nombre; comment donc ne sommes-nous pas tous remplis de la science véritable? pourquoi ne sommesnous pas tous grâänds et purs? Ah ! c’est que la douleur sans compassion, au lieu de moraliser, déprave; elle n’est un élément de moralité au à la condition expresse d’étre comprise et consolée; pauvre enfant de a terre, ce n’est que par son union avec ‘amour de charité qui vient du ciel qu’elle produit le repentir et l’héroïsme, les larmes saintes de la reconnaissance et celles de la compassion qui descendent comme-un divin baume sur les blessures de ’humanité coupable et affligée.

Nous l’avons dit: au fond de tout ce qui nous étonne et nous émeut gît une grande douleur. Ajoutons maintenant que la doueur, origine des pl: grandes vertus, l’est aussi des crimes les plus horribles. Et pourquoi? Parce que nous l’abandonnons à elle-même, parce que nous la dépravons dans l’isolement, que nous l’endurcissons par notre égoïsme, que nous l’irritons par notre gaîté, ct que l’ayant reçue de Dieu comme un moyen de perfection, nous osons d’une main sacrilège la transformer en instrument de mort.

Voyez ces deux hommes en proie à la douleur morale ou physique: tous deux ont ‘té maltraités, de la fortune, ou énrouvés

par le Providence. Jeuno enfant, lun des lèrent et mulle main ne vint les essuyer; et

‘ses -soupirs s’exhalèrent et pas un n’en fut lécho; son intellivence s6 flétrit faute den trouver une qui la eultivât et .: l'élevêt à Dieu. Toutes ses facultés niman- -- «tes se replièrent par défant d'exercice, et, par suite, ses instincts perers acquirent uné fébrile activité ; il commença par détes. "ter ceux qui étaient durs comme lni, puis : abhorra tout ce qui existe. La Aureté - d’autrui le pétrifia et maintenant, il ne pa - -raft en lui ni reconnaissance ni compassion; lui faites-vous du bien, il vous insulte; voulez-vous lui parler de Dieu, il blas- | phème. : | 2e L'autre trouva des coeurs compatissants; on l’exhorta à souffrir patiemment pour l’amcur de Jésus qui souffrit tant pour lui, Sa douleur, souvent consolée, développa en lui une suave résignation : sans attache aux ‘Choses de la terre où naissent pour lui tant : d’épinss, il ne vit, ce semble, que pour donner à tous un sublime exemple, et, le re- gard tourné vers le ciel, il bénit ses souffrances, et chérit, avec une gratitude imwense, celui qui sait le consoler.

Ces deux hommes :i dissemblables étaient égaux à leur naissance; la douleur abandonnée fit de l’un d'eux un monstre; ‘la douleur consolée -fit un ange de l’autre,

re * #

être bon

er

‘un homme en de telles circonstances qu'il ne puisse sauver sa vertu sans héroïsme.

Pénétrés de ces vérités, allons au-devant de la douleur avec compassion. résiguée qui nous éloigne de la dureté et de l’impatience; regardons chaque souffrance comme un nouveau moyen de perfection pour celui qu’elle frappe, comme pour celui qui la console: pensons combien souvent, dans la vie, le consolateur et le consolé ont à changer de rôle et, répétons-nous mille fois que la douleu- purifie auand on lui compatit. tandis qu elle déprave quand on labarndonne.

Si nous ne portons dans la visite du pauvré une humilité sentie et raisonnée, notre orrueil sera remarqué sans que nous le

remarquions nous-mêmes. Nous ne devons pas avoir dans cette visite l’air d’un grand

‘ nersonnage qui consent à descendre de sa snhère; moins encore celui d’un juste qui tolère les défauts du pécheur, mais bien celui d’un frère placé par la Providence dans une position meïlleure, et qui, s’affligeant de ne pouvoir la partager avec son

. frère, veut lui donner au moins aide et ‘ consolation. :

Entrons au dedans de nous-mêmes, avant que d’entrer chez le pauvre, et posons-nous les questions suivantes : Que sommes-nous ?

Qu’avons-nous fait pour mériter notre position, nos richesses, nos honneurs Qu’avons-nous fait pour éviter les malheurs ou les fautes que nous déplorons dans les autres? Quel noble emploi avons-nous fait de notre intelligence, de notre fortune, de notre vouvoir? En quelles luttes a triomphé notre vertu? Quels grands sacrifices avons-nous faits pour ceux que nous accu- 2 Sons comme coupables? Quels sublimes

| tentation ne pent même nous

?...- Si nous nous interrogeons

ainsi dans le silence des Passions, et que nous nous répondions en toute sincérité de

conscience, qui de nous osera lever la main et jeter la pierre de l’impatience ou du dé-

dain sur ces malheureux que Dieu plaça si bas, il est vrai, mais précisément pour que nous. les: relevions? Qui de nous aura la vanité de. croire qu'il mérite le bonheur

Toutes les circonstances qui semblent .

tous élever au-dessus du pauvre sont purement accidentelles ; notre fortune constitue notre mérite et rarement en avons-nous d'autre que l'emploi de ses dons. Et qui de nous réclamera ce mérite ? Qui sera aveugle à tel point qu’il ose dire, ou à Dieu Ou aux hommes : J'ai fait tout le bien que j'ai pu faire; j'ai évité tout le mal que j’ai pu éviter? Quel est celui qui n’a pas à se reprocher une de ces immenses fautes, Avoir fait verser des larmes, ou ne les avoir pas essuyées ?

Que de causes atténuantes pour les faues du pauvre! et que d’aggravantes pour Des nôtres ! :

Dès notre enfance nous apprîimes à conaître Dieu, à le craindre, à l’aimer; l’éduation développa nos facultés, donnant de

: Vextension à no6 bons | instincts, tas

es

qu'elle comprimait les mauvais. On 1 -donna des notions exactes du j ».et T'injuste, à nos yeux apparurent le vice sa laïideur, la vertu dans sa beauté. C<

: - ment, pendant que tout tendait à nous 4

‘ ver, sommes-nous ainsi descendus? Co ment, entrés dans les combats avec t:

d'éléments de victoire, avons-nous-si C7 vent succombé! Devant le tribunal de divine justice, notre cause ne -sera-t+ pas de plus difficile défense que celle ce peuple objet de notre charité, quelqr fois dédaigneuse? Pensons que la pros rité se transforme facilement en un ave gle orgueil; et que, dans notre sollicitude rechercher si nous avons mérité nos-ma vais succès, nous recevons les bons comm s'ils nous étaient dus. Pour entrer: da la mansarde du pauvre aveé l’humilité Coeur aussi bien que d’esprit, voyons dans sa position nous ferions mieux q lui; et à la vue de ses fautes, de ses vice

-neut-être même de ses crimes, demandon

nous : Serait-il ce qu’il est, si nous étio:

ce aue nous devons être ?

cape M Qu'est-ce que le pauvre ?

À cette questiou, chacun de nous ne donvee-tant@ ne pas précisiment une réponse catégori- »-si sou- que, mais souvent nous laissons percer al de la À dans nos paroles et dans nos actions quelra-t-elle D que chose de dédaigneux envers ceux que celle de À nous-secourôns. Ce dédain est pour l’orquelque. À dinaire une nuance imperceptible; il n’est prospé- À pas en e- que nous disons, ‘ais dans la an aVêu- À manière de le dire, dans le geste, dans l’inicitude à À flexion de voix, dans un je ne sais quoi qui 08 Mau- À ;cvèle au pauvre, objet de nos soins, que s comme nous croyons être au-dessus de Ini. Oh !rer dans que nous devons paraître injustes aux yeux nilité de D de Dieu, aux yeux mêmes de la raison, lorsoyons si2 que, nous considérant comme des géants, eux Que Æ nous regardons comme faisant partie de 8 vices, D notre stature le piédestal sur lequel nous andons- À plaça la fortune !

D nous est arrivé de formuler ou au moins d'entendre formuler certaines accusations « »ntre le pauvre, et ces accusations sont sur ce point la base de notre Credo, le point de départ de paroles injustes, ainsi que de désirs et essais irréalisables.

& Le pauvre, disons-nous, est menteur.

- lent moyen et il Padopte sans scrupule; ses

ingrat. see Si au lieu de dire, le pauvre, uous dision la pauvreté, nous serions plus exacts e moins agressifs; parce que les défauts qu sont dans les choses font penser au:

moyens de les éviter et commandent la tolé rance, Examinons un instant jusqu à que

. Point le pauvre est r-sponsable des faute:

que nous lui reprochons.

1° Le pauvre est menteur.

Un enfant a faim, il a froid; ses parents ne peuvent ni le réchauffer, ni le novrir; il va dans la rue, tend la main, on ne le voit pas. Il Ait : J'ai faim; chacun peut *oir que le froid le glace, mais on passe et on ne le remarque pas. Alors il exagère la véri-

. t6, de même que celui qui ne peut se faire - entendre dans nn tumulte, élève plus haut

sa voix. Il dit qu’il a six frères, que ses Parents sont à l'hôpital, qu’il est orphelin... que sais-je ! à

++. Quelqu'un passe et ne de croit pas, un autre passe et l'écoute; la compassion l’émeut, il le secourt : cet enfant a donc ap-

pris pratiquement que, par de mensonge, il

arrive à ce que la vérité ne lui obtient pas; dès lors le mensonge est pour Jui un excel.

parents ne l’en repz2ngront pas; il n’a nui :

à: je... H ment un jour, deux jours, un an... il mentira toute la vie.

Le mensonge chez le pauvre est une con-

che. Si le malheur tel qu’il est, déjà trop triste en vérité, nous inspirait une compassion agissante, il r’y aurait pas de motif pour l’exagérer, et si nous allions le visiter par nous-mêmes, nous ôterions à l’infortuné jusqu’à l’idée de nous tromper. Comme - sait très bien que le mensonge est lucratif et qu’on n'ira pas s'informer de la vérité. i ment. Ne mentirions-nous pas à sa place ? Aveugle ou hypocrite, qui le soutiendra. -

Puisque le mensonge chez le pauvre, n'est que la transformation de notre dureté, c’est là que nous pouvons l’étudier ; elle y est en relief laissant voir sa nudité répugnante.

Acceptons la responsabilité des fautes dont - 8 Sommes la cause, et au lieu de nous écrier avec hauteur : Le pauvre ment !

disons avec amertume : Nous l’obligeons à mentir !

2° Le pauvre est désordonné.

Pour bien parler de la misère, jl faudrai; la connaître; pour la connaître, à faut l’avoir étudiée. Cutte étude, qui l’a faite ?

pondons saus hésiter : Personne. L’acteur de ce terrible drame ne peut que souffrir; mais les spectateurs n’ont pas de point de vue-possible pour bien juger. Dans les

séquence de la dureté, de l'abandon du ri.

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